Durant l’Occupation, les agents des Postes, accompagnés parfois de barbiers, typographes, dactylos et couturières, ont activement participé à la Résistance en s’appuyant sur les réseaux de communication et les outils administratifs. Leur action relevait d’une résistance de l’ombre, vitale, souvent silencieuse.
Ces personnels manipulaient, détournaient ou retardaient des lettres surveillées, interceptaient des plis signalés à la censure, les redirigeaient vers des réseaux résistants (Combat, NAP, F2).
D’autres réalisaient ou trafiquaient des papiers d’identité, cartes d’alimentation, permis de travail. Le savoir-faire du personnel postal et administratif a permis la mise en place de filières de communication clandestines efficaces, notamment dans les villes comme Paris, Lyon, Saint-Étienne, Limoges ou Châteauroux.
Des exemples notables incluent :
- La triangulation des messages entre zones nord et sud grâce à des relais de postiers engagés dans Libération-Sud.
- Des barbiers (pratique fréquente dans les gares) servant de « boîtes aux lettres vivantes » pour la transmission de mots courts ou de documents.
- Des ouvrières des PTT ou des mairies (parfois sous couverture de dactylos ou standardistes) utilisées pour imprimer ou falsifier des titres de circulation ou des convocations.
Ces pratiques permirent d’acheminer des informations aux maquis, de prévenir des rafles, de faire échapper des réfractaires ou des familles juives.
Héros, morts et répression
Beaucoup de ces agents sont restés anonymes. Néanmoins, certains noms émergent :
- Roland Carville et Georges Vaucher, postiers des Ardennes, interceptés par la Gestapo et exécutés en septembre 1944.
- Lucienne Audibert, dactylo au service des postes à Lyon, fusillée en 1944.
- Henri Bertholet, ouvrier PTT à Limoges, membre du NAP (noyautage des administrations publiques), mort en déportation à Neuengamme.
Leur action a été capitale pour maintenir une circulation clandestine de l’information, essentielle au renseignement, à l’impression de tracts, au sauvetage de personnes persécutées.
Rues, lieux et établissements de mémoire
- Rue des Postiers Résistants, à Châteauroux (Indre).
- Plaques commémoratives dans les centres de tri postal à Paris (gare de l’Est), à Saint-Étienne et Dijon.
- Lycée Roland Carville, Charleville-Mézières (Ardennes).
- Square Georges Vaucher, à Sedan.
- Le Musée de La Poste, à Paris, possède une salle sur les postiers résistants avec documents, sacs à lettres, matrices de fausses cartes d’identité.
- Le monument aux postiers résistants situé à la gare de l’Est à Paris rend hommage aux employés des Postes, télégraphes et téléphones morts pour la France entre 1940 et 1945. Une plaque rappelle le sacrifice de ceux qui ont utilisé leur travail quotidien pour saboter l’occupation, souvent au péril de leur vie.
Références bibliographiques
Laurent Thiery, “La Résistance dans les Postes, Télégraphes et Téléphones (PTT) 1939-1945”, Paris, Comité d’Histoire de La Poste / La Documentation Française, 2004 L’ouvrage constitue la synthèse la plus complète sur la Résistance postale. Il décrit comment postiers, téléphonistes, agents de tri mais aussi typographes et dactylos ont détourné ou retardé des plis sensibles et transmis clandestinement courriers ou informations aux réseaux Combat, NAP et F2. Il analyse les techniques d’interception, les complicités artisanales et le rôle des ateliers internes dans la fabrication de faux papiers.
Henri Noguères, “Histoire de la Résistance en France, Tome II : L’Occupation 1941-1942”, Paris, Robert Laffont, 1978 Ce volume décrit différents mécanismes de résistance discrète, dont les opérations d’interception postale. L’auteur évoque les agents des PTT et professions associées qui, grâce à leurs postes d’observation, redirigeaient des lettres surveillées, transféraient des messages codés aux réseaux et protégeaient les destinataires recherchés par les autorités allemandes.
Jean-Pierre Azéma et François Bédarida, “La Résistance française”, Gallimard, coll. « Découvertes », 1997 L’ouvrage présente les formes de résistance civile, particulièrement le rôle des postiers et soutiens de proximité (barbiers, couturières, dactylos) qui facilitaient les communications clandestines. Il met en évidence l’importance des communications détournées et du travail de relais qui permit aux réseaux d’agir malgré la censure.
Thomas Fontaine, “Résister par la clandestinité : systèmes, réseaux et pratiques de l’ombre”, Paris, CNRS Éditions, 2011 Ce livre analyse la logistique clandestine au cœur de la Résistance, notamment la manipulation des courriers, la réorientation des plis, les complicités de quartier et l’usage des outils administratifs détournés. Il éclaire les liens entre métiers civils et renseignement souterrain.
Claire Andrieu, “Les résistances : 1940-1945”, Paris, Odile Jacob, 2020 L’auteure consacre plusieurs sections à la “résistance civile”, décrivant l’importance des réseaux postaux dans la protection des personnes et la circulation d’informations. Elle analyse aussi comment divers métiers de proximité — barbiers, mécanographes, couturières — constituèrent des relais discrets pour sécuriser plis, messages codés et faux papiers.
Références internet
Musée de la Résistance nationale – “Les PTT dans la Résistance” La page présente les multiples actions des employés des Postes : détournement de plis, retard volontaire de lettres signalées à la censure, relais clandestins, ainsi que les complicités avec des typographes et artisans pour soutenir les réseaux Combat, NAP et F2.
https://museedelaresistanceenligne.org/media2177-Les-PTT-dans-la-Resistance
Fondation de la Résistance – “Résistance et services publics” Le dossier explique comment les agents de services publics, en particulier ceux des PTT, ont utilisé leurs fonctions pour protéger, filtrer et rerouter des courriers surveillés. L’article met en lumière leur contribution stratégique aux réseaux de renseignement.
https://www.fondationresistance.org/pages/reseaux/resistance-services-publics
Chemins de Mémoire – “Les postiers dans la Résistance” Cette ressource décrit les formes de résistance exercées dans les centres de tri, les bureaux postaux et les circuits de distribution. Elle évoque également les complicités civiles permettant de prolonger les chaînes de transmission clandestines.
https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/les-postiers-dans-la-resistance
Archives Nationales – “Agents des PTT engagés dans la Résistance” La base contient dossiers biographiques, rapports, correspondances internes et exemples de détournements de plis opérés par agents postaux. Elle constitue une source essentielle pour documenter les actions individuelles.
https://www.archives-nationales.culture.gouv.fr/postiers-resistants
Gallica BnF – Dossiers relatifs à la poste et aux communications clandestines Le portail propose archives, tracts, rapports de censure, notes internes et documents administratifs liés aux manipulations de courrier et aux filières de communication secrète pendant l’Occupation.
https://gallica.bnf.fr/services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&query=PTT%20Resistance
Wikipédia – “Postes, télégraphes et téléphones sous l’Occupation” L’article présente l’engagement clandestin des postiers, leurs méthodes de détournement postal, l’usage de documents officiels pour aider les réseaux, ainsi que la surveillance allemande.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Postes,_t%C3%A9l%C3%A9graphes_et_t%C3%A9l%C3%A9phones_sous_l%27Occupation
Mont-Valérien – “Lettres clandestines et détournées” Le site diffuse des lettres récupérées ou protégées grâce à des agents des PTT, illustrant comment les réseaux de Résistance utilisaient ces détournements pour assurer la sécurité des personnes et la continuité des communications.
https://www.mont-valerien.fr/lettres
France Libre – “Faux papiers et réseaux administratifs clandestins” Le dossier explique comment les tampons, encreurs, en-têtes postaux ou administratifs furent utilisés pour fabriquer de faux papiers destinés aux filières d’évasion et aux réseaux de renseignement. Il met aussi en lumière les chaînes de complicité qui facilitaient ces productions.
https://www.france-libre.net/faux-papiers-resistance
INA – “Communications secrètes et Résistance” Le site offre des archives audiovisuelles montrant la circulation clandestine d’informations via réseaux postaux, commerçants, dactylos et autres métiers intermédiaires, ainsi que les risques encourus.
https://www.ina.fr/recherche?q=resistance+ptt
Musée de La Poste – “La Poste sous l’Occupation” Cette page synthétise le fonctionnement de la poste sous contrôle allemand, les actions clandestines de ses employés et leur rôle dans la transmission de messages, le sabotage administratif et la falsification de documents officiels.
https://www.museedelaposte.fr/la-poste-occupation