La dénomination la mieux attestée est « Groupement T.B. », développée comme « Groupement du Territoire de Belfort ». Le Musée de la Résistance en ligne emploie également « Maquis T.B. » et les sources utilisent « groupement FFI du Territoire de Belfort ». Il s’agit d’une formation militaire territoriale des Forces françaises de l’intérieur et non d’une désignation collective englobant tous les maquis ayant existé dans le département.
La forme principale retenue est donc « Groupement T.B. – Groupement du Territoire de Belfort ». Les variantes attestées sont « Maquis T.B. », « Maquis du Territoire de Belfort » et « FFI du Territoire de Belfort ».
Création du Maquis
Pierre DUFAY, prêtre et ancien officier, joue un rôle déterminant dans l’organisation militaire des FFI belfortains. Le Musée de la Résistance en ligne le présente comme chef départemental des FFI sous le pseudonyme « Raten » depuis l’été 1943 et comme commandant du maquis de la Planche des Belles Filles en septembre 1944.
La mobilisation générale conduisant à la constitution opérationnelle du Groupement T.B. intervient le 6 septembre 1944, lorsque l’arrivée de la Première Armée française dans le Doubs fait espérer une progression rapide vers Belfort. Les compagnies FFI quittent alors la clandestinité urbaine et se regroupent dans le massif de la Planche des Belles Filles, à proximité de la Haute-Saône et du Territoire de Belfort.
Organisation interne
Pierre DUFAY, alias « Raten », est le commandant militaire du dispositif. Achille GUILLAUME, alias « lieutenant Chipeaux », devient l’un de ses adjoints. Le poste des Forges des sapeurs-pompiers de Belfort sert occasionnellement de lieu sécurisé pour les réunions de l’état-major FFI, où Pierre Dufay rencontre notamment Guillaume et Folinais.
Le Groupement T.B. est subdivisé en plusieurs compagnies. La 2e compagnie est commandée par le capitaine Robert PERRIAUX. Une 3e compagnie est également attestée, notamment par le parcours de Gaston WURTZ, ainsi qu’une compagnie de commandement dans les sources concernant Louis LAMBOLEY.
L’effectif total cité dans la notice collective du Maitron consacrée à Banvillars est de 654 combattants FFI pour le Groupement du Territoire de Belfort. Le même document indique 117 tués au combat, fusillés, morts en déportation ou disparus. Ces chiffres constituent actuellement les données globales les plus précises retrouvées.
Actions menées pendant la Résistance
Avant la mobilisation ouverte, l’organisation s’appuie sur des liaisons clandestines et sur des groupes urbains. Les sapeurs-pompiers de Belfort assurent notamment des transports de responsables en ambulance ; Pierre Dufay bénéficie de ce moyen pour rejoindre les différentes zones occupées par les maquisards. Une vingtaine de pompiers rejoignent ensuite les maquis du Lomont ou du Groupement T.B.
À partir du 6 septembre 1944, les unités se regroupent autour de la Planche des Belles Filles et de la Haute Planche. Elles doivent assurer la mobilisation armée des résistants belfortains et préparer leur intervention lors de l’arrivée des forces françaises.
La situation militaire se dégrade rapidement. Les Allemands exercent une forte pression sur les positions du massif. Le 17 septembre 1944, Gaston WURTZ, membre de la 3e compagnie, est tué près de la Haute Planche au cours d’une attaque allemande.
Dans la nuit du 17 au 18 septembre 1944, l’abandon des principales positions est ordonné. Les compagnies se replient ou se dispersent progressivement. La dispersion générale des groupes est située au 27 septembre dans les documents relatifs à Robert Perriaux et à plusieurs membres du Groupement T.B.
La 2e compagnie de Robert Perriaux se replie dans la forêt de Frahier, Haute-Saône, France. Avec une trentaine de volontaires, Perriaux tente ensuite de rejoindre directement la Première Armée française. Le 2 octobre 1944, le groupe est encerclé à Granges-le-Bourg, Haute-Saône, France. Sept hommes parviennent à s’échapper ; la majorité est capturée.
Liens avec d’autres réseaux ou mouvements
Le Groupement T.B. appartient directement aux Forces françaises de l’intérieur et s’inscrit dans la sous-région D2 de la région FFI D, qui couvre notamment la Haute-Saône, le Doubs, le Territoire de Belfort et le nord du Jura.
Les relations avec la Résistance urbaine belfortaine sont étroites. Les sapeurs-pompiers, le clan scout Guy de Larigaudie et différents groupes clandestins contribuent aux liaisons, aux transports, aux dépôts d’armes et aux parachutages avant de fournir eux-mêmes des combattants au maquis.
Le Maquis T.B. doit être distingué du maquis du Lomont. Des résistants belfortains peuvent rejoindre l’une ou l’autre formation, mais les deux ensembles possèdent une organisation propre et ne doivent pas être fusionnés.
Chefs et figures marquantes
Pierre DUFAY, alias « Raten », né le 28 décembre 1910 à Besançon, Doubs, France, est prêtre, aumônier du lycée de Belfort et du clan Guy de Larigaudie. Chef militaire des FFI de Belfort, il commande le maquis de la Planche des Belles Filles puis rejoint la Brigade Alsace-Lorraine. Il meurt le 31 décembre 1944 à Plobsheim, Bas-Rhin, France, dans un accident automobile au cours d’une mission.
Robert PERRIAUX, officier de carrière, commande la 2e compagnie. Après le repli du massif, il dirige la tentative de franchissement des lignes qui aboutit au combat de Granges-le-Bourg le 2 octobre 1944. Capturé et emprisonné à la caserne Friedrich de Belfort, il est fusillé à Banvillars le 10 octobre 1944.
Achille GUILLAUME devient adjoint de Pierre Dufay sous le pseudonyme « lieutenant Chipeaux ». Il appartient à l’état-major des FFI du Territoire de Belfort et participe à l’organisation des liaisons clandestines.
Gaston WURTZ appartient à la 3e compagnie. Il est tué le 17 septembre 1944 près de la Haute Planche pendant les combats contre les forces allemandes.
Louis Eugène LAMBOLEY appartient à la compagnie de commandement et est tué pendant les opérations de septembre 1944 dans le secteur d’Auxelles-Haut, Territoire de Belfort, France.
Henri Antoine Élie DUGOIS appartient à la 2e compagnie avec son père et son frère. Capturé après la tentative de la compagnie Perriaux, il est fusillé à Banvillars le 10 octobre 1944.
Victimes et morts
Le Maitron indique que, sur 654 combattants FFI du Groupement du Territoire de Belfort, 117 sont tués au combat, fusillés, morts en déportation ou portés disparus. Ce total comprend donc des catégories de décès différentes et ne peut être assimilé aux seuls morts lors des combats de septembre 1944.
Les morts identifiés comprennent notamment Gaston WURTZ, tué le 17 septembre, Robert PERRIAUX et plusieurs hommes de sa compagnie fusillés le 10 octobre à Banvillars.
La fusillade de Banvillars concerne vingt-sept résistants, mais tous ne peuvent pas être considérés comme membres du seul Groupement T.B. Les parcours individuels doivent être vérifiés séparément.
Survivants identifiés
Une partie des membres du Groupement T.B. réussit à franchir les lignes ou à rejoindre ultérieurement les forces françaises. Paul SCHIRCH, qui assure notamment la protection rapprochée de Pierre Dufay entre le 6 et le 26 septembre 1944, survit à la guerre.
Plusieurs scouts et résistants du groupement rejoignent après la phase clandestine la Brigade Alsace-Lorraine ou la Première Armée française. Les sources consultées ne permettent cependant pas de présenter une liste exhaustive de survivants homologués.
Fin du maquis
La phase de maquis concentré prend fin avec l’abandon des positions de la Planche des Belles Filles dans la nuit du 17 au 18 septembre 1944 puis la dispersion des groupes à la fin du mois. Les combattants poursuivent ensuite la lutte sous forme de petits groupes, cherchent à franchir les lignes ou rejoignent progressivement les unités françaises.
La libération du Territoire de Belfort en novembre 1944 fait disparaître la raison d’être clandestine du Groupement T.B. Une partie de ses survivants poursuit néanmoins la guerre dans les unités régulières ou dans la Brigade Alsace-Lorraine.
Conséquences et mémoire
Le Groupement T.B. représente l’une des principales manifestations de la mobilisation armée des FFI du Territoire de Belfort à l’approche de la Libération. Son histoire concentre à la fois les espoirs provoqués par l’avancée de la Première Armée, les difficultés d’un rassemblement prématuré de maquisards et la violence de la répression allemande de septembre-octobre 1944.
La mémoire du groupement est présente autour de la Planche des Belles Filles, dans les monuments consacrés aux résistants tués ou fusillés, au charnier de Banvillars et dans les lieux de mémoire belfortains. Le clan Guy de Larigaudie et le corps des sapeurs-pompiers de Belfort, tous deux très liés à cet environnement résistant, reçoivent après la guerre la Médaille de la Résistance à titre collectif.
Références bibliographiques
Avec les F.F.I. de Belfort, par une équipe d’entr’eux, Forces françaises de l’intérieur, Région D – Sous-région D.2 – Groupement T.B., Éditions Alsatia, 1946. Cette publication élaborée directement par d’anciens FFI constitue la source bibliographique la plus proche de l’organisation étudiée. Elle retrace la mobilisation des compagnies, leur regroupement dans le massif de la Planche des Belles Filles, les combats et le devenir des hommes.
Le Territoire de Belfort dans la tourmente, 1939-1944, Marie-Antoinette Vacelet, Conseil général du Territoire de Belfort, 1993, réédition Éditions Cêtre, Besançon. Cette étude départementale constitue une référence majeure sur l’Occupation, la Résistance, les FFI, les arrestations, les exécutions et la Libération.
La Libération en Franche-Comté : agents secrets et services spéciaux dans la Résistance. Tome I : Haute-Saône – Territoire de Belfort, André Moissé, Franche-Comté Éditions, Vesoul, 2004. L’ouvrage traite précisément des espaces dans lesquels se déploient le Groupement T.B. et les maquis du secteur de la Planche des Belles Filles.
1944, souviens-toi !, textes rassemblés et présentés par René Eymin, préface de François Marcot, Fédération interdépartementale des amicales FFI du Doubs, du Jura-Nord et du Territoire de Belfort, 1994. Ce recueil de témoignages, documents et travaux d’anciens FFI permet de replacer les opérations belfortaines dans l’ensemble régional.
La Franche-Comté sous l’occupation allemande et sa libération, Jean Riche, Marque-Maillard, Lons-le-Saunier, trois volumes, 1979-1985. Cette synthèse couvre les mouvements clandestins, les maquis et la répression allemande dans l’ensemble franc-comtois et fournit le cadre général nécessaire à l’étude du Groupement T.B.
Références internet
Musée de la Résistance en ligne – Pierre DUFAY Cette notice confirme la fonction de Pierre Dufay comme commandant des FFI de Belfort et du maquis de la Planche des Belles Filles en septembre 1944, ainsi que son passage ultérieur à la Brigade Alsace-Lorraine. Adresse : https://www.museedelaresistanceenligne.org/personne.php?id=12583
Musée de la Résistance en ligne – Citation des sapeurs-pompiers de Belfort Le témoignage de Jacques ERB emploie explicitement l’expression « Maquis T.B. » et décrit les transports clandestins de Pierre Dufay ainsi que les réunions de l’état-major FFI au poste des Forges. Adresse : https://museedelaresistanceenligne.org/media2846-Citation-du-corps-des-pompiers-de-Belfort
Le Maitron – Robert PERRIAUX La notice documente la 2e compagnie, la dispersion du maquis, la tentative de franchissement des lignes, la capture du groupe et l’exécution de Robert Perriaux à Banvillars. Adresse : https://fusilles-40-44.maitron.fr/perriaux-robert-pierre/
Le Maitron – Banvillars, charnier du Territoire de Belfort La notice collective fournit notamment l’effectif de 654 combattants du Groupement T.B. et le bilan de 117 morts, fusillés, déportés décédés ou disparus. Adresse : https://fusilles-40-44.maitron.fr/banvillars-charnier-de-territoire-de-belfort-les-fusilles-du-10-octobre-1944/
Mémoire Vive de la Résistance – Groupement T.B. Notice thématique consacrée à l’organisation, utile pour les appellations, les compagnies et les principales phases de septembre 1944, mais comportant actuellement une erreur sur le sort de Robert Perriaux. Adresse : https://mvr.asso.fr/groupement-t-b-groupement-du-territoire-de-belfort/
Fiabilité A. L’existence du Groupement T.B., ses variantes « Maquis T.B. » et « Groupement du Territoire de Belfort », le commandement de Pierre Dufay, l’organisation en compagnies, la mobilisation du 6 septembre 1944 et les combats autour de la Planche des Belles Filles sont établis par plusieurs sources concordantes.
Une réserve doit être maintenue sur l’organigramme exhaustif et la liste complète des 654 combattants, qui nécessitent le dépouillement des dossiers FFI du Service historique de la Défense. La notice MVR thématique ne peut par ailleurs être reprise sans correction, puisqu’elle affirme à tort que Robert Perriaux survit à la guerre.
Sources consultées –
Mémoire Vive de la Résistance : résultat positif, notice thématique « Groupement T.B. / Groupement du Territoire de Belfort » et nombreuses notices individuelles. https://mvr.asso.fr/groupement-t-b-groupement-du-territoire-de-belfort/
Maitron Résistance et Maitron des fusillés : résultats positifs nombreux, notamment Robert PERRIAUX, Gaston WURTZ, Achille GUILLAUME et la notice collective de Banvillars. https://maitron.fr/
Fondation de la Résistance : recherche effectuée ; documentation générale sur les FFI et la coordination des services alliés, sans monographie autonome plus précise du Groupement T.B. https://www.fondationresistance.org/
Musée de la Résistance en ligne : résultats positifs sur Pierre Dufay, les sapeurs-pompiers, le clan Guy de Larigaudie et les FFI belfortains. https://museedelaresistanceenligne.org/
Mémoire des Hommes : recherche effectuée ; absence de synthèse collective directement exploitable du Groupement T.B. dans les résultats accessibles. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/
Ordre de la Libération : recherche effectuée, notamment pour les distinctions individuelles et collectives liées aux résistants belfortains. https://www.ordredelaliberation.fr/
Gallica-BnF : recherche effectuée ; aucune monographie numérisée directement consacrée au Groupement T.B. retenue. https://gallica.bnf.fr/
Service historique de la Défense : recherche effectuée ; les dossiers FFI individuels constituent la source à dépouiller pour établir une liste nominative exhaustive des 654 combattants. https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/
Archives départementales du Territoire de Belfort : fonds et documentation de contexte sur l’Occupation, la Résistance, les arrestations, les charniers et la Libération. https://archives.territoiredebelfort.fr/