Le maquis de la forêt de Moulière, situé dans le département de la Vienne, se constitue progressivement à partir de 1942, mais prend une ampleur militaire en 1943.
Il s’appuie sur la topographie favorable de la forêt de Moulière, l’un des plus grands massifs forestiers de la région, pour abriter des réfractaires du STO et des militants locaux.
Sa création est indissociable du réseau Renard, fondé à Poitiers par Louis RENARD, qui cherche à organiser des bases arrières pour l’action armée. Le contexte est celui d’une zone occupée soumise à une surveillance étroite en raison de la proximité de la ligne de démarcation et des axes ferroviaires stratégiques.
Organisation interne
L’organisation interne est complexe, mêlant des éléments de l’Organisation Civile et Militaire (OCM) et plus tard de l’Armée Secrète (AS). Le groupe fonctionne par petits camps mobiles dissimulés sous les futaies pour échapper aux repérages aériens.
Le ravitaillement est assuré par un réseau de fermiers patriotes du Montmorillonnais. Les liaisons avec Poitiers sont constantes pour la réception des ordres et la diffusion de renseignements.
En 1944, les groupes fusionnent pour former le Groupement de la forêt de Moulière sous le commandement des FFI.
Actions menées pendant la Résistance
Les actions sont centrées sur le sabotage systématique de la ligne ferroviaire Paris-Bordeaux, vitale pour les mouvements de troupes allemandes vers le front de l’Ouest.
Le maquis organise de nombreux parachutages d’armes sur le terrain “Baleine”, situé en lisière de forêt. En juin 1944, les maquisards lancent des opérations de harcèlement contre les colonnes de la Wehrmacht remontant vers la Normandie.
Des embuscades meurtrières sont tendues aux patrouilles allemandes dans les secteurs de Lussac-les-Châteaux et de Montmorillon. Le maquis sert également de centre de transit pour les renseignements collectés sur la base aérienne de Poitiers-Biard.
Liens avec d’autres réseaux ou mouvements
Le maquis entretient des liens historiques avec le réseau Renard jusqu’au démantèlement de ce dernier. Par la suite, il collabore avec les réseaux de renseignement de l’OCM et intègre des officiers de l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA). En 1944, il fait partie intégrante du dispositif FFI de la Vienne, coordonnant ses actions avec les maquis voisins de Charente et de Haute-Vienne.
Louis RENARD, avocat à Poitiers, est l’initiateur intellectuel et organisationnel du premier noyau résistant. Après son arrestation et son exécution, le commandement militaire sur le terrain est assuré par des figures comme le Capitaine CHOUQUET ou Paul FROMANTEAU. André GENTREAU joue un rôle déterminant dans la coordination des parachutages. Le Docteur Jean-Henri CALMON participe activement à l’encadrement des groupes de la forêt.
Victimes / morts
Le réseau Renard subit un coup d’arrêt tragique avec l’arrestation de ses dirigeants en août 1942. Louis RENARD et ses compagnons sont déportés et décapités à la hache à la prison de Wolfenbüttel en Allemagne. En forêt de Moulière, de nombreux maquisards tombent lors des ratissages menés par la Division SS Das Reich en juin 1944. Les fusillés de la forêt de Moulière sont honorés par plusieurs monuments commémoratifs locaux.
Survivants identifiés
Certains membres du groupement ayant survécu aux combats de 1944 ont occupé des fonctions administratives importantes dans la Vienne après la guerre.
Paul FROMANTEAU a contribué à la rédaction de chroniques sur la vie quotidienne dans les camps de la forêt. Leurs témoignages ont permis de cartographier avec précision les emplacements des anciens abris souterrains utilisés par les résistants.
Fin du réseau
Après la libération de Poitiers en septembre 1944, le groupement de la forêt de Moulière est dissous. La majorité des combattants s’engage pour la durée de la guerre dans le Régiment de Marche de la Vienne ou rejoint les unités combattant sur le front de l’Atlantique, notamment pour la réduction de la poche de La Rochelle.
Conséquences et mémoire
L’action en forêt de Moulière a grandement perturbé la logistique allemande dans l’ouest de la France. Sur le plan mémorial, une stèle à la Maison de la Forêt et plusieurs plaques à Montmorillon rappellent le sacrifice des résistants. Le souvenir de Louis RENARD et de ses compagnons décapités demeure un pilier de la mémoire résistante poitevine.
Références bibliographiques
La Résistance en Poitou-Charentes, Jean-Henri CALMON, Éditions Geste, 2004. Cet ouvrage de référence contient des chapitres spécifiques sur l’organisation des camps en forêt de Moulière et le rôle stratégique du Montmorillonnais.
Le Réseau Renard, Marc BARBIÈRE, Éditions locales de la Vienne, 1982. Biographie détaillée du fondateur et récit de la fin tragique des membres du réseau en Allemagne.
Maquisards de la Vienne, Collectif, Éditions de l’Actualité Poitou-Charentes, 1994. Recueil de témoignages et de documents d’archives sur les combats de l’été 1944 dans le sud du département.
Références internet
VRID (Vienne Résistance Internement Déportation). Site spécialisé proposant des fiches très documentées sur le maquis de Moulière et le réseau Renard. https://www.vrid-memorial.com/
Archives Départementales de la Vienne. Fonds photographiques et documents sur la Résistance intérieure. https://archives-deux-sevres-vienne.fr/
Musée de la Résistance en ligne. Fiche thématique sur les sabotages ferroviaires dans la Vienne. http://www.museedelaresistanceenligne.org/
Sources consultées Maitron Résistance (recherche sur les membres du réseau Renard), Fondation de la Résistance (statut des unités FFI de la Vienne), SHD (dossiers individuels des fusillés de Biard), Gallica (journaux de la Libération de Poitiers), Site VRID (vérification des lieux de parachutage). Date de vérification : 22 février 2026.