À mes chers parents,
À Pépère, Élodie, Raymond,
À mes frères, et tous mes chers amis,
On vient de nous informer à onze heures que le jugement rendu le 16 a été confirmé par le général et sera exécuté tout à l’heure à quinze heures.
En ce qui me concerne, je ne puis rien regretter ; je suis resté droit et honnête jusqu’au bout ; mais j’ai infiniment de remords en pensant à tous les soucis, les ennuis, et la misère que je laisse derrière moi.
Je pars sans savoir ce qu’est devenue Armande, ni Raymond, et je voudrais demander à tous de bien vouloir vous occuper de l’avenir de notre petite Éliane.
Nous sommes tous courageux et nous vous quittons pleins d’espoir en un avenir meilleur et radieux pour vous, et c’est la certitude d’y avoir contribué qui nous réconforte par cette belle journée de printemps.
Ne nous regrettez pas, ne nous pleurez pas, et ne perdez pas de temps sur ma tombe, oubliez-nous et soyez heureux.
Nous avons une belle mort.
Mille fois merci à tous pour toutes les belles et bonnes choses que vous m’avez apportées au cours des deux visites que j’ai eues.
J’ai retrouvé à travers cela une multitude de sympathies.
Je vais faire retourner mes affaires à Andrée, comme c’est elle qui doit venir en visite cet après-midi, vous serez informés de suite.
Encore une fois ne vous désolez pas, et soyez vous aussi courageux ; il vous faut beaucoup plus de courage à vous pour continuer à vivre, qu’à moi pour quitter la vie, et c’est pour cela que je supplie tous mes amis de vous accorder leur sollicitude en récompense de notre sacrifice.
Adieu à tous,
René