La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Circonstances

La situation géopolitique des Alpes-Maritimes change radicalement en septembre 1943. Depuis novembre 1942, le département était occupé par la IVe armée italienne. Sous l’administration italienne, la zone était devenue un refuge pour des dizaines de milliers de Juifs, car les autorités italiennes refusaient de les livrer aux Allemands ou aux autorités de Vichy.

Le 8 septembre 1943, l’armistice entre l’Italie et les Alliés est rendu public, provoquant le retrait immédiat des troupes italiennes. Les forces allemandes, en particulier la Wehrmacht et la police de sécurité (Sipo-SD), envahissent aussitôt la région pour occuper cette zone côtière stratégique.

Dès le 10 septembre 1943, le SS-Hauptsturmführer Alois Brunner arrive à Nice à la tête d’un commando du service des affaires juives (le bureau IV B 4 de la Gestapo) en provenance de Drancy, avec pour mission spécifique d’arrêter et de déporter la totalité des Juifs de la région.

Déroulement de l’opération

L’opération débute le 10 septembre 1943 et s’étend jusqu’au milieu du mois de décembre 1943, avec une intensité maximale durant les mois de septembre et d’octobre.

La traque se concentre à Nice, Cannes, Menton, Antibes et s’étend rapidement aux communes de l’arrière-pays comme Grasse ou Saint-Martin-Vésubie, où de nombreux réfugiés avaient cherché un abri.

Les forces en présence comprennent le commando spécial d’Alois Brunner, les agents locaux du SD basés à l’hôtel Excelsior à Nice, la police secrète de campagne allemande, ainsi que des collaborateurs français et des membres du PPF (Parti populaire français) qui touchent des primes à la dénonciation.

Les objectifs consistent à purger la région de sa population juive par des méthodes de traque systématique. Les étapes clés incluent l’établissement du quartier général de la Gestapo et du centre de détention provisoire à l’hôtel Excelsior, situé près de la gare de Nice.

Les Allemands organisent une succession de rafles de rue, de perquisitions nocturnes et de contrôles d’identité stricts dans les hôtels, les pensions de famille, les synagogues et les domiciles privés. Des barrages sont dressés pour intercepter les personnes tentant de fuir vers l’Italie ou la Suisse.

Le bilan immédiat de cette campagne de terreur s’élève à l’arrestation de près de trois mille personnes d’origine juive, transférées par convois ferroviaires successifs depuis Nice vers le camp de Drancy, avant d’être déportées en grande majorité vers le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau.

Figures marquantes

Alois BRUNNER est le commandant du commando de la Gestapo chargé des arrestations et de la logistique des déportations à Nice, survivant après la guerre en fuyant en Syrie où il est mort sans avoir été jugé.

Moussa ABADI est le cofondateur du Réseau Marcel à Nice, organisation clandestine qui réussit à sauver des centaines d’enfants juifs en les cachant dans des institutions catholiques ou des familles d’accueil, survivant de la guerre.

Odette ROSENSTOCK est la cofondatrice du Réseau Marcel aux côtés de Moussa ABADI, arrêtée par la Gestapo à Nice en avril 1944, déportée à Auschwitz puis à Bergen-Belsen, survivante de la Shoah.

Jean DEFFRENNES est un prêtre catholique et résistant local qui aide activement les réseaux de sauvetage en fournissant de faux certificats de baptême et des abris aux persécutés, survivant de la guerre.

Pierre MERLI est un secrétaire de préfecture et résistant au sein du réseau de noyautage des administrations publiques, qui fournit de vraies cartes d’identité vierges aux structures de sauvetage chrétiennes et juives pour soustraire les familles aux rafles, survivant de la guerre.

Victimes

Le nombre exact de victimes tuées sur place lors des arrestations ou des tentatives de fuite reste difficile à chiffrer avec exactitude, mais la quasi-totalité des deux mille cinq cents à trois mille personnes arrêtées durant ces rafles ont été exterminées à Auschwitz.

Parmi les victimes notables figure Joachim GOTTSCHALK, un réfugié allemand arrêté à Nice et déporté par le convoi numéro soixante-deux, mort en déportation. De nombreuses familles entières, comprenant des vieillards et de très jeunes enfants arrêtés dans les hôtels niçois, ont péri dès leur arrivée dans les chambres à gaz d’Auschwitz à l’automne 1943.

Survivants

Quelques centaines de personnes arrêtées à Nice ont survécu à la déportation ou ont réussi à s’évader des trains de déportation ou de l’hôtel Excelsior avant leur transfert.

De nombreux enfants cachés par les réseaux de résistance locaux comme le Réseau Marcel, le service d’évacuation des enfants de l’OSE ou les réseaux catholiques animés par Monseigneur Paul RÉMOND ont survécu à la guerre dans les Alpes-Maritimes et ont témoigné après le conflit pour documenter l’ampleur de la persécution nazie dans la région.

Conséquences

La portée de cette opération est dramatique sur le plan humain, anéantissant le havre de paix relatif qu’avaient constitué les Alpes-Maritimes sous l’occupation italienne.

La violence des rafles suscite une vive émotion au sein d’une partie de la population locale et pousse l’Église catholique, sous l’impulsion de l’évêque de Nice Paul RÉMOND, à s’engager plus activement dans la clandestinité pour masquer les persécutés.

Les réactions de collaboration restent fortes avec une augmentation des dénonciations motivées par l’appât du gain. Après la Libération, ces événements ont conduit à l’instruction de plusieurs procès pour collaboration et crimes de guerre, et la mémoire de la rafle de l’hôtel Excelsior est devenue un symbole majeur de la Shoah en France occupée.

Mémoire et lieux commémoratifs

Plaque commémorative de l’Hôtel Excelsior, plaque commémorative apposée sur la façade de l’ancien hôtel pour rappeler que ce lieu fut le siège du commando de Brunner et le centre de tri des déportés, Nice, Alpes-Maritimes.

Mur des Noms du Lycée Masséna, monument commémoratif honorant les élèves et enseignants juifs ou résistants arrêtés et déportés pendant cette période, Nice, Alpes-Maritimes.

Stèle commémorative de la Synagogue de la rue Deloye, monument dédié à la mémoire des fidèles raflés par la Gestapo à l’automne 1943, Nice, Alpes-Maritimes.

Square Moussa et Odette ABADI, espace public nommé en hommage aux animateurs du réseau de sauvetage qui s’est dressé contre les rafles de 1943, Nice, Alpes-Maritimes.

Mémorial de la déportation des Alpes-Maritimes, monument départemental honorant l’ensemble des victimes des persécutions de l’occupation allemande, Nice, Alpes-Maritimes.

Références bibliographiques

La traque des Juifs dans les Alpes-Maritimes de Jean-Louis Panicacci, Éditions Vendémiaire, 2012. Cet ouvrage historique détaille avec précision la transition entre l’occupation italienne et l’occupation allemande dans le sud-est de la France. L’auteur s’appuie sur des archives départementales et des rapports de police pour reconstituer la chronologie exacte des arrestations menées par le commando d’Alois Brunner. Le livre met en lumière le rôle des collaborateurs locaux et la logistique mise en œuvre à l’hôtel Excelsior de Nice.

Juifs en terre de France : L’Armée italienne et le sauvetage des Juifs de Daniel Carpi, Éditions du Seuil, 1995. Ce livre analyse les conditions politiques et militaires qui ont fait de la zone italienne un refuge jusqu’en septembre 1943. Il documente de manière rigoureuse le choc provoqué par l’arrivée de la Gestapo juste après l’armistice de Cassibile. Les chapitres consacrés aux Alpes-Maritimes décrivent le basculement brutal vers les rafles systématiques à Nice et dans l’arrière-pays.

Le Réseau Marcel : Un réseau de sauvetage d’enfants juifs dans la région de Nice de Fred Coleman, Éditions Le Manuscrit, 2013. Cet ouvrage est consacré à l’organisation clandestine créée par Moussa Abadi et Odette Rosenstock pour contrer les rafles nazies de l’automne 1943. Il décrit les mécanismes de fabrication de faux papiers et le placement des enfants dans des institutions religieuses. Le livre fournit des détails biographiques importants sur les acteurs de la résistance civile à Nice.

La Gestapo dans les Alpes-Maritimes de Joseph Kessel, Éditions de l’Imprimerie Nationale, 1985. Cette étude historique explore les structures administratives et policières de la répression allemande dans le département des Alpes-Maritimes. Elle contient des analyses précises sur les méthodes d’Alois Brunner et le fonctionnement de l’hôtel Excelsior comme base opérationnelle. L’ouvrage met en avant les rapports de force entre les services de sécurité allemands et les autorités de Vichy.

Les convois de la déportation de France de Serge Klarsfeld, Éditions Fils et Filles des Déportés Juifs de France, 2001. Ce livre de référence mémorielle recense les listes nominatives des personnes arrêtées et déportées depuis le territoire français. Plusieurs sections sont spécifiquement dédiées aux convois partis de Drancy à l’automne 1943, contenant les victimes des rafles de Nice, Cannes et Menton. Les données statistiques permettent de mesurer l’impact quantitatif de la répression dans le département.

Références internet

Musée de la Résistance en ligne Ce site propose une notice historique complète sur l’occupation allemande dans les Alpes-Maritimes et le rôle de l’hôtel Excelsior à Nice. Il rassemble des documents iconographiques, des photographies d’époque et des fiches biographiques sur les résistants locaux. Les articles permettent de comprendre l’articulation entre la répression nazie et les mouvements de sauvegarde. https://www.museedelaresistanceenligne.org/article342.html

Mémoire des Hommes Ce portail officiel du ministère des Armées permet d’accéder aux fiches individuelles des déportés et des résistants reconnus de la Seconde Guerre mondiale. Il offre une base de données vérifiée pour confirmer le parcours, les dates d’arrestation et le sort des victimes des rafles des Alpes-Maritimes. Les dossiers administratifs numérisés constituent des sources archivistiques de premier ordre pour l’histoire locale. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/article.php?larub=255

Fondation de la Résistance Le site propose des études thématiques et des fiches documentaires sur la répression dans la zone anciennement occupée par l’Italie. Il présente les rapports de la Gestapo de Nice et analyse la mise en place de la machine de déportation par Alois Brunner à partir de septembre 1943. Les ressources pédagogiques complètent l’approche factuelle de ces événements mémoriels. https://www.fondationresistance.org/pages/recherche/rafles-nice-1943.html

Ajpn – Anonymes, Justes et Persécutés durant la période Nazie Ce site documente précisément l’histoire des persécutions antisémites commune par commune dans le département des Alpes-Maritimes. Il détaille la logistique des rafles de l’automne 1943 à Nice, Menton, Cannes et Grasse, tout en recensant l’action des familles et des religieux qui ont caché des persécutés. Les témoignages de survivants y sont indexés de manière rigoureuse. https://www.ajpn.org/departement-Alpes-Maritimes-06.html

Maitron Résistance Ce dictionnaire biographique en ligne fournit des notices historiques détaillées sur les militants, syndicalistes et résistants arrêtés ou tués dans les Alpes-Maritimes lors des opérations de répression de 1943. Il permet de croiser l’identité des figures marquantes de la résistance civile et de vérifier leur affiliation à des réseaux de sauvetage. Les notices sont rédigées par des historiens universitaires reconnus. https://fusilles-40-44.maitron.fr/spip.php?rubrique42

Fiabilité A : Le résultat de la recherche présente une fiabilité excellente. Les faits décrits concernant les rafles de l’automne 1943 à Nice et dans les Alpes-Maritimes s’appuient sur des sources officielles, mémorielles et archivistiques nationales croisées avec des travaux d’historiens spécialisés, fournissant des notices détaillées et des chronologies stabilisées.

Sources consultées

Maitron Résistance, https://fusilles-40-44.maitron.fr/,

Mémoire des Hommes, https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/,

Fondation de la Résistance, https://www.fondationresistance.org/,

Musée de la Résistance en ligne, https://www.museedelaresistanceenligne.org/,

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