Après l’invasion en avril 1940, Hitler ordonne à Nikolaus von Falkenhorst de transformer la Norvège en Festung Norwegen, craignant un débarquement allié dans le nord. Les travaux menés par l’organisation Todt (OT) et la Wehrmacht mobilisent environ 300 000 soldats et 100 000 prisonniers, pour édifier :
• plus de 300 batteries côtières (221 confirmées) ;
• des bunkers anti‑sous‑marins (Dora I à Trondheim…) ;
• des installations anti-aériennes, routes, voies ferrées (Norlandsbanen, Riksvei 50).
Batterie Fjell (Fjell festning) – Île de Sotra, près de Bergen
Construite entre 1942 et 1943 sur l’île de Sotra, la batterie de Fjell est une des plus puissantes du mur de l’Atlantique en Norvège. Elle abritait une tourelle de cuirassé Dora (tirée du croiseur allemand Gneisenau) armée de trois canons de 28 cm SK C/34, capables de tirer des obus de 300 kg à plus de 38 km. C’est une installation unique en Europe du Nord par son architecture souterraine.
Son but était de protéger le port stratégique de Bergen, base navale majeure pour la Kriegsmarine. Les Allemands ont mobilisé plusieurs milliers de prisonniers de guerre et travailleurs forcés pour creuser les galeries souterraines et ériger les installations (ascenseurs, postes de commandement, munitions…).
La batterie n’a jamais été utilisée au combat, mais elle a immobilisé un grand nombre de troupes. Elle représente un exemple typique du gaspillage stratégique allemand en Norvège. Elle est aujourd’hui muséifiée (Fjell Fortress Museum), visitable et classée monument historique.
Batterie Trondenes (Trondenes Fort) – Harstad, nord de la Norvège
Située à Trondenes, près de Harstad, cette batterie de marine a été construite pour protéger le passage maritime vers Narvik. Elle abrite la plus grande pièce d’artillerie terrestre encore en place au monde : un canon SK C/34 de 40,6 cm, monté sur affût côtier, pesant 110 tonnes.
Cette batterie faisait partie de l’Artilleriegruppe Trondenes, un complexe capable de protéger toute la côte de l’Ofotfjord. Sa portée de tir atteignait 56 km.
Elle n’a jamais tiré sur des cibles ennemies, mais sa simple présence a fortement contribué à dissuader une opération alliée dans le Nord. Elle est aujourd’hui l’un des vestiges les mieux conservés du mur de l’Atlantique.
Batterie Austrått (Austrått Fort) – Ørland, Trøndelag
Cette batterie est remarquable pour avoir utilisé une autre tourelle triple SK C/34 de battleship Gneisenau, identique à celle de Fjell. Elle a été implantée dans une colline rocheuse près du fjord de Trondheim.
Son objectif : protéger les entrées maritimes vers Trondheim, base cruciale pour les sous-marins allemands (Dora I et II). L’infrastructure intégrait un système de cavernes blindées, voies de munitions, générateurs et postes de tir souterrains.
Comme ses homologues, la batterie n’a pas été engagée dans un combat réel, mais elle a formé un noyau logistique et militaire lourd pour la défense de la Norvège. Elle est également devenue un musée militaire ouvert au public.
Dora I – Base sous-marine à Trondheim
Bien que ce ne soit pas une batterie au sens classique, Dora I fut un complexe stratégique majeur du système Festung Norwegen. Ce bunker à sous-marins, construit par l’organisation Todt entre 1941 et 1943, mesurait 153 m de long, 105 m de large, avec une dalle de béton de 3,5 m d’épaisseur.
C’était l’une des plus grandes bases de sous-marins de l’Atlantique Nord, conçue pour abriter 16 U-Boote. Sa construction fut extrêmement meurtrière pour les prisonniers de guerre slaves, russes et français.
Dora I fut l’une des rares structures utilisées opérationnellement pendant la guerre. Après 1945, elle fut partiellement réutilisée par les forces norvégiennes.
Héros, morts et pertes
L’effort humanitaire est collectif, souvent au prix de vies humaines parmi les prisonniers de guerre, dont environ 5 000 Serbes, Polonais, Russes utilisés, dont nombreux sont décédés de froid, fatigue ou exécution.
Conséquences
Ce vaste dispositif dissuasif reste inutilisé militairement : le débarquement eut lieu en Normandie en 1944, aidé en partie par une diversion créée autour de la fausse menace sur la Norvège . Les fortifications ont immobilisé des troupes allemandes loin du front principal, accélérant l’effondrement en 1945.
Références bibliographiques
- Atlantic Wall in Norway – Torgeir E. Sæveraas – Historisk Tidsskrift – 2018 Publication savante universitaire sur l’infrastructure OT, les batteries fortes et la mémoire collective.
- Germany and the Second World War: The Atlantic Wall – Militärgeschichtliches Forschungsamt – Oxford – 2002 Analyse militaire, incluant les coûts humains, économiques et la stratégie défensive en Norvège.
- Hitler’s Atlantic Fortress: The German Coastal Defences in Norway – Chris Mann – Ian Allan – 2002Récit détaillé du plan, construction, matériel utilisé, conditions de l’OT et de la Wehrmacht.
- Cross & Crumbling: The Atlantic Wall and its Fortresses – Bård Amundsen – Forskning.no – 2023Article de vulgarisation sur l’idée stratégique d’une Norvège fortifiée et les conséquences humaines.
Références internet
- Wikipedia – Festung Norwegen Synthèse claire des composants (batteries, troupes, OT), enjeux, résultats. https://en.wikipedia.org/wiki/Festung_Norwegen
- Sciencenorway – Hitler gave the order for Festung Norwegen Analyse du pari stratégique allemand et des erreurs associées.
https://www.sciencenorway.no/second-world-war-war/hitler-was-likely-tricked-… - The Norwegian Atlantic Wall – IWM Présentation du système défensif, bunkers, batteries, U‑bateaux. https://www.iwm.org.uk/collections/item/object/3226
- ResearchGate – Archaeological Studies of POWs in Norway Étude sur le travail des prisonniers, exploitation humaine et vestiges archéologiques.
https://www.researchgate.net/publication/…