Le 15 août 1944, l’opération Dragoon voit débarquer près de 150 000 hommes en quelques heures sur les plages de Cavalaire, Saint-Tropez et Saint-Raphaël.
Le dispositif terrestre relève du VIIe Armée US du lieutenant-général Alexander M. Patch; son fer de lance est le VIe Corps du major-général Lucian K. Truscott Jr. (3e, 36e et 45e Divisions d’infanterie) appuyé par la 1st Airborne Task Force du major-général Robert T. Frederick – 9 000 parachutistes et planeurs largués autour du Muy pour verrouiller les arrières des plages
Dès que les têtes de pont sont sécurisées, l’Armée B française du général Jean de Lattre de Tassigny (1ʳᵉ DB, 3ᵉ DIA, 9ᵉ DIC, soit plus de 250 000 hommes) est déployée en deuxième échelon pour investir Toulon et Marseille
La couverture navale – quelque 880 bâtiments et plus de 1 300 engins de débarquement – est assurée par la 8ᵉ Flotte US de l’amiral Henry K. Hewitt, tandis que la supériorité aérienne est garantie par la Mediterranean Allied Air Forces (général John K. Cannon)
Les difficultés de l’opération
Dragoon est longtemps contestée par Winston Churchill, qui craint un affaiblissement du front italien au profit d’un second débarquement jugé « superflu » ; Roosevelt tranche en faveur du plan américain en juillet 1944
Le littoral varois oppose des rivages escarpés (Saint-Raphaël) et très minés ; la mauvaise météo nocturne disperse les parachutistes, dont seulement 60 % atteignent leur zone avant l’aube.
Enfin, la pénurie antérieure de moyens amphibies a retardé l’opération et contraint à une logistique millimétrée pour débarquer 6 500 véhicules en vingt-quatre heures.
L’opposition allemande
Face aux Alliés se trouve le Groupe d’armées G du général Johannes Blaskowitz (env. 100 000 hommes le 15 août), articulé autour de la 19ᵉ Armée du général Friedrich Wiese, de la 242ᵉ et de la 148ᵉ DI réparties sur le littoral, et d’une unique réserve mobile, la 11ᵉ Panzerdivision .
Équipées d’artilleries côtières mais sous-dotées en blindés et en DCA, ces unités sont rapidement submergées ; Blaskowitz doit ordonner une retraite vers le nord dès le 17 août.
Les opérations spéciales et le rôle de la Résistance
- Opération Romeo : dans la nuit du 14 au 15 août, 800 commandos d’Afrique du lieutenant-colonel Georges-Régis Bouvet neutralisent l’artillerie du cap Nègre pour ouvrir le passage aux barges.
- Îles d’Hyères : la 1st Special Service Force canado-américaine s’empare de Port-Cros et du Levant pour couvrir le flanc maritime.
- Les Forces Françaises de l’Intérieur (environ 75 000 résistants en Provence) lancent l’insurrection dès la réception du message codé « Le chef est affamé » : sabotages ferroviaires, coupure des lignes téléphoniques, guidage des colonnes alliées vers Draguignan, Toulon puis Marseille.
- Leur action accélère l’encerclement de Toulon (libérée le 27 août) et de Marseille (28 août).
Références bibliographiques
- Operation Dragoon 1944: France’s Other D-Day, Steven J. Zaloga, edt Osprey Publishing, 2014.Monographie de la série Campaign : ordres de bataille détaillés, cartes en couleur et analyse tactique de chaque phase de l’offensive.
- Le Débarquement de Provence, Antoine Champeaux & Paul Gaujac, edt Lavauzelle, 2008.Actes du colloque international de Fréjus ; contributions d’historiens français, américains et allemands sur la planification, la logistique et la mémoire de Dragoon.
- Le Débarquement de Provence : Anvil-Dragoon, août 1944, Paul Gaujac, edt Histoire & Collections, 2004. Beau-livre richement illustré (cartes grand format, profils d’engins, témoignages) retraçant les combats jour par jour.
- Le Débarquement de Provence, août 1944, Claire Miot, edt Passés/Composés – ECPAD, 2024.Synthèse récente appuyée sur fonds photographiques inédits ; insiste sur l’expérience des civils et sur la reconstitution de l’armée française.
- Operation Dragoon: The Liberation of Southern France 1944, Anthony Tucker-Jones, edt Pen & Sword, 2014.Replace l’opération dans le débat stratégique anglo-américain et intègre de nombreux récits de vétérans.
- Operation Dragoon: Autopsy of a Battle, Jean-Loup Gassend, edtSchiffer Publishing, 2014. Étude micro-historique de la côte d’Azur, croisant archives locales, photos d’époque et interviews de témoins.
- Le Débarquement de Provence – 15 août 1944, Pierre Dufour, edt Pygmalion, 2019.Récit grand public soulignant la part des troupes nord-africaines et « coloniales » dans l’Armée B.
- Guide du débarquement de Provence 15 août 1944, Henri Julien, Éditions de Provence, 2004. Itinéraires de visite, cartes des vestiges, informations pratiques sur musées et nécropoles.
Références internet
- Chemins de mémoire – « Août 1944 : le débarquement de Provence » : chronologie détaillée des opérations, cartes interactives, focus sur l’aide de la Résistance. https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/aout-1944-le-debarquement-de-provence
- Naval History & Heritage Command – « Operation Dragoon » : rôle de la 8ᵉ Flotte, listes des bâtiments engagés, galerie photo US Navy. https://www.history.navy.mil/browse-by-topic/wars-conflicts-and-operations/world-war-ii/1944/operation-dragoon.html
- Operation-dragoon.com : portail associatif proposant cartes jour-par-jour, témoignages de vétérans, inventaire des épaves et sites mémoriels.
https://www.operation-dragoon.com/ - Musée de la Résistance en ligne – « Le débarquement de Provence » : dossiers pédagogiques sur l’action des FFI, documents d’archives numérisés, pistes pour travaux scolaires.
- https://www.museedelaresistanceenligne.org/expo.php?expo=95&stheme=403&theme=202
- Theatrum Belli – « Les commandos d’Afrique à l’assaut du cap Nègre » : article illustré consacré à l’opération Romeo, biographies de Bouvet et de ses hommes.
https://theatrum-belli.com/73e-anniversaire-du-debarquement-de-provence-les-commandos-dafrique-a-lassaut-du-cap-negre/ - ONAC-VG – Mémorial du débarquement et de la libération de Provence (Mont Faron) : présentation du mémorial, horaires de visite, expositions temporaires.
https://www.onac-vg.fr/hauts-lieux-memoire-necropoles/memorial-du-debarquement-et-de-la-liberation-de-provence-mont-faron