Le Bataillon de guérilla de l’Armagnac est une formation combattante de la Résistance gersoise constituée au printemps 1944 autour de Maurice PARISOT. Le Musée de la Résistance en ligne le présente comme le nom officiel donné par les MUR, transformés en MLN, à ce maquis emblématique de la Résistance du Gers.
Au moment du rassemblement de Panjas, en juin 1944, la commune de Panjas retient le chiffre de 570 volontaires rassemblés ; Stéphane WEISS souligne toutefois qu’en juin 1944 l’ensemble des récits et archives disponibles ne permettent de documenter que 500 à 700 hommes, et non les 1200 ou plus parfois avancés pour cette phase initiale.
Le bataillon mène ensuite plusieurs actions importantes dans le Gers et les départements voisins, notamment l’embuscade d’Aurensan le 26 juillet, l’embuscade de Maulichères le 3 août, l’attaque d’Aire-sur-l’Adour les 12 et 13 août, les combats de L’Isle-Jourdain les 19 et 20 août, puis des incursions jusqu’à Narbonne et Pézenas entre le 25 et le 28 août 1944.
Circonstances
Le bataillon se développe dans le cadre de la Résistance armée du Sud-Ouest et entretient des liens étroits avec le réseau britannique de George Reginald STARR. La brochure mémorielle sur Castelnau indique que STARR coopère avec Maurice PARISOT depuis la constitution du bataillon en avril 1944 et contribue à son armement par les parachutages du SOE.
Le rassemblement des hommes dans le Gers après le 6 juin 1944 traduit le passage à la guérilla ouverte. L’unité s’insère aussi dans le dispositif régional FFI de la région R4, pour lequel les travaux présentés par le Musée de la Résistance en ligne montrent l’existence de liaisons régulières entre l’état-major régional, le groupe Parisot, les guérilleros espagnols et d’autres composantes de la Résistance.
Héros et figures marquantes
Maurice PARISOT est le chef fondateur du bataillon.
Henri MONNET est son adjoint ; il a compétence sur les effectifs, la justice militaire et le renseignement, puis prend le commandement après la mort accidentelle de PARISOT dans la nuit du 5 au 6 septembre 1944 sur le terrain de Francazal.
Le capitaine MOREAU est chargé des liaisons et de l’instruction des recrues, aidé par Léon MESSIN.
Léon MALANDIN dirige l’intendance et le ravitaillement.
Abel SEMPÉ supervise les transports.
Les docteurs Roger LABARBE et Jean DUPUY, avec le pharmacien COUPAYE, organisent le service de santé.
Le Sénat rappelle par ailleurs qu’Henri MONNET, engagé dans la Résistance depuis 1941, participe au lancement du bataillon puis commande le 158e régiment d’infanterie sur le front de l’Atlantique.
Victimes
Le Musée de la Résistance en ligne indique que le Bataillon de l’Armagnac perd 27 hommes, dont son chef Maurice PARISOT, au cours de sa phase de guérilla en 1944 ; il ajoute que 23 autres meurent ensuite sur le front de l’Atlantique. Le mémorial de Panjas porte 52 noms de combattants et résistants morts pour la liberté. Maurice PARISOT est tué accidentellement à Francazal ; cette mort, bien que distincte d’un combat classique, est retenue dans la mémoire du bataillon comme une perte majeure de l’unité.
Survivants
Henri MONNET survit à la guerre et poursuit le commandement de l’unité après septembre 1944. Le Sénat rappelle qu’il prend ensuite la tête du 158e régiment d’infanterie et combat sur le front de l’Atlantique. Lucien FOURNIER, officier de renseignement du bataillon, de la demi-brigade puis du 158e RI, est encore signalé par ImagesDéfense dans des reportages photographiques de 1945. Les sources consultées ne permettent pas d’établir une liste exhaustive de tous les survivants du bataillon, mais elles identifient clairement une continuité d’encadrement entre la guérilla gersoise, la demi-brigade de l’Armagnac, le régiment Parisot puis le 158e RI.
Conséquences
Après la Libération du Gers à L’Isle-Jourdain les 19 et 20 août 1944, le bataillon est envoyé en Languedoc à la poursuite des garnisons allemandes qui se replient. Le 12 septembre 1944, fort de 1800 hommes, il devient la Demi-Brigade de l’Armagnac.
Le 31 décembre 1944, lors d’une prise d’armes à Saintes, cette demi-brigade prend le nom de « Régiment Parisot ». Le 16 février 1945, le régiment Parisot et le bataillon Raynaud du 1er régiment du Gers forment le 158e régiment d’infanterie. Le 158e RI combat ensuite dans les derniers retranchements allemands de Charente-Maritime, notamment à la presqu’île d’Arvert et sur l’île d’Oléron au printemps 1945. Cette chronologie montre qu’il est exact de relier le Bataillon de guérilla de l’Armagnac au 158e RI, mais qu’il faut distinguer les dénominations successives pour éviter l’anachronisme : en juin-août 1944 il s’agit du Bataillon de l’Armagnac ; le 158e RI n’existe sous cette appellation qu’à partir de février 1945.
Mémoire et lieux commémoratifs
Panjas est le principal lieu de mémoire de cette formation.
Le Musée de la Résistance en ligne indique qu’un premier monument a été édifié sur la place du village en 1954 en souvenir du rassemblement de juin 1944, puis qu’un autre monument dédié aux morts du bataillon a été élevé en 1965.
La commune de Panjas rappelle de son côté que le mémorial conserve les noms des 52 combattants et résistants morts pour la liberté.
Les Archives départementales du Gers ont en outre consacré une exposition au Bataillon de l’Armagnac en 2024-2025, ce qui confirme la vitalité de la mémoire publique de cette unité.
Références bibliographiques
Le bataillon de l’Armagnac. La Gascogne en résistance Jacques LASSERRE, Privat, 2018. Cet ouvrage de référence est consacré à l’histoire du groupe Parisot depuis ses origines clandestines jusqu’aux combats de l’été 1944. Il étudie les chefs, les structures, les opérations et la transition vers des formes d’organisation militaire plus régulières.
Le Bataillon de guérilla de l’Armagnac, 158e R.I. Au cœur de la Résistance en Gascogne dans la libération du Sud-Ouest de la France, 1940-1945 collectif sous la direction de Jacques POTET, Amicale du Bataillon de l’Armagnac / A.I.T.I., 2002. Il s’agit de l’ouvrage mémoriel majeur sur l’unité. Il rassemble des contributions sur les cadres, les engagements tactiques, les pertes, le passage à la demi-brigade puis au 158e RI et les combats de 1945.
Maquis de Gascogne Raymond ESCHOLIER, Éditions du Milieu du Monde, 1945 ; rééd. Éditions du Bastion, 2004. Rédigé au sortir de la guerre, ce livre restitue la mémoire immédiate des maquis gascons et éclaire l’atmosphère, les acteurs et les opérations armées du Sud-Ouest. Il est utile pour approcher la perception contemporaine du bataillon.
Du Bataillon de l’Armagnac au 158e RI Stéphane WEISS, Bulletin de la Société archéologique du Gers, 2014, première et seconde parties. Cette étude, fondée sur un travail de reconstitution des effectifs et des cadres, est précieuse pour corriger certaines approximations mémorielles. Elle permet notamment de mieux cerner le volume réel des effectifs en juin 1944 et l’évolution institutionnelle de l’unité.
Le Gers en Résistance Jacques FITAN et Pierre LÉOUTRE, Book on Demand, 2020. L’ouvrage offre une synthèse départementale récente qui permet de relier l’histoire du Bataillon de l’Armagnac aux autres maquis, réseaux et épisodes répressifs du Gers. Il est utile pour les implantations locales, les chefs et les combats de l’été 1944.
Références internet
Musée de la Résistance en ligne La notice du mémorial de Panjas présente le bataillon comme le maquis emblématique de la Résistance gersoise, rappelle son organisation interne, dresse la chronologie de plusieurs de ses combats et donne le bilan mémoriel des pertes du bataillon et du front atlantique. https://museedelaresistanceenligne.org/media8367-Mmorial-du-Bataillon-de-lArmagnac-Panjas-Gers
Hauts Lieux de Mémoire du Gers La page de synthèse sur le Bataillon de l’Armagnac retrace la libération du Gers, la mort de Maurice PARISOT, la prise de commandement par Henri MONNET et la transformation de l’unité en Demi-Brigade de l’Armagnac puis en 158e régiment d’infanterie. https://resistance-gers.fr/reseaux/le-bataillon-de-larmagnac/
ImagesDéfense Cette notice photographique du ministère des Armées résume le passage du bataillon à la demi-brigade puis au régiment Parisot et au 158e RI, avec des indications précises sur les dates, les effectifs et les opérations de la presqu’île d’Arvert et de l’île d’Oléron. https://imagesdefense.gouv.fr/fr/158e-ri-liberation-de-la-presqu-ile-d-arvert-et-de-l-ile-d-oleron.html
Musée de la Résistance en ligne La page « Formation de FFI en R4 », appuyée sur les travaux de Stéphane WEISS, est essentielle pour la critique des effectifs attribués au Bataillon de l’Armagnac en juin 1944 et pour replacer le groupe Parisot dans le dispositif régional FFI. https://museedelaresistanceenligne.org/media1206-Formation-de-FFI-en-R4
FranceArchives La notice d’archives sur le 158e régiment d’infanterie confirme que cette unité est créée le 16 février 1945 à partir de la demi-brigade FFI de l’Armagnac. Elle est utile pour fixer rigoureusement la chronologie des appellations militaires. https://francearchives.gouv.fr/facomponent/1bbe1d85ec71c06b949e819df40103536724b486
Archives départementales du Gers La page consacrée à l’exposition « Le bataillon de l’Armagnac (1944-1945) » atteste la conservation et la valorisation publiques des fonds locaux sur cette unité résistante. Elle permet aussi d’identifier le travail mémoriel départemental récent autour du bataillon. https://www.archives32.fr/le-bataillon-de-larmagnac-1944-1945/
Sénat La notice biographique d’Henri MONNET confirme sa participation au lancement du bataillon, puis son commandement du 158e RI sur le front de l’Atlantique. Elle apporte un recoupement institutionnel sur la continuité des cadres de l’unité. https://www.senat.fr/connaitre-le-senat/lhistoire-du-senat/dossiers-dhistoire/le-senat-a-la-fin-de-la-seconde-guerre-mondiale/henri-monnet-1896-1983.html
Sources consultées : Musée de la Résistance en ligne, Hauts Lieux de Mémoire du Gers, ImagesDéfense, FranceArchives, Archives départementales du Gers, Service historique de la Défense, Maitron, Sénat, Mémoire des Hommes, Gallica, Wikipédia en recoupement. Date de vérification : 8 mars 2026.
Sur le Bataillon de l’Armagnac, le point le plus important à fixer est la chronologie des dénominations : l’unité résistante de 1944 n’est devenue 158e RI qu’en février 1945.