La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Espace frontalier avec l’Italie et la Suisse, montagne propice au refuge et aux transmissions, les Alpes constituent dès 1940 un arrière-pays stratégique pour la Résistance.

La proximité de la Suisse favorise les filières d’évasion de civils et de résistants, tandis que l’occupation italienne (novembre 1942–septembre 1943) puis le relais allemand redessinent les enjeux répressifs, notamment dans les Alpes-Maritimes et la rive alpine de la Méditerranée.

Les vallées contrôlent routes et voies ferrées, et les massifs (Vercors, Oisans, Bauges, Aravis, Glières) offrent des bases à des maquis qui s’adossent progressivement aux réseaux nationaux (MUR, AS, FTP, ORA) et aux missions interalliées (BCRA/SOE).

Entre 1942 et 1943, le Vercors devient le laboratoire d’un projet stratégique conçu par l’architecte grenoblois Pierre Dalloz : faire du massif une « citadelle » bloquant les communications ennemies au moment d’un débarquement allié au sud.

Le plan, validé par Jean Moulin via Yves Farge, prend le nom de « Montagnards ».

À la même date, en Haute-Savoie, la mission interalliée (BCRA/SOE) propose le plateau des Glières comme zone d’armement des maquis départementaux, bientôt structurés au sein de l’Armée secrète.

Le Vercors s’organise en secteurs (commandement civil autour d’Eugène Chavant « Clément », commandement militaire confié successivement à Alain Le Ray puis à François Huet « Hervieux »).

 Les Glières passent sous la conduite de « Tom » Morel, puis, après sa mort le 10 mars 1944, du capitaine Maurice Anjot.

L’appui allié s’opère par la mission « Musc » : Jean Rosenthal (« Cantinier », BCRA) et le lieutenant-colonel Richard Heslop (« Xavier », SOE) évaluent les maquis, homologuent des terrains, et coordonnent parachutages et liaisons radio.

Actions menées

Au Vercors, sabotages, organisation de camps de réfractaires, renseignement et formation s’intensifient à partir de 1943.

L’opération « Cadillac » du 14 juillet 1944 voit 72 B-17 larguer en plein jour des conteneurs d’armes et matériels sur Vassieux-en-Vercors, en coordination avec le SHAEF et la Délégation militaire FFI à Londres.

Sur le plateau des Glières, des parachutages d’armement en hiver 1944 permettent d’équiper les groupes rassemblés, malgré des conditions extrêmes.

Les filières d’évasion vers la Suisse fonctionnent en continu dans les massifs de Savoie/Haute-Savoie, au service de résistants, de Juifs et d’aviateurs alliés.

Événements marquants et répression

Dans les Alpes du Nord, le Vercors est attaqué à partir du 21 juillet 1944 ; Vassieux-en-Vercors subit raids aériens, colonnes motorisées et massacres, laissant des traces durables dans la mémoire locale.

En Haute-Savoie, les combats de mars 1944 aux Glières opposent maquisards, GMR/Milice et troupes allemandes ; la chute du plateau entraîne des exécutions et poursuites, malgré la protection qu’avait assurée jusque-là la zone d’occupation italienne.

Dans les Hautes-Alpes, Briançon connaît une brève libération en août 1944, une réoccupation allemande fin août, puis une libération définitive le 6 septembre.

Sur le littoral, Nice est libérée le 28 août 1944 dans le contexte du débarquement de Provence.

Chefs et figures marquantes

  • Pierre Dalloz, initiateur du « Plan Montagnards » ;
  • Eugène Chavant « Clément », pivot civil du Vercors ;
  • Alain Le Ray
  • François Huet « Hervieux », chefs militaires du massif ;
  • Théodose « Tom » Morel, artisan du rassemblement aux Glières, tombé le 10 mars 1944 ;
  • Maurice Anjot, qui lui succède ;
  • Jean Prévost, engagé dans le Vercors sous le nom de « capitaine Goderville », tué au combat le 1ᵉʳ août 1944.
  • Jean Rosenthal (« Cantinier », Compagnon de la Libération) et
  • Richard Heslop (« Xavier », SOE).

Victimes et déportations

Les combats, exécutions et rafles de 1943-1944 frappent l’ensemble du front alpin.

Vassieux-en-Vercors, promu « Compagnon de la Libération », incarne l’ampleur des pertes civiles et combattantes du massif.

Les nécropoles nationales et bases mémorielles (Mémoire des Hommes) conservent les noms des morts pour la France, tandis que les musées départementaux documentent les itinéraires de déportation depuis Isère, Savoie et Haute-Savoie.

Survivants et rôle mémoriel

Dès l’après-guerre, les associations d’anciens (Pionniers du Vercors, Rescapés des Glières) structurent un souvenir vivant ; musées, mémoriaux et cérémonies pérennisent l’histoire des maquis alpins.

La transmission mobilise collectivités et services d’archives, avec une attention particulière aux filières d’évasion vers la Suisse et aux parcours de Justes et de passeurs.

Fin de la séquence : Libération

À l’échelle alpine, l’été 1944 est celui de la bascule :

  • Grenoble est libérée le 22 août,
  • Nice le 28 août,
  • Briançon le 6 septembre.

Le repli allemand consacre le rôle militaire des maquis comme force d’appoint des FFI et l’importance des liaisons interalliées, malgré les pertes subies au Vercors et aux Glières.

Mémoire et lieux

Le Mémorial de la Résistance du Vercors à Vassieux-en-Vercors, la nécropole nationale de Saint-Nizier-du-Moucherotte et, en Haute-Savoie, le site de Morette (musée départemental, nécropole nationale des Glières, mémorial de la Déportation) composent une trame mémorielle structurante, à laquelle s’ajoute le Monument national à la Résistance de Gilioli sur le plateau des Glières.

Références bibliographiques

  • Le Vercors. Histoire et mémoire d’un maquis, Gilles Vergnon, Éditions de l’Atelier, 2002. Ouvrage de synthèse devenu une référence : genèse du projet Montagnards, organisation du massif, parcours des chefs civils et militaires, bilan humain et mémoriel. Il éclaire aussi la construction de la mémoire publique du Vercors après 1945.
  • François Huet, chef militaire du Vercors, 1944. Une vie au service de la France, François Broche, Éditions Italiques, 2004. Biographie précise du colonel Huet « Hervieux », du commandement de l’été 1944 aux choix tactiques, replacée dans les relations FFI/Alliés et les contraintes du terrain. Utile pour comprendre la chaîne de commandement.
  • Glières 1944. Histoire des combats de février et mars 1944, Yves Barde, Historic’One, 2004/2010. Récit documenté des opérations d’hiver 1944 : composition des unités, logistique des parachutages, itinéraires des groupes, pertes et dispersion. Met en perspective les débats historiographiques sur le repli.
  • Vercors, citadelle de liberté, Paul Dreyfus, De Borée, 2005. Chronique vivante du maquis, nourrie de témoignages et d’archives locales ; utile pour saisir la dimension civilo-militaire du massif et l’impact des violences de juillet 1944.
  • Chemins de passage : les passages clandestins entre la Haute-Savoie et la Suisse (1940-1944), Jean-Claude Croquet, La Salévienne, 1996. Catalogue d’exposition devenu référence : itinéraires, cartes, acteurs et risques des filières haut-savoyardes vers la Suisse, avec sources et documents iconographiques.

Références internet

Musée de l’Ordre de la LibérationWikipédia

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