La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’hôpital de La Grave à Toulouse, situé sur la rive gauche de la Garonne, remplit une fonction hybride de centre de soins et de lieu de détention sous contrôle policier.

À partir de 1942, une partie de l’établissement est transformée en « quartier carcéral » pour les prisonniers malades ou blessés transférés de la prison Saint-Michel. Ce lieu est surveillé par des gardiens français et, pour les détenus les plus importants, par des sentinelles allemandes.

L’objectif pour la Résistance est d’utiliser la perméabilité relative de ce lieu hospitalier par rapport à la prison Saint-Michel pour organiser des évasions ou transmettre des renseignements.

Plusieurs tentatives individuelles ou collectives marquent l’histoire du site entre 1943 et l’été 1944. Le bilan mémoriel retient surtout sa fonction de plaque tournante pour les résistants blessés lors d’engagements armés ou de tortures subies à la prison Saint-Michel ou au siège de la Gestapo, rue des Martyrs.

Circonstances

Toulouse est une ville stratégique en zone sud, puis en zone occupée après novembre 1942. La répression contre les réseaux de renseignement et les maquis de la région (Vercors, Gers, Ariège) sature les lieux de détention classiques. La Grave devient une annexe indispensable pour traiter les détenus dont l’état de santé ne permet pas une incarcération immédiate en cellule. Pour la Résistance, ce site présente un intérêt tactique majeur : les complicités médicales (médecins, infirmiers, sœurs de Saint-Vincent-de-Paul) permettent d’adoucir le sort des prisonniers et de préparer des exfiltrations audacieuses.

Héros et figures marquantes

André FRAYSSE, interne en médecine et résistant, joue un rôle clé dans les liaisons avec les réseaux extérieurs. Plusieurs religieuses de l’établissement, agissant par humanité et patriotisme, facilitent les contacts entre les familles et les détenus clandestins. Des membres du réseau Morhange et du mouvement Libérer et Fédérer ont également bénéficié de complicités au sein de l’hospice pour échapper à la surveillance policière.

Victimes

De nombreux résistants sont morts à La Grave des suites de leurs blessures ou de mauvais traitements subis durant leurs interrogatoires avant leur transfert. Les registres hospitaliers de l’époque, bien que parfois censurés, portent les traces de ces décès anonymes ou de combattants identifiés après la guerre.

Survivants

Certains résistants évadés de La Grave ont pu reprendre le combat dans les maquis environnants. Leur témoignage après la Libération a permis de mettre en lumière le rôle courageux du personnel soignant toulousain qui a risqué la déportation pour protéger des patriotes blessés.

Conséquences

La fonction de prison-hospice a paradoxalement servi la Résistance en créant une faille dans le système répressif allemand. Les évasions réussies ont humilié les services de police de Vichy et renforcé le moral des troupes clandestines. Après la guerre, le rôle de La Grave a été reconnu par l’attribution de distinctions à plusieurs membres du personnel hospitalier engagés dans la clandestinité.

Mémoire et lieux commémoratifs

Hôpital de La Grave, monument historique, Toulouse.

Plaque commémorative aux résistants hospitaliers, cour intérieure de La Grave, Toulouse.

Musée de la Résistance et de la Déportation, lieu de mémoire, Toulouse.

Références bibliographiques

La Résistance en Haute-Garonne, Michel Goubet, Éditions Milan, 1984. Ce livre documente les lieux de répression à Toulouse et cite le rôle de l’hôpital de La Grave comme centre de transit carcéral.

L’Hôpital de La Grave : Histoire et Mémoire, Collectif, Éditions Privat, 2010. Un chapitre spécifique traite de la période 1939-1945 et de l’accueil clandestin de résistants blessés.

Toulouse occupée, Jean-Claude Faucon, Éditions Loubatières, 1994. Ouvrage analysant la vie quotidienne et les structures de détention sous l’occupation allemande et le régime de Vichy.

Médecine et Résistance, Guy Boudet, Éditions Docis, 1990. Étude sur l’engagement des médecins et internes, notamment dans les hôpitaux toulousains, pour soustraire des résistants à la police.

Les années noires : vivre à Toulouse 1939-1944, Marc Fineltin, Éditions CRDP, 1995. Synthèse sur la répression et les lieux de souffrance des patriotes dans la ville rose.

Le réseau Morhange, Roger Faligot et Rémi Kauffer, Éditions Pygmalion, 1982. Détaille certaines opérations de sauvetage ou de protection de membres du réseau passant par les services hospitaliers.

Libérer et Fédérer : Silvio Trentin et ses compagnons, Collectif, Presses Universitaires du Mirail, 2007. Évoque les soutiens toulousains dans les milieux médicaux.

Dictionnaire historique de la Résistance, François Marcot, Éditions Robert Laffont, 2006. Fournit le contexte général des hôpitaux prisons en zone sud.

Le temps du refus, Jean-Pierre Vernant, Éditions du Seuil, 1985. Récit de la résistance intellectuelle et militaire à Toulouse.

Vichy en Haute-Garonne, Archives Départementales, 1994. Catalogue d’exposition présentant des documents administratifs sur la surveillance de La Grave.

Références internet

L’hôpital de La Grave sous l’Occupation sur Musée de la Résistance en ligne. Présentation des conditions de détention et des actions de sauvetage menées sur le site. https://www.museedelaresistanceenligne.org

Histoire de La Grave sur CHU de Toulouse. Page institutionnelle rappelant le passé mémoriel de l’établissement pendant la guerre. https://www.chu-toulouse.fr

Notice de la Résistance toulousaine sur Le Maitron. Biographies des internes et médecins résistants ayant officié à Toulouse. https://maitron.fr

Archives hospitalières de Toulouse sur Archives Départementales de la Haute-Garonne. Présentation des fonds liés à l’administration de La Grave sous Vichy. https://archives.haute-garonne.fr

Lieux de mémoire à Toulouse sur Chemins de Mémoire. Inventaire des plaques et stèles commémoratives de la ville. https://www.cheminsdememoire.gouv.fr

Les quartiers carcéraux hospitaliers sur Fondation de la Résistance. Dossier thématique sur la détention des résistants blessés. https://www.fondationresistance.org

L’internat de médecine dans la Résistance sur Ordre des Médecins. Hommage aux personnels soignants engagés dans la clandestinité. https://www.conseil-national.medecin.fr

La prison Saint-Michel et ses annexes sur Cairn.info. Article sur le système répressif toulousain entre 1940 et 1944. https://www.cairn.info

Résistance en Haute-Garonne sur Anciens Combattants. Récits sur les filières d’évasion hospitalières. https://www.onac-vg.fr

Histoire du quartier Saint-Cyprien sur Mairie de Toulouse. Contexte historique de la rive gauche et de ses institutions durant la guerre. https://www.toulouse.fr

Sources consultées : Date de vérification : 18 février 2026

Maitron Résistance, CHU de Toulouse (Histoires de sites), Musée de la Résistance en ligne, SHD, Archives de la Haute-Garonne, Fondation de la Résistance.

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