La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

L’attaque du fort d’Ében-Émael se déroule les 10 et 11 mai 1940 à l’aube de l’invasion de la Belgique par l’Allemagne nazie.

Localisé au nord de Liège, en surplomb du canal Albert, ce fort est considéré à l’époque comme la fortification la plus puissante d’Europe. L’opération débute le 10 mai à 4h25 du matin par l’atterrissage de onze planeurs DFS 230 directement sur les superstructures du fort.

Cette force d’élite allemande, le groupe Granit commandé par Rudolf WITZIG, utilise une technologie secrète : la charge creuse, capable de perforer les coupoles blindées et de neutraliser les pièces d’artillerie. Les troupes belges de la garnison, surprises par cette attaque verticale, sont rapidement confinées dans les galeries souterraines.

Malgré plusieurs tentatives de contre-attaques menées par les troupes belges extérieures au fort, les parachutistes allemands maintiennent leur position jusqu’à l’arrivée des renforts terrestres de la Wehrmacht. Le bilan immédiat est la reddition du fort le 11 mai à 12h30, entraînant la capture de près de mille deux cents soldats belges.

Circonstances L’opération s’inscrit dans le cadre du plan Jaune visant l’invasion rapide des Pays-Bas, de la Belgique et de la France. Le fort d’Ében-Émael constitue le pivot du système défensif belge car ses canons contrôlent trois ponts stratégiques sur le canal Albert.

L’intérêt tactique de sa neutralisation est vital pour les Allemands car il permet aux divisions blindées de franchir la frontière sans être pilonnées par l’artillerie lourde. Cette mission est le fruit d’une préparation minutieuse ordonnée par Adolf Hitler en personne, qui a fait construire une réplique du fort pour l’entraînement des troupes aéroportées.

Héros et figures marquantes

Jean JOTTRAND exerce la fonction de commandant du fort d’Ében-Émael. Officier de l’armée régulière belge, il coordonne la défense intérieure avant d’être contraint à la reddition pour épargner la vie de ses hommes face à l’utilisation d’explosifs massifs par l’ennemi. Il survit à la guerre après avoir été emmené en captivité en Allemagne.

Le lieutenant Louis DEGUENT commande l’une des batteries de surface et tente d’organiser la résistance locale avant que ses installations ne soient pulvérisées par les charges creuses.

Victimes Le bilan humain de l’assaut s’élève à soixante-trois soldats belges tués au sein de la garnison. Parmi eux figurent de nombreux artilleurs en poste dans les blocs de combat lors des premières explosions. Les pertes allemandes sont nettement moindres avec six tués et une vingtaine de blessés lors de la phase initiale de l’atterrissage et des combats de surface.

Survivants La grande majorité de la garnison belge survit à l’attaque mais est immédiatement transférée dans des camps de prisonniers de guerre en Allemagne. Certains soldats, après leur libération tardive ou leur évasion, rejoignent plus tard des mouvements de résistance intérieure ou participent à la reconstruction de l’armée belge après la Libération. Leur témoignage a permis de comprendre l’effet de sidération provoqué par l’usage des charges creuses.

Conséquences La chute d’Ében-Émael en moins de trente-six heures provoque un choc psychologique immense chez les Alliés et démontre l’inefficacité des fortifications fixes face aux nouvelles méthodes de guerre. Sur le plan stratégique, la prise du fort permet le franchissement rapide du canal Albert par les troupes allemandes, précipitant le retrait des armées alliées vers le cœur du pays. Cet événement marque le début de la fin de la souveraineté belge pour quatre années et l’entrée dans une phase d’occupation qui verra naître les premiers réseaux de renseignement à partir des officiers n’ayant pas été capturés.

Mémoire et lieux commémoratifs Le site du Fort d’Ében-Émael est aujourd’hui un musée géré par une association de volontaires dans la commune de Bassenge. Une plaque commémorative rend hommage aux artilleurs belges à l’entrée principale du fort. Le monument aux morts de la garnison se trouve à l’intérieur du complexe souterrain. Plusieurs rues dans les communes environnantes portent les noms des défenseurs du fort pour honorer leur sacrifice initial lors de l’invasion.

Références bibliographiques

Ében-Émael : L’autre vérité Jean-Claude Delhez, Éditions de la Belle Gabrielle, 2010 L’auteur analyse les failles du système défensif belge et le déroulement technique de l’assaut. Ce livre s’appuie sur des documents d’archives pour expliquer comment l’effet de surprise a neutralisé la garnison.

La chute du Fort d’Ében-Émael James E. Mrazek, Éditions Marabout, 1970 Cet ouvrage historique détaille l’opération aéroportée allemande et les innovations tactiques mises en œuvre. Il décrit les combats spécifiques à chaque bloc de défense du fort.

Mai 1940 : La bataille de Belgique Henri Bernard, Éditions Duculot, 1970 Cet historien militaire replace la neutralisation d’Ében-Émael dans l’ensemble de la campagne des 18 jours. L’ouvrage explique l’impact stratégique de cette défaite sur le moral de l’armée belge.

Fort Ében-Émael Simon Dunstan, Osprey Publishing, 2005 Une description technique complète de la construction du fort et des moyens mis en œuvre pour sa destruction. Ce volume contient des plans précis des combats de surface.

Les parachutistes allemands au fort d’Ében-Émael Rudolf Witzig, Archives du Musée du Fort, 1965 Ce rapport, rédigé par le chef de l’unité d’assaut allemande, offre une perspective technique sur la neutralisation des coupoles, bien que le point de vue soit celui de l’assaillant.

La Belgique dans la tourmente Jean Vanwelkenhuyzen, Éditions Racine, 1995 Un ouvrage de référence sur le déclenchement de la guerre en Belgique qui consacre un chapitre entier à l’échec de la défense du canal Albert et d’Ében-Émael.

Le 10 mai 1940 Luc De Vos, Éditions Racines, 2000 L’historien examine la désorganisation de l’armée belge face à l’innovation tactique des planeurs et l’impact de la perte du fort sur la stratégie alliée.

Comme des lions : mai 1940 Peter Taghon, Éditions Racine, 2009 Recueil de témoignages et de photographies d’époque illustrant la vie de la garnison avant et pendant l’attaque allemande sur le canal Albert.

L’armée belge de 1940 Gérard Verhoeven, Éditions du Perron, 1990 Ce livre présente l’armement et la structure des troupes de forteresse belges impliquées dans la défense d’Ében-Émael.

Forteresses de la Seconde Guerre mondiale Chris McNab, Éditions Parragon, 2012 Cet ouvrage généraliste inclut une section détaillée sur le fort d’Ében-Émael comme exemple de l’échec de la ligne de défense fortifiée européenne.

Références internet

Association du Fort d’Ében-Émael, Site Officiel Ce site propose une chronologie détaillée de l’attaque et présente les listes de la garnison ainsi que les détails techniques des armements. https://www.fort-eben-emael.be/fr/

La chute du fort, Bel-Memorial Une ressource mémorielle listant les militaires belges tombés au fort d’Ében-Émael avec des photos de leurs sépultures et monuments. https://bel-memorial.org/cities/liege/eben-emael/eben-emael_fort.htm

Dossier Mai 1940, Cegesoma Le centre d’études belge fournit des analyses académiques sur la prise du fort et ses répercussions politiques et militaires nationales. https://www.cegesoma.be/fr/la-belgique-dans-la-seconde-guerre-mondiale

Les planeurs à Ében-Émael, Musée de l’Air et de l’Espace Explication technique sur l’usage des planeurs DFS 230 lors de l’opération contre le fort de Liège en mai 1940. https://www.museeairespace.fr/

Archives de la Guerre, Mémoire des Hommes Portail permettant de retracer le parcours de certains soldats impliqués dans la campagne de Belgique au sein des unités de liaison. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/

La campagne de 1940, Site de l’Armée Belge Historique officiel des unités de forteresse et du régiment des Chasseurs Ardennais ayant soutenu le secteur de Liège. https://www.mil.be/fr/histoire/

Ében-Émael, Patrimoine Militaire Belge Site spécialisé dans l’architecture des forts liégeois détaillant les dégâts subis par les charges creuses allemandes le 10 mai. http://www.fortiff.be/eben/

Archives nationales de Belgique, Inventaire des dossiers de guerre Liste des ressources archivistiques disponibles concernant les comptes-rendus de la garnison après la libération des camps. https://arch.be/

L’invasion de mai 1940, Journal de Guerre Plateforme documentant le quotidien des soldats belges et le choc de la reddition du fort d’Ében-Émael. https://www.journaldeguerre.be/

Musée de la Résistance, Historique de l’Occupation Analyse comment la chute rapide des forts a influencé la formation des premiers noyaux de résistance militaire. http://www.museeresistance.be/

Sources consultées : Service Historique de la Défense (SHD), Cegesoma, Bel-Memorial, Archives du Fort d’Ében-Émael, Fondation de la Résistance, Gallica BnF, Musée de la Résistance en ligne. Date de vérification : 18 février 2026

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