Au 1er décembre 1944, le front italien est gelé, au sens stratégique comme météorologique.
Après l’échec partiel de l’offensive d’automne contre la ligne Gothique, les armées alliées s’enterrent dans la montagne, la pluie et bientôt la neige.
L’Italie n’est plus un front de manœuvre, mais un théâtre de fixation, où l’on attend le retour du printemps pour relancer une offensive décisive. Les combats se poursuivent localement, mais la guerre devient une usure lente, invisible, de sentinelles gelées, de patrouilles dans les bois, de sabotages partisans et de bombardements sur les ponts du Pô.
Mais la percée de la ligne Gothique a échoué, comme celle de la ligne Gustav avant Cassino.
Forces en Présence au 1er Décembre
Alliés (environ 350 000 hommes en Italie)
- Commandement : maréchal Harold Alexander, commandant suprême
- 8e armée britannique (Richard McCreery)
- Canadiens, Polonais (Anders), Indiens, Britanniques, Sud-Africains
5e armée américaine (Lucian Truscott) - Américains, Brésiliens (1re DI), partisans italiens, quelques unités françaises restantes
Aviation : toujours dominante, mais réduite dans ses effets par la météo et les nuages persistants
Axe (environ 190 000 soldats allemands)
- Commandement : général Heinrich von Vietinghoff (remplaçant de Kesselring blessé)
- 10e armée : côte Adriatique (Cesena – Faenza – Forlì – Ravenne)
- 14e armée : secteur centre-ouest (Toscane, Apennins)
- Divisions d’élite encore présentes, mais usées : parachutistes, Panzergrenadiers, troupes de montagne
Etat du Front au 1er Décembre
Flanc est (Adriatique – 8e armée)
- Les Canadiens et Polonais ont pris Forlì (novembre), mais sont bloqués devant Faenza
- La route vers Bologne est coupée par les crues des rivières, la boue, les mines
- Ravenne reste entre les mains des Allemands
Flanc centre-ouest (Apennins – 5e armée)
- Les Américains tiennent la crête des Apennins toscans, mais sont bloqués à Monte Belmonte, Monte Grande, et Monte Castello
- La vallée du Santerno et les accès à Bologne restent fermement défendus
- Les Brésiliens s’illustrent dans des combats autour de Porretta Terme
Zones Contrôlées
Alliés :
- Florence, Pistoia, Forlì, Cesena, Rimini, partie sud des Apennins
- Faenza en partie encerclée
Axe :
- Faenza, Ravenne, Bologne, crêtes principales de la ligne Gothique
- Plaines du Pô totalement intactes et sous contrôle allemand
Pertes (15 Novembre – 1er Décembre)
Alliés :
- Environ 9 000 pertes, en majorité blessés, gelures, maladies
- Usure psychologique sévère dans les unités en altitude
Axe :
- Environ 6 000 pertes, dont une partie dans les combats retardateurs autour de Faenza et Porretta
Stratégies des Deux Camps
Alliés :
- Alexander suspend les offensives majeures
- McCreery et Truscott renforcent les lignes, améliorent les routes, réorganisent les unités
- Objectif : lancer une offensive finale au printemps 1945 pour percer vers la plaine du Pô
- Utilisation accrue des partisans italiens, du renseignement, de la guerre de harcèlement
Axe :
- Von Vietinghoff ordonne la défense statique active : tenir les crêtes, contre-attaquer localement
- Objectif : tenir la ligne Gothique jusqu’en mars 1945, période où l’Allemagne espère une issue sur d’autres fronts
- Répression féroce contre la Résistance : exécutions de masse, villages incendiés
Informations aux Dirigeants
Roosevelt :
- La priorité est ailleurs : préparation de la conférence de Yalta, bataille des Ardennes imminente ; Il accepte la pause italienne comme un compromis stratégique
Churchill :
- Inquiet de la stagnation ; Continue à plaider pour une poussée vers Vienne ou la Yougoslavie depuis l’Italie, sans obtenir d’accord des Américains
Hitler :
- Exige que la ligne Gothique tienne « jusqu’au dernier homme », Renforce les divisions du nord de l’Italie avec des restes de l’est et de la France ; Refuse tout repli avant la fin de l’hiver
Conclusion – 1er Décembre 1944
L’Italie est gelée, littéralement et militairement. Le front s’est figé sur la ligne Gothique, dans la boue et la neige des Apennins. Pour les Alliés, la guerre est en pause – mais ce n’est qu’un répit. L’attaque finale, le coup de grâce contre la Wehrmacht en Italie, viendra au printemps 1945. D’ici là, chaque homme creuse sa tranchée, attend le redoux, et lutte contre le froid, la maladie, et l’ennui.
L’Italie, un temps flambeau stratégique, devient une guerre de patience, de colline en colline, et de jour en jour. Mais la fin approche. Lentement, inexorablement.