Otto KÜHNE, Né le 12 mai 1893 à Berlin (Allemagne), Décédé le 8 décembre 1955 à Brandebourg-sur-la-Havel (République démocratique allemande)
Otto KUHNE naît dans une famille ouvrière. Il devient mécanicien dans les chemins de fer, s’engage dans le syndicalisme dès 1912, puis dans la politique révolutionnaire après la Première Guerre mondiale. Il adhère au Parti communiste d’Allemagne (KPD) en 1920. Il gravit les échelons du parti et devient en 1931 secrétaire de la fraction communiste au Reichstag.
Engagement dans la Résistance
Après l’arrivée de Hitler au pouvoir en 1933, Otto KUHNE fuit l’Allemagne. Il transite par le Danemark et la Norvège, avant de rejoindre l’Espagne en 1937 pour combattre dans les Brigades internationales. Blessé, il quitte l’Espagne en 1938 et entre clandestinement en France.
Arrêté par les autorités françaises, il est interné sous Vichy dans un Groupement de Travailleurs Étrangers (GTE) à Chanac, en Lozère. Il s’y lie avec d’anciens brigadistes et fonde, en 1942, un maquis d’antifascistes allemands, situé à Bonne combe, dans le Massif de l’Aubrac. Il y agit sous le pseudonyme de « Monsieur Schumann ».
Missions et actions
Dès son installation dans la région de Chanac (Lozère), Otto KUHNE, en contact avec d’autres internés politiques allemands et d’anciens brigadistes espagnols, se lance dans la constitution d’un maquis d’antifascistes allemands, formé majoritairement d’exilés communistes, anciens ouvriers, intellectuels, et combattants des Brigades internationales. Ce maquis, basé dans les montagnes de l’Aubrac, devient rapidement l’un des plus disciplinés et actifs du Massif central.
Sous le pseudonyme de « Monsieur Schumann », Otto KUHNE dirige un réseau structuré, lié aux Francs-Tireurs et Partisans – Main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI). Son objectif est double : saboter l’effort de guerre nazi en France et montrer que tous les Allemands n’étaient pas des nazis.
1. Constitution du maquis de Bonne combe (1942-1943)
Le camp de base s’établit dans la forêt de Bonne combe, un lieu isolé et difficile d’accès. Ce maquis sert à la fois de centre de formation militaire, de lieu de refuge pour les réfractaires et déserteurs, et de base d’opérations de guérilla. Les maquisards y reçoivent un entraînement rigoureux : discipline stricte, maniement des armes, techniques de sabotage.
2. Sabotages ferroviaires et coupures de communication
Dès 1943, Otto KUHNE planifie des actions de sabotage contre les voies ferrées, les dépôts logistiques allemands, et les lignes téléphoniques. Ces actions visaient à ralentir les transports de troupes et de matériel vers le sud de la France.
3. Combat de Saint-Étienne-Vallée-Française (7–8 avril 1944)
L’une des premières actions armées d’envergure dirigées par son groupe. Une unité de la Feldgendarmerie est attaquée et plusieurs soldats allemands sont tués. Cette embuscade audacieuse provoque des représailles violentes dans la région, mais elle marque un tournant dans la résistance locale.
4. Embuscade de La Rivière (5 juin 1944)
La veille du Débarquement, les maquisards allemands tendent une embuscade à une colonne allemande au lieu-dit La Rivière. L’opération est une réussite : plusieurs ennemis sont tués, des armes sont saisies, sans perte côté maquis. Cette action est menée en coordination avec les maquis français du Gard et de la Lozère, et s’inscrit dans la préparation insurrectionnelle nationale lancée par le CNR.
5. Fusion des maquis antifascistes et coordination inter-régionale
Otto KUHNE joue un rôle majeur dans la coordination entre son groupe et les maquis français, notamment le groupe Bir-Hakeim dirigé par René Maruéjol et Aimé Vielzeuf. Il participe à la réunion de Fontmort, où plusieurs chefs de maquis (allemands, français, espagnols, arméniens) mettent en commun leurs forces, en vue de libérer la Lozère et le sud du Massif central.
6. Recrutement et encadrement de déserteurs de la Wehrmacht
À partir de l’été 1944, des soldats étrangers enrôlés de force dans la Wehrmacht (Arméniens, Ukrainiens, Polonais…) désertent et rejoignent les maquis. Otto KUHNE les accueille, les organise en unités combattantes, ce qui renforce considérablement les effectifs. Il crée ainsi une « unité internationale » structurée, multilingue, mais disciplinée.
7. Commandement régional FTP-MOI (juillet–août 1944)
Otto KUHNE est nommé lieutenant-colonel FTP-MOI, responsable de la coordination des opérations sur trois départements : Lozère, Gard, Ardèche. Il commande alors environ 2 000 hommes et supervise une série d’opérations militaires contre les garnisons allemandes, les milices et les convois ennemis. Son rôle est essentiel dans la libération de Mende, Marvejols, Florac, et de nombreuses petites communes cévenoles.
8. Postes de commandement installés dans les bois
Lui-même très exposé, Otto KUHNE vit en clandestinité, changeant régulièrement de camp. Ses ordres sont transmis par porteurs ou radio clandestine. Il fait preuve d’une autorité respectée, et son aura dans les maquis est immense, en particulier auprès des jeunes recrues allemandes, venues combattre le nazisme en France.
Camarades de combat
- Willi Müller, Karl Klausing, Werner Feiler : anciens brigadistes ou militants allemands antifascistes
- Fred Bucher : tué lors du massacre de La Borie (Lozère) en mai 1944
- Des résistants français, notamment dans les maquis FTP locaux et dans les réseaux MOI
Retour à la vie civile
Après la Libération, il retourne en Allemagne en 1945 et contribue à reconstruire les structures du Parti communiste allemand. Il est maire de Brandebourg-sur-la-Havel de 1949 à 1953, avant de travailler dans l’administration en RDA jusqu’à sa mort en 1955.
Décorations
- Croix de guerre 1939-1945 (France)
Lieux de mémoire
- Stèle commémorative au col de Bonne combe (Lozère)
- Des établissements scolaires en Allemagne de l’Est ont porté son nom (avant la réunification)
Références bibliographiques
- Un maquis d’antifascistes allemands en France (1942-1944), Évelyne et Yvan Brès, Les Presses du Languedoc – Max Chaleil, 1987
- Des maquisards allemands dans les Cévennes, Évelyne et Yvan Brès, article dans Hommes & Migrations, n°1148, novembre 1991, pp. 30-35
Références internet
- Wikipédia – Otto Kühne
Biographie détaillée, engagements politiques, parcours dans la Résistance française, rôle militaire dans les FTP-MOI.
Adresse : https://fr.wikipedia.org/wiki/Otto_K%C3%BChne - Le Maitron – Otto Kühne
Notice biographique sur son parcours militant, antifasciste et résistant, en Allemagne, Espagne et France.
Adresse : https://maitron.fr/spip.php?article216424 - Persée – Des maquisards allemands dans les Cévennes
Article de recherche d’Évelyne et Yvan Brès retraçant l’engagement des réfugiés politiques allemands dans la Résistance cévenole, avec un focus sur OTTO KÜHNE et son maquis.
Adresse : https://www.persee.fr/doc/homig_1142-852x_1991_num_1148_1_2659