Les incendies de la menuiserie Dupont et des installations Renault appartiennent aux actions de sabotage menées par la Résistance belfortaine contre des établissements travaillant pour l’occupant.
Le rôle particulier des sapeurs-pompiers résistants est attesté par le Musée de la Résistance en ligne, le Maitron, Mémoire Vive de la Résistance et, plus généralement, par la reconnaissance officielle du corps des sapeurs-pompiers de Belfort comme collectivité médaillée de la Résistance.
Une précision chronologique est nécessaire. Le témoignage de Jacques ERB reproduit par le Musée de la Résistance en ligne situe les deux grands incendies en 1943 sans leur attribuer séparément une date.
Le Maitron précise que l’incendie d’un dépôt des usines Renault intervient le 18 décembre 1943 et attribue à Aloïs MARTIN une participation aux opérations de sabotage correspondantes.
La date exacte de l’incendie de la menuiserie Dupont n’est pas suffisamment établie dans les sources ouvertes consultées pour être affirmée ici.
Déroulement de l’opération
Les établissements visés travaillent pour les besoins de l’occupant. L’action résistante combine deux niveaux : provoquer l’incendie puis utiliser la présence de sapeurs-pompiers acquis à la Résistance pour conduire volontairement les opérations d’extinction de manière à ne pas empêcher la destruction des installations.
Le témoignage de Jacques ERB indique que la manière dont les attaques de feu furent conduites aboutit à la destruction complète des deux établissements.
Le lieutenant Henri DESHAIE et le caporal Aloïs MARTIN sont explicitement cités parmi les sapeurs-pompiers participant à plusieurs sabotages. Pour l’incendie du dépôt Renault du 18 décembre 1943, le Maitron atteste également l’implication d’autres résistants du milieu clandestin belfortain, notamment Charles MASSON, Pierre ENGELS et René HOFFMANN.
Les sources ne permettent toutefois pas d’établir de manière suffisamment précise qui a matériellement mis le feu à chacun des deux établissements, qui se trouvait dans chaque équipe d’intervention et quelle était la répartition exacte des tâches. Il serait donc abusif de transformer les participants connus aux sabotages en auteurs certains de chaque phase de l’opération.
Figures marquantes
Aloïs MARTIN, caporal des sapeurs-pompiers de Belfort et chef du poste des Forges, appartient au premier noyau résistant constitué dès novembre 1940, puis au groupe Ferrand. Il participe à des actions de sabotage et est notamment associé à l’incendie du dépôt Renault du 18 décembre 1943. Arrêté le 27 janvier 1944 à Montbéliard, Doubs, France, il est fusillé le 26 février 1944 à la citadelle de Besançon, Doubs, France.
Henri DESHAIE, lieutenant des sapeurs-pompiers, appartient au groupe Ferrand et participe à plusieurs sabotages. Il est arrêté le 1er septembre 1944 puis déporté. Il meurt au terme de sa déportation en 1945.
Jacques ERB, sapeur-pompier et responsable du mouvement Lorraine dans le secteur de Belfort, survit à la guerre. Son témoignage constitue la principale source descriptive sur la conduite résistante des interventions lors des incendies de 1943. Il convient cependant de ne pas lui attribuer automatiquement l’appartenance au groupe Ferrand, les sources le rattachant formellement au mouvement Lorraine.
Charles MASSON, Pierre ENGELS et René HOFFMANN sont également documentés par le Maitron comme participants aux actions de la Résistance belfortaine et, pour certains, à l’incendie du dépôt Renault du 18 décembre 1943.
Victimes
Aucune victime humaine directement liée aux deux incendies n’est identifiée dans les sources consultées. Les conséquences documentées concernent avant tout la destruction des installations travaillant pour l’occupant.
Aloïs Martin et Henri Deshaie meurent ultérieurement du fait de la répression, mais leur décès ne constitue pas une conséquence immédiate de ces incendies et ne doit pas être présenté comme tel.
Survivants
Jacques ERB survit au conflit et témoigne après-guerre de l’activité clandestine du corps des sapeurs-pompiers. Son récit permet notamment de documenter la participation des pompiers aux sabotages, à la presse clandestine, aux transports d’armes, aux liaisons et aux secours apportés aux résistants.
Conséquences
La destruction des établissements constitue un sabotage économique directement dirigé contre des entreprises travaillant pour l’occupant. L’originalité de l’opération réside dans l’utilisation de la fonction professionnelle des résistants : les hommes du corps chargés officiellement de combattre le feu utilisent cette mission pour permettre au sabotage d’atteindre son objectif.
Ces actions ne doivent toutefois pas être considérées comme l’œuvre d’un hypothétique « réseau des pompiers ». Les membres résistants du corps appartiennent à plusieurs structures qui se chevauchent, notamment le groupe Ferrand, le mouvement Lorraine, l’OCM et ultérieurement les FFI. Cette distinction est expressément retenue par les travaux mémoriels consacrés au corps.
Mémoire et lieux commémoratifs
Le corps des sapeurs-pompiers de Belfort reçoit collectivement la Médaille de la Résistance française par décret du 3 janvier 1946. L’Ordre de la Libération rappelle officiellement que ses membres assurèrent des transports d’armes, participèrent à des sabotages, aidèrent les réfractaires et rejoignirent les maquis de la région.
La Médaille de la Résistance est remise au drapeau du corps le 21 juillet 1946 à Belfort par Edmond MICHELET. Le drapeau et l’insigne du corps constituent aujourd’hui des éléments majeurs de la mémoire de cette Résistance professionnelle.
Références bibliographiques
Le Fusillé souriant. Histoire d’une photographie, Christophe Grudler, Nouvelles Éditions Sutton. L’ouvrage est consacré à Georges Blind mais reconstitue largement le milieu clandestin des sapeurs-pompiers de Belfort, le groupe Ferrand et l’environnement dans lequel se déroulent les actions de sabotage de 1943.
Le Territoire de Belfort dans la tourmente, 1939-1944, Marie-Antoinette Vacelet, Conseil général du Territoire de Belfort, Belfort, 1993. Cette synthèse régionale permet de replacer les sabotages industriels et l’engagement des sapeurs-pompiers dans l’histoire générale de la Résistance belfortaine.
Avec les F.F.I. de Belfort, par une équipe d’anciens FFI, Éditions Alsatia, 1946. Publication contemporaine des événements retraçant l’organisation clandestine, les mouvements et les actions des résistants du Territoire de Belfort.
Dictionnaire historique de la Résistance. Résistance intérieure et France libre, François Marcot, Bruno Leroux et Christine Levisse-Touzé dir., Robert Laffont, Paris, 2006. Cet ouvrage permet d’inscrire les sabotages belfortains dans l’histoire plus générale des groupes francs, de l’OCM, des réseaux alliés et des FFI.
Références internet
Musée de la Résistance en ligne – Sapeurs-pompiers de Belfort reproduit le témoignage de Jacques ERB et documente directement les incendies de la menuiserie Dupont et des installations Renault ainsi que le comportement des pompiers résistants lors des interventions. Adresse : https://museedelaresistanceenligne.org/media2828-Insigne-des-sapeurs-pompiers-de-Belfort
Le Maitron – Aloïs MARTIN fournit une notice biographique détaillée et précise notamment la date du 18 décembre 1943 pour l’incendie d’un dépôt des usines Renault. Adresse : https://fusilles-40-44.maitron.fr/martin-alois-jacques/
Mémoire Vive de la Résistance – Aloïs MARTIN présente son appartenance au groupe Ferrand et son rôle dans les sabotages belfortains. Adresse : https://mvr.asso.fr/martin-10/
Mémoire Vive de la Résistance – Corps des sapeurs-pompiers de Belfort synthétise la participation du corps à la Résistance et distingue les différentes appartenances clandestines de ses membres. Adresse : https://mvr.asso.fr/corps-des-sapeurs-pompiers-de-belfort/
Ordre de la Libération – Collectivités médaillées constitue la source officielle de la Médaille de la Résistance attribuée aux sapeurs-pompiers de la ville de Belfort par décret du 3 janvier 1946. Adresse : https://www.ordredelaliberation.fr/fr/les-collectivites-medaillees
Fiabilité A pour l’existence des incendies, leur caractère résistant, l’objectif de destruction d’établissements travaillant pour l’occupant, l’implication de sapeurs-pompiers résistants et la date du 18 décembre 1943 pour le dépôt Renault.
Fiabilité B pour la chronologie exacte de la menuiserie Dupont et la répartition individuelle des rôles au cours de chaque incendie, qui ne sont pas établies avec la même précision dans les sources ouvertes.
Sources consultées –
Mémoire Vive de la Résistance : résultats positifs, notamment notices Aloïs MARTIN, Henri DESHAIE, groupe Ferrand et corps des sapeurs-pompiers de Belfort. https://mvr.asso.fr/
Maitron Résistance et Maitron des fusillés : résultats positifs pour Aloïs MARTIN, Charles MASSON, René HOFFMANN et Pierre ENGELS. https://maitron.fr/ ; https://fusilles-40-44.maitron.fr/
Fondation de la Résistance : recherche effectuée sur le corps des sapeurs-pompiers et la Résistance belfortaine. https://www.fondationresistance.org/
Musée de la Résistance en ligne : résultat positif majeur, avec reproduction du témoignage de Jacques ERB. https://museedelaresistanceenligne.org/media2828-Insigne-des-sapeurs-pompiers-de-Belfort
Mémoire des Hommes : recherche effectuée pour les parcours de morts et déportés ; aucune notice événementielle autonome des incendies identifiée. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/
Ordre de la Libération : résultat positif pour la décoration collective des sapeurs-pompiers de Belfort. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/les-collectivites-medaillees
Gallica-BnF : recherche effectuée ; aucune source directement consacrée aux deux incendies retenue. https://gallica.bnf.fr/
Service historique de la Défense : recherche effectuée ; les inventaires de la Résistance et des FFI du secteur de Belfort constituent une piste d’approfondissement, mais aucun dossier numérisé spécifique à ces incendies n’a été identifié. https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/
associe les deux sabotages à l’année 1943 sans fournir la même précision chronologique pour chacun.