Hommage à Jullien CHAVOUTIER
Par Ernest AGOSTINI
L’ampleur de cette cérémonie, prestigieuse à la fois par son cadre et par la présence de personnalités exceptionnelles permet de mesurer la considération qui entourait Julien Chavoutier.
Justice et solidarité, gages de la fraternité humaines, sont les hautes vertus morales de notre ami Julien Chavoutier. Son civisme, son profond amour de la liberté, de la démocratie, sa dignité d’homme, son amour de la paix mais aussi son ardente foi dans sa patrie et plus particulièrement l’amour de sa ville natale ont toujours animé le commandant Chavoutier.
Né à Arles le 21 septembre 1906 dans le quartier de la Roquette d’une famille d’ouvrier, il fait ses premières études à l’école primaire de la Roquette, puis l’école primaire supérieure d’Arles lui donne l’occasion de réussir comme boursier à l’école supérieure d’Aix-en-Provence. Admis à l’École nationale des Arts et Métiers, il en sort avec son diplôme d’ingénieur des Arts et Métiers.
Mobilisé en 1939 au 485e pionnier colonial dans les Ardennes comme lieutenant de réserve, il est détaché en Moselle en 1940 ; il a connu l’effroyable chaos de la retraite. Il a pleuré comme tant d’autres sur l’armistice qu’il avait cru inévitable.
Mais les appels du général de Gaulle, la continuation de la guerre ont incité à en être et c’est ainsi qu’il fut amené un jour à faire la connaissance du colonel Berrurier. Ce jour-là, il trouva un chef qui lui exposa ses buts :
- Combattre le nazi par tous les moyens,
- Renseigner les services du général de Gaulle,
- Préparer l’insurrection et la libération.
Berrurier, arrêté et déporté en Allemagne. Il assure la continuité de l’œuvre entreprise par son chef. C’est alors que sa mission délicate va lui permettre la mise en valeur de ses qualités de chef, d’organisateur minutieux.
Et c’est ainsi qu’après avoir donné son accord son accord il entra dans l’A.S. et commença : son long travail de combat de sabotage et de renseignement dans l’ombre, tout en feignant de sourire. Ce long travail de sape lui fait connaître des nuits d’angoisse. L’humanité ne saurait attendre jusqu’à la fin des temps que le verbe persiste à remplacer l’action. Il va le montrer en mai en 1944 en remplaçant le colonel Berrurier, arrêté et déporté en Allemagne, il assure la continuité de l’œuvre entreprise par son chef. C’est alors que sa mission délicate va lui permettre la mise en valeur de ses qualités de chef, d’organisateur minutieux.
Afin de protéger par un secret imperméable les différentes filières qu’il dirige et qui sont devenues une véritable trame à travers le pays d’Arles,
C’est ainsi qu’à partir d’un petit noyau, trié, choisi parmi ses amis et son personnel très proche de lui, le réseau est renforcé. Ses contacts se font plus souvent. Nommé chef de la Résistance de la ville d’Arles en janvier 1944, il organise son entreprise en vue des combats qui se dessinent à l’horizon, mettant à son actif plusieurs sabotages importants : rupture des câbles du pont de Trinquetaille, rupture des pylônes du chemin de fer de la Camargue, rupture des pylônes de l’usine Solvay, etc.
Cette nomination de chef de la Résistance de la ville d’Arles resserre les liens qui l’unissent à Pierre Pouly, chef d’arrondissement de la Résistance pendant l’illégalité. Des armes sont transportées au mas de l’Étourneau à l’entrepôt du chemin noir par les fidèles de Chavoutier. D’autre part sont entreposées dans un petit cabanon près du pont Réginel 23 mitraillettes qui seront utilisées dans la journée du 22 août 1944.
Cet homme qui a dirigé tout seul les combats d’Arles et à un contre dix pendant les journées du 22, 23 et 24 août 1944 était partout où sa présence était nécessaire. Sa moto lui servait de moyen de locomotion, lui permettait de s’infiltrer partout et de réconforter ceux qui avaient parfois quelques défaillances.
C’est ainsi que je l’ai vu le soir du 22 août vers les 15 heures, arriver à l’usine de Pont de Crau, m’annonçant que des émeutes avaient éclaté dans la ville et qu’il avait peur des représailles immédiates des Allemands envers la population civile. Ceci était son principal souci, éviter les effusions de sang dans la population qui avait déjà bien trop souffert des bombardements,
C’est ainsi que je l’ai vu le soir du 22 août vers les 15 heures, arriver à l’usine de Pont de Crau, m’annonçant que des émeutes avaient éclaté dans la ville et qu’il avait peur des représailles immédiates des Allemands envers la population civile. Ceci était son principal souci, éviter les effusions de sang dans la population qui avait déjà bien trop souffert des bombardements,
Aussi dès le lendemain matin, je le retrouvais sur les remparts de la Cavalerie où son dispositif était déjà en place, un vrai stratège, un vrai chef. Entre-temps, il avait déjà donné des ordres aux sizaines de Cornille fortement armées, de rejoindre Arles et d’aller au combat. Les Allemands se replient et sont refoulés. Jusqu’à tard dans la nuit, nous croyons la ville libérée. Nous le croyons fortement, mais hélas ! le matin du 23 il nous faut déchanter. Et la lutte reprend avec notre chef à nos côtés. Puis les ordres du commandant Chavoutier nous sont apportés heure par heure, clairs et précis. Sa manœuvre, nous l’avons comprise. Et cela va durer, durer l’après-midi entière. Nous sommes en contact direct avec notre chef. L’heure est grave car la contre-attaque allemande semble durcir et nous rejoignions sur l’ordre de Chavoutier les positions prévues. Il pense à tout, fait fabriquer des grenades à essence pour arrêter les chars. Un ordre impératif ordonne à tous les volontaires isolés de rejoindre à la Cavalerie le lieutenant Agostini.
Il envisagea de l’envoyer avec une partie de sa compagnie attaquer le mas Lacroix pour empêcher les Allemands d’attaquer directement la ville. Ceci fut rapidement exécuté et les Allemands du mas Lacroix furent faits prisonniers. Mais cela n’était qu’un épisode dans la stratégie de Chavoutier. Aussi dès le lendemain matin, je le retrouvais sur les remparts de la Cavalerie où son dispositif était déjà en place. Un vrai stratège, un vrai chef. Entre-temps, il avait déjà donné des ordres aux sizaines de Cornille fortement armées de rejoindre Arles et d’aller au combat. Les Allemands se replient et sont refoulés. Jusqu’à tard dans la nuit, nous croyons la ville libérée. Nous le croyons fortement, mais hélas ! le matin du 23 il nous faut déchanter. Et la lutte reprend avec notre chef à nos côtés. Puis les ordres du commandant Chavoutier nous sont apportés heure par heure, clairs et précis. Sa manœuvre, nous l’avons comprise. Et cela va durer, durer l’après-midi entière. Nous sommes en contact direct avec notre chef. L’heure est grave car la contre-attaque allemande semble durcir et nous rejoignons sur l’ordre de Chavoutier les positions prévues. Il pense à tout, fait fabriquer des grenades à essence pour arrêter les chars. Un ordre impératif ordonne à tous les volontaires isolés de rejoindre à la Cavalerie le lieutenant Agostini.
Le chef est partout et la situation paraissant désespérée, il délègue un des officiers des armées alliées pour aller à Aix demander des chars. Enfin, toujours lui, il intervient auprès de Pierre Pouly pour que Saint-Louis envoie un renfort de 40 hommes et 2 mitrailleuses. Et puis c’est la longue nuit d’attente où toutes les demi-heures Julien vient nous voir à la Cavalerie et encourage ceux qui sont là, à leur poste de combat.
Ainsi, cet homme calme, pondéré, a donné le meilleur de lui-même à cette ville qu’il aimait tant. Et quelle fut son importance ! Il est lui-même, à titre personnel, cité à l’ordre de l’armée en date du 11 novembre 1944 :
« Agent du colonel Berrurier, nommé chef de la ville d’Arles en janvier 1944, a regroupé nos forces, organisé militairement son secteur, assuré nos liaisons dans des conditions difficiles.
Il a dirigé “seul” les combats d’Arles et à un contre six a combattu l’Allemand durant les journées des 22, 23 et 24 août 1944. »
Signé : Charles de Gaulle.
Cette citation comporte l’attribution de la croix de guerre 1939-1945, avec palme.
Quel exemple de solidarité en ces temps difficiles de l’occupation.
J’ai essayé de vous brosser brièvement le tableau tel que je l’ai vu, de notre camarade Chavoutier en plein effort de courage, d’activité diverses. À tout cela s’ajoute une action sociale continue et qui lui vaut les plus grands éloges de citoyen.
N’a-t-il pas continué de payer leur salaire aux femmes des ouvriers chargés de famille envoyé au maquis. Quel exemple de solidarité en ces temps difficiles de l’occupation.
Quel exemple de civisme à montrer à toute notre jeunesse. Et quelle attente pour un homme de droiture comme lui de rester si longtemps dans l’ombre. Enfin, sa récompense fut sa nomination de chevalier à l’ordre de la Légion d’honneur, le 15 février 1976. C’était bien tardivement récompenser le chef de tous les patriotes (Arlésiens et autres formations) qui, par leur action courageuse dirigée par un chef en qui ils avaient entière confiance, ont sauvé la ville d’Arles des représailles et destructions qui n’auraient pas manqué de se produire.
Il n’est plus, hélas ! Et ce qu’il préconisait, c’est-à-dire l’union des Français et le renouveau de la France ne s’est pas fait. Nous avions le devoir, après le dur combat contre l’ennemi, de rester unis. Je crois que l’exemple de Julien Chavoutier devrait nous montrer la voie pour l’union totale de tous les Français, pour que la France reste maîtresse de son destin.
Le mérite c’est ce qui rend une personne digne d’estime et de récompense, mais la vie montre qu’un résultat ne s’obtient jamais seul. C’est pourquoi je tiens à associer et à rendre hommage, en ce jour, à l’épouse de Julien, car elle a partagé ses joies, mais aussi les soucis, les angoisses certaines de cette vie de risque. Aussi, je salue humblement cette épouse et mère qui nous a montré le chemin du devoir dans l’ombre, en restant en ce milieu dangereux aux côtés de son époux.
En cette minute où nous célébrons la libération de la ville, Julien CHAVOUTIER un homme qui font que l’humanité évolue en permanence, un homme exceptionnel dont la ville et ses habitants se rappelleront longtemps pour ses exploits et transmettront son histoire.
Merci Julien,
Vive la République,
Vive la France.
Ernest Agostini.