Marthe Adélaïde HAAS, devenue Adélaïde HAUTVAL, dite « Haïdi », née le 1er janvier 1906 au Hohwald (Alsace, alors dans l’Empire allemand), morte le 12 octobre 1988 à Groslay (Val-d’Oise), médecin psychiatre française, déportée à Auschwitz et Ravensbrück, reconnue Juste parmi les Nations.
Jeunesse et formation
Marthe Adélaïde Haas naît dans une famille protestante alsacienne. Son père, Philippe Jacques Haas, est pasteur et sa mère se nomme Sophie Lydie Kuntz. La famille s’installe à Guebwiller en 1910, où Adélaïde poursuit ses études secondaires.
Elle entreprend des études de médecine à l’université de Strasbourg et soutient sa thèse de doctorat en 1933. Elle s’oriente vers la psychiatrie, discipline dans laquelle elle manifeste un intérêt particulier pour les personnes vulnérables et les enfants en difficulté.
Elle participe avec son frère à la création d’un établissement destiné à accueillir des enfants en difficulté, avant d’exercer en Suisse. Sa formation médicale et ses convictions humanistes jouent un rôle déterminant dans son comportement pendant la déportation.
Engagement dans la Résistance
L’engagement d’Adélaïde Hautval se distingue de celui des membres des réseaux clandestins organisés. Il prend principalement la forme d’une résistance morale, humanitaire et médicale à la persécution raciale et aux pratiques criminelles du régime nazi.
En avril 1942, souhaitant rejoindre sa famille après le décès de sa mère, elle tente de franchir la ligne de démarcation sans l’autorisation exigée par les autorités allemandes. Arrêtée dans la région de Vierzon, elle est emprisonnée à Bourges.
Dans cette prison, elle proteste contre les mauvais traitements infligés à des détenus juifs. Son attitude lui vaut d’être assimilée à ceux qu’elle défend. Elle affiche ouvertement sa solidarité en portant une marque portant les mots « amie des Juifs ».
Ce refus de la discrimination, maintenu malgré les menaces et la répression, constitue le fondement de son engagement.
Appartenance à un réseau ou mouvement
Aucune appartenance à un réseau clandestin ou à un mouvement structuré de Résistance n’est établie par les sources retenues.
Son parcours relève d’une résistance individuelle à la persécution et aux crimes médicaux nazis. Sa déportation au sein d’un convoi comprenant de nombreuses résistantes ne suffit pas, à elle seule, à établir une affiliation à une organisation de Résistance.
Missions et actions
À Auschwitz-Birkenau, Adélaïde Hautval utilise ses compétences médicales pour porter secours aux détenues, notamment aux femmes juives atteintes de maladies infectieuses. Elle tente de les protéger contre les sélections meurtrières en évitant de signaler leur état de santé lorsque cette déclaration risquerait de provoquer leur mise à mort.
Affectée au service médical du camp, puis au Block 10 d’Auschwitz I, où sont pratiquées des expérimentations sur des détenues, elle découvre les opérations de stérilisation forcée et les recherches imposées à des femmes sans leur consentement.
Elle refuse de participer aux expérimentations criminelles menées sous l’autorité des médecins nazis, notamment Eduard Wirths, et s’oppose également aux expériences de Josef Mengele sur les jumeaux.
Son refus est particulièrement remarquable dans un système concentrationnaire où toute désobéissance pouvait entraîner une sanction mortelle. Elle défend le principe selon lequel un médecin ne peut participer à des actes portant atteinte à la dignité et à la vie humaine.
Arrestation / évasion / déportation
Arrêtée en avril 1942, Adélaïde Hautval connaît plusieurs lieux d’internement en France, notamment la prison de Bourges, le camp de Pithiviers, celui de Beaune-la-Rolande, la prison d’Orléans et le fort de Romainville.
Le 24 janvier 1943, elle est déportée depuis Compiègne vers Auschwitz dans le convoi dit des « 31 000 », composé de 230 femmes, parmi lesquelles de nombreuses résistantes françaises.
À Auschwitz, elle reçoit le matricule 31 802.
Elle est affectée successivement à plusieurs services médicaux du complexe concentrationnaire, dont le Block 10 d’Auschwitz I. Elle est ensuite transférée dans le système concentrationnaire de Ravensbrück et passe également par Wattenstedt.
Libérée en avril 1945, elle choisit de rester temporairement auprès des déportées malades afin de participer à leurs soins. Elle ne regagne la France qu’en juillet 1945, profondément éprouvée par les années de captivité.
Camarades de combat
Parmi les femmes déportées dans le même convoi figurent notamment Danielle Casanova, Charlotte Delbo, Marie-Claude Vaillant-Couturier, Marie-Élisa Nordmann-Cohen, Maï Politzer et Hélène Solomon.
Ces noms témoignent du milieu de résistantes et de prisonnières politiques dans lequel Adélaïde Hautval a vécu pendant sa déportation. Leur présence dans le même convoi ne permet cependant pas de conclure qu’elles ont toutes participé ensemble à des actions clandestines précises.
À Ravensbrück, elle côtoie également d’autres déportées françaises, dont plusieurs témoigneront après la guerre de l’univers concentrationnaire.
Retour à la vie civile
Revenue en France en juillet 1945, Adélaïde Hautval reprend progressivement son activité médicale, notamment dans la médecine scolaire. Les conséquences physiques et psychologiques de sa déportation demeurent importantes.
Elle participe à la transmission de la mémoire des camps et à la dénonciation des crimes médicaux nazis.
Au cours des années 1960, elle apporte un témoignage déterminant dans le procès en diffamation opposant à Londres le médecin Wladislas Dering à l’écrivain Leon Uris. Elle y rappelle qu’il était possible, même à Auschwitz, de refuser de participer aux expérimentations criminelles.
Son témoignage contribue à mettre en lumière la responsabilité individuelle des médecins impliqués dans les crimes nazis.
Ses écrits, notamment Médecine et crime contre l’humanité, constituent un témoignage important sur l’éthique médicale et la déportation.
Décorations
Adélaïde Hautval a reçu plusieurs distinctions françaises et internationales récompensant son courage et son dévouement envers les victimes des persécutions nazies.
- Légion d’honneur, chevalier — Décembre 1945, pour son dévouement envers ses camarades de déportation à Auschwitz et Ravensbrück. Date précise du décret et publication au Journal officiel non vérifiées.
- Médaille de la Reconnaissance française, échelon vermeil — 22 mars 1946, pour services signalés rendus à la France. Source : documentation biographique consacrée à Adélaïde Hautval.
- Statut de déportée résistante — Reconnu en décembre 1963, après des démarches rendues difficiles par son absence d’appartenance à un réseau organisé. Il s’agit d’un statut administratif, et non d’une décoration.
- Juste parmi les Nations — Reconnaissance officielle par Yad Vashem le 18 mai 1965, dossier n° 100, pour son action en faveur des détenues juives et son refus de participer aux expérimentations criminelles.
Adélaïde Hautval+2
Lieux de mémoire
La mémoire d’Adélaïde Hautval est entretenue en plusieurs lieux.
Au Hohwald, sa commune natale, une fontaine commémorative a été inaugurée en 1991 en hommage à son courage.
À Groslay, où elle a vécu après la guerre, une plaque commémorative a été apposée sur sa maison le 19 novembre 1994.
À Strasbourg, une rue porte son nom, tandis que plusieurs établissements scolaires et sanitaires perpétuent son souvenir. L’hôpital Adélaïde-Hautval de Villiers-le-Bel porte son nom depuis 2015.
Son nom figure également dans la documentation de Yad Vashem, à Jérusalem, parmi les personnes reconnues Justes parmi les Nations.
Références bibliographiques
Médecine et crime contre l’humanité, Adélaïde Hautval, ouvrage publié après sa mort, en 1991. Témoignage personnel consacré aux expérimentations médicales nazies et à la responsabilité éthique des médecins. Il constitue une source majeure pour comprendre ses refus et ses actes de résistance à Auschwitz.
Rester humain. Leçons d’Auschwitz et de Ravensbrück, ouvrage consacré aux écrits et à la pensée d’Adélaïde Hautval. Il éclaire la dimension humaniste de son expérience concentrationnaire.
La Résistance des Alsaciens, Fondation de la Résistance – Association pour des études sur la Résistance intérieure (AERI), 2016. La contribution de Marie-Claire Allorent consacrée à Adélaïde Hautval apporte des renseignements sur son parcours, sa déportation et sa postérité.
Les femmes du Block 10. Expérimentations médicales à Auschwitz, Hans-Joachim Lang, ouvrage historique consacré aux femmes victimes des expériences médicales pratiquées dans le Block 10 d’Auschwitz. Il permet de replacer le comportement d’Adélaïde Hautval dans le contexte des crimes médicaux nazis.
Références internet
Yad Vashem — Dr Adélaïde Hautval. Présentation institutionnelle de son comportement pendant la déportation, de son refus de participer aux expérimentations médicales et de sa reconnaissance comme Juste parmi les Nations. https://wwv.yadvashem.org/yv/fr/expositions/justes-auschwitz/hautval.asp
Comité français pour Yad Vashem. Fiche nominative d’Adélaïde Hautval, dossier n° 100, précisant sa reconnaissance en 1965 et ses principales données d’état civil. https://yadvashem-france.org/justes/nom/hautval-adelaide/
Adélaïde Hautval — Site biographique. Biographie détaillée retraçant son enfance, sa formation, son arrestation, sa déportation, son retour en France et ses distinctions. https://adelaidehautval.fr/2025/04/13/biographie/
Musée de la Résistance en ligne. Notice consacrée à la fontaine Adélaïde Hautval au Hohwald, accompagnée d’informations historiques sur sa déportation et sa mémoire. https://museedelaresistanceenligne.org/media9833-Fontaine-Adelade-Hautval-Le-Hohwald-Bas-Rhin
Ville de Groslay. Document municipal comprenant une présentation de sa biographie et des renseignements sur les hommages rendus dans la commune.
Wikipédia — Adélaïde Hautval. Notice encyclopédique secondaire utilisée pour identifier des éléments biographiques et des références complémentaires, à confronter aux sources institutionnelles. https://fr.wikipedia.org/wiki/Ad%C3%A9la%C3%AFde_Hautval
Dossier d’homologation consulté
Aucune cote individuelle du Service historique de la Défense, notamment dans les séries GR 16 P ou AC 21 P, n’a pu être établie avec certitude au cours des présentes recherches.
L’attribution du statut de déportée résistante en décembre 1963 est mentionnée par les sources biographiques, mais le dossier administratif correspondant n’a pas été consulté.
Observations
L’identité d’Adélaïde Hautval est solidement établie. Née Marthe Adélaïde Haas, elle est connue sous le nom d’Adélaïde Hautval et le surnom de Haïdi. Une source secondaire précise que l’usage du nom Hautval aurait été autorisé par jugement du 27 décembre 1951 ; ce jugement n’a pas été directement vérifié.
Il convient de distinguer son action de résistance morale et médicale d’une appartenance à un réseau clandestin, qui n’est pas établie.
Une divergence apparaît entre certaines sources concernant la date de retour en France. La biographie détaillée du site Adélaïde Hautval indique une arrivée à Paris le 2 juillet 1945, après un départ du camp le 26 juin. Cette chronologie, plus précise, est retenue.
La date du 12 octobre 1988 pour son décès est confirmée par le Comité français pour Yad Vashem et par la documentation municipale de Groslay.
Les indications relatives aux décorations françaises proviennent principalement de sources biographiques. Les décrets originaux n’ayant pas été directement examinés, leurs références officielles restent à compléter.
Indice de fiabilité de la notice
Niveau A — Fiabilité excellente. L’identité, les dates principales, la déportation, le matricule 31 802, le refus des expérimentations médicales et la reconnaissance comme Juste parmi les Nations sont établis par plusieurs sources concordantes, notamment Yad Vashem, le Musée de la Résistance en ligne et des documents mémoriels spécialisés. La notice comporte néanmoins des réserves explicites concernant les cotes archivistiques et certains actes administratifs.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1er janvier 1906 | Naissance au Hohwald |
| 1933 | Doctorat en médecine à Strasbourg |
| Avril 1942 | Arrestation après tentative de franchissement de la ligne de démarcation |
| 1942 | Internement à Bourges, Pithiviers, Beaune-la-Rolande, Orléans et Romainville |
| 24 janvier 1943 | Déportation vers Auschwitz par le convoi des « 31 000 » |
| 1943 | Affectation au Block 10 et refus des expérimentations médicales |
| Août 1944 | Transfert à Ravensbrück |
| Avril 1945 | Libération du camp |
| 2 juillet 1945 | Retour à Paris |
| Décembre 1945 | Légion d’honneur |
| 22 mars 1946 | Médaille de la Reconnaissance française |
| Décembre 1963 | Reconnaissance du statut de déportée résistante |
| 1964 | Témoignage au procès Dering contre Uris |
| 18 mai 1965 | Reconnaissance comme Juste parmi les Nations |
| 12 octobre 1988 | Décès à Groslay |
| 1991 | Fontaine commémorative au Hohwald |
Tableau des divergences entre sources
| Élément biographique | Source 1 | Source 2 | Décision retenue |
|---|---|---|---|
| Date du décès | Comité français pour Yad Vashem : 12 octobre 1988 | Certaines versions secondaires : 17 octobre 1988 | 12 octobre 1988 |
| Retour en France | Biographie détaillée : 2 juillet 1945 | Informations familiales : juillet 1945 | 2 juillet 1945 |
| Reconnaissance comme Juste | Yad Vashem : 18 mai 1965 | Informations transmises : 1964 | 18 mai 1965 |
| Déportation à Auschwitz | Convoi parti le 24 janvier 1943 | Document municipal de Groslay : 27 janvier 1943 | 24 janvier, date du départ du convoi |
Sources consultées
Yad Vashem. La page consacrée au docteur Adélaïde Hautval a permis de confirmer ses actes de solidarité envers les prisonnières juives, son refus de participer aux expérimentations médicales nazies et la date de sa reconnaissance comme Juste parmi les Nations. https://wwv.yadvashem.org/yv/fr/expositions/justes-auschwitz/hautval.asp
Comité français pour Yad Vashem. La fiche Adélaïde Hautval, dossier n° 100, a confirmé les dates de naissance et de décès, sa profession de psychiatre et l’année de sa reconnaissance. https://yadvashem-france.org/justes/nom/hautval-adelaide/
Site Adélaïde Hautval. La biographie détaillée a fourni des informations sur son milieu familial, sa formation, les différentes étapes de son internement, le convoi des « 31 000 », son retour en France et ses distinctions. https://adelaidehautval.fr/2025/04/13/biographie/
Musée de la Résistance en ligne. La documentation relative à la fontaine Adélaïde Hautval a apporté des précisions sur les étapes de sa déportation, son refus des expériences médicales et les hommages qui lui ont été rendus. https://museedelaresistanceenligne.org/media9833-Fontaine-Adelade-Hautval-Le-Hohwald-Bas-Rhin
Ville de Groslay. Un document municipal a permis de recouper les informations concernant sa résidence après la guerre, son décès et la pose d’une plaque commémorative en 1994.
Wikipédia. La notice consacrée à Adélaïde Hautval a été examinée comme source secondaire, notamment pour les variantes biographiques et les références bibliographiques. https://fr.wikipedia.org/wiki/Ad%C3%A9la%C3%AFde_Hautval
Photographie. source Famille
