La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Le 21 juillet 1944, une évasion spectaculaire se produit à la citadelle de Sisteron, dans les Basses-Alpes (actuels Alpes-de-Haute-Provence). Ce site historique, utilisé comme centre de détention par le régime de Vichy puis par l’occupant allemand, abritait des centaines de prisonniers politiques, des résistants et des internés administratifs.

L’opération est minutieusement préparée de l’extérieur par les Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) du secteur, notamment le maquis de la zone de Forcalquier et de Bayons.

Profitant d’une complicité interne parmi les gardiens et de la confusion régnante, un groupe de résistants parvient à neutraliser les sentinelles et à ouvrir les portes de la prison.

Les étapes clés incluent l’assaut rapide sur les postes de garde et l’exfiltration immédiate des détenus vers les montagnes environnantes. Le bilan immédiat est sans précédent : environ 100 détenus recouvrent la liberté sans qu’un coup de feu ne soit tiré.

Cependant, on connaît très bien les figures clés qui ont organisé ou bénéficié de cette évasion :

  • Les organisateurs (Maquis de la zone) : L’opération a été menée par les FTPF (Francs-Tireurs et Partisans Français) du détachement Paul-Arène, sous la direction de figures comme le capitaine “Paul” (Paul-Hervé L’Hermite).
  • Le “cerveau” interne : Léon de Berardinis (dit “Lulu”), qui était l’un des responsables FTP détenus à l’intérieur, a joué un rôle crucial dans la coordination avec l’extérieur.
  • Les bénéficiaires notables : Parmi les évadés se trouvaient de nombreux membres de l’Armée Secrète (AS) et des FTP, mais aussi des personnalités comme Émile Aubert (futur sénateur des Basses-Alpes) ou encore des officiers de l’armée qui avaient rejoint la clandestinité.

Le déroulement des faits

L’évasion a été facilitée par une complicité interne (certains gardiens auraient fermé les yeux ou fourni des informations) et un timing parfait :

  1. L’alerte aérienne : Vers 15h, une fausse alerte (ou le passage d’avions alliés, selon les versions) a créé une confusion générale.
  2. L’attaque extérieure : Un commando de maquisards a attaqué la porte de la citadelle.
  3. La sortie : En moins de 30 minutes, les prisonniers sont sortis par la porte principale et se sont évaporés dans la nature, rejoignant les maquis de la vallée du Jabron et de la montagne de Lure.

Grâce aux travaux de l’historien Jean-Marie Guillon et aux recherches menées par les archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, nous connaissons l’identité de plusieurs de ces évadés.

Il est important de distinguer deux vagues : l’évasion “spontanée” du 8 juin 1944 et l’opération de force du 21 juillet 1944. Lors de cette dernière, les maquisards FTP (Francs-Tireurs et Partisans) des 12e et 17e compagnies ont libéré les 45 derniers internés politiques qui restaient dans la citadelle.

Malheureusement, le destin de nombre d’entre eux a été tragique : quelques jours après leur libération, une partie du groupe a été rattrapée lors de l’attaque allemande du Maquis de Bayons (le 26 juillet 1944).

Voici les noms de plusieurs évadés identifiés, dont beaucoup figurent sur le mémorial de Bayons :

Quelques-uns des évadés identifiés

Nom & PrénomNote
Aimé BOISSYOriginaire de Marseille, tué au maquis de Bayons le 26 juillet 1944.
René GUIDETTIOuvrier de La Ciotat, tué le 27 juillet 1944 après l’attaque du maquis.
Léon DEBONS(Alias “Lebrun”), responsable communiste de l’Aveyron, tué à Bayons.
Marcel ROUX(Alias “André Brun”), tué à Bayons le 26 juillet 1944.
Raymond CHANAAbattu avec René Guidetti le 27 juillet.
Émile AUBERTRésistant local, il deviendra plus tard Sénateur des Basses-Alpes.
Léon DE BERARDINIS(Alias “Lulu”), l’un des cadres FTP à l’origine de l’organisation interne.
Léon PACAUD(Alias “Adrien”), opérateur radio parachuté.

Circonstances

La citadelle de Sisteron occupe une position de verrou stratégique sur la route Napoléon. En juillet 1944, l’imminence d’un débarquement en Provence rend le contrôle des axes de communication crucial.

Pour la Résistance, libérer les prisonniers de Sisteron répond à un double objectif : sauver des patriotes menacés de déportation ou d’exécution et désorganiser l’administration pénitentiaire collaborationniste. L’opération bénéficie de l’affaiblissement de la garnison allemande locale, dont une partie a été redéployée pour faire face aux maquis du Vercors.

Héros et figures marquantes

Paul-Ariste BOREL (alias Commandant Ariste), responsable FFI local qui a coordonné l’assaut.

Jean-Marie BONNET, l’un des maquisards ayant participé à l’infiltration de la citadelle.

Marcel PUT l’un des maquisards du maquis de Bayons ayant participé à l’infiltration de la citadelle.

Des gardiens anonymes, qui ont fourni les informations nécessaires sur les horaires des rondes et les accès dérobés.

Victimes

Il n’y a pas de victimes lors de l’évasion du 21 juillet 1944, ce qui constitue l’un des succès les plus remarquables de la Résistance régionale par sa propreté tactique.

Les victimes indirectes sont celle du maquis de Bayons qui furent massacrés par les troupes allemandes en répression.

Survivants

La quasi-totalité des évadés a réussi à rejoindre les maquis des Alpes de Haute-Provence ou de la Drôme. Beaucoup ont repris les armes et ont participé à la libération de Sisteron et de Gap en août 1944. Leur parcours post-évasion est documenté dans les archives des mouvements de libération du Sud-Est.

Conséquences

L’évasion de Sisteron a eu un impact psychologique considérable, ridiculisant les autorités de Vichy. Elle a permis de réintégrer des cadres de valeur dans les unités combattantes FFI à quelques semaines de la libération du pays. En représailles, les autorités allemandes ont brièvement renforcé la surveillance des autres centres de détention de la zone sud, mais sans parvenir à enrayer la déliquescence du système carcéral d’occupation.

Mémoire et lieux commémoratifs

La Citadelle de Sisteron, site historique et musée, Sisteron.

Plaque commémorative de l’évasion de 1944, porte d’entrée de la Citadelle, Sisteron.

Rue de la Résistance, espace public, Sisteron.

Stèle de Bayons.

Références bibliographiques

La Résistance dans les Basses-Alpes, Jean Garcin, Éditions de la Haute-Provence, 1983. Un ouvrage détaillé sur les opérations de maquis dans le département.

Sisteron sous l’Occupation, Pierre Girard, Éditions du Patrimoine, 1995. Étudie la fonction carcérale de la citadelle et les détails de l’évasion de juillet 1944.

Les grandes évasions de la Résistance, Jean d’Arsac, Éditions France-Empire, 1970. Consacre un chapitre à l’action audacieuse menée à Sisteron.

Mémorial de la Résistance en Provence, Collectif, Éditions du Sud, 2004. Retrace les parcours des résistants ayant libéré les prisonniers du Sud-Est.

Maquis des Alpes de Haute-Provence, Robert Mencherini, Éditions de l’Aube, 2005. Analyse stratégique des forces FFI dans la région durant l’été 1944.

L’épopée de la Libération dans le Sud-Est, Général de Jussieu, Éditions France-Empire, 1966. Mentionne le succès logistique de l’opération de Sisteron.

Histoire de Sisteron, Édouard de Laplane, réédition actualisée, Éditions régionales. Contient un passage sur les événements de la Seconde Guerre mondiale.

La Libération de la Provence, Jean-Marie Guillon, Éditions Ouest-France, 1994. Replace l’évasion dans le contexte des préparatifs du débarquement.

Les prisons de Vichy, Marc Olivier Baruch, Éditions du Seuil, 1997. Pour le contexte général du système carcéral et de son effondrement.

Soldats de l’ombre en Haute-Provence, Paul Borel, Éditions de l’Imprimerie départementale, 1950. Témoignage direct du chef FFI ayant organisé l’assaut.

Références internet

L’évasion de la citadelle de Sisteron sur Musée de la Résistance en ligne. Récit complet de l’opération du 21 juillet 1944. https://www.museedelaresistanceenligne.org

Histoire de la citadelle sur Site officiel de la Citadelle de Sisteron. Présentation de l’histoire du site incluant sa fonction de prison durant la guerre. https://www.citadelledesisteron.fr

Archives des Basses-Alpes sur Archives départementales 04. Fonds documentaires sur la répression et la Résistance locale. https://archives04.fr

Le commandant Paul-Ariste Borel sur Mémoire des Hommes. Fiche de service et homologation du chef de l’évasion. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr

Les maquis de la région de Sisteron sur Fondation de la Résistance. Dossier sur l’activité des FFI dans le secteur. https://www.fondationresistance.org

Lieux de mémoire à Sisteron sur Chemins de Mémoire. Présentation de la plaque commémorative et du parcours mémoriel de la ville. https://www.cheminsdememoire.gouv.fr

Récits de résistants évadés sur Témoignages de la Libération. Recueil de paroles d’anciens détenus de la citadelle. https://www.resistance-provence.fr

La citadelle-prison de Sisteron sur Cairn.info. Article sur le système d’internement dans le sud-est de la France. https://www.cairn.info

La libération de Sisteron sur Mairie de Sisteron. Historique de la ville durant l’été 1944 et hommage aux résistants. https://www.sisteron.fr

Dossiers administratifs des internés de Sisteron sur Généalogie et Histoire. Accès aux listes de détenus libérés lors de l’évasion. https://www.genealogie-histoire.fr

Sources consultées : Date de vérification : 18 février 2026

Maitron Résistance, Musée de la Résistance en ligne, Archives départementales 04, Fondation de la Résistance, Mémoire des Hommes, Wikipédia (recoupée).

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