La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

DEWÉ Walthère Jacques Joseph alias Cleveland,

Walthère Jacques Joseph DEWÉ, alias « Cleveland », né le 26 juillet 1880 à Liège (Belgique), mort le 14 janvier 1944 à Ixelles (Belgique), belge.

Jeunesse et formation

Walthère Dewé est ingénieur et fait carrière dans les télécommunications belges, jusqu’à devenir ingénieur en chef à la Régie des Télégraphes et Téléphones. Son expérience technique et sa connaissance des réseaux de transmission jouent un rôle essentiel dans ses engagements clandestins. Pendant la Première Guerre mondiale, après l’exécution de son cousin Dieudonné Lambrecht, il reprend avec Herman Chauvin l’organisation qui devient La Dame Blanche, l’un des principaux services de renseignement travaillant au profit des Britanniques.

Cette première expérience lui apporte une connaissance exceptionnelle du cloisonnement, de la collecte d’informations ferroviaires et militaires, des courriers et des liaisons avec les services britanniques. Elle explique qu’en 1939, avant même l’invasion de la Belgique, il soit à nouveau sollicité pour préparer un dispositif de renseignement.

Engagement dans la Résistance

Dès 1939, Dewé remet sur pied un Corps d’Observation belge destiné à recueillir des renseignements sur les préparatifs militaires allemands. Il est recruté par le Secret Intelligence Service britannique sous le nom de code « Cleveland » et le service number 99340. La défaite de mai 1940 coupe momentanément les contacts avec Londres, mais Dewé choisit de rentrer en Belgique occupée et de poursuivre la lutte clandestine.

Au cours de l’été 1940, il transforme son organisation en un véritable service clandestin. Le réseau prendra le nom de « Clarence », emprunté au pseudonyme de son principal collaborateur Hector Demarque.

Appartenance à un réseau ou mouvement

Walthère Dewé est le fondateur et chef du réseau de renseignement Clarence, rattaché opérationnellement au Secret Intelligence Service britannique. Les Archives de l’État en Belgique le donnent comme personne en charge de Clarence et comme agent de renseignement et d’action reconnu après-guerre, au grade de colonel.

Clarence couvre progressivement la Belgique, le nord de la France et plusieurs zones frontalières. Son organisation reprend certains principes éprouvés de La Dame Blanche : cloisonnement, découpage en secteurs, centralisation des rapports, usage de radios et de microfilms.

Missions et actions

L’objectif principal de Clarence est la collecte et la transmission de renseignements militaires, économiques et politiques vers Londres. Le réseau observe les mouvements de troupes, le trafic ferroviaire et routier, les aérodromes, les installations militaires et l’activité industrielle allemande. Il transmet également des informations sur les défenses et infrastructures stratégiques.

Les sources du CegeSoma et d’Archives de l’État indiquent qu’entre le début de 1941 et août 1944, Clarence envoie 163 rapports hebdomadaires et 872 télégrammes vers la Grande-Bretagne. À la fin de la guerre, 1 547 agents et auxiliaires sont officiellement reconnus comme ayant servi dans l’organisation.

Dewé doit vivre dans une clandestinité presque permanente, tandis qu’Hector Demarque assure à Bruxelles la continuité quotidienne du service. Malgré cette situation, Dewé conserve la direction doctrinale et stratégique du réseau.

Arrestation / évasion / déportation

Dewé échappe pendant plusieurs années aux services allemands. Le 14 janvier 1944, alors qu’il cherche à prévenir Thérèse de Radiguès d’un danger d’arrestation, il est confronté à des militaires allemands rue de la Brasserie à Ixelles. Refusant de se rendre, il est abattu. Il porte alors de faux papiers, ce qui retarde l’identification de sa véritable personnalité par l’occupant.

Ses deux filles avaient été arrêtées quelques jours auparavant ; l’une d’elles, Madeleine, mourra en déportation.

Camarades de combat

Son principal collaborateur pendant la Seconde Guerre mondiale est Hector Demarque, alias « Clarence », qui codirige le réseau puis lui succède après janvier 1944. Thérèse de Radiguès appartient au noyau ancien issu de La Dame Blanche et met son domicile d’Ixelles au service de l’organisation. Le réseau compte également des responsables provinciaux et des agents spécialisés dans les transmissions, parmi lesquels Horace Verhoeven, Marcel Verhamme et Léon Calmeau.

Retour à la vie civile

Walthère Dewé est tué en mission le 14 janvier 1944, avant la Libération.

Décorations

Les recherches effectuées confirment surtout son statut belge d’agent de renseignement et d’action, reconnu au grade de colonel dans le dossier de la Sûreté de l’État. Les décorations belges ou étrangères qui lui ont été attribuées n’ont pas toutes pu être contrôlées dans des publications officielles accessibles ; elles ne sont donc pas énumérées ici sans référence réglementaire certaine.

Lieux de mémoire

La mémoire de Walthère Dewé est particulièrement présente à Liège et à Ixelles. Une plaque marque à Ixelles le lieu où il fut abattu. À Liège, plusieurs plaques, une stèle, un parc et la chapelle-mémorial Saint-Maurice lui sont consacrés. La chapelle accueille sa dépouille et celle de son épouse. Un timbre belge à son effigie a également été émis en 1953.

Références bibliographiques

Henri BERNARD, **Un géant de la Résistance. Walthère Dewé**, La Renaissance du Livre, Bruxelles, 1971. Biographie de référence du fondateur de La Dame Blanche et de Clarence, fondée sur témoignages et documents de première main.

Emmanuel DEBRUYNE, **La guerre secrète des espions belges, 1940-1944**, Racine, Bruxelles, 2008. Étude de synthèse sur les réseaux belges de renseignement et leur articulation avec les services alliés.

Fernand STRUBBE, **Services secrets belges, 1940-1945**, Snoeck-Ducaju, 1997. Ouvrage utile pour replacer Clarence parmi les services belges de renseignement et d’action.

Références internet

Archives de l’État en Belgique – Data Arch. La fiche « Walthère Dewé (Q7400) » fournit l’état civil officiel utilisé ici, la profession, l’appartenance à Clarence, le statut d’agent de renseignement et d’action et le grade de colonel. https://data.arch.be/wiki/Item:Q7400

Belgium WWII – CegeSoma/Archives de l’État. La notice « Dewé Walthère » documente la création du Corps d’Observation belge, le recrutement par le SIS sous le nom « Cleveland », la reconstitution de Clarence et ses résultats opérationnels. https://www.belgiumwwii.be/belgique-en-guerre/personnes/dewe-walthere.html

Archives de l’État – AGATHA. L’inventaire des fonds mémoriels signale notamment le comité d’hommage à Walthère Dewé et les documents relatifs au mémorial liégeois. https://agatha.arch.be/data/ead/BE-A0523_711360_710063

Dossier d’homologation consulté

Archives de l’État en Belgique, Dossiers Services de Renseignements et d’Action de la Sûreté de l’État, fonds BE-A0547_2674_AA1333, inventaire n° 17026. Le dossier est signalé par Data Arch ; il n’a pas été consulté pièce par pièce en salle d’archives.

Indice de fiabilité de la notice Niveau A — Fiabilité excellente. L’identité, le statut, le réseau et le rôle de chef sont établis par un dossier institutionnel de la Sûreté de l’État et plusieurs sources historiques concordantes.

Chronologie

DateÉvénement
26 juillet 1880Naissance à Liège.
1916Reprise et développement de La Dame Blanche pendant la Première Guerre mondiale.
1939Mise sur pied du Corps d’Observation belge ; recrutement par le SIS sous le nom « Cleveland ».
été 1940Reconstitution clandestine du service qui devient Clarence.
1941Rétablissement des liaisons régulières avec Londres.
1943Clarence atteint sa structure mûre en secteurs spécialisés.
14 janvier 1944Walthère Dewé est abattu à Ixelles.

Sources consultées

Archives de l’État en Belgique – Data Arch. La fiche Q7400 a fourni l’état civil, la profession, le statut d’agent, le grade et la référence du dossier SRA. https://data.arch.be/wiki/Item:Q7400

Belgium WWII – CegeSoma/Archives de l’État. La notice « Dewé Walthère » a documenté le recrutement par le SIS, la création de Clarence et les résultats chiffrés du réseau. https://www.belgiumwwii.be/belgique-en-guerre/personnes/dewe-walthere.html

Mémoire Vive de la Résistance. La notice « DEWÉ Walthère » a été examinée pour comparaison avec les données institutionnelles. https://mvr.asso.fr/dewe/

Province de Liège / sources patrimoniales liégeoises. Les ressources patrimoniales ont été utilisées pour les plaques et lieux de mémoire consacrés à Dewé. https://www.provincedeliege.be/de/node/7250

Une photographie de Walthère Dewé est reproduite par Belgium WWII/CegeSoma.

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