La forme officielle retenue est « Corps urbain des Gardiens de la Paix de la ville de Nice », telle qu’elle apparaît dans la liste des collectivités civiles médaillées de la Résistance française. Les sources utilisent également les expressions « corps urbain des gardiens de la paix de Nice », « gardiens de la paix de Nice » et « police de Nice ».
Il ne s’agit pas d’un réseau autonome portant un nom clandestin propre, mais d’un corps de police au sein duquel se constitue dès 1942 un groupe de résistance. Plusieurs de ses membres sont parallèlement rattachés à des réseaux ou mouvements distincts, notamment Ajax, Combat et Surcouf.
Création du groupe de résistance
Un groupe de résistance se constitue dès 1942 au sein du corps urbain des gardiens de la paix de Nice, Alpes-Maritimes, France. Les sources institutionnelles consultées ne donnent ni date journalière de création, ni nom unique de fondateur, ni acte formel de constitution. Elles attestent en revanche que son activité s’amplifie progressivement pendant l’Occupation.
Les objectifs résultant des activités documentées sont la collecte de renseignements militaires, l’aide aux personnes poursuivies par les autorités allemandes ou vichystes, la diffusion de la presse clandestine, la constitution de dépôts d’armes et de munitions, l’assistance aux évadés et aux réfractaires au Service du travail obligatoire, puis la participation armée à la libération de Nice.
Organisation interne
La documentation actuellement accessible ne permet pas de reconstituer un organigramme complet du groupe clandestin constitué au sein du corps urbain. Les activités résistantes ne se limitent pas à une organisation unique : des policiers niçois appartiennent ou apportent leur concours à plusieurs structures clandestines. Les gradés, en raison de l’accès que leurs fonctions leur donnent aux informations administratives et policières, sont notamment utilisés comme auxiliaires par des réseaux de renseignement.
Le réseau Ajax constitue l’un des principaux rattachements documentés. Créé dans la police et spécialisé dans le renseignement, il bénéficie à Nice de renseignements fournis par des policiers. D’autres policiers de la ville sont associés aux mouvements Combat, au Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés et à des groupes locaux tels que Surcouf ou Lenoir. La pluralité de ces appartenances interdit de présenter l’ensemble du corps comme une cellule unique d’Ajax.
Actions menées pendant la Résistance
Les gardiens engagés dans la Résistance fournissent des renseignements d’ordre militaire, notamment au réseau Ajax. Ils profitent de leurs fonctions pour transmettre des informations et faciliter certaines opérations clandestines.
Ils apportent également une aide aux Juifs et aux patriotes recherchés, participent à la diffusion de journaux clandestins, constituent des dépôts d’armes et de munitions, favorisent des évasions et aident des jeunes à se soustraire au Service du travail obligatoire. Ces activités sont explicitement retenues dans la notice officielle de l’Ordre de la Libération consacrée à la collectivité.
Le rôle du corps devient directement militaire lors de l’insurrection niçoise du 28 août 1944. Des gardiens participent à l’occupation de la préfecture et de la mairie et à la défense d’édifices publics aux côtés des Forces françaises de l’intérieur. Les armes et munitions clandestinement conservées pendant l’Occupation sont distribuées au moment des combats.
Les affrontements opposent les résistants niçois aux derniers éléments de la 148e division de réserve de la Wehrmacht présents dans la ville. Deux gardiens de la paix sont tués et six sont blessés au cours de cette guérilla urbaine.
Liens avec d’autres réseaux ou mouvements
Le lien le mieux documenté est celui avec le réseau Ajax, spécialisé dans le renseignement et fortement implanté dans les milieux policiers. Les gardiens et gradés niçois fournissent des renseignements militaires à ce réseau.
Des policiers niçois sont également membres de Combat et du Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés. Des gardiens appartiennent à des groupes locaux, notamment Surcouf et Lenoir. Au moment de la Libération, les policiers résistants combattent avec les FFI et certains gardiens sont rattachés aux FTP.
Les sources institutionnelles consultées ne désignent pas un chef unique du groupe clandestin constitué au sein du corps urbain. L’existence de plusieurs appartenances résistantes parallèles rend impropre l’attribution d’une direction générale non documentée.
Verdun VIAL appartient au groupe Lenoir. Il participe aux combats de la Libération de Nice le 28 août 1944 et est tué à proximité de la mairie.
Jean GIRONNE est gardien de la paix et membre des Francs-tireurs et partisans. Il participe aux combats du 28 août 1944 et est tué à proximité du lycée de garçons.
Raphaël CALVIA est gardien de la paix et membre du groupe Surcouf. Il est arrêté puis déporté et meurt en déportation. Les sources consultées ne permettent pas, dans le cadre de cette fiche collective, de préciser sans risque d’erreur sa date et son lieu de décès.
Pierre MENDIONDOU est gardien de la paix et membre du groupe Surcouf. Déporté pour son engagement résistant, il survit à la déportation et revient des camps.
Victimes et morts
Deux gardiens sont identifiés avec certitude comme morts au cours des combats de la Libération de Nice le 28 août 1944 : Verdun VIAL, membre du groupe Lenoir, tué près de la mairie, et Jean GIRONNE, membre des FTP, tué près du lycée de garçons. Six autres gardiens sont blessés.
La répression frappe également les autres services de police de Nice. La documentation du Musée de la Résistance en ligne mentionne deux commissaires et six inspecteurs des Renseignements généraux, de la Sûreté ou de la Sécurité publique, membres notamment d’Ajax, de Combat ou du Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés, morts en déportation.
Le gardien Raphaël CALVIA, du groupe Surcouf, meurt lui aussi en déportation. Ces policiers ne doivent toutefois pas tous être comptabilisés comme membres du seul corps urbain des gardiens de la paix, certains appartenant à d’autres services policiers.
Survivants identifiés
Pierre MENDIONDOU, gardien de la paix membre du groupe Surcouf, revient de déportation. La même source signale également le retour de deux commissaires et de deux inspecteurs niçois déportés pour faits de Résistance, sans que ces derniers appartiennent nécessairement au corps urbain des gardiens de la paix.
Fin du groupe
Le groupe clandestin ne connaît pas de démantèlement final avant la Libération. Son activité converge au contraire avec l’insurrection de Nice du 28 août 1944. Les gardiens résistants sortent alors de la clandestinité, distribuent les armes conservées jusque-là et prennent part à l’occupation et à la défense des principaux bâtiments publics aux côtés des FFI.
Avec la libération de Nice, la fonction clandestine du groupe disparaît et les personnels survivants retrouvent une activité policière publique. Il n’existe donc pas de dissolution formelle comparable à celle d’un réseau clandestin démantelé.
Conséquences et mémoire
Le rôle des gardiens de la paix dans la Résistance et dans les combats du 28 août 1944 est officiellement reconnu par l’attribution de la Médaille de la Résistance française au Corps urbain des Gardiens de la Paix de la ville de Nice par décret du 25 avril 1946.
Une plaque commémorative inaugurée à Nice le 28 août 1994, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la Libération, rappelle que la police nationale niçoise contribua à la libération de la ville et reçut la Médaille de la Résistance pour son action dans les Alpes-Maritimes.
Divergences et précautions
Il convient de distinguer le « Corps urbain des Gardiens de la Paix de la ville de Nice », collectivité décorée, de l’ensemble de la police niçoise. Les commissaires, inspecteurs des Renseignements généraux, agents de la Sûreté et gardiens de la paix cités dans les sources appartiennent à des services différents. Tous les policiers résistants niçois ne peuvent donc être intégrés au bilan du seul corps des gardiens de la paix.
Il convient également de ne pas qualifier l’ensemble du corps de « réseau Ajax ». Une partie de ses membres fournit des renseignements à Ajax et certains policiers appartiennent effectivement à ce réseau, mais les résistants niçois relèvent simultanément de plusieurs organisations.
Références bibliographiques
La Médaille de la Résistance française, Association nationale des médaillés de la Résistance française, Lavauzelle, 2002. Ouvrage de référence utilisé par le Musée de la Résistance en ligne pour documenter l’action du corps urbain des gardiens de la paix de Nice.
Les Alpes-Maritimes de 1939 à 1945. Un département dans la tourmente, Jean-Louis Panicacci, Nice, Serre, 1989. Étude de référence sur l’Occupation, la Résistance et la Libération dans les Alpes-Maritimes.
La Résistance azuréenne, Jean-Louis Panicacci, travaux consacrés aux organisations clandestines et à la Libération des Alpes-Maritimes, utiles pour replacer l’engagement policier niçois dans son contexte départemental.
Références internet
Ordre de la Libération — Notice officielle des collectivités civiles médaillées de la Résistance, confirmant la création d’un groupe résistant dès 1942, ses principales activités et la décoration par décret du 25 avril 1946. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/les-collectivites-medaillees
Musée de la Résistance en ligne – Fondation de la Résistance, département AERI — Notice « Médaille de la Résistance à la police de Nice », détaillant les activités clandestines, les combats du 28 août 1944, les morts, blessés et déportés. https://museedelaresistanceenligne.org/media2844-Mdaille-de-la-Rsistance-la-police-de-Nice
Musée de la Résistance en ligne – Fondation de la Résistance, département AERI — Notice consacrée à l’insigne du corps urbain des gardiens de la paix de Nice, avec rappel historique de son engagement. https://museedelaresistanceenligne.org/media2842-Insigne-du-corps-urbain-des-gardiens-de-la-paix-de-Nice
Fiabilité A — Fiabilité excellente. L’existence du groupe résistant, ses activités essentielles, ses liens avec Ajax, son engagement dans la Libération de Nice, ses pertes du 28 août 1944 et l’attribution de la Médaille de la Résistance sont établis par des sources institutionnelles concordantes. Les limites documentaires concernent principalement l’organigramme clandestin et la liste exhaustive de ses membres.
Sources consultées
Maitron Résistance — Recherches sur les policiers résistants et sur le réseau Ajax ; notices individuelles retrouvées pour plusieurs policiers résistants mais aucune notice collective spécifique au corps urbain de Nice. https://maitron.fr/
Fondation de la Résistance — Recherche sur la police de Nice et les gardiens résistants ; documentation principalement accessible par le Musée de la Résistance en ligne. https://www.fondationresistance.org/
Musée de la Résistance en ligne — Deux notices directement consacrées au corps urbain et à la Médaille de la Résistance retrouvées et exploitées. https://museedelaresistanceenligne.org/
Mémoire des Hommes — Recherche sur l’organisation et les noms identifiés ; aucune notice collective directement exploitable retrouvée. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/
Ordre de la Libération — Notice officielle retrouvée ; décret du 25 avril 1946 et principales actions confirmés. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/les-collectivites-medaillees
Gallica – Bibliothèque nationale de France — Recherches sur la police de Nice, les gardiens de la paix et la Libération de Nice ; aucun document plus précis que les sources institutionnelles retenues n’a été exploité. https://gallica.bnf.fr/
Service historique de la Défense — Recherche sur la police niçoise et les réseaux de Résistance ; aucun dossier numérisé directement exploitable consacré à la collectivité décorée n’a été identifié. https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/
Association des Amis du musée de la Résistance azuréenne — Documentation locale signalée comme source du Musée de la Résistance en ligne, notamment à partir des recherches de Jean-Louis Panicacci.
Wikipédia — Recherche complémentaire effectuée ; aucune information non recoupée par une source institutionnelle ou mémorielle de niveau supérieur n’a été retenue. https://fr.wikipedia.org/