La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

COQUOIN Roger Augustin Léon Marie alias François, Lenormand,

Roger Augustin Léon Marie COQUOIN, alias François, Lenormand, né le 14 mars 1897 à Gagny, Seine-Saint-Denis, France, mort le 29 décembre 1943 à Paris, France, chimiste, officier d’artillerie, résistant, dirigeant du mouvement Ceux de la Libération, membre du Conseil national de la Résistance, chef de la région P de l’Armée secrète et Compagnon de la Libération à titre posthume.

Jeunesse et formation

Roger COQUOIN naît le 14 mars 1897 à Gagny, alors située dans le département de Seine-et-Oise. Issu d’une famille de scientifiques, il est le fils d’un chimiste et le petit-neveu de l’astronome Urbain LE VERRIER. Après des études au lycée Condorcet, à Paris, il obtient son baccalauréat et se destine à une carrière scientifique. La Première Guerre mondiale interrompt cependant sa formation, puisqu’il est appelé sous les drapeaux en janvier 1916 et affecté à l’artillerie.

Il participe aux combats de Verdun et de la Somme, où son comportement lui vaut plusieurs distinctions. Démobilisé avec le grade de sous-lieutenant, il reprend ses études et s’oriente vers la pharmacie et la chimie. Tout en préparant le concours de l’internat, il suit à la Sorbonne les enseignements de chimie générale, de physique et de chimie physique.

En 1921, il devient interne du docteur MEILLIÈRE à l’hôpital Laënnec. L’année suivante, le professeur CARNOT le choisit comme chef de laboratoire à l’Hôtel-Dieu. Lauréat de la faculté et de l’internat, il obtient notamment la médaille d’argent de l’internat. Au cours de cette période, il se lie d’amitié avec le professeur RICHET, qu’il retrouvera dans la Résistance.

En 1929, Roger COQUOIN prend la direction du laboratoire de chimie de l’Académie de médecine de Paris. Il y poursuit ses activités scientifiques jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, sans renoncer à ses obligations militaires d’officier de réserve.

La campagne de France — 1939-1940

Lors de la mobilisation générale de septembre 1939, Roger COQUOIN refuse une affectation qui lui aurait permis de demeurer dans la recherche scientifique. Il choisit de rejoindre le 237e Régiment d’artillerie lourde divisionnaire, à Dijon, afin de participer directement à la défense du pays.

Promu capitaine, il commande la 13e batterie du régiment, équipée de canons de 155 mm. Pendant l’offensive allemande de mai-juin 1940, son unité prend part aux combats de la Somme et parvient à mettre plusieurs chars ennemis hors de combat. Le 5 juin 1940, Roger COQUOIN est grièvement blessé, mais refuse d’être évacué avant d’avoir assuré la sécurité de ses hommes.

Hospitalisé dans la région parisienne, il se trouve bientôt menacé par l’avance allemande. Il parvient néanmoins à échapper à la capture en gagnant le sud de la France. Démobilisé le 27 juillet 1940, il retourne à Paris et reprend ses responsabilités à l’Académie de médecine.

La défaite et l’armistice n’ont pas entamé sa détermination à poursuivre le combat. Dès son retour dans la capitale occupée, il cherche à établir des contacts avec les organisations clandestines susceptibles de maintenir des relations avec la France libre.

Les premiers engagements clandestins — 1940-1941

En janvier 1941, Roger COQUOIN rencontre Honoré d’ESTIENNE d’ORVES, officier de marine envoyé de Londres pour organiser le réseau de renseignements Nemrod. Cette rencontre marque le début de son engagement structuré dans la Résistance.

Sous le pseudonyme François, il commence à constituer des groupes clandestins destinés à recueillir des informations sur les forces d’occupation et à les transmettre à Londres. Parallèlement, il recherche des hommes capables de participer ultérieurement à des actions directes contre les installations et les moyens de transport allemands.

L’arrestation d’Honoré d’ESTIENNE d’ORVES, le 22 janvier 1941, interrompt rapidement les premières liaisons établies avec les services de la France libre. Roger COQUOIN poursuit néanmoins son travail de recrutement et d’organisation, convaincu que la lutte clandestine doit se développer malgré les risques considérables encourus.

Le mouvement Ceux de la Libération — 1942

Au début de l’année 1942, Roger COQUOIN entre en relation avec Maurice RIPOCHE, fondateur du mouvement Ceux de la Libération (CDLL). Il rejoint cette organisation, implantée principalement en zone occupée, et participe activement à son développement.

Sous l’autorité de Maurice RIPOCHE, il recrute de nouveaux résistants à Paris et dans plusieurs régions françaises, notamment en Normandie, en Champagne, en Bourgogne et en Vendée. Il multiplie les contacts avec les organisations clandestines de zone occupée, tout en recherchant des liaisons avec les mouvements implantés en zone sud.

Son expérience scientifique lui permet également de contribuer aux activités matérielles du mouvement. Dans son laboratoire de l’Académie de médecine, il met au point des dispositifs de sabotage, notamment des détonateurs et des pastilles abrasives destinées à endommager les véhicules allemands.

Ce laboratoire devient progressivement un lieu de rendez-vous clandestin pour plusieurs responsables du mouvement, notamment Maurice RIPOCHE et MÉDÉRIC. Cette utilisation d’un établissement scientifique officiel présente des avantages pour les rencontres discrètes, mais expose également Roger COQUOIN à des risques croissants de surveillance et d’arrestation.

La direction de Ceux de la Libération — 1943

En mars 1943, Maurice RIPOCHE est arrêté par les Allemands. Roger COQUOIN tente d’organiser son évasion, mais ne parvient pas à le faire libérer. RIPOCHE sera exécuté à Cologne le 20 juillet 1943.

À la suite de cette arrestation, Roger COQUOIN prend la direction du mouvement Ceux de la Libération sous le pseudonyme Lenormand. Il doit désormais assurer la continuité d’une organisation fragilisée par la répression, tout en développant ses structures militaires.

Les menaces qui pèsent sur lui l’obligent à abandonner ses activités professionnelles et à entrer complètement dans la clandestinité. Il quitte également son domicile familial et multiplie les changements de résidence afin d’échapper aux recherches allemandes.

Malgré ces difficultés, il poursuit le recrutement de résistants, organise des groupes d’action et de sabotage et cherche à rapprocher les différents mouvements clandestins. Son objectif dépasse progressivement le cadre de CDLL : il souhaite contribuer à l’unification des organisations de Résistance afin de préparer une action militaire et politique commune.

Le Conseil national de la Résistance — 27 mai 1943

Roger COQUOIN adhère aux efforts d’unification entrepris par Jean MOULIN, délégué du général de Gaulle en France. Cette démarche aboutit à la constitution du Conseil national de la Résistance (CNR), destiné à rassembler les principaux mouvements, partis politiques et organisations syndicales engagés contre l’Occupation.

Le 27 mai 1943, Roger COQUOIN participe à la réunion constitutive du CNR, organisée à Paris, rue du Four, sous la présidence de Jean MOULIN. Il y représente le mouvement Ceux de la Libération.

Sa présence à cette réunion témoigne de l’importance acquise par CDLL au sein de la Résistance intérieure. Elle traduit également sa volonté d’inscrire l’action clandestine de son mouvement dans une organisation nationale capable de coordonner les efforts militaires et politiques.

Après l’arrestation de Jean MOULIN, le 21 juin 1943, Roger COQUOIN poursuit son travail d’organisation, alors que la répression allemande frappe de plus en plus durement les responsables des mouvements.

L’organisation militaire et le commandement de la région P

À partir de juin 1943, Roger COQUOIN développe les groupes d’action de Ceux de la Libération. Il favorise notamment le rapprochement de ses corps francs avec ceux du mouvement Vengeance, organisé autour des docteurs Vic DUPONT et WETTERWALD.

Ces regroupements permettent de renforcer les moyens d’action des résistants et de préparer des opérations coordonnées contre les forces d’occupation.

Pendant l’été 1943, au moment de l’organisation de l’Armée secrète en zone nord, Roger COQUOIN reçoit le commandement de la région P, qui comprend Paris et neuf départements environnants.

Cette responsabilité lui confère un rôle militaire majeur. Il doit coordonner les formations clandestines, organiser leur développement et préparer leur participation aux combats de la Libération.

À partir de septembre 1943, il travaille en liaison étroite avec André BOULLOCHE, délégué militaire régional envoyé de Londres. Leur coopération vise à rapprocher les organisations de Résistance intérieure des structures militaires mises en place par la France combattante.

La multiplication des opérations et des contacts accroît cependant les risques. La Gestapo surveille désormais Roger COQUOIN et procède à des perquisitions dans son laboratoire ainsi qu’au domicile de plusieurs de ses proches.

L’embuscade du 29 décembre 1943

Le 29 décembre 1943, Roger COQUOIN se rend au domicile de l’un de ses adjoints, dans un immeuble situé 4, rue des Frères-Périer, à Paris.

Il ignore qu’une souricière a été organisée par les services allemands. Lorsqu’il découvre le piège, il tente de prendre la fuite, mais une rafale de mitraillette l’atteint et le blesse mortellement.

Transporté à l’hôpital de la Pitié, il y meurt le jour même, à l’âge de quarante-six ans. Selon l’Ordre de la Libération, son corps n’a jamais été retrouvé.

Sa disparition prive Ceux de la Libération et l’Armée secrète de la région parisienne d’un dirigeant expérimenté, qui avait consacré les trois dernières années de sa vie à l’organisation clandestine et à l’unification des mouvements de Résistance.

Nomination comme Compagnon de la Libération

Par décret du 16 août 1944, Roger COQUOIN est nommé Compagnon de la Libération à titre posthume.

Cette distinction reconnaît son engagement précoce contre l’Occupation, son rôle dans le développement du mouvement Ceux de la Libération, sa participation à la création du Conseil national de la Résistance et ses responsabilités dans l’Armée secrète.

Il demeure l’une des figures importantes de la Résistance en zone occupée, à la fois par son action personnelle et par sa contribution à la coordination des organisations clandestines.

Camarades de combat

Honoré d’ESTIENNE d’ORVES — Officier de marine et responsable du réseau Nemrod, rencontré par Roger COQUOIN en janvier 1941. Cette rencontre favorise ses premiers engagements clandestins.

Maurice RIPOCHE — Fondateur du mouvement Ceux de la Libération, dont Roger COQUOIN devient l’un des principaux collaborateurs avant de lui succéder après son arrestation.

Jean MOULIN, Max — Délégué du général de Gaulle en France et organisateur du Conseil national de la Résistance, auquel Roger COQUOIN participe dès la réunion du 27 mai 1943.

André BOULLOCHE — Délégué militaire de la région P, en liaison étroite avec Roger COQUOIN à partir de septembre 1943.

MÉDÉRIC — Responsable de Ceux de la Libération participant aux rencontres clandestines organisées dans le laboratoire de Roger COQUOIN.

Vic DUPONT — Médecin et responsable du mouvement Vengeance, dont les groupes sont rapprochés des corps francs de Ceux de la Libération en 1943.

WETTERWALD — Médecin et responsable du mouvement Vengeance, associé au rapprochement des groupes d’action clandestins.

Appartenance aux réseaux et mouvements

Réseau Nemrod — Contacts avec Honoré d’ESTIENNE d’ORVES en janvier 1941 et participation à l’organisation de groupes clandestins de renseignement.

Ceux de la Libération (CDLL) — Engagement en 1942, puis direction du mouvement après l’arrestation de Maurice RIPOCHE en mars 1943.

Conseil national de la Résistance (CNR) — Représentant de CDLL lors de la réunion constitutive du 27 mai 1943.

Armée secrète (AS) — Commandant de la région P à partir de l’été 1943.

Mouvement Vengeance — Coopération avec ses responsables pour le rapprochement des groupes d’action et de sabotage.

Décorations

Chevalier de la Légion d’honneur — Distinction mentionnée par l’Ordre de la Libération. Décret individuel et publication au Journal officiel à vérifier.

Compagnon de la Libération — Décret du 16 août 1944, attribution à titre posthume. Source : Ordre de la Libération.

Croix de guerre 1914-1918 — Attribution confirmée par l’Ordre de la Libération. Références individuelles des citations à rechercher.

Croix de guerre 1939-1945 — Attribution confirmée par l’Ordre de la Libération. Citation et date à vérifier.

Médaille de la Résistance française — Attribution mentionnée par l’Ordre de la Libération. Décret et publication officielle à rechercher.

Lieux de mémoire

Gagny, Seine-Saint-Denis, France — Ville natale, le 14 mars 1897.

Paris, France — Études, carrière scientifique, activités clandestines et décès.

Académie de médecine, Paris, France — Laboratoire dirigé par Roger COQUOIN et utilisé pour certaines rencontres clandestines.

4, rue des Frères-Périer, Paris, France — Lieu de l’embuscade allemande du 29 décembre 1943.

Hôpital de la Pitié, Paris, France — Établissement où Roger COQUOIN meurt des suites de ses blessures.

Références bibliographiques

Histoire de la Résistance en France de 1940 à 1945, Henri NOGUÈRES, Robert Laffont, Paris, 1967-1981.

Histoire de la Résistance, 1940-1945, Olivier WIEVIORKA, Perrin, Paris, 2013.

Dictionnaire historique de la Résistance, François MARCOT (dir.), Robert Laffont, collection Bouquins, Paris, 2006.

Dictionnaire des Compagnons de la Libération, Vladimir TROUPLIN, Elytis, 2010.

Références internet

Ordre de la Libération — Roger COQUOIN — Notice biographique officielle :
https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/roger-coquoin

Musée de la Résistance en ligne — Roger COQUOIN :
https://museedelaresistanceenligne.org/media2714-Roger-COQUOIN

Mémoire Vive de la Résistance — Roger COQUOIN, notice de Compagnon :
https://mvr.asso.fr/coquoin-2/

Dossier d’homologation

Les recherches documentaires présentées ici n’ont pas permis de vérifier directement la cote du dossier individuel de Roger COQUOIN au Service historique de la Défense.

La consultation du répertoire GR 16 P et du dossier de Compagnon conservé par l’Ordre de la Libération reste nécessaire pour préciser les références archivistiques et contrôler les éventuelles homologations militaires.

Observations

Roger COQUOIN appartient aux responsables de la Résistance intérieure ayant joué un rôle majeur dans l’organisation des mouvements clandestins de zone occupée. Scientifique de formation et ancien combattant des deux guerres mondiales, il utilise ses compétences techniques, son expérience militaire et ses capacités d’organisation pour développer le mouvement Ceux de la Libération.

Son parcours se distingue également par son engagement en faveur de l’unification de la Résistance. Membre du Conseil national de la Résistance dès sa création, puis commandant de la région P de l’Armée secrète, il contribue au rapprochement des formations clandestines et à la préparation de leur action militaire.

Attention : deux notices MVR portant le nom Roger COQUOIN présentent des identités et des parcours contradictoires. La fiche /coquoin-2/ correspond au Compagnon de la Libération né le 14 mars 1897 à Gagny et mort le 29 décembre 1943 à Paris. La fiche /coquoin/ concerne une personne présentée comme née le 6 juillet 1910 à Paris et morte le 23 septembre 1942 à Cologne. Cette seconde identification nécessite une vérification documentaire spécifique et ne doit pas être fusionnée automatiquement avec celle du Compagnon.

Une autre correction est nécessaire dans l’ancienne notice /coquoin-2/ : le décret attribuant la croix de la Libération est celui du 16 août 1944, et non du 29 décembre 1944.

Indice de fiabilité de la notice : Niveau B — Les principales données d’état civil, la carrière scientifique et militaire, l’engagement dans Ceux de la Libération, la participation au Conseil national de la Résistance, le commandement de la région P et les circonstances du décès sont établis par la notice institutionnelle de l’Ordre de la Libération. Les références individuelles des décorations et les dossiers originaux du Service historique de la Défense restent à vérifier.

Chronologie du résistant

DateÉvénement
14 mars 1897Naissance à Gagny.
Janvier 1916Mobilisation dans l’artillerie.
1916-1918Participation aux combats de la Première Guerre mondiale.
1921Interne à l’hôpital Laënnec.
1922Chef de laboratoire à l’Hôtel-Dieu.
1929Directeur du laboratoire de chimie de l’Académie de médecine.
Septembre 1939Mobilisation au 237e Régiment d’artillerie lourde.
5 juin 1940Blessure pendant les combats de la Somme.
27 juillet 1940Démobilisation.
Janvier 1941Rencontre Honoré d’ESTIENNE d’ORVES et commence l’organisation de groupes clandestins.
Début 1942Rejoint le mouvement Ceux de la Libération.
Mars 1943Succède à Maurice RIPOCHE à la direction de CDLL.
27 mai 1943Participe à la réunion constitutive du CNR.
Juin 1943Rapprochement des groupes d’action de CDLL et du mouvement Vengeance.
Été 1943Commandement de la région P de l’Armée secrète.
Septembre 1943Coopération avec André BOULLOCHE.
29 décembre 1943Mortellement blessé dans une embuscade à Paris.
16 août 1944Nomination comme Compagnon de la Libération à titre posthume.

Tableau des divergences entre sources

ÉlémentSource 1Source 2Appréciation
NaissanceOrdre de la Libération : 14 mars 1897 à Gagny.MVR /coquoin/ : 6 juillet 1910 à Paris.Deux identifications distinctes ou erreur d’attribution à examiner.
DécèsOrdre de la Libération : 29 décembre 1943 à Paris.MVR /coquoin/ : 23 septembre 1942 à Cologne.La première date concerne le Compagnon Roger COQUOIN.
Décret de la croix de la LibérationOrdre de la Libération : 16 août 1944.Ancienne notice MVR /coquoin-2/ : 29 décembre 1944.Correction à apporter : 16 août 1944.
Mouvement de RésistanceOrdre de la Libération : Ceux de la Libération.MVR /coquoin/ : Front national.Ne pas attribuer au Compagnon les activités de la seconde notice sans preuve.

Sources consultées

Ordre de la Libération — Roger COQUOIN — https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/roger-coquoin

Musée de la Résistance en ligne — Roger COQUOIN — https://museedelaresistanceenligne.org/media2714-Roger-COQUOIN

Mémoire Vive de la Résistance — Roger COQUOIN, Compagnon de la Libération — https://mvr.asso.fr/coquoin-2/

Mémoire Vive de la Résistance — Roger COQUOIN, notice présentant une autre identification — https://mvr.asso.fr/coquoin/

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