La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

La compagnie « Goderville » est une compagnie civile de combat constituée sur le Vercors au moment de la mobilisation du 9 juin 1944.

Elle est commandée par l’écrivain et résistant Jean PRÉVOST, dont le nom de guerre « Goderville », emprunté au bourg normand de son enfance a donné son appellation à l’unité. Les sources mémorielles soulignent que la compagnie a été formée à partir de groupes francs du Vercors-nord et de la Drôme, intégrée à l’ossature FFI du massif sous l’autorité du commandement militaire du Vercors.

La compagnie « Goderville », dite aussi « compagnie civile Jean Prévost », est rattachée au dispositif FFI du Vercors et fonctionne en coordination avec le 6e bataillon de chasseurs alpins reconstitué.

Les sources de la Fondation de la Résistance précisent que le poste de commandement est établi à la ferme d’Herbouilly, avec des sections tenant la ligne Valchevrière – pas de la Sambue – pas de l’Âne.

La défense du verrou de Valchevrière est assurée par la compagnie du lieutenant Abel Chabal sous l’autorité de Jean PRÉVOST. Deux documents de synthèse du Musée de la Résistance en ligne montrent une variation de numérotation : la compagnie de PRÉVOST est dite « 3e compagnie du 6e BCA » dans une notice, « 4e compagnie » dans une autre. Cette divergence de détail est signalée comme telle.

À compter du 10 juin 1944, la compagnie « Goderville » prend position autour de Saint-Nizier-du-Moucherotte et participe aux combats des 13 et 15 juin en coordination avec d’autres compagnies civiles (Belmont/Brisac).

Elle est ensuite placée à l’entrée des gorges de la Bourne, puis envoyée défendre l’arc Herbouilly – Valchevrière – pas de la Sambue – pas de l’Âne, où elle affronte les colonnes allemandes les 21-23 juillet 1944, notamment à Corrençon.

Le 23 juillet, l’ordre de dispersion est reçu au PC d’Herbouilly : la compagnie décroche par Roybon (Baraque Magnan) et la plaine des Sarnas, où l’éclatement en petits groupes est décidé.

Une partie se replie à la grotte des Fées ; plusieurs hommes, dont le chef « Goderville », tentent ensuite la sortie du massif vers la vallée.

Liens avec d’autres réseaux ou mouvements

La compagnie « Goderville » opère dans la trame FFI du Vercors, sous les ordres du commandement local, en synergie avec d’autres compagnies civiles (Abel, Daniel, Belmont, Philippe) et avec les éléments reconstitués du 6e BCA et du 11e Cuirassiers. Ces relations d’amalgame se poursuivent après juillet 1944 lorsque les survivants rejoignent les unités régulières engagées à la Libération.

Chefs et figures marquantes

  • Jean PRÉVOST (« Goderville »), chef de la compagnie, membre du Comité de combat du Vercors, tué dans une embuscade au Pont-Charvet à Sassenage le 1er août 1944 en tentant de quitter le massif encerclé.
  • Jean VEYRAT (« Raymond »), lieutenant, second de PRÉVOST à Saint-Nizier, tué au Pont-Charvet le 1er août 1944.
  • Charles LOYSEL (« Bouysse »), cadre de la compagnie, tué au Pont-Charvet le 1er août 1944.
  • Alfred LEIZER, membre du groupe de dispersion de PRÉVOST, tué au Pont-Charvet le 1er août 1944.
  • André JULLIEN du BREUIL, écrivain et résistant, rattaché au groupe PRÉVOST, tué au Pont-Charvet le 1er août 1944.

Victimes / morts

La dispersion suivant l’ordre du 23 juillet 1944 coûte très cher à la compagnie. Le 1er août 1944 au Pont-Charvet, près de Sassenage, cinq hommes du groupe de PRÉVOST sont abattus : Jean PRÉVOST (« Goderville »), Jean VEYRAT (« Raymond »), Charles LOYSEL (« Bouysse »), Alfred LEIZER et André JULLIEN du BREUIL.

Parallèlement, dans le même contexte de repli, Rémy LIFSCHITZ et la résistante Léa BLAIN, associés au groupe dans la phase de dispersion, tombent sous le feu à Villard-de-Lans (Croix-des-Glovettes).

Survivants identifiés

Parmi les compagnons du groupe PRÉVOST lors de la dispersion figure Simon NORA, mentionné par les notices du Maitron et les dossiers du Musée de la Résistance en ligne ; il quitte le groupe pour rejoindre ses parents réfugiés à Méaudre et survit à la guerre.

D’autres éléments issus de la compagnie « Goderville » participent à la Libération au sein des unités régulières reconstituées.

Fin du réseau

La compagnie « Goderville » cesse d’exister comme unité constituée à la suite de l’ordre de dispersion du 23 juillet 1944.

La mort de son chef et de plusieurs cadres le 1er août 1944 entérine de facto sa dissolution.

Les rescapés s’agrègent ensuite aux unités de l’amalgame (11e Cuirassiers, 6e BCA) engagées dans les combats de la Libération.

Conséquences et mémoire

Sur le plan militaire, la compagnie « Goderville » tient des positions clefs en juin-juillet 1944, notamment à Saint-Nizier et sur la ligne Herbouilly–Valchevrière, retardant l’avance allemande au prix de lourdes pertes.

La répression se traduit, après le bouclage du 21-23 juillet, par les tueries et destructions qui marquent le Vercors.

Dans la mémoire locale et nationale, l’unité est associée à la figure de Jean PRÉVOST ; des plaques et stèles rappellent son PC d’Herbouilly, les combats de Saint-Nizier et la tuerie du Pont-Charvet à Sassenage ; la nécropole de Saint-Nizier réunit les tombes de nombreux tués du Vercors.

Références bibliographiques

  • Le Vercors : histoire et mémoire d’un maquis, Gilles Vergnon, Éditions du Patrimoine, 2014. Synthèse de référence sur la genèse, l’organisation et les combats du Vercors. L’ouvrage restitue le rôle des compagnies civiles — dont « Goderville » — dans la stratégie défensive de juin-juillet 1944 et analyse la construction mémorielle d’après-guerre. Appui utile pour croiser événements, acteurs et lieux.
  • François Huet. Chef militaire du Vercors 1944. Une vie au service de la France, François Broche, Éditions Italiques, 2004. Biographie du chef militaire FFI du Vercors qui éclaire le cadre de commandement dans lequel opère la compagnie « Goderville ». Donne des repères précis sur les ordres, la mobilisation, la dispersion et l’amalgame avec les unités régulières.
  • Jean Prévost, portrait d’un homme, Odile Yelnik, Fayard, 1979.
    Biographie fouillée de l’écrivain-résistant, avec un important volet consacré à son engagement dans le Vercors sous le nom de guerre « Goderville ». Utile pour documenter la création, les missions et la fin de la compagnie à l’été 1944.
  • Vercors, 1943-1944 : le malentendu permanent, Richard Marillier, Éditions de l’Armançon, 2003. Travail de mise au point historiographique qui replace l’action des compagnies civiles dans les enjeux militaires et politiques du « Projet Montagnards ». Offre des clés pour comprendre la place et les limites tactiques d’unités comme « Goderville ».
  • Le Vercors. Les compagnies civiles et la mobilisation (exposition en ligne), Guy Giraud (dir.), Fondation de la Résistance / AERI, 2011.Catalogue-parcours qui précise la composition, les missions et le déploiement des compagnies civiles, dont « Goderville ». Sert de base pour vérifier la chronologie (mobilisation du 9 juin, combats de juin-juillet, dispersion).

Références internet

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