Comitato militare per l’Alta Italia, également désigné dans certaines sources comme Comando militare per l’Alta Italia, organisme militaire clandestin de coordination de la Résistance en Italie du Nord, prédécesseur direct du Comando generale del Corpo Volontari della Libertà.
Circonstances
Après l’armistice italien annoncé le 8 septembre 1943, l’occupation allemande de l’Italie septentrionale et la constitution de la République sociale italienne placent les organisations antifascistes dans la nécessité de coordonner une lutte armée encore fragmentée. Le Comitato di Liberazione Nazionale de Milan crée, dès septembre 1943, un organisme exécutif chargé d’organiser cette lutte. La notice archivistique officielle du SIUSA lui attribue la dénomination « Comitato militare per l’Alta Italia ». Il constitue le premier échelon de coordination militaire suprarégionale de la Résistance organisée depuis Milan.
Cette structure se développe à partir du noyau qui collabore autour de Ferruccio PARRI. Selon le SIUSA, Giulio ALONZI, Giovanni Battista STUCCHI, Galileo VERCESI et Giovanni CITTERIO en font partie dans la première phase. L’objectif est d’organiser la lutte armée contre les forces allemandes et fascistes et de dépasser progressivement le caractère local ou partisan des premières formations clandestines.
À mesure que la Résistance se développe au cours de l’hiver 1943-1944, la nécessité d’un commandement plus structuré devient manifeste. La transformation du CLN milanais en Comité de libération nationale de Haute-Italie et la multiplication des brigades partisanes exigent une organisation capable de coordonner les formations relevant de sensibilités politiques différentes, d’assurer les liaisons entre régions et de centraliser une partie des ressources.
Déroulement et activité
L’activité du Comitato militare per l’Alta Italia commence à Milan, Italie, en septembre 1943. Elle consiste d’abord à favoriser l’organisation des premières formations armées, à établir des relations entre leurs responsables et à donner une direction militaire commune à une résistance encore très dispersée. Le dispositif est clandestin et dépend politiquement du Comité de libération.
La documentation disponible montre que son rôle augmente avec le développement des formations partisanes. Les contacts avec les organisations régionales doivent permettre d’améliorer le commandement, l’acheminement des moyens financiers et matériels et la coordination stratégique. Mario ARGENTON, par exemple, est documenté par l’ANPI comme étant en contact avec le Comando Militare Alta Italia avant son intégration au futur commandement général du CVL.
La transformation décisive intervient en juin 1944. La Fondazione Corpo Volontari della Libertà précise que le Comando generale del Corpo Volontari della Libertà est institué le 19 juin 1944 comme évolution du préexistant Comando militare per l’Alta Italia. Trois objectifs sont attestés : coordonner les brigades partisanes dépendant de partis différents, organiser leur soutien logistique, financier et structurel, et disposer d’un organisme militaire susceptible de négocier avec le gouvernement italien et les Alliés.
Le SIUSA confirme la décision du 19 juin 1944 et considère le « Comitato militare per l’Alta Italia » comme l’appellation antérieure du Comando generale del Corpo Volontari della Libertà. Il s’agit donc d’une continuité institutionnelle plutôt que de la disparition brutale d’un organisme remplacé par un autre sans lien organique.
Figures marquantes
Ferruccio PARRI est l’un des principaux organisateurs du dispositif militaire clandestin. Représentant du Partito d’Azione au comité militaire du CLNAI, il devient ensuite vice-commandant du Corpo Volontari della Libertà. Arrêté à Milan le 2 janvier 1945, remis aux Allemands, il est finalement libéré après une négociation et participe à la phase finale de la Résistance. Il survit à la guerre et devient président du Conseil italien en 1945.
Giovanni Battista STUCCHI appartient au premier noyau indiqué par les archives. Socialiste, il poursuit son activité dans les structures successives de commandement de la Résistance et devient finalement chef d’état-major du Comando generale del Corpo Volontari della Libertà.
Galileo VERCESI appartient également au premier noyau du comité militaire. La documentation de l’ANPI relative au CVL le signale parmi les responsables démocrates-chrétiens victimes de la répression : il est tué à Fossoli, Modène, Italie, le 12 juillet 1944.
Giovanni CITTERIO fait partie du noyau initial autour de Ferruccio PARRI. Il meurt au combat lors de la bataille de Megolo, dans le Piémont, le 13 février 1944. La documentation indique qu’il est ensuite remplacé dans la structure par Francesco LEONE.
Giulio ALONZI est identifié par le SIUSA parmi les hommes constituant le premier noyau du Comitato militare per l’Alta Italia. Les sources retenues pour la présente recherche ne fournissent pas suffisamment d’éléments biographiques recoupés pour développer davantage son parcours sans risque d’ajouter des informations insuffisamment vérifiées.
Mario ARGENTON, officier et résistant libéral, entretient des liaisons avec le Comando Militare Alta Italia et participe ensuite, à partir de juin 1944, au commandement général du CVL comme représentant du Partito Liberale Italiano. Il survit à la guerre.
Victimes
Le Comitato militare per l’Alta Italia est un organisme clandestin de commandement, il n’existe pas de bilan de victimes propre à un événement portant ce nom. Parmi les responsables directement liés à sa première organisation et dont la mort est établie figurent Giovanni CITTERIO, mort au combat le 13 février 1944, et Galileo VERCESI, tué à Fossoli le 12 juillet 1944. Ces noms ne constituent pas une liste exhaustive de tous les résistants dépendant de ses structures qui furent tués.
Survivants
Ferruccio PARRI, Giovanni Battista STUCCHI et Mario ARGENTON figurent parmi les cadres liés à cette organisation ou à son évolution qui survivent à la guerre. Ils occupent ensuite diverses fonctions publiques, politiques ou mémorielles. La documentation consultée ne permet pas d’établir sans dépouillement prosopographique une liste exhaustive de tous les membres ayant survécu.
Conséquences
La conséquence essentielle de l’activité du Comitato militare per l’Alta Italia est la création d’un véritable commandement général unifié de la Résistance. Le 19 juin 1944, sa transformation aboutit au Comando generale del Corpo Volontari della Libertà. Le CVL devient alors la principale structure de coordination militaire du mouvement partisan et acquiert progressivement une reconnaissance du gouvernement italien et des Alliés.
Cette transformation permet la mise en place d’une organisation comprenant notamment une secrétairerie du commandement, les liaisons avec les Alliés, les services de ravitaillement aérien, de renseignement, d’administration, d’assistance sanitaire et de fabrication de faux papiers. Aux premiers coordinateurs succèdent, à l’automne 1944, un commandement général organisé autour de Raffaele CADORNA, Ferruccio PARRI et Luigi LONGO.
Mémoire et lieux commémoratifs
La mémoire du Comitato militare per l’Alta Italia se confond largement avec celle du Corpo Volontari della Libertà dont il constitue le prédécesseur. La Fondazione Corpo Volontari della Libertà conserve et diffuse cette histoire institutionnelle. La bannière du CVL, décorée de la Médaille d’or de la valeur militaire, est conservée au Museo Sacrario delle Bandiere des Vittoriano, à Rome, Italie.
Milan, Italie, constitue son principal lieu historique puisque le Comité militaire et le commandement général ultérieur y sont organisés clandestinement. Le 6 mai 1945, les dirigeants du CVL conduisent dans les rues de Milan le défilé de la victoire auquel participent les formations partisanes.
Références bibliographiques
Atti del Comando generale del Corpo volontari della libertà : giugno 1944-aprile 1945, Comando generale del Corpo Volontari della Libertà, ouvrage édité par Giorgio Rochat, préface de Ferruccio Parri, Franco Angeli, Milan, 1972. Recueil documentaire fondamental pour étudier le fonctionnement du commandement militaire unifié qui succède au Comitato militare per l’Alta Italia. Il permet de suivre les directives, problèmes organisationnels et relations entre commandement central et formations régionales. Cette référence est expressément signalée dans la notice archivistique officielle du SIUSA.
Dizionario della Resistenza, sous la direction d’Enzo Collotti, Renato Sandri et Frediano Sessi, Einaudi, Turin, 2000-2006. Cet ouvrage collectif comporte des notices consacrées aux organisations, structures militaires, protagonistes et territoires de la Résistance italienne. Les notices relatives au CVL et au CLNAI servent notamment de base aux synthèses historiques publiées par l’ANPI.
Alla guida del CLNAI, Alfredo Pizzoni, Il Mulino, Bologne, 1995. Les mémoires d’Alfredo PIZZONI, président du CLNAI pendant l’essentiel de la période clandestine, fournissent un témoignage de première importance sur les mécanismes de direction politique et militaire de la Résistance en Italie septentrionale, ainsi que sur les rapports avec les Alliés et les différentes composantes politiques.
Le formazioni autonome nella Resistenza italiana, sous la direction de Tommaso Piffer, Marsilio, Venise, 2020. L’ouvrage replace les formations militaires autonomes et leurs responsables dans la construction du dispositif unitaire de la Résistance. Il traite notamment du rôle de personnalités telles qu’Alfredo PIZZONI et Raffaele CADORNA dans les rapports entre CLNAI, formations partisanes et Alliés.
I CLN nell’Alta Italia : formazione e funzionamento, Emilio Sereni, Ministero dell’Italia occupata, 1945. Publié immédiatement après la guerre, ce texte porte sur la constitution et le fonctionnement des Comités de libération dans l’Italie occupée et constitue une source proche des événements. Il est notamment cité dans les notices archivistiques institutionnelles du réseau SIUSA consacrées aux structures territoriales dépendant du CLNAI.
Références internet
Sistema Informativo Unificato per le Soprintendenze Archivistiche – SIUSA La notice « Corpo volontari della libertà – CVL. Comando generale » est la source institutionnelle la plus précise pour la généalogie de l’organisme. Elle donne comme appellation antérieure « Comitato militare per l’Alta Italia », situe sa création en septembre 1943 et décrit sa transformation le 19 juin 1944. Elle précise également les principaux responsables et les services du futur CVL. https://siusa-archivi.cultura.gov.it/cgi-bin/siusa/pagina.pl?Chiave=102891&RicDimF=2&RicSez=prodenti&RicTipoScheda=pe&RicVM=indice&TipoPag=prodente
Fondazione Corpo Volontari della Libertà La page historique de la fondation confirme que le Comando generale del CVL est institué le 19 juin 1944 comme évolution du « preesistente Comando militare per l’Alta Italia ». Elle explique les trois objectifs principaux de cette transformation : unité du commandement, soutien aux brigades et dialogue avec le gouvernement et les Alliés. https://www.fondazionecvl.it/storia/
ANPI – Corpo Volontari della Libertà La synthèse de l’Associazione Nazionale Partigiani d’Italia décrit le CVL comme l’évolution du commandement militaire du CLNAI et retrace sa structure, ses responsables, ses rapports avec les Alliés et son rôle jusqu’à l’insurrection de 1945. Elle fournit également plusieurs éléments biographiques sur les membres tués, arrêtés ou survivants. https://www.anpi.it/libri/corpo-volontari-della-liberta-cvl
ANPI – Mario Argenton La notice biographique documente les contacts de Mario ARGENTON avec le Comando Militare Alta Italia avant son entrée au commandement général du CVL. Elle constitue un témoignage utile sur les liaisons entre ce commandement, le Frioul et les formations autonomes ou libérales. https://www.anpi.it/biografia/mario-argenton
ANPI – Ferruccio Parri Cette notice retrace l’engagement de Ferruccio PARRI, sa représentation du Partito d’Azione au comité militaire du CLNAI, son passage au poste de vice-commandant du CVL, son arrestation et son retour dans la direction de l’insurrection. https://www.anpi.it/biografia/ferruccio-parri
Fiabilité A. L’existence, la fonction, l’évolution et plusieurs responsables de cette structure sont confirmés par le Sistema Informativo Unificato per le Soprintendenze Archivistiche, la Fondazione Corpo Volontari della Libertà et l’ANPI. La principale difficulté concerne uniquement sa dénomination : « Comitato militare per l’Alta Italia » dans la notice archivistique SIUSA et « Comando militare per l’Alta Italia » dans plusieurs publications mémorielles et historiographiques.