La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Centrale de transmissions « Prométhée / Parsifal / Périclès / Phidias / Praxitèle »

La centrale de transmissions « Prométhée » est mise en place à Paris au printemps 1943, sur instruction du BCRA, en complément de la centrale « Coligny », afin de recueillir et d’acheminer vers Londres les renseignements fournis par plusieurs réseaux de la zone occupée.

Elle naît autour de proches du colonel Passy, notamment Guy Duboÿs et Jean Guyot, et fonctionne, sous des noms de code successifs, de mars 1943 à août 1944.

Cette mission de relais vise à désengorger Coligny et à sécuriser les flux radio et courrier vers Londres.

Structure faîtière de transmissions, la centrale travaille par cellules cloisonnées articulées autour de centres d’émission et de postes-émetteurs répartis en région parisienne.

Elle traite en priorité les messages d’un ensemble de réseaux constitués ou réorganisés après les grandes missions de 1942–1943.

Les inventaires officiels indiquent qu’elle assure la transmission des réseaux Manipule , Turma, Legio, Centurie, Curie et Vélites, ainsi que d’éléments rattachés à « Mission Loir » au printemps 1943 ; ces graphies « Manipule » et « Centurie » apparaissent telles quelles dans l’instrument de recherche et correspondent aux réseaux généralement cités sous les formes « Manipule » et « Centurie ». La centrale coopère également avec des services spécialisés de la Confrérie Notre-Dame (LTAMR : « Liaisons et transmissions Air, Mer, Radio »), selon les besoins et les périodes.

L’activité se concentre sur la collecte, la mise au point et la transmission de renseignements militaires vers Londres, par radio et par courrier sécurisé, en appui des réseaux rattachés.

La centrale organise plusieurs filières d’acheminement, recourt à des liaisons navales et aériennes lorsque les liaisons radio sont compromises et contribue à alimenter, de façon continue, l’état-major allié en informations sur les forces allemandes en France.

Après des coups de filet à l’automne 1943, la centrale est remontée rapidement et reprend un débit soutenu des liaisons ; elle redevient, dès décembre 1943, un des principaux canaux de renseignement de la zone nord.

Par nature, la centrale sert d’interface entre de multiples réseaux (Manipule, Turma, Legio, Curie, Vélite, Gulliver, Luth) et Londres.

Elle coordonne ponctuellement avec la Confrérie Notre-Dame lorsque les circuits propres sont perturbés, et coopère avec des réseaux de renseignement voisins ou « fédérations » en cours de structuration en 1943, notamment autour de l’entité dite « Périclès ».

Chefs et figures marquantes

Guy Duboÿs, alias « Jacques Boistel », fonde en mars 1943 la centrale « Prométhée » ; il est arrêté en mai 1943 et déporté à Buchenwald puis à Mauthausen.

Jean Guyot, alias « Curie », « Gallois », puis « Périclès », adjoint puis chef intérimaire de la centrale à partir d’octobre 1943, reconstitue l’organisation après les arrestations et lui redonne sa pleine capacité avant de repartir pour Londres en février 1944.

Robert Tainturier, alias « Parsifal », prend la direction au printemps 1943 ; il est arrêté à l’automne 1943 (date précise donnée par Wikipédia, non confirmée par les bases officielles).

Fernand Gane, alias « Icare » (chef du réseau Phalanx), assure la direction sous l’appellation « Phidias » au début de 1944 (information rapportée par le Livre blanc du BCRA via la bibliographie et par Wikipédia ; non retrouvée nominativement dans les inventaires consultés pour la centrale elle-même). Pierre Sérandour, alias « Praxitèle » (également attesté sous « Phidias » dans les archives), est mentionné comme dernier chef en 1944.

Victimes / morts

Les coups de filet d’octobre 1943 frappent lourdement les personnels de transmissions : l’ensemble de la centrale « Périclès » est arrêté le 5 octobre 1943 ; plusieurs agents liés aux réseaux approvisionnés par la centrale sont capturés et certains déportés. Guy Duboÿs est déporté début 1944 à Buchenwald puis à Mauthausen ; d’autres responsables et radios sont arrêtés dans le même contexte de trahisons et d’infiltrations visant les réseaux partenaires, en particulier Turma-Vengeance.

Survivants identifiés

Jean Guyot, revenu en France en octobre 1943 pour reconstituer la centrale, parvient à la remettre en fonctionnement dès décembre 1943, regagne l’Angleterre en février 1944, participe encore à des missions après le Débarquement et poursuit sa carrière à la DGER avant sa démobilisation fin 1945.

Son rôle de reconstruction et de coordination lui vaut d’être nommé Compagnon de la Libération par décret du 19 octobre 1945.

Fin du réseau

Sous l’appellation « Praxitèle », la centrale fonctionne jusqu’à l’été 1944, date à laquelle la Libération met fin à la clandestinité. Les transmissions et services de renseignement sont alors réorganisés dans le cadre de la DGER, héritière du BCRA, et la centrale cesse ses activités en tant qu’entité clandestine. Les archives publiques en conservent les traces pour la période 1943–1944.

Conséquences et mémoire

La centrale contribue significativement au flux de renseignements transmis aux Alliés depuis la zone nord, malgré des pertes sévères en 1943.

Sa mémoire est aujourd’hui portée par les inventaires du SHD et des Archives nationales (fonds du BCRA dit « Livre blanc ») et par les dossiers de réseaux rattachés (Phalanx, Manipule, etc.) conservés et décrits par le Musée de l’Ordre de la Libération et le Musée de la Résistance en ligne.

Des notices et témoignages associatifs prolongent également cette mémoire, notamment autour de Guy Duboÿs et des agents de transmissions.

Références bibliographiques

  • Histoire de la Résistance, 1940–1945, Olivier Wieviorka, Perrin, 2013. Panorama analytique de la Résistance intérieure et extérieure, l’ouvrage expose les articulations entre mouvements, réseaux et services alliés. Il situe précisément le rôle des transmissions dans l’appareil de renseignement et éclaire la genèse des « centrales ».
  • Le Livre blanc du BCRA, vol. 4, Patricia Gillet (dir.), Archives nationales, 2015. Instrument de référence issu des archives du BCRA, ce volume présente des synthèses et annexes documentaires sur l’organisation, les missions et les réseaux, avec des dossiers relatifs aux centrales de transmissions créées en 1943–1944. Il permet de croiser chronologies et sigles.
  • Des Anglais dans la Résistance. Le SOE en France, 1940–1944, Michael R. D. Foot & Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Tallandier, 2013. Étude de référence sur le SOE en France, utile pour comprendre les interfaces entre BCRA, SOE et réseaux français. Les chapitres consacrés aux liaisons, aux opérations et aux transmissions contextualisent la place des centrales Coligny et Prométhée.

Références internet

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