Raymond BURGARD, né le 15 septembre 1892 à Troyes (Aube), mort le 15 juin 1944 à Cologne (Allemagne), français.
Raymond Burgard naquit à Troyes dans une famille alsacienne ayant quitté les territoires annexés après la guerre de 1870-1871. Il poursuivit des études de lettres et fut reçu à l’agrégation de grammaire en 1928. Il enseigna notamment à Sarreguemines avant d’être nommé, en septembre 1937, professeur de lettres au lycée Buffon à Paris.
Il s’engagea dans le scoutisme laïque des Éclaireurs de France, dont il fut cadre en Lorraine, en Tunisie et aux Antilles. Catholique démocrate, il milita à la Ligue de la Jeune République et dans le syndicalisme enseignant. Hostile aux accords de Munich, il appartenait avant la guerre à un courant républicain, social et chrétien opposé aux régimes autoritaires.
Engagement dans la Résistance
Dès septembre 1940, Raymond Burgard constitua avec Paulin Bertrand, Jules Ballaz, Alcide Morel, André Vellay et plusieurs anciens militants de la Jeune République un groupe clandestin qui prit le nom de Valmy. Les premiers actes du groupe consistèrent à rédiger et à diffuser à Paris des papillons et des tracts hostiles à l’occupation et au régime de Vichy.
Les slogans du groupe proclamaient notamment « Un seul ennemi, l’envahisseur » et « Vive la République quand même ! ». Certains textes étaient rédigés en allemand afin de s’adresser directement aux soldats de la Wehrmacht et de les appeler à la désobéissance.
Raymond Burgard encouragea également ses élèves du lycée Buffon à manifester leur patriotisme. Il prit part aux mobilisations parisiennes du 11 novembre 1940 et aux manifestations organisées autour de la fête de Jeanne d’Arc en mai 1941. Son engagement contribua à faire du lycée Buffon l’un des foyers précoces de la Résistance lycéenne et universitaire.
Appartenance à un réseau ou mouvement
Raymond Burgard fut l’un des fondateurs et le principal rédacteur du groupe et du journal clandestin Valmy. Le premier numéro parut en janvier 1941, d’abord fabriqué à quelques dizaines d’exemplaires au moyen d’une imprimerie d’enfant, puis ronéotypé et imprimé à des tirages croissants.
Il collabora parallèlement au journal clandestin La France continue, animé notamment par Henri et Annie de Montfort, Paul Petit, Émile Coornaert et Marietta Martin. Par l’intermédiaire de Charles Le Gualès de la Villeneuve, il entra en relation avec Robert Guédon et l’organisation qui devint Combat Zone Nord. Cette proximité entraîna son intégration dans un ensemble clandestin plus vaste que le seul noyau Valmy.
Missions et actions
Raymond Burgard rédigea des éditoriaux, tracts, papillons et textes de propagande. Le premier éditorial de Valmy, intitulé « Certitudes », défendait la continuité républicaine et affirmait que la défaite militaire ne pouvait justifier la soumission politique.
Le groupe participa à l’organisation de manifestations patriotiques, à la diffusion de renseignements et à la mise en relation de différents noyaux résistants de la zone occupée. Burgard employait également son influence d’enseignant pour sensibiliser les élèves et les familles aux exigences du refus de l’occupation.
Les activités de Valmy doivent être distinguées de celles du Détachement Valmy communiste et de la compagnie Valmy active en Franche-Comté. Le groupe fondé par Burgard provenait principalement des milieux de la Jeune République et développa d’abord une résistance civile, politique et journalistique.
Arrestation / évasion / déportation
Les sources biographiques et mémorielles concordantes fixent son arrestation au 2 avril 1942, à son domicile parisien, dans le cadre du démantèlement de Combat Zone Nord.
Après son arrestation par la police militaire allemande, il fut emprisonné et déporté selon la procédure « Nacht und Nebel », destinée à faire disparaître les résistants sans fournir d’informations à leurs proches. Il fut détenu notamment à Sarrebruck puis à Cologne.
Le 16 octobre 1943, le Volksgerichtshof le condamna à mort avec plusieurs membres de La France continue, parmi lesquels Paul Petit et Marietta Martin. Raymond Burgard fut guillotiné à la prison de Cologne le 15 juin 1944.
Camarades de combat
Dans l’environnement de La France continue et de Combat Zone Nord, il fut en relation avec Paul Petit, Henri et Annie de Montfort, Marietta Martin, Émile Coornaert, Charles Le Gualès de la Villeneuve et Robert Guédon.
Retour à la vie civile
Raymond Burgard ne revint pas de déportation.
Décorations
- Médaille de la Résistance française à titre posthume — Décret du 24 avril 1946 — Source : base des médaillés de la Résistance française, citée dans les notices biographiques consacrées à Raymond Burgard.
- Chevalier de la Légion d’honneur
- Croix de guerre 1939-1945
L’attribution éventuelle d’autres distinctions n’a pas pu être confirmée dans les bases institutionnelles consultées.
Lieux de mémoire
Une salle du lycée Buffon porte le nom de Raymond Burgard. Son souvenir demeure associé aux élèves et enseignants résistants de cet établissement, notamment aux cinq martyrs du lycée Buffon.
Son nom figure également au Panthéon parmi les écrivains morts pour la France pendant la guerre de 1939-1945.
Les exemplaires conservés du journal Valmy et les objets utilisés pour sa fabrication, notamment l’imprimerie d’enfant, constituent d’autres supports matériels de sa mémoire et de celle du groupe.
Références bibliographiques
Paulin Bertrand, sous le pseudonyme Paul Simon, Un seul ennemi, l’envahisseur. Souvenirs d’un résistant, Londres, Continental Publishers and Distributors, 1943. Publié pendant la guerre avec une préface du général de Gaulle, ce témoignage revient sur la création de Valmy, ses méthodes de fabrication, son orientation politique et les premiers actes du groupe.
Henri Noguères, Histoire de la Résistance en France de 1940 à 1945, Paris, Robert Laffont. Cette vaste synthèse replace Valmy, La France continue et Combat Zone Nord dans l’histoire des premières organisations clandestines de la zone occupée.
Marie Granet et Henri Michel, Combat. Histoire d’un mouvement de Résistance, Paris, Presses universitaires de France, 1957. L’ouvrage permet de comprendre les rapprochements entre les premiers groupes parisiens et Combat Zone Nord ainsi que la répression qui conduisit à l’arrestation de Raymond Burgard.
Références internet
Le Maitron. La notice « Burgard Raymond » fournit la date de naissance, la profession, les engagements politiques et syndicaux, le rôle dans Valmy, l’arrestation, la condamnation et l’exécution. https://maitron.fr/burgard-raymond/
Musée de la Résistance en ligne. La page « Valmy » décrit la réunion fondatrice de septembre 1940, les principaux membres du groupe et la fabrication du premier journal clandestin. https://museedelaresistanceenligne.org/expo.php?expo=127&sstheme=1822&stheme=486&theme=253
Lycée Buffon. La page consacrée à la Résistance au lycée replace Raymond Burgard et ses compagnons dans l’histoire du groupe Valmy et de la Résistance scolaire. https://www.buffon.org/le-lycee/le-lycee-dans-l-histoire/ceux-de-la-resistance.html
Gallica. La collection numérisée du journal Valmy permet de consulter plusieurs numéros clandestins parus entre 1941 et 1943. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb32886801p/date
Dossier d’homologation consulté
Le Maitron mentionne la reconnaissance du réseau Valmy au Journal officiel du 1er septembre 1947. La cote précise du dossier individuel de Raymond Burgard au Service historique de la Défense n’a pas été retrouvée lors des présentes recherches.
Observations
La date d’arrestation du 2 avril 1942 est retenue
Raymond Burgard ne doit pas être associé au Détachement Valmy communiste ni à la compagnie Valmy de Franche-Comté, organisations distinctes portant le même nom.
Indice de fiabilité de la notice Niveau A — L’identité, la formation, les engagements politiques, la fondation de Valmy, les activités clandestines, l’arrestation, la condamnation et l’exécution de Raymond Burgard sont établis par plusieurs sources concordantes, dont le Maitron, les collections du Musée de la Résistance en ligne et les publications clandestines conservées par la Bibliothèque nationale de France.
Chronologie
| Date | Événement |
| 15 septembre 1892 | Naissance à Troyes (Aube). |
| 1928 | Réussite à l’agrégation de grammaire. |
| Septembre 1937 | Nomination au lycée Buffon à Paris. |
| Septembre 1940 | Fondation du groupe Valmy avec plusieurs anciens militants de la Jeune République. |
| 11 novembre 1940 | Participation à la mobilisation patriotique parisienne. |
| Janvier 1941 | Parution du premier numéro du journal Valmy. |
| 1941-1942 | Collaboration à La France continue et rapprochement avec Combat Zone Nord. |
| 2 avril 1942 | Arrestation à Paris. |
| 16 octobre 1943 | Condamnation à mort par le Volksgerichtshof. |
| 15 juin 1944 | Exécution à la prison de Cologne. |
| 24 avril 1946 | Attribution posthume de la Médaille de la Résistance française. |
Sources consultées
Le Maitron, notice « Burgard Raymond », a fourni les renseignements relatifs à son état civil, sa profession, ses engagements, le groupe Valmy, son arrestation et son exécution. https://maitron.fr/burgard-raymond/
Le Musée de la Résistance en ligne, page « Valmy », a documenté la fondation du groupe, ses membres et la fabrication du journal clandestin. https://museedelaresistanceenligne.org/expo.php?expo=127&sstheme=1822&stheme=486&theme=253
Le lycée Buffon, page « Ceux de la Résistance », a replacé Raymond Burgard dans l’histoire de l’établissement et confirmé les membres du noyau initial de Valmy. https://www.buffon.org/le-lycee/le-lycee-dans-l-histoire/ceux-de-la-resistance.html
La Bibliothèque nationale de France, collection Gallica du journal Valmy, a permis d’identifier les numéros clandestins conservés et leur chronologie.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb32886801p/date