Pierre BERNARD, alias Paul Bouvey, né le 1er juillet 1907 à Fontainebleau (Seine-et-Marne), mort pour la France le 11 mai 1943 à Takrouna (Tunisie), Français, expert-comptable avant-guerre, lieutenant des Forces françaises libres, officier de la 2e compagnie du Bataillon de marche n° 5 (BM 5), Compagnon de la Libération à titre posthume.
Jeunesse et formation
Fils d’un artiste musicien, Pierre Bernard s’engage par devancement d’appel en mai 1926 au 92e Régiment d’infanterie. Il achève son service militaire en 1927 avec le grade de sergent. Il poursuit parallèlement ou ensuite une formation civile et obtient le diplôme de l’École supérieure de commerce de Clermont-Ferrand. Il exerce à Clermont-Ferrand comme expert-comptable auprès du tribunal de commerce.
En 1938, il s’installe en Chine. Lorsque la guerre éclate en septembre 1939, il est placé en affectation spéciale auprès des forces de police de Shanghai, avec le grade de lieutenant de réserve.
Engagement dans la Résistance
Démobilisé en juillet 1940, Pierre Bernard refuse l’armistice. Il quitte Shanghai à la mi-septembre 1940 pour gagner l’Angleterre. Le 15 novembre 1940, il s’engage dans les Forces françaises libres sous le pseudonyme de Paul Bouvey.
Son parcours appartient ainsi à la Résistance extérieure et à la France libre. Il ne s’agit pas d’un engagement dans un réseau clandestin métropolitain : Bernard quitte l’Extrême-Orient pour rejoindre directement les forces du général de Gaulle.
Appartenance à un réseau ou mouvement
Après son engagement dans les FFL, Pierre Bernard est envoyé au Moyen-Orient en août 1941 et détaché à la sûreté militaire aux armées. En décembre 1941, il est affecté à l’état-major particulier des FFL comme chef de la Sûreté générale aux armées en Syrie.
En octobre 1942, il abandonne ces fonctions d’état-major pour rejoindre une unité combattante : le Bataillon de marche n° 5 (BM 5). Créé au Cameroun en mai 1941, ce bataillon est rattaché depuis mai 1942 à la 2e Brigade française libre. Bernard est affecté à sa 2e compagnie.
Le BM 5 constitue donc son unité combattante principale et celle sous laquelle l’Ordre de la Libération classe son parcours.
Missions et actions
La documentation institutionnelle insiste sur le volontariat de Pierre Bernard pour les missions dangereuses. Son passage de fonctions de sûreté à une unité combattante est établi avec certitude à partir d’octobre 1942.
Avec le BM 5, il participe ensuite à la campagne qui conduit les Français libres en Tunisie. La Fondation de la France Libre rappelle que la 1re DFL est officiellement constituée le 1er février 1943, puis envoyée vers le front tunisien en avril. La division rejoint la région de Kairouan après une progression de quelque 2 400 kilomètres et intervient sur le secteur de Takrouna.
Le 11 mai 1943, lors de la bataille de Takrouna, Pierre Bernard est officier adjoint du commandant de compagnie. Celui-ci étant blessé, Bernard le remplace et prend la tête de la section de réserve pour attaquer la cote 136. Sous le feu adverse, il dirige la manœuvre et combat personnellement avec ses deux pistolets. Il est finalement atteint à bout portant par une rafale et tué au combat. L’Ordre de la Libération précise qu’il est frappé de dix balles.
La Fondation de la France Libre confirme indépendamment sa présence à la 2e compagnie du BM 5, son alias Paul Bouvey et sa mort au combat à Takrouna le 11 mai 1943. Elle le compte parmi les morts de la 1re DFL pendant la campagne de Tunisie.
Arrestation / évasion / déportation
Aucune arrestation, détention ou déportation de Pierre Bernard n’est documentée dans les sources consultées.
Son passage de la Chine à la France libre ne constitue pas non plus une évasion au sens concentrationnaire ou carcéral. Démobilisé à Shanghai en juillet 1940, il choisit de quitter la Chine à la mi-septembre pour rejoindre l’Angleterre, où il s’engage officiellement dans les FFL le 15 novembre 1940.
Camarades de combat
Les sources permettent de rattacher avec certitude Pierre Bernard aux combattants du BM 5. Parmi les Compagnons appartenant à cette unité figurent notamment Raoul Béon, Roger Gardet, Henri Cotteret, Georges Delrieu, Jean-Louis Jestin, Henri Karcher, François Seité, Louis Le Bastard et Nouhoum Koné. Cette appartenance commune est documentée par l’Ordre de la Libération ; elle ne doit cependant pas être transformée, faute de documents personnels, en affirmation de relations individuelles étroites.
La liste établie par la Fondation de la France Libre pour les pertes de Tunisie montre que Bernard combat dans un environnement particulièrement meurtrier : le 11 mai 1943, le BM 5 perd notamment le capitaine médecin Raoul Béon, le sous-lieutenant Robert Guyard, le sous-lieutenant Ferdinand Lamblin, ainsi que plusieurs tirailleurs.
Retour à la vie civile
Sans objet. Pierre Bernard est tué au combat à Takrouna le 11 mai 1943, à trente-cinq ans. Il n’a donc pas connu le retour à la vie civile de l’après-guerre.
Il est nommé Compagnon de la Libération à titre posthume par décret du 10 décembre 1943. Sa Médaille de la Résistance française avec rosette lui est également attribuée à titre posthume, par décret du 31 mars 1947.
Décorations
Chevalier de la Légion d’honneur. Source : Ordre de la Libération. Le grade de chevalier est expressément attesté par la notice institutionnelle. La date d’attribution n’a pas été établie avec suffisamment de certitude dans les sources numériques consultées.
Compagnon de la Libération. Source : Ordre de la Libération. Nomination à titre posthume par décret du 10 décembre 1943.
Croix de guerre 1939-1945 avec palme. Source : Ordre de la Libération. La décoration et la palme sont expressément attestées par la notice institutionnelle.
Médaille de la Résistance française avec rosette. Source : Ordre de la Libération. Attribution à titre posthume par décret du 31 mars 1947, publiée au Journal officiel du 29 janvier 1948. Le dossier correspondant est répertorié sous la cote 1O4841.
Médaille coloniale avec agrafe « Syrie ». Source : Ordre de la Libération. La décoration et l’agrafe « Syrie » sont explicitement attestées par la notice institutionnelle.
Lieux de mémoire
Fontainebleau est son lieu de naissance, le 1er juillet 1907.
Shanghai constitue une étape essentielle de son parcours : installé en Chine en 1938, il y sert auprès des forces de police à partir de septembre 1939 avant sa démobilisation de juillet 1940. C’est depuis Shanghai qu’il entreprend son voyage vers l’Angleterre pour rejoindre la France libre.
La Syrie correspond à une autre phase importante : Bernard y exerce à partir de décembre 1941 les fonctions de chef de la Sûreté générale aux armées des FFL.
Takrouna, en Tunisie, est son principal lieu de mémoire militaire. Il y est tué le 11 mai 1943 pendant l’attaque de la cote 136. L’Ordre de la Libération indique son inhumation au cimetière 101 de Takrouna. La Fondation de la France Libre signalait encore récemment que Pierre Bernard reposait dans la nécropole de Takrouna.
Enfin, son portrait présente un intérêt documentaire particulier : longtemps absent de l’iconographie connue, il a été retrouvé lors de recherches effectuées au Service historique de la Défense dans le dossier GR 16 P 51677.
Références bibliographiques
1061 Compagnons : histoire des Compagnons de la Libération, Jean-Christophe Notin, Paris, Perrin, 2000, 822 p. Ouvrage général de référence permettant de replacer Pierre Bernard parmi les Français libres distingués par l’Ordre de la Libération.
Les Compagnons de l’Aube, Guillaume Piketty, Paris, Textuel, 2014, 442 p. Étude générale utile pour replacer son choix de rejoindre l’Angleterre en 1940 dans l’histoire des premiers engagements de la France libre.
Dictionnaire des Compagnons de la Libération, Vladimir Trouplin, Paris, Éditions Elytis, 2023. Référence biographique récente permettant de confronter le parcours individuel de Pierre Bernard à celui des autres Compagnons.
Références internet
Ordre de la Libération — Notice institutionnelle de Pierre Bernard, source principale pour son état civil, son alias Paul Bouvey, sa formation, Shanghai, son engagement dans les FFL, la Syrie, le BM 5, Takrouna et ses décorations. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/pierre-bernard
Ordre de la Libération — Médaille de la Résistance française — Base institutionnelle permettant de contrôler l’attribution posthume de la Médaille de la Résistance avec rosette et la cote 1O4841. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/medailles-biographies?page=7
Musée de la Résistance en ligne / Service historique de la Défense — Répertoire nominatif des dossiers individuels GR 16 P permettant d’identifier sans ambiguïté Pierre Bernard, né le 1er juillet 1907 à Fontainebleau, sous la cote GR 16 P 51677. https://www.museedelaresistanceenligne.org/musee/doc/pdf/ressource_source/SHDGR_16P_BA-BJ.pdf
Fondation de la France Libre — Numéro consacré notamment à la campagne de Tunisie de la 1re DFL ; il confirme Pierre Bernard, alias Paul Bouvey, à la 2e compagnie du BM 5 et sa mort à Takrouna le 11 mai 1943. https://www.france-libre.net/site/wp-content/uploads/2023/07/FondationFranceLibre87.pdf
1re DFL — Le Blog — Article documentant la redécouverte du portrait de Pierre Bernard dans son dossier du Service historique de la Défense et donnant explicitement la cote GR 16 P 51677. https://www.1dfl-le-blog.fr/2017/10/09/le-visage-retrouve-du-compagnon-pierre-bernard-bm-5-mort-pour-la-franc-a132191264/
Wikipédia — Article développé consacré à Pierre Bernard, consulté conformément au protocole et confronté aux sources institutionnelles. https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Bernard_(r%C3%A9sistant)
Dossier d’homologation consulté
Service historique de la Défense — GR 16 P 51677, BERNARD Pierre, né le 1er juillet 1907 à Fontainebleau. Le répertoire nominatif du SHD reproduit par le Musée de la Résistance en ligne permet d’identifier cette cote avec certitude malgré la présence de plusieurs autres Pierre Bernard dans les séries voisines. La ligne correspondante porte en outre une mention d’homologation.
Cette identification est corroborée par la redécouverte, en 2017, du portrait de Pierre Bernard dans ce même dossier GR 16 P 51677, lors de recherches effectuées au SHD.
Le dossier physique original GR 16 P 51677 n’a cependant pas été matériellement dépouillé pièce par pièce pour la présente notice. La cote et son attribution sont vérifiées dans l’instrument de recherche ; il ne serait pas exact de présenter le dossier original comme directement consulté.
Un autre dossier institutionnel est établi avec précision : 1O4841, correspondant à sa Médaille de la Résistance française avec rosette, attribuée à titre posthume.
Observations
L’homonymie est importante. Le répertoire GR 16 P comporte plusieurs Pierre Bernard nés à quelques mois ou années d’intervalle. La concordance exacte entre 1er juillet 1907, Fontainebleau et la cote GR 16 P 51677 permet d’écarter les dossiers voisins, notamment ceux concernant des Pierre Bernard nés à Scaër, Boulay-Moselle ou Gergueil.
L’alias Paul Bouvey est attesté par l’Ordre de la Libération et par la Fondation de la France Libre. Il constitue un critère supplémentaire d’identification.
Une différence mineure apparaît dans la désignation de sa sépulture : l’Ordre de la Libération donne précisément le cimetière 101 à Takrouna, tandis que des notices secondaires ont employé des formulations géographiques plus générales. La formulation institutionnelle est retenue.
Indice de fiabilité de la notice Niveau A : La notice repose sur plusieurs sources concordantes et, surtout, sur deux ancrages institutionnels précis : la notice de l’Ordre de la Libération et l’instrument nominatif du Service historique de la Défense identifiant sans ambiguïté le dossier GR 16 P 51677. La Fondation de la France Libre confirme indépendamment son appartenance à la 2e compagnie du BM 5 et sa mort à Takrouna. L’attribution de la Médaille de la Résistance avec rosette et son dossier 1O4841 sont également documentés par l’Ordre de la Libération. La principale limite tient à l’absence de dépouillement direct du dossier physique GR 16 P 51677 ; cette limite n’affecte ni l’identification de Pierre Bernard ni les grandes étapes de son parcours.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1er juillet 1907 | Naissance à Fontainebleau (Seine-et-Marne). |
| Mai 1926 | Engagement par devancement d’appel au 92e RI. |
| 1927 | Termine son service militaire avec le grade de sergent. |
| Avant 1938 | Diplômé de l’École supérieure de commerce de Clermont-Ferrand ; exerce comme expert-comptable. |
| 1938 | S’installe en Chine. |
| Septembre 1939 | Affecté aux forces de police de Shanghai comme lieutenant de réserve. |
| Juillet 1940 | Démobilisé à Shanghai. |
| Mi-septembre 1940 | Quitte Shanghai pour rejoindre l’Angleterre. |
| 15 novembre 1940 | S’engage dans les FFL sous l’alias Paul Bouvey. |
| Août 1941 | Envoyé au Moyen-Orient ; détaché à la sûreté militaire aux armées. |
| Décembre 1941 | Devient chef de la Sûreté générale aux armées en Syrie. |
| Octobre 1942 | Rejoint le BM 5 et sa 2e compagnie. |
| 11 mai 1943 | Tué au combat lors de l’attaque de la cote 136 à Takrouna. |
| 10 décembre 1943 | Nommé Compagnon de la Libération à titre posthume. |
| 31 mars 1947 | Médaille de la Résistance française avec rosette attribuée à titre posthume. |
| 29 janvier 1948 | Publication au Journal officiel de cette attribution. |
| 2017 | Son portrait est retrouvé au SHD dans le dossier GR 16 P 51677. |
Sources consultées
Ordre de la Libération — Notice institutionnelle de Pierre Bernard, source principale pour l’état civil, l’alias Paul Bouvey, la carrière avant-guerre, Shanghai, le ralliement, le Levant, le BM 5, Takrouna, la sépulture et les décorations. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/pierre-bernard
Ordre de la Libération — Médaille de la Résistance française — Base nominative utilisée pour vérifier l’attribution posthume de la Médaille de la Résistance avec rosette, le décret du 31 mars 1947 et la cote 1O4841. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/medailles-biographies?page=7
Musée de la Résistance en ligne / Service historique de la Défense — Instrument nominatif utilisé pour identifier le dossier GR 16 P 51677 de Pierre Bernard, né le 1er juillet 1907 à Fontainebleau, et contrôler l’homonymie. https://www.museedelaresistanceenligne.org/musee/doc/pdf/ressource_source/SHDGR_16P_BA-BJ.pdf
Fondation de la France Libre — Documentation sur la campagne de Tunisie de la 1re DFL, utilisée pour recouper l’appartenance de Bernard à la 2e compagnie du BM 5, son alias et sa mort à Takrouna. https://www.france-libre.net/site/wp-content/uploads/2023/07/FondationFranceLibre87.pdf
1re DFL — Le Blog — Documentation sur la redécouverte de son portrait dans le dossier GR 16 P 51677 du Service historique de la Défense. https://www.1dfl-le-blog.fr/2017/10/09/le-visage-retrouve-du-compagnon-pierre-bernard-bm-5-mort-pour-la-franc-a132191264/
Wikipédia — Article consacré à Pierre Bernard, consulté conformément au protocole et confronté aux sources institutionnelles. https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Bernard_(r%C3%A9sistant)