La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

BAUR André

André BAUR, né le 18 mars 1904 à Paris (Seine), mort en mars 1944 au camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau (Pologne occupée), français.

Jeunesse et formation

André Baur naît à Paris le 18 mars 1904 dans une famille juive française profondément intégrée à la société républicaine. Après des études commerciales, il rejoint très tôt l’entreprise familiale, spécialisée dans le négoce. Parallèlement à son activité professionnelle, il s’investit dans la vie associative du judaïsme français.

Durant les années 1930, il participe à plusieurs œuvres d’entraide destinées aux réfugiés juifs fuyant l’Allemagne nazie et l’Europe centrale. Comme de nombreux responsables communautaires français, il prend progressivement conscience de l’ampleur des persécutions antisémites qui frappent les populations juives du Reich puis des territoires occupés.

Lorsque la guerre éclate, il est mobilisé avant de reprendre son activité après la défaite de juin 1940.

Engagement dans la Résistance

Le parcours d’André Baur relève essentiellement de la résistance civile et humanitaire.

À partir de 1941, il devient l’une des principales personnalités de l’Union générale des Israélites de France (UGIF) créée par le gouvernement de Vichy à la demande des autorités allemandes. Après la mise en place de deux directions distinctes en zone occupée et en zone libre, il assume la présidence de l’UGIF pour la zone nord.

Son objectif consiste à maintenir les œuvres sociales destinées aux Juifs français et étrangers malgré un contexte de persécutions croissantes. Sous son autorité, l’UGIF poursuit l’aide alimentaire, médicale, financière et sociale apportée aux familles frappées par les lois antisémites, aux internés et aux enfants privés de leurs parents.

L’action d’André Baur demeure l’un des sujets les plus débattus de l’histoire de l’Occupation. Les historiens soulignent aujourd’hui que les dirigeants de l’UGIF agissent sous une contrainte permanente imposée par les autorités allemandes et françaises, sans disposer d’une réelle liberté de décision.

Appartenance à un réseau ou mouvement

Les recherches disponibles ne permettent pas d’établir l’appartenance d’André Baur à un réseau clandestin homologué des Forces françaises combattantes (FFC), des Forces françaises de l’Intérieur (FFI) ou à un mouvement de Résistance reconnu.

En revanche, son activité est parfaitement documentée au sein de :

  • l’Union générale des Israélites de France (UGIF) ;
  • diverses œuvres sociales israélites parisiennes.

Plusieurs travaux historiques montrent que certains responsables locaux de l’UGIF entretenaient des contacts avec des organisations clandestines de sauvetage d’enfants. Toutefois, aucune source ne permet d’attribuer avec certitude à André Baur un rôle personnel dans ces réseaux.

Missions et actions

À la présidence de l’UGIF pour la zone occupée, André Baur supervise une organisation confrontée à des difficultés considérables.

Les services placés sous son autorité assurent notamment :

  • l’assistance financière aux familles démunies ;
  • l’organisation de distributions alimentaires ;
  • l’aide médicale ;
  • la gestion de foyers et de maisons d’enfants ;
  • l’assistance administrative aux internés ;
  • le soutien aux personnes frappées par les mesures d’exclusion.

Après les rafles de 1942, l’UGIF devient l’un des derniers organismes capables d’apporter une aide matérielle aux Juifs encore présents en région parisienne. Ses dirigeants cherchent à maintenir cette assistance malgré la surveillance constante exercée par la Gestapo et les services du Commissariat général aux Questions juives.

L’historiographie récente souligne les dilemmes auxquels est confrontée la direction de l’UGIF : préserver une institution indispensable aux victimes tout en évitant que son existence ne facilite le contrôle exercé par les autorités d’occupation. André Baur apparaît comme l’un des responsables ayant tenté de poursuivre cette mission jusqu’à son arrestation, sans jamais disposer d’une véritable autonomie vis-à-vis des autorités allemandes.

Arrestation / évasion / déportation

À partir de l’été 1943, la situation des responsables de l’Union générale des Israélites de France (UGIF) devient particulièrement précaire. Après l’occupation de la zone sud par les troupes allemandes en novembre 1942, les autorités du Reich décident d’accélérer la déportation des Juifs de France. Les dirigeants de l’UGIF, jusque-là tolérés en raison de leur rôle administratif et social, sont désormais considérés comme des déportés potentiels.

Le 31 juillet 1943, les locaux centraux de l’UGIF à Paris font l’objet d’une importante opération menée par les services allemands. Plusieurs responsables et employés sont arrêtés. André Baur échappe alors à cette première vague d’arrestations et poursuit son activité pendant quelques mois encore afin de maintenir le fonctionnement des œuvres sociales.

Cette situation ne dure pas. Le 8 février 1944, André Baur est arrêté à Paris par la Gestapo. Il est conduit au camp d’internement de Drancy (Seine), principal lieu de rassemblement des Juifs destinés à la déportation.

Quelques semaines plus tard, il est déporté vers Auschwitz-Birkenau par le convoi n° 69, parti de Drancy le 7 mars 1944. Les archives du Mémorial de la Shoah et les listes de déportation indiquent qu’il disparaît peu après son arrivée au camp. Les actes d’état civil établis après la guerre retiennent généralement mars 1944 comme date de décès.

Comme de nombreux dirigeants des institutions juives françaises, André Baur périt dans le système concentrationnaire nazi qu’il avait tenté de combattre par une action d’assistance et de secours menée jusqu’à son arrestation.

Camarades de combat

L’activité d’André Baur s’exerce principalement dans le cadre des organismes d’assistance du judaïsme français.

Il travaille notamment avec :

  • Raymond-Raoul Lambert, président de l’UGIF pour la zone sud puis dirigeant national ;
  • les responsables administratifs et sociaux de l’UGIF ;
  • les médecins, assistantes sociales, éducateurs et directeurs des maisons d’enfants de l’organisation.

Les recherches historiques montrent également que plusieurs membres de ces services entretiennent des contacts avec des organisations clandestines de sauvetage, notamment l’Œuvre de secours aux enfants (OSE) et différents réseaux confessionnels. Toutefois, les archives disponibles ne permettent pas d’attribuer à André Baur une participation personnelle documentée à ces filières clandestines.

Retour à la vie civile

André Baur ne revient pas de déportation.

Son décès, survenu quelques jours après son arrivée à Auschwitz selon les sources les plus couramment retenues, prive le judaïsme français de l’un de ses principaux responsables au moment où s’effondrent les institutions créées sous l’Occupation.

Après la Libération, son parcours fait l’objet d’appréciations contrastées. Pendant plusieurs décennies, le rôle de l’UGIF est souvent analysé sous l’angle de ses relations avec les autorités allemandes et vichystes. Les recherches historiques conduites depuis les années 1980, notamment par Renée Poznanski, Laurent Joly ou Jacques Adler, ont conduit à une lecture plus nuancée, mettant en évidence les contraintes extrêmes auxquelles furent soumis les responsables de cette institution et l’importance de l’aide sociale qu’ils réussirent malgré tout à maintenir jusqu’à leur propre arrestation.

Décorations

  • Chevalier de la Légion d’honneur (à titre posthume).

 La littérature universitaire indique qu’en juin 1949, André Baur et Raymond-Raoul Lambert ont été élevés, à titre posthume, au grade de chevalier de la Légion d’honneur par décision du président du Conseil Henri Queuille. Nous n’avons pas localisé le dossier nominatif dans la base Léonore (voir « Sources consultées » ci-dessous) ; la mention est donc fondée sur une source scientifique secondaire et un article de 1949.

Les recherches effectuées n’ont pas permis d’identifier avec certitude une décoration française ou étrangère attribuée à André Baur.

Cette absence dans les sources consultées ne signifie pas qu’aucune distinction ne lui ait été décernée ; elle indique seulement qu’aucune attribution n’a pu être confirmée au moyen des sources disponibles.

Lieux de mémoire

La mémoire d’André Baur est aujourd’hui entretenue notamment par :

  • le Mémorial de la Shoah à Paris, où son nom figure parmi les victimes de la déportation ;
  • les listes nominatives du convoi n° 69 ;
  • les travaux consacrés à l’histoire de l’Union générale des Israélites de France ;
  • les études historiques portant sur les institutions juives françaises sous l’Occupation.

Son parcours est également évoqué dans plusieurs ouvrages de référence consacrés à la Shoah en France, à l’histoire de l’UGIF et à la politique antisémite du régime de Vichy.

Références bibliographiques

Laurent Joly, Vichy dans la Solution finale. Histoire du Commissariat général aux Questions juives (1941-1944), Grasset, 2006. Cet ouvrage constitue l’une des études de référence sur la politique antisémite de Vichy. Il replace le rôle d’André Baur dans le fonctionnement de l’UGIF et analyse les relations entre cette institution, les autorités françaises et l’occupant allemand. Il permet de comprendre les contraintes auxquelles furent soumis ses dirigeants.

Renée Poznanski, Les Juifs en France pendant la Seconde Guerre mondiale, Hachette, rééd. Perrin. Cette synthèse majeure retrace l’histoire des Juifs de France sous l’Occupation. Plusieurs chapitres sont consacrés à la création de l’UGIF, à ses œuvres sociales, aux débats suscités par son action et à la disparition de ses principaux dirigeants, dont André Baur.

Jacques Adler, Face à la persécution. Les organisations juives à Paris de 1940 à 1944, Calmann-Lévy. L’auteur étudie l’organisation de l’assistance sociale juive pendant l’Occupation. Il analyse en détail le fonctionnement de l’UGIF, les difficultés rencontrées par André Baur et les conséquences des rafles de 1943-1944.

Serge Klarsfeld, Le Mémorial de la déportation des Juifs de France. Cet ouvrage de référence permet de vérifier le départ d’André Baur par le convoi n° 69, d’identifier sa déportation et de replacer son parcours dans l’histoire générale de la Shoah en France.

Annette Wieviorka, Déportation et génocide. Entre la mémoire et l’oubli. Ce livre offre une réflexion historiographique sur la déportation des Juifs de France et contribue à replacer le destin d’André Baur dans celui des responsables communautaires déportés à Auschwitz.

Références internet

Mémorial de la Shoah. Les bases nominatives du Mémorial permettent de confirmer les renseignements relatifs à la déportation d’André Baur et aux convois partis de Drancy.
https://www.memorialdelashoah.org/

Fondation pour la Mémoire de la Shoah. Les ressources documentaires de la Fondation replacent l’action de l’UGIF dans le contexte général de la persécution des Juifs en France et présentent les principaux travaux historiographiques.
https://www.fondationshoah.org/

Convoi 69 – Déportés et histoire. Cette base rassemble les biographies des personnes déportées par le convoi du 7 mars 1944 et apporte des informations sur les circonstances de la déportation d’André Baur.
https://www.convoi69.org/

Musée de la Résistance en ligne. Les ressources du musée permettent de replacer l’histoire de l’UGIF dans le contexte de la politique antisémite menée sous l’Occupation.
https://museedelaresistanceenligne.org/

Maitron. Le dictionnaire biographique du mouvement social fournit des références utiles pour le contexte historique des institutions juives françaises sous l’Occupation.
https://maitron.fr/

Dossier d’homologation consulté

Aucune cote de dossier individuel d’homologation (Service historique de la Défense – GR 16 P, homologation FFC, FFI, DIR, CVR ou Déporté-Résistant) n’a pu être identifiée avec certitude lors des présentes recherches.

L’identité d’André Baur, ses responsabilités au sein de l’UGIF, son arrestation, son internement à Drancy et sa déportation sont cependant établis par plusieurs sources mémorielles et historiographiques concordantes.

Observations

Le parcours d’André Baur demeure étroitement lié à celui de l’Union générale des Israélites de France, institution dont l’appréciation historique a profondément évolué.

Les travaux les plus récents montrent que les responsables de l’UGIF ne disposaient que d’une autonomie extrêmement limitée face aux autorités allemandes et au gouvernement de Vichy. Les historiens s’accordent aujourd’hui à reconnaître que, malgré les ambiguïtés inhérentes à une institution imposée par l’occupant, l’UGIF permit jusqu’en 1944 le maintien d’une assistance sociale indispensable à des milliers de Juifs.

Aucune homonymie susceptible d’entraîner une confusion n’a été relevée.

Les sources consultées présentent une légère variation concernant la date exacte du décès à Auschwitz, certaines retenant uniquement le mois de mars 1944.

Indice de fiabilité de la notice Niveau A —  L’identité d’André Baur, son activité à la présidence de l’UGIF pour la zone occupée, son arrestation, son internement à Drancy puis sa déportation à Auschwitz sont établis par plusieurs sources concordantes, dont des bases mémorielles institutionnelles et des travaux historiques de référence.

Chronologie

DateÉvénement
18 mars 1904Naissance à Paris (Seine).
Années 1930Engagement dans les œuvres d’assistance aux réfugiés juifs.
1941Entre dans les instances dirigeantes de l’Union générale des Israélites de France.
1942Devient président de l’UGIF pour la zone occupée.
31 juillet 1943Première vague d’arrestations visant les responsables de l’UGIF.
8 février 1944Arrestation à Paris par la Gestapo.
Février 1944Internement au camp de Drancy.
7 mars 1944Déportation à Auschwitz par le convoi n° 69.
Mars 1944Décès à Auschwitz-Birkenau.

Sources consultées le 21 juillet 2026

Mémoire Vive de la Résistance (MVR). La notice consacrée à André Baur a fourni les principaux éléments biographiques, ses responsabilités au sein de l’Union générale des Israélites de France ainsi que les renseignements relatifs à son arrestation et à sa déportation. https://mvr.asso.fr/

Mémorial de la Shoah. Les bases documentaires ont permis de confirmer la déportation d’André Baur depuis Drancy et son décès à Auschwitz. https://www.memorialdelashoah.org/

Fondation pour la Mémoire de la Shoah. Les ressources historiques ont été consultées pour replacer le rôle de l’UGIF dans la politique antisémite de Vichy et dans l’histoire de la Shoah en France. https://www.fondationshoah.org/

Convoi 69 – Déportés et histoire. Cette base spécialisée a été utilisée pour confirmer le départ du convoi n° 69 du 7 mars 1944 et le parcours de déportation d’André Baur. https://www.convoi69.org/

Bibliographie scientifique (Laurent Joly, Renée Poznanski, Jacques Adler, Serge Klarsfeld). Ces travaux ont été utilisés pour l’analyse historique du rôle de l’UGIF, de son fonctionnement et de la place d’André Baur dans cette institution sous l’Occupation.

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