Au cours de l’année 1944, le département de la Dordogne constitue une zone de forte implantation des mouvements de Résistance, caractérisée par une activité intense des maquis de l’Armée Secrète et des Francs-Tireurs et Partisans.
Nontron, sous-préfecture située au nord du département, abrite une prison militaire et civile où les autorités de Vichy et l’occupant allemand incarcèrent de nombreux résistants, réfractaires au Service du Travail Obligatoire, otages et opposants politiques.
À l’approche du débarquement de Normandie et dans les semaines qui le suivent, la pression des forces de répression s’accentue, menaçant directement la vie des détenus exposés aux exécutions sommaires ou à la déportation.
L’état-major de la Résistance locale planifie des opérations de force pour libérer les prisonniers avant leur transfert ou leur exécution, s’inscrivant dans la stratégie globale de harcèlement des forces d’occupation et de désorganisation des structures carcérales du régime de Vichy.
Déroulement de l’opération
L’opération se déroule dans la nuit du 10 au 11 juin 1944 au cœur de la commune de Nontron.
Un détachement de résistants issus des Groupes Francs de l’Armée Secrète, principalement rattachés au secteur de Nontron et de Thiviers sous le commandement de responsables locaux, encercle l’établissement pénitentiaire.
Profitant de l’effet de surprise et d’un appui tactique coordonné, les assaillants pénètrent dans l’enceinte de la prison sans essuyer de résistance majeure de la part des gardiens, dont certains neutralisés ou complices facilitent l’accès aux cellules.
Les forces en présence opposent un groupe d’assaut d’une dizaine d’hommes armés à l’administration pénitentiaire locale.
L’objectif principal, consistant à libérer l’intégralité des détenus politiques et des résistants écroués, est pleinement atteint.
La totalité des prisonniers visés est évacuée en direction des zones refuges et des campements de maquisards situés dans les forêts environnantes du Nontronnais, sécurisant ainsi leur fuite immédiate avant l’alerte des troupes allemandes stationnées dans la région.
Figures marquantes
Guy PASCAUD, responsable départemental et chef militaire de l’Armée Secrète pour la zone nord de la Dordogne, coordonne et valide les opérations de libération des prisonniers dans ce secteur géographique, survivant aux combats de la Libération.
Victimes
Aucune victime mortelle, civile ou militaire, n’est à déplorer au cours du déroulement strict de cette opération de libération nocturne, l’action ayant été menée avec rapidité et surprise.
Survivants
Les prisonniers libérés, dont l’identité précise demeure consignée dans les registres d’écrou conservés aux archives départementales de la Dordogne, rejoignent pour la plupart les rangs des unités combattantes des Forces Françaises de l’Intérieur pour participer aux combats ultérieurs de la libération du département et de la poche de La Rochelle.
Conséquences
L’action de vive force contre la prison de Nontron porte un coup sévère à l’autorité de l’administration pénitentiaire de Vichy et démontre la capacité opérationnelle des maquis du Périgord Vert.
Elle permet de sauver des dizaines de combattants d’une mort certaine ou de la déportation vers les camps de concentration nazis.
En réaction, les autorités allemandes et la Milice intensifient les patrouilles et les mesures de surveillance dans le secteur, sans parvenir à intercepter les évadés.
Cet événement renforce la légitimité symbolique de la Résistance auprès de la population locale et accentue le climat d’insécurité pour les forces d’occupation qui se replient progressivement vers les grands axes routiers et les centres urbains majeurs.
Mémoire et lieux commémoratifs
Plaque commémorative dédiée aux déportés et internés résistants, apposée sur l’ancien bâtiment de la prison, commune de Nontron, Dordogne.
Place des Mobiles, monument aux morts cantonal honorant les résistants et combattants du Nontronnais, commune de Nontron, Dordogne.
Références bibliographiques
La Dordogne dans la Seconde Guerre mondiale, Guy Penaud, Éditions La Lauze, 2003. Cet ouvrage de référence propose une chronologie exhaustive et détaillée des événements militaires et politiques survenus dans le département entre 1939 et 1945. L’auteur y consigne les actions menées par les différents maquis, l’organisation des réseaux de l’Armée Secrète et des FTP, ainsi que les opérations spécifiques contre les structures de répression comme les prisons locales. Les annexes et les fiches par commune permettent de retracer le contexte précis des actions de juin 1944 dans le Nontronnais.
Histoire de la Résistance en Périgord, Jean-Jacques Gillot et Jacques Laplanche, Éditions Sud-Ouest, 2011. Ce livre analyse l’implantation des mouvements de Résistance en Dordogne en mettant en lumière les spécificités géographiques et politiques du nord du département. Les auteurs décrivent les liens entre les maquis, la complicité des populations civiles et les opérations de libération de prisonniers politiques au début de l’été 1944. L’ouvrage apporte des précisions sur les structures des forces de l’Armée Secrète agissant autour de Nontron.
Maquisards et Gestapo en Périgord, Périgord Noir et Périgord Vert, Martial Faucon, Éditions Fanlac, 1975. Cette étude historique explore la confrontation directe entre les forces de répression allemandes, aidées par leurs auxiliaires français, et les groupes de combat de la Résistance intérieure. Un chapitre est consacré aux coups de main logistiques et humanitaires menés par les maquisards pour vider les lieux d’internement avant les représailles allemandes de l’été 1944. Les témoignages recueillis documentent la logistique mise en œuvre pour le repli des évadés.
Mémoires de la Résistance en Dordogne, sous la direction du Comité départemental de la mémoire, Éditions d’Aquitaine, 1995. Ce recueil rassemble des contributions d’historiens locaux et des documents d’archives portant sur les faits d’armes majeurs du département. Il aborde les événements de Nontron sous l’angle de la désorganisation de l’appareil d’État vichyste et de la protection des patriotes incarcérés. Le texte s’appuie sur des rapports de gendarmerie d’époque.
Le Nontronnais sous l’occupation, Rémy Durrens, Éditions PLB, 1989. Ce volume se focalise exclusivement sur la vie quotidienne, la répression et les mouvements de dissidence dans l’arrondissement de Nontron durant le conflit. Il retrace de manière chronologique les faits marquants de l’année 1944, l’activité des Groupes Francs et le sort de la prison militaire. L’auteur s’appuie sur des archives locales et des récits de témoins oculaires de la commune.
Références internet
Anciens combattants de la Dordogne Ce site institutionnel propose des notices historiques sur les combats de la Résistance dans le Périgord, l’organisation des maquis de l’Armée Secrète et les actions d’éclat menées dans le nord du département en juin 1944. Il met à disposition des chercheurs des synthèses sur la Libération et le rôle des préfectures et sous-préfectures. Adresse : https://www.anacr-dordogne.fr
Musée de la Résistance en ligne Cette plateforme mémoriale nationale centralise des documents iconographiques, des cartes de l’implantation des maquis et des fiches thématiques sur les actions contre le système carcéral de Vichy. Les archives numérisées permettent de contextualiser la situation en Dordogne au lendemain du débarquement de Normandie. Adresse : https://www.museedelaresistanceenligne.org
Les Archives départementales de la Dordogne Le portail officiel des archives fournit des inventaires détaillés sur les fonds de la Seconde Guerre mondiale, notamment les rapports de la gendarmerie nationale et les registres d’écrou des prisons de Périgueux, Bergerac et Nontron pour l’année 1944. Les notices d’orientation guident l’accès aux documents administratifs de l’époque. Adresse : https://archives.dordogne.fr
Maitron Fusillés Ce dictionnaire biographique en ligne répertorie les notices des militants, résistants et otages fusillés ou exécutés, permettant de vérifier le parcours des hommes incarcérés dans les prisons de Dordogne et libérés par les maquis ou victimes de la répression. Les notices décrivent les engagements individuels au sein de l’Armée Secrète. Adresse : https://fusilles-40-45.maitron.fr
Fondation de la Résistance Le site officiel diffuse des études, des cartes et des dossiers pédagogiques relatifs aux structures clandestines, aux actions des Forces Françaises de l’Intérieur et à la chronologie de la libération du territoire français par département. Les ressources documentaires éclairent la stratégie des maquis du Sud-Ouest. Adresse : https://www.fondationresistance.org
Fiabilité B : Fiabilité Bonne, sources historiques et mémorielles croisées sans notices individuelles ultra-détaillées pour chaque détenu de l’opération spécifique.
Sources consultées
Archives départementales de la Dordogne, https://archives.dordogne.fr, 06/06/2026
Maitron Fusillés, https://fusilles-40-45.maitron.fr, 06/06/2026
Musée de la Résistance en ligne, https://www.museedelaresistanceenligne.org, 06/06/2026
Fondation de la Résistance, https://www.fondationresistance.org, 06/06/2026