La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

BOUBAKARI Sidiki

Sidiki BOUBAKARI, né vers 1912 à Bobo-Dioulasso, en Haute-Volta — l’Ordre de la Libération affiche conventionnellement le 1er janvier 1912 mais précise dans sa biographie que la naissance est seulement connue « vers 1912 » —, exécuté le 23 octobre 1942 à Dakar, sujet français, manœuvre puis cordonnier, agent de liaison d’un réseau de la France libre en Afrique occidentale, Compagnon de la Libération à titre posthume.

Jeunesse et situation avant-guerre

Sidiki BOUBAKARI naît à Bobo-Dioulasso, alors en Haute-Volta. La date exacte de sa naissance n’est pas connue avec certitude. La notice de l’Ordre de la Libération donne « vers 1912 », tandis que son affichage informatique lui attribue par convention le 1er janvier 1912. Les sources secondaires signalent parfois « vers 1911 ou 1912 ». Il convient donc de conserver la formulation prudente « vers 1912 ».

En 1932, la Haute-Volta est supprimée administrativement et Bobo-Dioulasso est rattachée à la Côte d’Ivoire. En 1935, Sidiki BOUBAKARI quitte cette région avec sa mère et s’installe à Accra, dans la Gold Coast britannique, l’actuel Ghana.

Après la mort de sa mère en 1938, il reste en Gold Coast. Il travaille d’abord comme manœuvre dans les mines d’or, puis devient cordonnier. L’Ordre de la Libération le domicilie alors à Bossié, en Gold Coast.

Contexte de l’engagement

Après la défaite française de 1940, l’Afrique occidentale française demeure sous l’autorité du gouvernement de Vichy. La Gold Coast britannique devient alors une base importante pour les Français et Africains favorables à la France libre souhaitant maintenir des contacts clandestins avec la Côte d’Ivoire et les territoires voisins.

Sidiki BOUBAKARI choisit de participer à cette activité clandestine. Il entre en mai 1941 dans un réseau de résistance lié à la France libre opérant entre la Gold Coast britannique et l’AOF restée vichyste.

Appartenance à un réseau

L’Ordre de la Libération classe son engagement sous l’appellation générale « Résistance AOF ». La documentation disponible ne permet pas d’identifier avec certitude un nom de réseau aussi précisément constitué que ceux de la Résistance métropolitaine.

Les sources décrivent plutôt une organisation clandestine de renseignement et de liaison reliant des dissidents gaullistes réfugiés en Gold Coast à des correspondants en Côte d’Ivoire. Sidiki BOUBAKARI y exerce essentiellement les fonctions d’agent de liaison et de courrier.

Missions de liaison

De mai à juillet 1941, Sidiki BOUBAKARI franchit clandestinement la frontière afin de transporter en Côte d’Ivoire des courriers provenant de partisans de la France libre réfugiés en Gold Coast.

Ces missions sont particulièrement dangereuses : elles impliquent des déplacements entre une colonie britannique engagée dans la guerre contre l’Allemagne et des territoires français soumis à l’autorité de Vichy, dont les services de police et les forces militaires surveillent les passages de frontière et recherchent les agents gaullistes.

Son activité ne se limite pas au transport de renseignements. Il participe également à une opération de sabotage des communications.

Sabotage de la ligne Ouéssa-Léo

Le 18 octobre 1941, dans la subdivision de Léo, Sidiki BOUBAKARI coupe la ligne télégraphique reliant Ouéssa à Léo, près du village de Beara, à environ 28 kilomètres de Ouéssa.

Cette action constitue le principal acte de sabotage matériel qui lui est attribué avec certitude par les sources institutionnelles.

Arrestation

Le 30 novembre 1941, Sidiki BOUBAKARI est arrêté à Ouéssa par un garde-frontière.

Il est d’abord incarcéré à la prison civile de Bobo-Dioulasso, puis transféré à la prison mixte de Dakar afin d’être traduit devant la juridiction militaire compétente de l’AOF.

Procès et condamnation

Sidiki BOUBAKARI comparaît devant le Tribunal militaire permanent de Dakar.

Le 12 mai 1942, il est condamné à mort pour « trahison ». L’Ordre de la Libération et son dossier pédagogique consacré aux condamnations prononcées sous Vichy concordent sur cette date et sur le motif retenu par la juridiction militaire.

Le fait qui lui est reproché est son engagement au service d’une organisation gaulliste depuis la Gold Coast, auquel s’ajoute le sabotage de la ligne télégraphique d’octobre 1941.

Exécution

Après plus de cinq mois de détention sous sentence de mort, Sidiki BOUBAKARI est exécuté le 23 octobre 1942 à Dakar. Les sources secondaires précisent qu’il est fusillé ; l’Ordre de la Libération indique simplement qu’il est « exécuté ».

Il est inhumé au cimetière de Dakar.

Son exécution intervient alors que l’AOF demeure encore sous administration vichyste. Quelques semaines plus tard, les débarquements alliés en Afrique du Nord des 7-8 novembre 1942 modifieront profondément la situation politique et militaire dans l’Empire français.

Camarades et personnes liées

Les sources publiques actuellement disponibles donnent très peu de noms des membres précis de l’organisation clandestine dans laquelle agit Sidiki BOUBAKARI. Il faut donc éviter de lui attribuer artificiellement des camarades dont la relation directe ne serait pas documentée.

L’Ordre de la Libération indique seulement qu’il transporte des courriers pour des « dissidents gaullistes réfugiés en Gold Coast ».

En revanche, Sidiki BOUBAKARI peut être rapproché, dans l’histoire de la répression vichyste en AOF, de plusieurs autres résistants condamnés à mort par les juridictions militaires de Dakar. L’Ordre de la Libération rappelle que plusieurs exécutés de l’AOF recevront, comme lui, la Croix de la Libération par le même décret du 14 novembre 1944.

Absence de retour à la vie civile

Sidiki BOUBAKARI ayant été exécuté le 23 octobre 1942, il ne connaît évidemment pas le retour à la vie civile ni la Libération.

Son parcours n’est reconnu officiellement qu’après sa mort.

Reconnaissance posthume

Par décret du 14 novembre 1944, Sidiki BOUBAKARI est nommé Compagnon de la Libération à titre posthume.

Cette reconnaissance est remarquable car elle concerne un résistant africain civil, non un militaire des Forces françaises libres. Elle confirme que l’Ordre de la Libération a également distingué des agents clandestins originaires des territoires coloniaux qui avaient choisi de servir la France libre alors que leur territoire restait administré par Vichy.

Décorations

Compagnon de la Libération — Croix de la Libération — à titre posthume — décret du 14 novembre 1944. C’est la seule décoration formellement attribuée à Sidiki BOUBAKARI dans la notice officielle de l’Ordre de la Libération.

Aucune Médaille de la Résistance française, Légion d’honneur, Croix de guerre ou autre décoration française ou étrangère n’a été identifiée avec une source institutionnelle nominative suffisamment solide. Elles ne doivent donc pas être ajoutées à sa notice.

Lieux de mémoire

Sidiki BOUBAKARI est inhumé au cimetière de Dakar. L’Ordre de la Libération ne donne pas d’emplacement de tombe plus précis.

Son nom figure parmi ceux des Compagnons de la Libération honorés dans les espaces mémoriels consacrés à l’Ordre.

Un élément particulier concerne son portrait : aucun portrait authentifié de Sidiki BOUBAKARI n’est actuellement connu. L’Ordre de la Libération l’a inclus parmi les Compagnons pour lesquels il a lancé un appel afin de retrouver une photographie.

Il ne faut donc pas utiliser une image supposée de Sidiki BOUBAKARI sans authentification formelle de l’Ordre de la Libération.

Références bibliographiques

Dictionnaire des Compagnons de la Libération — Vladimir TROUPLIN — Bordeaux, Elytis, 2010 ; nouvelle édition augmentée, Elytis, 2023. La notice consacrée à Sidiki BOUBAKARI constitue l’une des principales synthèses biographiques disponibles sur son parcours.

1061 Compagnons : histoire des Compagnons de la Libération — Jean-Christophe NOTIN — Paris, Perrin, 2000, 822 p. Ouvrage général de référence permettant de replacer Sidiki BOUBAKARI parmi les Compagnons issus des territoires coloniaux et de la Résistance extérieure.

Les Chevaliers noirs — Abdou Latif GUEYE et Abdoulaye WADE — Dakar, Maguilèn, 2008. L’ouvrage évoque Sidiki BOUBAKARI dans le contexte des Africains engagés dans la lutte contre l’Axe et la France de Vichy.

Dakar 1940 : la bataille fratricide — Hervé COUTAU-BÉGARIE et Claude HUAN — Paris, Economica, 2004, 256 p. Ouvrage utile pour replacer la Résistance en AOF et la répression des gaullistes dans le contexte politique et militaire de l’Afrique occidentale française demeurée sous Vichy.

Boubakari, Sidiki — Annie PENNETIER et Françoise STRAUSS — dans Le Maitron, Dictionnaire des fusillés et exécutés 1940-1944. Notice biographique spécialisée sur son arrestation, son procès et son exécution. Cette référence est signalée par plusieurs catalogues et travaux secondaires ; son contenu direct n’a pas pu être ouvert dans la présente session.

Références internet

Ordre de la Libération — Sidiki BOUBAKARI. Source institutionnelle principale pour la naissance approximative, le départ vers la Gold Coast, l’activité professionnelle, l’entrée en Résistance, les missions de liaison, le sabotage, l’arrestation, la condamnation, l’exécution et la Croix de la Libération.
https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/sidiki-boubakari

Ordre de la Libération — Condamnations tous azimuts. Dossier pédagogique confirmant la condamnation à mort du 12 mai 1942, l’action comme agent de liaison gaulliste, le sabotage du 18 octobre 1941, l’arrestation du 30 novembre 1941 et l’exécution du 23 octobre 1942.
https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/Dossier%20CNRD_AFCL-2019_0.pdf

Ordre de la Libération — Un nom, un visage. Présentation de Sidiki BOUBAKARI parmi les Compagnons dont aucune photographie authentifiée n’est actuellement connue.
https://www.ordredelaliberation.fr/fr/un-nom-un-visage

Quotidien Sidwaya — Sidiki Boubakari, un Burkinabè compagnon de la Libération, mort pour la France le 23 octobre 1942. Article burkinabè utile pour la mémoire contemporaine de BOUBAKARI dans son pays de naissance et reprenant notamment la documentation de l’Ordre de la Libération.
https://www.sidwaya.info/sidiki-boubakari-un-burkinabe-compagnon-de-la-liberation-mort-pour-la-france-le-23-octobre-1942/

LeFaso.net — Sidiki Boubakari, un Burkinabè compagnon de la Libération mort pour la France le 23 octobre 1942. Article de synthèse consacré à son parcours et à sa mémoire au Burkina Faso.
https://lefaso.net/?id_article=109411&page=impression

Theatrum Belli — In memoriam : Sidiki BOUBAKARI. Reprise biographique récente fondée principalement sur la notice de l’Ordre de la Libération.
https://theatrum-belli.com/in-memoriam-sidiki-boubakari-compagnon-de-la-liberation-execute-le-23-octobre-1942/

Wikipédia — Sidiki Boubakari. Notice secondaire consultée pour repérer la bibliographie et les références au Maitron, à RFI et aux études consacrées aux résistants africains ; les données essentielles ont été contrôlées dans les sources institutionnelles.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Sidiki_Boubakari

Dossier d’homologation consulté

Aucune cote GR 16 P individualisée concernant Sidiki BOUBAKARI n’a été retrouvée dans les ressources publiques consultées.

Cette absence n’est pas surprenante : BOUBAKARI est un civil résistant en AOF, arrêté et exécuté en 1942, et son parcours ne correspond pas nécessairement aux dossiers d’homologation métropolitains FFC, FFI, RIF ou DIR de la sous-série GR 16 P.

La source archivistique institutionnelle actuellement la plus sûre demeure donc la notice et le dossier de Compagnon de l’Ordre de la Libération, mais le numéro précis du dossier individuel d’archives de l’Ordre n’a pas été retrouvé dans les résultats publics accessibles au cours de cette recherche. Il ne doit pas être inventé.

Observations

Trois points exigent une prudence particulière.

Le premier concerne la date de naissance. L’interface de l’Ordre de la Libération affiche « 1er janvier 1912 », mais le texte biographique dit explicitement « né vers 1912 ». Cette dernière formulation est historiquement plus sûre et doit être retenue.

Le deuxième concerne son statut juridique. L’Ordre le décrit comme « sujet français », formulation correspondant à sa situation dans l’Empire colonial français de l’époque. Il serait donc anachronique de lui attribuer sans nuance la citoyenneté française au sens juridique métropolitain. La présente notice conserve la terminologie institutionnelle de la source.

Le troisième concerne les graphies géographiques : Ouéssa/Ouessa, Beara/Bearea et Bossié/Bossie varient selon les publications. La notice de l’Ordre de la Libération retient Ouéssa, Beara et Bossié ; cette graphie est privilégiée ici.

Indice de fiabilité de la notice Niveau A — L’origine géographique, la naissance approximative vers 1912, le départ pour la Gold Coast en 1935, les activités de manœuvre puis de cordonnier, l’entrée en Résistance en mai 1941, les missions de courrier entre la Gold Coast et la Côte d’Ivoire, le sabotage du 18 octobre 1941, l’arrestation du 30 novembre 1941, la condamnation à mort du 12 mai 1942, l’exécution à Dakar le 23 octobre 1942 et la nomination comme Compagnon de la Libération par décret du 14 novembre 1944 sont établis par des sources institutionnelles concordantes. L’incertitude porte principalement sur la date exacte de naissance et sur l’identification détaillée de son réseau.

Chronologie

DateÉvénement
Vers 1912Naissance à Bobo-Dioulasso, en Haute-Volta.
1935Quitte avec sa mère la Côte d’Ivoire et s’installe à Accra, en Gold Coast britannique.
1938Décès de sa mère ; reste en Gold Coast et travaille comme manœuvre dans les mines d’or.
Avant mai 1941Devient cordonnier et réside à Bossié.
Mai 1941Entre dans un réseau de résistance lié à la France libre.
Mai-juillet 1941Transporte clandestinement en Côte d’Ivoire des courriers de dissidents gaullistes réfugiés en Gold Coast.
18 octobre 1941Coupe la ligne télégraphique entre Ouéssa et Léo près du village de Beara.
30 novembre 1941Arrêté à Ouéssa par un garde-frontière.
Fin 1941-1942Interné à Bobo-Dioulasso puis transféré à la prison mixte de Dakar.
12 mai 1942Condamné à mort pour « trahison » par le Tribunal militaire permanent de Dakar.
23 octobre 1942Exécuté à Dakar ; inhumé au cimetière de Dakar.
14 novembre 1944Nommé Compagnon de la Libération à titre posthume.

Tableau des divergences entre sources

Point concernéVersions rencontréesÉlément retenu
Date de naissanceInterface de l’Ordre : 1er janvier 1912 ; biographie de l’Ordre : vers 1912 ; certaines sources secondaires : vers 1911 ou 1912.Vers 1912 retenu, seule formulation explicitement prudente de la notice institutionnelle.
Statut personnelCertaines sources secondaires parlent de « nationalité française ».La source institutionnelle dit « sujet français » ; cette formulation est retenue pour éviter l’anachronisme juridique.
Nature du réseauCertaines sources parlent d’un « réseau de renseignement » ; l’Ordre emploie plus largement « réseau de résistance de la France libre » et classe BOUBAKARI sous « Résistance AOF ».Réseau clandestin de liaison et de renseignement lié à la France libre, Résistance AOF ; aucun nom de réseau plus précis n’est retenu faute de preuve.
Mode d’exécutionOrdre de la Libération : « exécuté » ; Maitron et sources secondaires : fusillé.Exécution le 23 octobre 1942 certaine ; « fusillé » peut être mentionné comme précision issue des sources secondaires.
PortraitCertaines illustrations circulent en ligne sans garantie d’identification.Aucun portrait authentifié connu ; l’Ordre le classe parmi les Compagnons « sans visage ».

Sources consultées

Ordre de la Libération — Sidiki BOUBAKARI.
https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/sidiki-boubakari

Ordre de la Libération — Condamnations tous azimuts.
https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/Dossier%20CNRD_AFCL-2019_0.pdf

Ordre de la Libération — Un nom, un visage.
https://www.ordredelaliberation.fr/fr/un-nom-un-visage

Quotidien Sidwaya — Sidiki Boubakari, un Burkinabè compagnon de la Libération, mort pour la France le 23 octobre 1942.
https://www.sidwaya.info/sidiki-boubakari-un-burkinabe-compagnon-de-la-liberation-mort-pour-la-france-le-23-octobre-1942/

LeFaso.net — Sidiki Boubakari, un Burkinabè compagnon de la Libération mort pour la France le 23 octobre 1942.
https://lefaso.net/?id_article=109411&page=impression

Theatrum Belli — In memoriam : Sidiki BOUBAKARI.
https://theatrum-belli.com/in-memoriam-sidiki-boubakari-compagnon-de-la-liberation-execute-le-23-octobre-1942/

Wikipédia — Sidiki Boubakari.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Sidiki_Boubakari

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