La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

BLANCHARD René

René BLANCHARD, né le 10 septembre 1920 à Paris (7e arrondissement), mort le 14 mars 1996 à Nice (Alpes-Maritimes), étudiant, officier des Forces françaises libres, combattant du Bataillon de marche n° 7 puis lieutenant des Commandos de France, administrateur de la France d’outre-mer et haut responsable de la coopération française, Compagnon de la Libération par décret du 27 décembre 1945.

Jeunesse et formation

D’origine bretonne, René Blanchard naît à Paris le 10 septembre 1920. Son père est ouvrier mécanicien. Il effectue ses études secondaires au lycée Carnot, puis poursuit une formation scientifique exigeante : lorsque la guerre éclate en septembre 1939, il est élève en classe de mathématiques spéciales au lycée Louis-le-Grand.

Sa classe ayant été repliée en province en raison de la guerre, il devient interne au lycée de Quimper pendant l’année scolaire 1939-1940. Il n’a pas encore vingt ans lorsque l’effondrement militaire de mai-juin 1940 bouleverse définitivement son parcours.

Engagement dans la Résistance

René Blanchard refuse l’armistice. Le 19 juin 1940 au soir, avant même l’appel du général de Gaulle d’avoir pu acquérir la diffusion qu’il connaîtra ensuite, il quitte clandestinement la France depuis Douarnenez, à bord d’un bateau de pêche.

Des recherches consacrées aux volontaires de la France libre permettent d’identifier ce bateau comme Ma Gondole, commandé par le patron Joseph Mezou. Il quitte le port du Rosmeur le 19 juin avec plusieurs dizaines de passagers et atteint la région de Penzance le lendemain. Parmi les futurs Compagnons présents lors de cette traversée figure également Jacques Menestrey.

Arrivé en Grande-Bretagne, René Blanchard s’engage dans les Forces françaises libres le 1er juillet 1940. Son engagement est donc particulièrement précoce.

Appartenance à un réseau ou mouvement

Le parcours de René Blanchard est celui d’un militaire de la France libre et non celui d’un membre d’un réseau clandestin de Résistance intérieure.

Deux formations principales structurent son parcours de guerre :

Bataillon de marche n° 7 (BM 7) : devenu aspirant en juin 1941, il rejoint Bangui et participe à la constitution de cette unité. Avec le BM 7, il participe à la fin de la campagne de Syrie et commande la section de canons antichars de 75 de la compagnie lourde.

Groupe des Commandos de France : après son retour en Afrique du Nord en 1944 et un stage américain de moniteur commando à Chréa, René Blanchard participe à la création du groupe à Staouéli. Affecté au 2e Commando, il prend part à l’ensemble des campagnes de France et d’Allemagne dans lesquelles cette formation est engagée. Cette appartenance est également confirmée par la page thématique de MVR consacrée aux Commandos de France.

Missions et actions

René Blanchard participe d’abord, comme canonnier, au détachement du corps expéditionnaire envoyé devant Dakar à la fin de septembre 1940. Après l’échec de l’opération, il rejoint Douala. Il suit ensuite le peloton d’élèves officiers du camp Colonna-d’Ornano à Brazzaville et en sort aspirant en juin 1941.

Envoyé à Bangui, il participe à la formation du BM 7, puis à la fin de la campagne de Syrie. Il commande ensuite la section de 75 antichars de la compagnie lourde. Après une période consacrée à des missions de maintien de l’ordre au Moyen-Orient, il est chargé en mars 1944 de reconduire en Afrique équatoriale française des tirailleurs rapatriables.

Arrivé en Afrique du Nord en avril 1944, il est promu lieutenant. Il suit à Chréa un stage américain de formation de moniteur commando puis participe à Staouéli à la constitution du Groupe des Commandos de France.

Avec le 2e Commando, il se distingue à plusieurs reprises pendant la campagne de France.

Le 4 novembre 1944, dans le secteur du Haut du Tot, il conduit une patrouille qui surprend un détachement allemand, lui inflige des pertes et ramène un prisonnier.

Le 19 novembre, à Essert, il organise une tête de pont et résiste aux attaques allemandes, contribuant ainsi à faciliter la progression des blindés français.

Dans la nuit du 25 au 26 novembre 1944, à Massevaux, il s’infiltre avec son peloton dans le dispositif allemand et y établit un point d’appui. Malgré la supériorité numérique adverse et plusieurs attaques, ses hommes conservent la position jusqu’à l’arrivée des renforts.

Le 31 janvier 1945, René Blanchard est blessé à Durrenentzen, en Alsace.

Il reprend néanmoins le combat. Le 4 avril 1945, pendant la prise de Karlsruhe, il se porte seul en avant pour entraîner ses hommes à travers une zone boisée qui n’a pas encore été nettoyée. Quatre jours plus tard, devant Pforzheim, il réussit, malgré une forte contre-attaque allemande, une liaison particulièrement dangereuse avec l’échelon supérieur.

Dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1945, il mène un coup de main contre les avant-postes allemands défendant le nord de Bregenz et ramène trois prisonniers.

Son dernier engagement a lieu au col de l’Arlberg le 6 mai 1945, deux jours avant la capitulation allemande.

Son comportement au combat, notamment lors des opérations de novembre 1944 et d’avril 1945, lui vaut plusieurs citations. Le Monde, dans la notice nécrologique publiée en 1996, rappelle notamment une citation à l’ordre de l’armée en juin 1945 pour ses actions devant Montbéliard, Massevaux, Karlsruhe et Pforzheim.

Arrestation / évasion / déportation

René Blanchard n’est ni arrêté ni déporté pendant la guerre.

Son départ clandestin de France le 19 juin 1940 constitue en revanche une évasion du territoire métropolitain lui permettant de rejoindre la Grande-Bretagne et la France libre. Cette qualité est confirmée par l’attribution ultérieure de la Médaille des Évadés.

Il est blessé au combat le 31 janvier 1945 à Durrenentzen.

Camarades de combat

Lors de son départ de Douarnenez le 19 juin 1940, René Blanchard voyage avec plusieurs hommes qui rejoignent eux aussi la France libre. Les recherches consacrées à cette traversée identifient notamment les frères Roger et René Bricout, Édouard Paulet et le futur Compagnon Jacques Menestrey.

À partir de 1944, ses principaux camarades de combat appartiennent au Groupe des Commandos de France. La documentation MVR consacrée à cette unité mentionne notamment, aux côtés de René Blanchard, François d’Humières et Philippe Bernard, ce dernier également Compagnon de la Libération.

Les sources consultées permettent surtout de documenter René Blanchard comme chef de peloton du 2e Commando ; elles ne permettent pas d’établir avec suffisamment de précision une liste exhaustive de ses subordonnés directs.

Retour à la vie civile

En 1946, René Blanchard quitte l’armée et renonce à son grade. Il entreprend alors une seconde carrière entièrement consacrée à l’administration ultramarine puis à la coopération internationale.

Il devient administrateur de la France d’outre-mer et sert au Cameroun, où il exerce notamment des fonctions de chef de subdivision, juge de paix à compétence étendue et chef de région. En 1957, il est préfet du N’Tem à Ebolowa.

À partir des indépendances africaines, il poursuit sa carrière dans la coopération française. Il est successivement chef de mission auprès du Dahomey de 1960 à 1963, de la Haute-Volta de 1963 à 1966, du Sénégal de 1966 à 1972 puis de Madagascar de 1972 à 1976.

De 1976 jusqu’à son départ en retraite en 1982, il exerce des fonctions d’inspection générale au ministère de la Coopération. Les sources institutionnelles et la notice nécrologique du Monde présentent quelques nuances dans l’intitulé précis de ses fonctions successives, mais concordent sur cette chronologie générale.

Il publie également des articles dans des revues économiques spécialisées sur le tiers-monde.

René Blanchard meurt à Nice le 14 mars 1996, à l’âge de 75 ans. Il est inhumé à Boulogne-Billancourt.

Décorations

Commandeur de la Légion d’honneur. Source : Ordre de la Libération.

Compagnon de la Libération. Décret du 27 décembre 1945. Source : Ordre de la Libération.

Commandeur de l’Ordre national du Mérite. Source : Ordre de la Libération.

Croix de guerre 1939-1945, avec cinq citations. Source : Ordre de la Libération.

Médaille coloniale. Source : Ordre de la Libération.

Médaille commémorative du Levant. Source : Ordre de la Libération.

Médaille des Évadés. Source : Ordre de la Libération.

Croix du Combattant 1939-1945. Source : Ordre de la Libération.

Croix du Combattant volontaire 1939-1945. Source : Ordre de la Libération.

Croix du Combattant volontaire de la Résistance. Source : Ordre de la Libération.

Médaille des Services volontaires dans la France libre. Source : Ordre de la Libération.

Silver Star Medal (États-Unis). Source : Ordre de la Libération.

Officier de l’Étoile noire (Bénin). Source : Ordre de la Libération.

Officier de l’Étoile d’Anjouan (Comores). Source : Ordre de la Libération.

Grand-croix de l’Ordre du Mérite (Sénégal). Source : Ordre de la Libération.

Commandeur de l’Ordre du Lion (Sénégal). Source : Ordre de la Libération.

Officier de l’Ordre national du Dahomey (Bénin). Source : Ordre de la Libération.

Officier de l’Ordre national de Haute-Volta (Burkina Faso). Source : Ordre de la Libération.

Lieux de mémoire

René Blanchard est inhumé à Boulogne-Billancourt.

Sa mémoire est également associée aux lieux de ses principaux combats avec les Commandos de France : Haut du Tot, Essert, Massevaux, Durrenentzen, Karlsruhe, Pforzheim, Bregenz et le col de l’Arlberg.

Références bibliographiques

1061 Compagnons : histoire des Compagnons de la Libération, Jean-Christophe Notin, Perrin, 2000, 822 p.

Les Compagnons de l’Aube, Guillaume Piketty, Textuel, 2014, 442 p.

Dictionnaire des Compagnons de la Libération, Vladimir Trouplin, Elytis, 2023.

Références internet

Ordre de la Libération — Notice institutionnelle de René Blanchard, source principale pour son état civil, son engagement dans les FFL, ses campagnes, sa carrière administrative et ses décorations.
René Blanchard — Ordre de la Libération

Le Monde — Notice nécrologique publiée le 21 mars 1996, apportant des précisions sur les citations militaires et la carrière administrative et diplomatique de René Blanchard.
René Blanchard, un ancien officier commando de la France libre

1re DFL — Le Blog — Étude consacrée aux frères Bricout comportant des éléments documentaires sur le départ de Douarnenez du 19 juin 1940 et les passagers de Ma Gondole.
Les frères Roger et René Bricout

Wikipédia — Notice développée consacrée à René Blanchard, consultée comme source secondaire et confrontée aux sources institutionnelles.
René Blanchard — Wikipédia

Dossier d’homologation consulté

Les recherches en ligne effectuées n’ont pas permis d’identifier avec suffisamment de certitude une cote GR 16 P attribuable à René Blanchard. Compte tenu de l’existence de nombreux homonymes, aucune cote SHD n’est proposée par déduction.

Le dossier original de Compagnon conservé par l’Ordre de la Libération n’a pas été physiquement consulté lors des présentes recherches.

Observations

Le patronyme René Blanchard présente un risque important d’homonymie. L’identification du Compagnon est assurée ici par la combinaison de sa naissance le 10 septembre 1920 à Paris, de son engagement dans les FFL le 1er juillet 1940, de son appartenance au BM 7 puis aux Commandos de France, de son grade de lieutenant et de son décès à Nice le 14 mars 1996.

Une précision terminologique s’impose concernant son départ de juin 1940. René Blanchard est bien un évadé de France, mais les sources consultées ne permettent pas de conclure qu’il aurait été préalablement arrêté ou détenu : il quitte volontairement le territoire français par mer afin de poursuivre la guerre.

La liste particulièrement importante de ses décorations étrangères est cohérente avec sa longue carrière africaine et de coopération. La présente notice reproduit celles que l’Ordre de la Libération atteste explicitement ; les grades et intitulés n’ont pas été extrapolés au-delà de cette source institutionnelle.

Indice de fiabilité de la notice Niveau A : La notice repose principalement sur la biographie institutionnelle de l’Ordre de la Libération, complétée par la notice nécrologique contemporaine du Monde, une documentation spécialisée sur les volontaires de la France libre et des sources secondaires recoupées. L’identité, l’engagement du 1er juillet 1940, les appartenances au BM 7 et aux Commandos de France, les principaux combats de 1944-1945, la blessure du 31 janvier 1945, le décret du 27 décembre 1945 et la carrière d’après-guerre sont établis par des sources concordantes. La cote d’un éventuel dossier individuel SHD n’étant pas établie avec certitude, elle n’est pas proposée.

Chronologie

DateÉvénement
10 septembre 1920Naissance à Paris (7e arrondissement).
1939Élève en mathématiques spéciales au lycée Louis-le-Grand.
1939-1940Interne au lycée de Quimper après le repli de sa classe.
19 juin 1940Quitte Douarnenez à bord d’un bateau de pêche pour gagner la Grande-Bretagne.
1er juillet 1940Engagement dans les Forces françaises libres.
Septembre 1940Participe comme canonnier à l’opération de Dakar.
Juin 1941Sort aspirant du peloton d’élèves officiers de Brazzaville.
1941Participe à la constitution du BM 7 à Bangui puis à la fin de la campagne de Syrie.
Mars 1944Chargé de reconduire en AEF des tirailleurs rapatriables.
Avril 1944Arrive en Afrique du Nord ; promu lieutenant.
1944Stage américain de moniteur commando à Chréa ; participe à la création des Commandos de France à Staouéli.
4 novembre 1944Coup de patrouille dans le secteur du Haut du Tot.
19 novembre 1944Combat d’Essert.
25-26 novembre 1944Combat de Massevaux.
31 janvier 1945Blessé à Durrenentzen.
4 avril 1945Se distingue lors de la prise de Karlsruhe.
8 avril 1945Action devant Pforzheim.
30 avril-1er mai 1945Coup de main au nord de Bregenz.
6 mai 1945Dernier combat au col de l’Arlberg.
27 décembre 1945Nommé Compagnon de la Libération.
1946Quitte l’armée et commence une carrière dans l’administration de la France d’outre-mer.
1960-1976Chef de missions de coopération successivement au Dahomey, en Haute-Volta, au Sénégal et à Madagascar.
1976-1982Fonctions d’inspection générale au ministère de la Coopération.
14 mars 1996Décès à Nice.

Tableau des divergences entre sources

ÉlémentSourceDonnéeAppréciation
Fonctions au CamerounOrdre de la LibérationChef de région puis préfet jusqu’en 1960Présentation synthétique institutionnelle.
Fonctions au CamerounLe MondeChef de subdivision, juge de paix, chef de région puis préfet du N’Tem en 1957Précisions complémentaires compatibles avec l’Ordre.
Inspection généraleOrdre de la LibérationInspecteur général des services du ministère de la Coopération, 1976-1982Chronologie générale retenue.
Inspection généraleLe MondeInspecteur général des services extérieurs à partir de 1976, puis des services de la coopération de 1979 à 1982Précision sur l’évolution de l’intitulé des fonctions.

Sources consultées

Ordre de la Libération — Notice institutionnelle de René Blanchard.

Le Monde — « René Blanchard, un ancien officier commando de la France libre », notice nécrologique du 21 mars 1996.

1re DFL — Le Blog — Documentation sur le départ de Douarnenez du 19 juin 1940 et les volontaires embarqués sur Ma Gondole.

Wikipédia — Notice René Blanchard, consultée comme source secondaire et recoupée.

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