La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

BINOCHE François Étienne

François Étienne BINOCHE, alias Auger, né le 23 mars 1911 à Paris (6e arrondissement), mort le 18 mai 1997 à Nice, Français, officier de carrière, agent des réseaux Mithridate et Gallia, chef de secteur puis chef d’état-major FFI de l’Ardèche, chef de bataillon à la fin de la guerre, ultérieurement général de division, Compagnon de la Libération par décret du 7 mars 1945.

Jeunesse et formation

François Binoche naît dans une famille d’industriels. Il entre à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1930, promotion « Maréchal Joffre », et en sort sous-lieutenant en 1932. D’abord affecté à Thionville, sur la ligne Maginot, il est promu lieutenant en 1934 et obtient à sa demande son affectation à la Légion étrangère. Il sert en Algérie en 1935-1936, puis au Maroc avec le 2e Régiment étranger jusqu’en septembre 1939.

Rapatrié en métropole au déclenchement de la guerre, il participe à la campagne de France avec le 11e Régiment étranger d’infanterie.

Engagement dans la Résistance

Fait prisonnier le 23 juin 1940, François Binoche s’évade le 1er août 1940. Refusant l’armistice, il fabrique un faux ordre de mission pour gagner le Maroc. En septembre, il y entre en relation avec la mission conduite par Claude Guérin et Alexandre Ter Sarkissoff, envoyée par les services de la France libre. La mission ayant été trahie par un agent double, Binoche est arrêté à Meknès en novembre 1940.

Il connaît successivement les prisons de Meknès, Clermont-Ferrand et Gannat. Faute de preuves, il est acquitté en avril 1941. Au cours de cette détention, il rencontre notamment Claude Hettier de Boislambert et Pierre Mendès France.

Affecté ensuite au 5e Régiment d’infanterie de l’armée d’armistice à Saint-Étienne, il entre parallèlement dans la Résistance clandestine.

Appartenance à un réseau ou mouvement

En 1942, par l’intermédiaire du capitaine Jean Biche, François Binoche rejoint le réseau de renseignements Mithridate, dirigé par Pierre-Jean Herbinger. Après le démantèlement d’une partie du réseau en novembre 1942, il passe en janvier 1943 au réseau Gallia, dirigé par Henri Gorce-Franklin, et adopte le pseudonyme Auger.

L’Ordre de la Libération retient explicitement comme appartenances les FFI, le réseau Mithridate et le réseau Gallia. L’inventaire de son dossier 1 A 100 conserve par ailleurs, sous forme de copies provenant du SHD, un certificat d’appartenance aux FFL et son dossier d’homologation au grade FFI.

En 1944, il devient chef de secteur puis chef d’état-major FFI de l’Ardèche. Il contribue alors à structurer les forces armées clandestines du département.

Missions et actions

Au moment du débarquement de Normandie, Binoche commande le secteur du maquis de Lamastre. Son activité ne relève plus seulement du renseignement : elle concerne désormais directement l’organisation et la conduite des forces combattantes de la Résistance ardéchoise.

Le 5 juillet 1944, au cours des combats du Cheylard, il est grièvement blessé et perd un bras. Cette blessure ne met pourtant pas fin à son activité combattante : huit jours plus tard, il reprend la lutte dans la vallée du Rhône, entre Viviers et Saint-Vallier, puis participe à la remise en ordre du département après sa libération.

Souhaitant continuer à combattre dans une unité régulière, il rejoint ensuite le Combat Command n° 6 de la 5e Division blindée et participe avec cette formation à la bataille d’Alsace jusqu’en janvier 1945. Il est ensuite désigné pour suivre l’École d’état-major à Paris, où il se trouve lors de la victoire de mai 1945. Il termine la guerre avec le grade de chef de bataillon.

Arrestation / évasion / déportation

François Binoche est fait prisonnier pendant la campagne de France le 23 juin 1940 et s’évade le 1er août.

Après avoir gagné clandestinement le Maroc, il est arrêté à Meknès le 2 novembre 1940 dans le cadre de l’échec de la mission Guérin–Ter Sarkissoff. Il est détenu environ six mois, notamment à Meknès, Clermont-Ferrand et Gannat, avant d’être acquitté faute de preuves à la fin d’avril 1941.

Il n’est pas déporté. La Médaille des Déportés et Internés Résistants attestée par l’Ordre se rapporte à son internement pour faits de Résistance et ne doit donc pas conduire à le présenter comme déporté.

Camarades de combat

Les relations les mieux documentées pour le début de son engagement sont Claude Guérin et Alexandre Ter Sarkissoff, avec lesquels il participe en 1940 à la tentative d’implantation de la France libre au Maroc.

Dans la Résistance clandestine, il travaille successivement dans l’organisation de Pierre-Jean Herbinger, chef de Mithridate, puis dans celle d’Henri Gorce-Franklin, chef de Gallia. Le capitaine Jean Biche joue le rôle d’intermédiaire lors de son entrée dans Mithridate.

Sa détention de 1940-1941 le met également en contact avec Claude Hettier de Boislambert et Pierre Mendès France. Ce dernier le choisira, plus de dix ans après la guerre, comme conseiller militaire lorsqu’il deviendra président du Conseil.

Retour à la vie civile

François Binoche reste militaire après la Libération. En octobre 1945, il rejoint le cabinet militaire du ministre des Armées Edmond Michelet et prend la direction du service chargé des homologations des grades de la Résistance et des décorations pour faits de Résistance. De 1946 à 1949, devenu lieutenant-colonel, il commande le Groupement porté de la Légion étrangère à Agadir ; de 1949 à 1951, il sert au Tonkin à la tête du 5e Régiment étranger d’infanterie.

Après un commandement au Maroc de 1952 à 1954, il devient pendant environ un an conseiller militaire du président du Conseil Pierre Mendès France. Il commande ensuite le secteur de Baden-Baden de 1956 à 1958, travaille auprès d’Edmond Michelet au ministère des Anciens Combattants et suit en 1959 les cours de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Nommé adjoint de la Zone Nord d’Alger, il s’oppose au putsch militaire d’avril 1961. En 1962, il siège à la Cour militaire de justice et, promu général de brigade, commande le groupe de subdivisions d’Orléans. Général de division, il est ensuite gouverneur militaire du secteur français de Berlin de 1964 à 1967, puis commande la division territoriale de Toulouse en 1968-1969. Après la démission du général de Gaulle en 1969, il demande sa mise à la retraite anticipée.

Il meurt à Nice le 18 mai 1997, à quatre-vingt-six ans, et est inhumé à Désaignes, en Ardèche.

Décorations

Grand officier de la Légion d’honneur. Source : Ordre de la Libération. Le grade de grand officier est explicitement attesté par la notice institutionnelle.

Compagnon de la Libération. Source : Ordre de la Libération. Attribution par décret du 7 mars 1945 ; le dossier 1 A 100 conserve notamment trois courriers relatifs à l’attribution et l’ampliation du décret datée du 17 mars 1945.

Croix de guerre 1939-1945 avec trois citations. Source : Ordre de la Libération. Le nombre de trois citations est explicitement attesté.

Croix de guerre des Théâtres d’opérations extérieurs. Source : Ordre de la Libération. Décoration explicitement attestée, liée à sa carrière militaire postérieure à 1945.

Médaille de la Résistance française. Source : Ordre de la Libération. Attribution par décret du 5 octobre 1946, publication au Journal officiel du 13 octobre 1946 ; dossier 1O5851.

Médaille des Évadés. Source : Ordre de la Libération. Décoration explicitement attestée ; elle concorde avec son évasion du 1er août 1940.

Croix du combattant volontaire de la Résistance. Source : Ordre de la Libération. Décoration explicitement attestée.

Médaille des Déportés et Internés Résistants. Source : Ordre de la Libération. Décoration explicitement attestée ; dans son cas, elle correspond à la qualité d’interné résistant.

Officier de l’Ordre de Léopold (Belgique). Source : Ordre de la Libération. Distinction étrangère explicitement attestée.

Commandeur de l’Ordre de l’Étoile noire. Source : Ordre de la Libération. Distinction explicitement attestée.

Commandeur de l’Ordre du Nichan Iftikhar. Source : Ordre de la Libération. Distinction tunisienne explicitement attestée.

Commandeur de l’Ordre du Ouissam alaouite. Source : Ordre de la Libération. Distinction marocaine explicitement attestée.

Lieux de mémoire

L’Ardèche constitue le principal territoire de mémoire de son activité résistante : il y devient chef de secteur puis chef d’état-major FFI, commande le secteur de Lamastre et est très grièvement blessé au Cheylard le 5 juillet 1944.

Le Musée de la Résistance en ligne conserve et présente notamment un portrait du commandant François Binoche ainsi qu’une photographie le montrant comme chef d’état-major des FFI de l’Ardèche, témoignages iconographiques de son rôle dans la libération du département.

Désaignes, en Ardèche, est son lieu d’inhumation. Ce choix prolonge le lien durable entretenu par Binoche avec le département dans lequel il avait exercé ses principales responsabilités clandestines en 1944.

Références bibliographiques

1061 Compagnons : histoire des Compagnons de la Libération, Jean-Christophe Notin, Paris, Perrin, 2000, 822 p. Ouvrage général permettant de replacer François Binoche dans l’ensemble des parcours des Compagnons issus de la Résistance intérieure.

Dictionnaire historique de la Résistance : Résistance intérieure et France libre, sous la direction de François Marcot, avec Bruno Leroux et Christine Levisse-Touzé, Paris, Robert Laffont, 2006, 1 187 p. Référence générale utile pour contextualiser Mithridate, Gallia, les FFI et l’organisation militaire de la Résistance.

Dictionnaire des Compagnons de la Libération, Vladimir Trouplin, Paris, Éditions Elytis, 2023. Référence biographique récente permettant la confrontation du parcours avec les fonds de l’Ordre de la Libération.

Références internet

Ordre de la Libération — Notice institutionnelle de François Binoche, source principale pour son état civil, sa carrière militaire, Mithridate, Gallia, les FFI d’Ardèche et sa carrière après 1945. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/francois-binoche

Ordre de la Libération — Archives des Compagnons — Inventaire du dossier 1 A 100 — BINOCHE François, comprenant notamment les documents d’attribution de la Croix de la Libération et les copies du dossier SHD GR 16 P 60889. https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_lettre_B_20250923.pdf

Ordre de la Libération — Médaille de la Résistance française — Base institutionnelle identifiant François Binoche, alias Auger, médaillé par décret du 5 octobre 1946, dossier 1O5851. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/medailles-biographies?page=8

Musée de la Résistance en ligne — Documentation iconographique et biographique sur François Binoche comme chef d’état-major FFI de l’Ardèche. https://museedelaresistanceenligne.org/media7651-Le-Commandant-Binoche-chef-dtat-major-des-FFI-de-lArdche

Musée de la Résistance en ligne — Portrait de François Binoche et rappel de son parcours militaire et résistant. https://museedelaresistanceenligne.org/media7650-Portrait-du-commandant-Franois-Binoche-par-Jan-Cristofle

Wikipédia — Article développé consacré à François Binoche, consulté comme source secondaire et confronté aux sources institutionnelles. https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Binoche

Dossier d’homologation consulté

L’identification archivistique est particulièrement solide. L’inventaire de l’Ordre de la Libération indique expressément, dans le dossier 1 A 100 — BINOCHE François, la cote SHD GR 16 P 60889. Il précise que le dossier de l’Ordre conserve une copie d’un certificat d’appartenance aux FFL de 1950 et une copie du dossier d’homologation au grade FFI de 1950 provenant de cette cote.

L’Ordre conserve sous la cote 1 A 100 trois courriers de 1944-1945 concernant l’attribution de la Croix de la Libération, l’ampliation du décret datée du 17 mars 1945, des fiches de renseignements, trente-deux pièces de correspondance avec l’Ordre, la transcription d’un entretien réalisé en 1985, des questionnaires et textes biographiques ainsi que des documents relatifs à son décès.

Son dossier de Médaille de la Résistance française est par ailleurs identifié sous la cote 1O5851 ; la base institutionnelle donne exactement la naissance du 23 mars 1911 à Paris 6e et le décret du 5 octobre 1946.

Les dossiers physiques originaux GR 16 P 60889, 1 A 100 et 1O5851 n’ont pas été matériellement dépouillés dans le cadre de cette notice. Leurs références et descriptions ont été vérifiées dans les instruments numériques accessibles.

Observations

La forme complète François Étienne Binoche est attestée par le fichier des Français libres, tandis que l’Ordre emploie simplement François Binoche. Les date et lieu de naissance ainsi que la cote GR 16 P concordent, ce qui écarte ici le risque d’homonymie.

Un point de terminologie mérite attention : l’inventaire du dossier 1 A 100 mentionne un certificat d’appartenance aux FFL, tandis que la biographie institutionnelle décrit essentiellement un parcours de Résistance intérieure à partir de 1942. Il convient donc de conserver cette qualification parce qu’elle est archivistiquement attestée, sans reconstruire à partir d’elle un service continu dans une unité combattante des FFL qui n’est pas établi par les sources consultées.

La date de la Médaille de la Résistance française est parfois donnée au 5 novembre 1946 dans des sources secondaires. La base officielle de l’Ordre donne sans ambiguïté le décret du 5 octobre 1946, publié au Journal officiel le 13 octobre ; c’est donc cette date qui est retenue.

Indice de fiabilité de la notice Niveau A : La notice repose sur plusieurs sources institutionnelles concordantes, au premier rang desquelles la notice de l’Ordre de la Libération, son inventaire archivistique 1 A 100, la base officielle de la Médaille de la Résistance et le Musée de la Résistance en ligne. L’état civil, la captivité et l’évasion de 1940, l’arrestation au Maroc, l’appartenance à Mithridate et Gallia, les responsabilités FFI en Ardèche, la blessure du Cheylard, le retour au combat, la campagne d’Alsace et l’essentiel de la carrière militaire postérieure sont solidement documentés. La cote GR 16 P 60889 et la présence d’un dossier d’homologation FFI sont directement confirmées par l’instrument de l’Ordre, même si les originaux n’ont pas été physiquement consultés.

Chronologie

DateÉvénement
23 mars 1911Naissance à Paris, 6e arrondissement.
1930Entrée à Saint-Cyr, promotion « Maréchal Joffre ».
1932Sort sous-lieutenant ; affectation à Thionville.
1934Lieutenant ; rejoint à sa demande la Légion étrangère.
1935-1936Service en Algérie.
1936-septembre 1939Service au Maroc avec le 2e Régiment étranger.
1939-1940Campagne de France avec le 11e Régiment étranger.
23 juin 1940Fait prisonnier.
1er août 1940Évasion.
Septembre 1940Contact au Maroc avec la mission Guérin–Ter Sarkissoff.
2 novembre 1940Arrestation à Meknès.
Avril 1941Acquitté faute de preuves après environ six mois d’internement.
1942Entre dans le réseau Mithridate.
Janvier 1943Passe au réseau Gallia sous le pseudonyme Auger.
1944Chef de secteur puis chef d’état-major FFI de l’Ardèche.
6 juin 1944Commande le secteur du maquis de Lamastre au moment du débarquement de Normandie.
5 juillet 1944Grièvement blessé au Cheylard ; perd un bras.
Juillet 1944Reprend le combat huit jours après sa blessure.
Fin 1944-janvier 1945Bataille d’Alsace avec le Combat Command n° 6 de la 5e DB.
7 mars 1945Nommé Compagnon de la Libération.
Mai 1945À l’École d’état-major de Paris ; chef de bataillon à la fin de la guerre.
Octobre 1945Cabinet militaire d’Edmond Michelet ; service des homologations de la Résistance.
1946-1949Commandement du Groupement porté de la Légion étrangère à Agadir.
1949-1951Service au Tonkin, 5e Régiment étranger.
1954-1955Conseiller militaire de Pierre Mendès France.
1962-1964Général de brigade ; commandement à Orléans.
1964-1967Gouverneur militaire du secteur français de Berlin.
1968-1969Commande la division territoriale de Toulouse.
1969Demande sa mise à la retraite anticipée.
18 mai 1997Décès à Nice ; inhumation à Désaignes.

Tableau des divergences entre sources

ÉlémentSourceDonnéeAppréciation
IdentitéOrdre de la LibérationFrançois BinocheForme usuelle.
IdentitéFichier des Français libresFrançois Étienne BinocheForme complète retenue.
Médaille de la RésistanceBase officielle de l’OrdreDécret du 5 octobre 1946Donnée institutionnelle retenue.
Médaille de la RésistanceCertaines sources secondaires5 novembre 1946Non retenue.
Statut FFLDossier 1 A 100 / copie SHDCertificat d’appartenance aux FFLAttesté archivistiquement.
Statut FFIDossier 1 A 100 / GR 16 P 60889Dossier d’homologation au grade FFIAttesté archivistiquement ; concorde avec les responsabilités exercées en Ardèche.

Sources consultées

Ordre de la Libération — Notice institutionnelle de François Binoche. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/francois-binoche

Ordre de la Libération — Archives des Compagnons — Dossier 1 A 100 — BINOCHE François et référence SHD GR 16 P 60889. https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_lettre_B_20250923.pdf

Ordre de la Libération — Médaille de la Résistance française — François Binoche, dossier 1O5851. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/medailles-biographies?page=8

Musée de la Résistance en ligne — François Binoche, chef d’état-major des FFI de l’Ardèche. https://museedelaresistanceenligne.org/media7651-Le-Commandant-Binoche-chef-dtat-major-des-FFI-de-lArdche

Musée de la Résistance en ligne — Portrait du commandant François Binoche. https://museedelaresistanceenligne.org/media7650-Portrait-du-commandant-Franois-Binoche-par-Jan-Cristofle

Wikipédia — Article « François Binoche », utilisé comme source secondaire de confrontation. https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Binoche

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