La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

APPERT Raymond

Raymond APPERT, né le 10 octobre 1904 à Saint-Quentin (Aisne), mort le 17 avril 1973 à Saint-Mandé (Val-de-Marne), Français, officier de l’infanterie coloniale, général de brigade, Français libre et Compagnon de la Libération par décret du 31 décembre 1942.

Jeunesse et formation

Fils d’un courtier en assurances, Raymond Appert entre à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1925, au sein de la promotion « Maroc et Syrie ». Il choisit à sa sortie l’infanterie coloniale et accomplit l’essentiel de sa carrière d’avant-guerre outre-mer, notamment à l’état-major du commandant supérieur des troupes en Afrique équatoriale française.

Les sources institutionnelles consultées ne donnent pas de renseignements suffisamment précis sur sa scolarité antérieure à Saint-Cyr ni sur sa vie familiale de jeunesse.

Engagement dans la Résistance

En juin 1940, Raymond Appert est capitaine et adjoint du général Paul Legentilhomme à Djibouti. Son refus de l’armistice est immédiat : dès le 17 juin 1940, il adresse au général britannique Archibald Wavell, commandant en chef au Moyen-Orient, un télégramme indiquant que l’armée française de Djibouti n’accepte pas l’armistice.

Lorsque l’espoir de maintenir immédiatement la Côte française des Somalis dans la guerre disparaît, il quitte le territoire le 2 août 1940, avec le général Legentilhomme et le capitaine Essars, et gagne Aden. Il rallie alors les Forces françaises libres.

À la fin d’octobre 1940, il rejoint Londres avec Legentilhomme. Il suit ensuite celui-ci à Khartoum, où le général reçoit le commandement des forces françaises libres au Soudan et en Érythrée, avec notamment pour mission de préparer le retour de la Côte française des Somalis dans la guerre.

Appartenance à un réseau ou mouvement

Raymond Appert n’appartient pas, au sens classique, à un réseau clandestin de la Résistance intérieure. Son engagement relève de la France libre et de la Résistance extérieure.

Son parcours est principalement associé aux Forces françaises libres en Afrique orientale, puis au Régiment d’AEF et Somalis, unité dont il assure l’organisation et le commandement. L’Ordre de la Libération retient explicitement cette formation comme son unité d’appartenance.

Aucun pseudonyme ou alias de Résistance n’a été identifié avec suffisamment de certitude dans les sources institutionnelles consultées.

Missions et actions

En avril 1941, devenu commandant, Raymond Appert est envoyé au Somaliland avec le lieutenant-colonel Diego Brosset et le capitaine Magendie. Leur mission consiste à prendre des contacts avec la Côte française des Somalis, recueillir des renseignements et déterminer si le territoire pourrait rallier la France libre sans provoquer de combat franco-français. Cette première tentative échoue.

Appert reste néanmoins sur place et travaille en liaison avec Gaston Palewski, alors délégué politique et militaire de la France libre en Afrique orientale. Il reçoit la mission de constituer et commander un détachement FFL provenant de la Côte française des Somalis, en étroite coopération avec les Britanniques.

Il recrute parmi les hommes évadés de Djibouti ainsi que parmi d’anciens tirailleurs et miliciens du Somaliland et parvient à constituer trois pelotons méharistes. Ce travail militaire s’accompagne d’une action persistante destinée à favoriser le ralliement de la garnison française.

Promu lieutenant-colonel en juillet 1942, Raymond Appert devient l’un des principaux artisans du ralliement de la Côte française des Somalis en décembre 1942. Son action contribue au ralliement d’une grande partie de la garnison. Le général de Gaulle lui adresse personnellement un télégramme de félicitations et Raymond Appert est nommé Compagnon de la Libération par décret du 31 décembre 1942.

Il organise ensuite en Afrique le Régiment d’AEF et Somalis, dont il prend le commandement. Avec cette unité, il rejoint finalement le théâtre d’opérations métropolitain et participe, en 1945, à la réduction des poches allemandes de l’Atlantique.

Au sein de la Brigade Médoc, son régiment intervient contre la poche de la Pointe de Grave. Entre les 14 et 21 avril 1945, Raymond Appert conduit ses hommes dans la conquête de Saint-Vivien et Talais, jusqu’au dernier réduit des défenses allemandes de la Pointe de Grave.

Il est promu colonel en juin 1945.

Arrestation / évasion / déportation

Raymond Appert n’est ni arrêté ni déporté.

Son départ de Djibouti, le 2 août 1940, constitue en revanche une rupture volontaire avec les autorités demeurées fidèles à Vichy : avec Legentilhomme et Essars, il gagne Aden afin de poursuivre la guerre aux côtés des Britanniques et de la France libre.

Lors de son voyage d’Afrique vers la Grande-Bretagne en octobre 1940, le navire qui le transporte fait naufrage et Appert perd l’ensemble de ses bagages. L’Ordre de la Libération conserve aujourd’hui un pistolet Colt modèle 1903 Pocket Hammerless, calibre 7,65 mm, lui ayant appartenu pendant la guerre et qui lui aurait vraisemblablement été fourni par les Britanniques après cet épisode. L’objet a été donné au musée par Michel Appert.

Camarades de combat

La relation militaire la mieux documentée est celle qui unit Raymond Appert au général Paul Legentilhomme. Appert est son adjoint à Djibouti en juin 1940, quitte le territoire avec lui le 2 août, gagne ensuite Londres à ses côtés et le suit à Khartoum.

En avril 1941, il accomplit sa mission vers la Côte française des Somalis avec le lieutenant-colonel Diego Brosset et le capitaine Magendie. Il travaille ensuite directement avec Gaston Palewski en Afrique orientale.

Ces relations de commandement et de mission sont documentées. Aucun lien personnel supplémentaire n’est déduit de la seule appartenance commune aux Forces françaises libres.

Retour à la vie civile

Raymond Appert demeure militaire après 1945. Promu colonel en juin, il devient en 1946 chef du cabinet militaire de l’amiral Georges Thierry d’Argenlieu, haut-commissaire de France en Indochine.

À partir de mai 1947, il commande le Régiment mixte du Cambodge. Il sert ensuite à l’état-major Sud-Europe à Naples.

Son parcours le ramène à deux reprises sur le territoire dont il avait contribué au ralliement pendant la guerre : il exerce en effet par deux fois les fonctions de commandant supérieur de la Côte française des Somalis.

Promu général de brigade en 1958, Raymond Appert termine sa carrière comme commandant supérieur des troupes du Pacifique en 1962.

Il meurt le 17 avril 1973 à Saint-Mandé, à l’âge de soixante-huit ans. Il est inhumé à Saint-Quentin, sa ville natale.

Décorations

L’Ordre de la Libération recense les distinctions suivantes :

Grand officier de la Légion d’honneur ;

Compagnon de la Libération, décret du 31 décembre 1942 ;

Croix de guerre 1939-1945 avec trois citations ;

Croix de guerre des Théâtres d’opérations extérieurs ;

Officier de l’Empire britannique ;

Officier de l’Ordre de Léopold de Belgique ;

Croix de guerre belge ;

Grand officier de l’Étoile d’Anjouan ;

Grand officier de l’Ordre de Ménélik ;

Commandeur de l’Étoile noire ;

Commandeur de l’Ordre royal du Cambodge ;

Commandeur du Million d’Éléphants ;

Chevalier du Nichan el Anouar.

Son ensemble de décorations est donc particulièrement international : outre les distinctions françaises et coloniales, il reçoit des décorations britannique, belge, éthiopienne, cambodgienne et laotienne. Les recherches numériques effectuées pour la présente notice n’ont pas permis d’établir de façon suffisamment sûre les dates de chacun de ces décrets étrangers ; elles ne sont donc pas complétées par déduction.

Lieux de mémoire

Raymond Appert est inhumé à Saint-Quentin (Aisne).

Le musée de l’Ordre de la Libération conserve également plusieurs traces matérielles de son parcours. Parmi elles figure son Colt modèle 1903 Pocket Hammerless, calibre 7,65 mm, utilisé pendant la Seconde Guerre mondiale et donné au musée par Michel Appert sous le numéro d’inventaire 2020.9.1.1.

Son parcours demeure en outre étroitement lié à la mémoire du ralliement de Djibouti à la France libre, dont il fut l’un des principaux artisans en décembre 1942.

Références bibliographiques

1061 Compagnons : histoire des Compagnons de la Libération, Jean-Christophe Notin, Paris, Perrin, 2000, 822 p.

Les Compagnons de l’Aube, Guillaume Piketty, Paris, Textuel, 2014, 442 p.

Dictionnaire des Compagnons de la Libération, Vladimir Trouplin, Paris, Éditions Elytis, 2023, 600 p.

Références internet

  • Ordre de la Libération — « Raymond APPERT » — Notice institutionnelle principale : état civil, formation à Saint-Cyr, Djibouti, refus de l’armistice, ralliement aux FFL, action en Afrique orientale, ralliement de la Côte française des Somalis, Régiment d’AEF et Somalis, Pointe de Grave, carrière après-guerre, décès et décorations.
    Notice biographique de Raymond APPERT — Ordre de la Libération
  • Ordre de la Libération — liste alphabétique des Compagnons, lettre A — Permet de contrôler l’identité de Raymond Appert parmi les Compagnons de la Libération.
    Liste des Compagnons de la Libération — lettre A
  • Ordre de la Libération — instrument de recherche des archives des Compagnons, lettre A — Instrument archivistique utilisé pour l’identification du dossier d’homologation SHD GR 16 P 15699 de Raymond Appert.
    Instrument de recherche des archives des Compagnons — lettre A (PDF)
  • Musée de la Résistance en ligne / Service historique de la Défense — inventaire GR 16 P, lettre A — Instrument complémentaire permettant de contrôler les dossiers nominatifs de la sous-série GR 16 P et les éventuelles homonymies.
    Inventaire SHD GR 16 P — lettre A (PDF)
  • Ordre de la Libération — « Le pistolet de Raymond Appert », lettre d’information d’octobre 2020 — Source muséale documentant le Colt modèle 1903 ayant appartenu à Raymond Appert et apportant des renseignements complémentaires sur son voyage vers la Grande-Bretagne en 1940.
    Lettre d’information d’octobre 2020 — Ordre de la Libération

Dossier d’homologation consulté

Service historique de la Défense, Vincennes — GR 16 P 15699, dossier de Raymond APPERT.

L’attribution de cette cote est explicitement donnée dans l’instrument de recherche institutionnel de l’Ordre de la Libération : « GR 16 P 15699, dossier de Raymond Appert ».

Le dossier original GR 16 P 15699 n’a pas été consulté matériellement pièce par pièce pour la présente notice. Son existence et son attribution ont été contrôlées dans l’instrument archivistique de l’Ordre de la Libération. Il convient donc de distinguer cette vérification de cote d’une consultation physique du dossier.

Observations

L’identité de Raymond Appert ne présente pas de difficulté particulière : les sources institutionnelles concordent sur sa naissance le 10 octobre 1904 à Saint-Quentin, son rôle à Djibouti, son ralliement à la France libre, son commandement du Régiment d’AEF et Somalis et son décès le 17 avril 1973 à Saint-Mandé.

Une attention particulière doit toutefois être portée à la chronologie de son engagement : son télégramme à Wavell date du 17 juin 1940, donc avant l’Appel radiodiffusé du général de Gaulle du 18 juin. Son départ effectif de Djibouti pour rejoindre le camp allié intervient le 2 août 1940.

Aucune divergence substantielle entre les principales sources institutionnelles contrôlées ne justifie ici l’ajout d’un tableau des divergences.

Indice de fiabilité de la notice Niveau A — L’identité, le parcours militaire, le refus de l’armistice, le ralliement aux FFL, l’action en Afrique orientale, le rôle dans le ralliement de la Côte française des Somalis, les opérations de la Pointe de Grave, la carrière après-guerre et les décorations sont documentés par la notice institutionnelle de l’Ordre de la Libération.

L’existence du dossier SHD GR 16 P 15699 est en outre établie par l’instrument archivistique de l’Ordre.

Chronologie

DateÉvénement
10 octobre 1904Naissance à Saint-Quentin (Aisne).
1925Entre à Saint-Cyr, promotion « Maroc et Syrie ».
Avant 1940Carrière dans l’infanterie coloniale, principalement outre-mer et notamment en AEF.
Juin 1940Capitaine, adjoint du général Legentilhomme à Djibouti.
17 juin 1940Télégraphie au général Wavell que l’armée française de Djibouti n’accepte pas l’armistice.
2 août 1940Quitte la Côte française des Somalis avec Legentilhomme et Essars et gagne Aden.
1940Rallie les Forces françaises libres.
Fin octobre 1940Rejoint Londres avec Legentilhomme.
1940-1941Sert auprès de Legentilhomme à Khartoum.
Avril 1941Mission au Somaliland avec Brosset et Magendie afin d’étudier les possibilités de ralliement de Djibouti.
1941-1942Travaille avec Gaston Palewski ; organise des forces provenant notamment des évadés de la Côte française des Somalis.
Juillet 1942Promu lieutenant-colonel.
Décembre 1942Joue un rôle majeur dans le ralliement de la Côte française des Somalis à la France libre.
31 décembre 1942Nommé Compagnon de la Libération par décret.
1943-1944Organise et commande le Régiment d’AEF et Somalis.
14-21 avril 1945Combat avec la Brigade Médoc ; prise de Saint-Vivien et Talais et progression vers le dernier réduit allemand de la Pointe de Grave.
Juin 1945Promu colonel.
1946Chef du cabinet militaire de l’amiral Thierry d’Argenlieu, haut-commissaire en Indochine.
Mai 1947Prend le commandement du Régiment mixte du Cambodge.
Après 1947Sert à l’état-major Sud-Europe à Naples.
Après-guerreCommandant supérieur de la Côte française des Somalis à deux reprises.
1958Promu général de brigade.
1962Termine sa carrière comme commandant supérieur des troupes du Pacifique.
17 avril 1973Décès à Saint-Mandé.
Après décèsInhumé à Saint-Quentin.

La chronologie repose principalement sur la biographie institutionnelle de l’Ordre de la Libération.

Sources consultées

Ordre de la Libération — notice « Raymond APPERT » — Source institutionnelle principale pour l’état civil, Saint-Cyr, Djibouti, le télégramme du 17 juin 1940, le départ du 2 août, les FFL, les missions en Afrique orientale, le ralliement de décembre 1942, le Régiment d’AEF et Somalis, la Pointe de Grave, la carrière après-guerre et les décorations.

Ordre de la Libération — instrument de recherche, lettre A — Vérification archivistique du dossier d’homologation SHD GR 16 P 15699 attribué à Raymond Appert.

Ordre de la Libération — « Le pistolet de Raymond Appert » — Source muséale concernant le Colt modèle 1903 ayant appartenu au Compagnon et les circonstances probables de son attribution après le naufrage subi lors de son voyage vers la Grande-Bretagne.

Ordre de la Libération — Compagnons, lettre A — Contrôle nominatif de Raymond Appert parmi les Compagnons de la Libération.

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