La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

ANGLADE Pierre

Pierre ANGLADE, né le 21 novembre 1921 à Andernos-les-Bains (Gironde), mort le 3 juillet 1946 à Porto-Novo (Dahomey, aujourd’hui Bénin), Français, officier des Forces françaises libres, lieutenant du Bataillon d’infanterie de marine et du Pacifique (BIMP), Compagnon de la Libération par décret du 9 septembre 1942.

Jeunesse et formation

Pierre Anglade est le fils d’un officier de carrière. En septembre 1933, sa famille s’installe à Bordeaux et il entre au lycée Montesquieu. À partir de 1934, il pratique le scoutisme au sein de la Fédération protestante. Il obtient son baccalauréat en juin 1940, alors que l’effondrement militaire français provoque l’exode.

Devant l’avance allemande, il rejoint avec sa mère, sa sœur et son frère la maison familiale d’Andernos-les-Bains. Sa mère l’encourage à poursuivre le combat. Le 22 juin 1940, Pierre Anglade, son jeune frère Jean-Bernard, âgé de seize ans, et leur cousin Luc quittent Andernos à bicyclette avec l’intention de gagner la Méditerranée puis l’Afrique du Nord.

Engagement dans la Résistance

Les trois jeunes hommes gagnent Agen, où ils prennent le dernier train pour Sète. Arrivés à Sète, ils réussissent à embarquer sur le navire britannique Britannic, qui rapatrie notamment des militaires polonais et tchécoslovaques. Le bâtiment appareille le 24 juin 1940 et atteint Gibraltar le lendemain.

Ils poursuivent leur voyage à bord du Neuralia, paquebot transformé en transport de troupes, et atteignent la Grande-Bretagne le 11 juillet 1940. Ayant appris qu’une force française se constitue autour du général de Gaulle, ils renoncent à leur projet initial de s’engager dans l’armée britannique et choisissent les Forces françaises libres. Dès le 14 juillet 1940, Pierre Anglade défile à Londres avec les Français libres, encore sans armes.

Son fonds conservé par l’Ordre de la Libération comprend son acte d’engagement daté du 28 août 1940, pièce primaire qui confirme formellement son engagement dans la France libre.

Appartenance à un réseau ou mouvement

Pierre Anglade n’appartient pas à un réseau clandestin de Résistance intérieure. Son parcours relève de la France libre et de la Résistance extérieure.

Il sert successivement à la 1re Compagnie du Génie, au 1er Bataillon d’infanterie de marine (1er BIM) puis au Bataillon d’infanterie de marine et du Pacifique (BIMP). L’Ordre de la Libération retient explicitement le 1er BIM et le BIMP parmi ses unités d’appartenance.

Aucun alias ou pseudonyme de Résistance attribuable avec certitude à Pierre Anglade n’a été identifié.

Missions et actions

Affecté initialement à la 1re Compagnie du Génie, Pierre Anglade participe à l’expédition de Dakar en septembre 1940. Il est ensuite envoyé à Douala, au Cameroun, en octobre. En janvier 1941, il est admis comme élève officier à Brazzaville.

Promu aspirant le 1er juillet 1941, il rejoint à la mi-septembre le 1er BIM. Avec cette unité, intégrée à la brigade du général Pierre Koenig, il participe à la campagne de Libye puis à la défense de Bir Hakeim, du 27 mai au 11 juin 1942.

À Bir Hakeim, son action est particulièrement remarquée. Sous des tirs d’infanterie ennemie à moins de 200 mètres, il contribue à stopper l’attaque d’une compagnie allemande et renseigne son commandant de compagnie sur un secteur que celui-ci ne peut directement observer. Cette conduite au combat est à l’origine de son attribution de la Croix de la Libération.

Après Bir Hakeim, le 1er BIM fusionne avec le Bataillon du Pacifique pour former le BIMP. Pierre Anglade poursuit la guerre dans cette nouvelle formation. Il est promu sous-lieutenant en septembre 1942 et commande une section pendant les campagnes de Libye et de Tunisie, au sein de la 1re Division française libre.

Promu lieutenant en mars 1944, il participe à la campagne d’Italie. Le 11 mai 1944, à Girofano, il est blessé par des éclats de mortier.

Rétabli, il poursuit la campagne avec son unité et débarque en Provence le 17 août 1944. Il participe ensuite à la remontée vers le nord et aux combats des Vosges. Le 19 novembre 1944, il est de nouveau blessé, cette fois par des éclats de mine.

Il demeure sous les drapeaux jusqu’en décembre 1945.

Arrestation / évasion / déportation

Pierre Anglade n’est ni arrêté ni déporté.

Son départ de France en juin-juillet 1940 constitue cependant une sortie volontaire du territoire pour continuer la guerre : parti d’Andernos le 22 juin, il gagne Sète puis Gibraltar et enfin la Grande-Bretagne, atteinte le 11 juillet.

Il est blessé à deux reprises au combat : le 11 mai 1944 à Girofano, par des éclats de mortier, puis le 19 novembre 1944 dans les Vosges, par des éclats de mine.

Camarades de combat

Les relations les mieux établies concernent d’abord son départ de France : Pierre Anglade entreprend le voyage avec son frère cadet Jean-Bernard Anglade et leur cousin Luc.

Au combat, il sert au sein de la brigade du général Pierre Koenig pendant la campagne de Libye et la défense de Bir Hakeim.

Le BIMP compte de nombreux autres Compagnons de la Libération, parmi lesquels Roger Allouès, Louis Béguin, Jean Charles Bellec, Pierre Blanchet, Hervé Couë, Fortuné Delsaux, Robert Hervé, Edmond Magendie, Henri Muller, André Salvat et Jean Tranape. Cette appartenance commune à l’unité est attestée par l’Ordre de la Libération, mais elle ne permet pas à elle seule d’affirmer une relation personnelle étroite entre Pierre Anglade et chacun de ces hommes.

Retour à la vie civile

Pierre Anglade quitte l’armée en décembre 1945. Il entreprend alors une carrière dans l’administration coloniale et suit les cours de la France d’outre-mer. Il est nommé administrateur adjoint des Colonies.

En juin 1946, il embarque pour le Dahomey, où il doit prendre ses fonctions. Pendant le voyage, il est atteint d’une péritonite. Dès son arrivée, il est transporté à l’hôpital de Porto-Novo, mais son état ne peut être maîtrisé. Il y meurt le 3 juillet 1946, à seulement vingt-quatre ans.

Son fonds conservé par l’Ordre de la Libération comprend une copie de son acte de décès daté du 3 juillet 1946, ce qui apporte un élément archivistique particulièrement important face à une divergence rencontrée dans certaines sources secondaires.

Pierre Anglade est inhumé à Andernos-les-Bains.

Décorations

L’Ordre de la Libération établit les distinctions suivantes :

Chevalier de la Légion d’honneur ;

Compagnon de la Libération par décret du 9 septembre 1942 ;

Croix de guerre 1939-1945 avec palme ;

Médaille coloniale avec agrafes « Libye » et « Bir-Hakeim » ;

Silver Star des États-Unis.

L’attribution de la Croix de la Libération est particulièrement bien documentée dans son fonds 1 A 23, qui contient une copie de la liste de remise des croix du 10 août 1942 ainsi qu’un extrait du décret n° 515 du 9 septembre 1942.

La Silver Star constitue également une reconnaissance étrangère importante de son engagement : elle est explicitement recensée parmi ses décorations par l’Ordre de la Libération.

Lieux de mémoire

Pierre Anglade est inhumé à Andernos-les-Bains, sa commune natale. Le fonds de l’Ordre de la Libération comporte plusieurs documents consacrés à sa sépulture, notamment des correspondances de 1994 à 2001 et une fiche de sépulture.

La commune d’Andernos entretient également sa mémoire dans sa toponymie : le plan municipal actuel fait apparaître une allée Pierre-Anglade.

Le musée de l’Ordre de la Libération conserve son fonds personnel sous la cote 1 A 23, ainsi que des documents concernant son engagement, ses états de service, l’attribution de la Croix de la Libération, son décès et sa sépulture.

L’inventaire des archives privées de l’Ordre signale également Pierre Anglade sous la cote APAT 107.

Références bibliographiques

1061 Compagnons : histoire des Compagnons de la Libération, Jean-Christophe Notin, Paris, Perrin, 2000, 822 p.

Les Compagnons de l’Aube, Guillaume Piketty, Paris, Textuel, 2014, 442 p.

Dictionnaire des Compagnons de la Libération, Vladimir Trouplin, Paris, Éditions Elytis, 2023.

L’inventaire du fonds 1 A 23 mentionne en outre un Dictionnaire biographique des anciens élèves de l’École nationale de la France d’Outre-Mer et un texte manuscrit intitulé « récit de la vie et de la mort de Pierre Anglade », avec annexes, daté de 2004. Les références éditoriales complètes n’étant pas fournies dans l’instrument consulté, elles ne sont pas complétées par déduction.

Références internet

Ordre de la Libération — « Pierre ANGLADE » — Source institutionnelle biographique principale : naissance, jeunesse, départ de France, France libre, Dakar, Brazzaville, 1er BIM, Bir Hakeim, BIMP, Italie, Provence, blessures, carrière administrative, décès, sépulture et décorations.
Notice Pierre ANGLADE — Ordre de la Libération

Ordre de la Libération — instrument de recherche des archives des Compagnons, lettre A — Description détaillée du fonds 1 A 23, comprenant notamment l’acte d’engagement du 28 août 1940, les états de service, les documents relatifs à la Croix de la Libération et la copie de l’acte de décès.
Archives de Pierre Anglade — Ordre de la Libération

Ordre de la Libération — archives des unités militaires Compagnons — Confirme Pierre Anglade parmi les Compagnons ayant appartenu au BIMP et permet de replacer son parcours dans cette unité.
Archives des unités militaires Compagnons — Ordre de la Libération

Ordre de la Libération — inventaire des archives privées — Signale également un ensemble documentaire relatif à Pierre Anglade sous la cote APAT 107.
Inventaire des archives privées — Ordre de la Libération

Ville d’Andernos-les-Bains — plan municipal — Document communal permettant de constater la présence actuelle d’une allée Pierre-Anglade dans la commune.
Plan d’Andernos-les-Bains — Ville d’Andernos-les-Bains

Dossier d’homologation consulté

Les recherches numériques effectuées n’ont pas permis d’établir avec un degré suffisant de certitude une cote GR 16 P attribuable au Compagnon Pierre Anglade sans risque de confusion avec des homonymes.

En conséquence, aucune cote GR 16 P n’est avancée ici par déduction.

En revanche, le fonds institutionnel du Compagnon est parfaitement identifié au musée de l’Ordre de la Libération : 1 A 23 — ANGLADE Pierre. Il comprend notamment l’acte d’engagement du 28 août 1940, les états de services de Pierre et Benjamin Anglade, les pièces concernant l’attribution de la Croix de la Libération, l’acte de décès et les documents relatifs à sa sépulture.

Le dossier original 1 A 23 n’a pas été consulté matériellement pièce par pièce pour cette notice ; son contenu a été contrôlé à partir de l’instrument de recherche institutionnel publié par l’Ordre de la Libération.

Observations

Une première vigilance concerne les homonymes. Les recherches sur « Pierre Anglade » renvoient à plusieurs personnes sans rapport avec le Compagnon. L’identification a donc été systématiquement recoupée avec la naissance à Andernos-les-Bains en 1921, l’appartenance au 1er BIM/BIMP et le décès à Porto-Novo en 1946.

Une divergence documentaire réelle porte sur la date du décès. La notice institutionnelle de l’Ordre de la Libération donne le 3 juillet 1946, et son inventaire d’archives indique expressément une copie de l’acte de décès datée du 03/07/1946. Une source secondaire actuellement accessible donne au contraire le 4 juillet 1946. La date du 3 juillet est donc retenue en raison de la concordance entre la notice institutionnelle et la pièce d’état civil signalée dans les archives.

Une autre anomalie apparaît dans un agrégateur reprenant une fiche « Mémoire des Hommes », qui affiche une naissance au 7 novembre 1921. Cette donnée n’est pas retenue : l’Ordre de la Libération donne le 21 novembre 1921, et l’identification du fonds 1 A 23 est sans ambiguïté.

Indice de fiabilité de la notice

Niveau A — Fiabilité excellente.

Le parcours repose sur une notice institutionnelle très détaillée de l’Ordre de la Libération, complétée par l’instrument de recherche de son fonds personnel 1 A 23, qui signale plusieurs pièces primaires : acte d’engagement, états de services, documents relatifs à la Croix de la Libération et acte de décès.

Les quelques divergences repérées concernent des sources secondaires et ont été conservées explicitement plutôt que résolues par supposition.

Chronologie

DateÉvénement
21 novembre 1921Naissance à Andernos-les-Bains.
Septembre 1933Installation familiale à Bordeaux ; entrée au lycée Montesquieu.
1934Entre dans le scoutisme, Fédération protestante.
Juin 1940Obtient son baccalauréat.
22 juin 1940Quitte Andernos à bicyclette avec son frère Jean-Bernard et son cousin Luc pour poursuivre la guerre.
24 juin 1940Appareille de Sète à bord du Britannic.
25 juin 1940Arrive à Gibraltar.
11 juillet 1940Arrive en Grande-Bretagne à bord du Neuralia.
14 juillet 1940Défile à Londres avec les Français libres.
28 août 1940Acte d’engagement dans la France libre conservé dans son fonds.
Septembre 1940Participe à l’expédition de Dakar avec la 1re Compagnie du Génie.
Octobre 1940Envoyé à Douala, au Cameroun.
Janvier 1941Admis comme élève officier à Brazzaville.
1er juillet 1941Promu aspirant.
Mi-septembre 1941Affecté au 1er BIM.
27 mai-11 juin 1942Participe à la défense de Bir Hakeim.
1942Passe au BIMP après la fusion du 1er BIM et du Bataillon du Pacifique.
9 septembre 1942Nommé Compagnon de la Libération par décret.
Septembre 1942Promu sous-lieutenant.
1942-1943Chef de section pendant les campagnes de Libye et de Tunisie.
Mars 1944Promu lieutenant.
11 mai 1944Blessé par éclats de mortier à Girofano, en Italie.
17 août 1944Débarque en Provence.
19 novembre 1944Blessé par éclats de mine pendant les combats des Vosges.
Décembre 1945Quitte l’armée.
1946Suit les cours de la France d’outre-mer et devient administrateur adjoint des Colonies.
Juin 1946Embarque pour prendre son poste au Dahomey.
3 juillet 1946Meurt d’une péritonite à Porto-Novo.
Après décèsInhumé à Andernos-les-Bains.

La chronologie repose principalement sur la notice institutionnelle et le fonds archivistique de l’Ordre de la Libération.

Tableau des divergences entre sources

ÉlémentSourceDonnéeAppréciation
NaissanceOrdre de la Libération21 novembre 1921Retenue : source institutionnelle principale.
NaissanceAgrégateur renvoyant à Mémoire des Hommes7 novembre 1921Donnée discordante ; non retenue sans accès à une pièce primaire concordante.
DécèsOrdre de la Libération3 juillet 1946Retenu.
DécèsInventaire du fonds 1 A 23Acte de décès : 03/07/1946Confirme directement la date retenue.
DécèsSource secondaire encyclopédique4 juillet 1946Divergence non retenue face aux deux sources institutionnelles concordantes.

Sources consultées le 18 septembre 2026

Ordre de la Libération — Pierre ANGLADE : source institutionnelle principale pour l’état civil, la jeunesse, le départ de France, les FFL, Dakar, le 1er BIM, Bir Hakeim, le BIMP, les campagnes de Tunisie, d’Italie et de France, les blessures, le décès et les décorations.
Pierre ANGLADE — Ordre de la Libération

Ordre de la Libération — fonds 1 A 23 : contrôle archivistique de l’acte d’engagement du 28 août 1940, des états de services, de l’attribution de la Croix de la Libération, de l’acte de décès et des documents relatifs à la sépulture.
Instrument de recherche des archives des Compagnons — lettre A

Ordre de la Libération — archives des unités militaires : contrôle de l’appartenance de Pierre Anglade au BIMP et mise en contexte de cette unité Compagnon de la Libération.
Inventaire des unités militaires — Ordre de la Libération

Ordre de la Libération — inventaire des archives privées : contrôle de l’existence d’un ensemble complémentaire relatif à Pierre Anglade sous la cote APAT 107.
Inventaire des archives privées — Ordre de la Libération

Ville d’Andernos-les-Bains : contrôle du maintien de sa mémoire dans la toponymie communale avec l’allée Pierre-Anglade.
Plan municipal d’Andernos-les-Bains

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