Le combat de la Ferme de la Montagne se déroule le 8 février 1944, sur le territoire de L’Abergement-de-Varey, dans l’Ain. Il intervient pendant les grandes opérations allemandes dirigées contre les maquis de l’Ain et du Haut-Jura au début de février 1944, généralement regroupées sous l’appellation d’opération Caporal.
La ferme appartient ou est exploitée par Léonard ELLÉNA. Elle sert momentanément de lieu de repli aux hommes appartenant au dispositif de commandement des maquis de l’Ain. Mémoire Vive de la Résistance confirme l’arrivée du groupe vers la mi-journée et l’attaque dans l’après-midi.
Le groupe est alors soumis depuis plusieurs jours à une pression considérable. Les opérations allemandes obligent les maquisards à abandonner ou déplacer leurs camps et leurs postes de commandement. La marche s’effectue dans des conditions hivernales difficiles, avec neige et froid.
Le 8 février à midi, le poste de commandement atteint la Ferme de la Montagne. Le lieu avait été évacué la veille par le groupe d’« Augé », qui avait gagné les bois de Luisandre.
Le groupe compte vingt-deux résistants. Le mémorial actuel rappelle explicitement que ces vingt-deux maquisards furent encerclés le 8 février 1944 par environ 250 soldats allemands.
Parmi les responsables et combattants présents figurent notamment Henri GIROUSSE, alias « Chabot », André LAMBLOT, alias « Maxime », l’officier américain Owen Denis JOHNSON, alias « Paul », ainsi que l’opérateur radio Jean BRÛLÉ, alias « Marquis ».
Déroulement de l’opération
Après l’arrivée à la ferme, Henri GIROUSSE et André LAMBLOT quittent temporairement le bâtiment afin de reconnaître les emplacements susceptibles de servir de postes de guet.
Un détachement allemand apparaît alors. André Lamblot parvient à rejoindre la ferme, tandis qu’Henri Girousse, séparé de ses hommes, doit se dissimuler dans les bois.
L’attaque se développe dans l’après-midi. Les maquisards se trouvent dans une situation d’extrême infériorité numérique : 22 hommes face à environ 250 Allemands, chiffre repris par le mémorial et plusieurs sources locales concordantes.
Les forces allemandes mettent notamment en batterie un mortier. Les résistants ripostent, mais la ferme finit par prendre feu et la défense devient progressivement impossible.
Les maquisards décident alors de tenter une sortie.
Les conditions météorologiques jouent un rôle important. De fortes bourrasques de neige contribuent à dissimuler le mouvement des résistants qui réussissent à sortir de l’encerclement et à gagner les bois.
Le bilan est néanmoins très lourd.
Le mémorial et les sources locales identifient les victimes comme :
- Julien ROCHE né le 6 mars 1921 à Villieu
- Georges PERRIN né lé 19 décembre 1902 à Viriat
- Marcel-Noël MUSSET ;
- Maurice FOUGERARD ;
- Charles MARMIER ;
- Pierre ARBARETAZ ;
- André DACHAUD ;
- André PALISSON né le 22 juin 1923 à Bourg-en-Bresse
- Louis TANGUY né le 24 novembre 1922 à Saint-Brieuc
- André CLERC, alias « Labonne ».
Le fermier Léonard ELLÉNA est également tué.
Figures marquantes
Henri GIROUSSE, alias « Chabot », est l’un des principaux responsables du groupe. Il participe à la conduite du poste de commandement vers la Ferme de la Montagne. Lorsqu’il effectue une reconnaissance autour de la position avec André Lamblot, l’arrivée des Allemands le sépare du reste des hommes. Il se dissimule alors dans les bois et survit au combat.
André LAMBLOT, alias « Maxime », accompagne Girousse dans cette reconnaissance. Contrairement à ce dernier, il réussit à regagner la ferme juste avant que l’encerclement ne se referme.
Owen Denis JOHNSON, alias « Paul », est un officier américain travaillant auprès des maquis de l’Ain. Les ressources mémorielles et biographiques le présentent comme l’un des rescapés de la Ferme de la Montagne. Le mémorial lui accorde une place particulière comme symbole de l’aide américaine apportée à la Résistance française.
Jean BRÛLÉ, alias « Marquis », né le 13 mars 1920 à Troarn dans le Calvados, est opérateur radio. Il travaille au poste de commandement auprès d’Henri Romans-Petit puis seconde Owen Denis Johnson pour les communications avec Londres. Sa biographie confirme explicitement sa présence parmi les vingt-deux résistants de la Ferme de la Montagne. Il survit au combat et reprend ensuite les liaisons radio clandestines.
Victimes
Les dix résistants morts au combat constituent le noyau de la mémoire du site.
Louis TANGUY, alias « Lesombre », né le 24 novembre 1922 à Saint-Brieuc, est marin avant son engagement dans la Résistance. Il appartient successivement aux FTPF puis aux FFI. Moins de deux mois avant sa mort, il participe au sabotage du Creusot du 16 décembre 1943 et échappe alors à l’arrestation. Il est tué au combat à la Ferme de la Montagne le 8 février 1944. Mémoire Vive de la Résistance lui consacre désormais une notice individuelle.
Julien ROCHE, né le 6 mars 1921 à Villieu, est topographe et résistant FTP puis FFI. Il appartient aux premiers maquisards de l’Ain et meurt pendant l’affrontement.
Georges PERRIN, né le 19 décembre 1902 à Viriat, est ouvrier monteur et résistant FTPF puis FFI au maquis de l’Ain.
André PALISSON, né le 22 juin 1923 à Bourg-en-Bresse, appartient également aux FTPF et aux FFI des maquis de l’Ain. Il figure parmi les dix morts de la Ferme de la Montagne.
Les autres morts identifiés sont Marcel-Noël MUSSET, Maurice FOUGERARD, Charles MARMIER, Pierre ARBARETAZ, André DACHAUD et André CLERC.
À ces dix résistants s’ajoute Léonard ELLÉNA, l’exploitant de la ferme, tué au cours de l’événement.
Survivants
Plusieurs survivants sont identifiés avec certitude.
Owen Denis JOHNSON survit et poursuit son action auprès de la Résistance.
Jean BRÛLÉ est lui aussi rescapé. Sa notice indique que, sur les vingt-deux résistants encerclés, douze auraient échappé à l’attaque, Jean Brûlé étant l’un d’eux. Il rejoint de nouveau Johnson en mars 1944 à Racouze et Cize et reprend les liaisons radio avec Londres.
Cette formulation permet de résoudre une apparente différence entre certaines sources parlant de « onze » hommes ayant gagné les bois et celles comptabilisant douze rescapés : le bilan certain est celui de dix maquisards morts sur vingt-deux présents, ce qui implique douze survivants au sens général, même si tous ne suivent pas nécessairement le même itinéraire de retraite.
Henri Girousse survit également, ayant été séparé du groupe au début de l’attaque.
André Lamblot figure lui aussi parmi les survivants.
Conséquences
Sur le plan tactique, le combat constitue un revers important pour le poste de commandement des maquis de l’Ain : la position doit être abandonnée, la ferme est incendiée et dix résistants sont tués.
Il ne provoque cependant pas la destruction de l’organisation résistante.
Plusieurs rescapés reprennent rapidement leurs activités clandestines. Jean Brûlé, par exemple, rejoint Owen Denis Johnson en mars 1944 et recommence les communications radio avec Londres avant d’être ultérieurement affecté à l’Armée secrète dans le secteur de Nantua.
Le combat devient surtout l’un des épisodes emblématiques de la résistance armée dans l’Ain en raison de la disproportion des forces.
Le chiffre mémoriel retenu est particulièrement frappant :
22 maquisards face à environ 250 soldats allemands.
C’est également cette présentation que conserve aujourd’hui le mémorial de la Ferme de la Montagne.
Une divergence doit toutefois être signalée. L’article Wikipédia consacré à l’opération Caporal évoque 300 soldats allemands, alors que le mémorial, les sources locales spécialisées et plusieurs récits mémoriels donnent 250 hommes. Le chiffre de 250 est retenu ici car il est directement associé au mémorial du combat et bénéficie de plusieurs recoupements locaux.
Mémoire et lieux commémoratifs
Le principal lieu de mémoire se trouve sur le site même du combat, à L’Abergement-de-Varey.
Le Mémorial de la Ferme de la Montagne rend hommage aux vingt-deux maquisards encerclés le 8 février 1944, aux combattants tués et particulièrement à Owen Denis Johnson. L’inscription mémorielle présente l’officier américain comme un symbole de l’aide apportée par les États-Unis à la Résistance française.
La mémoire du combat reste particulièrement active dans la commune. La mairie de L’Abergement-de-Varey mentionne encore parmi ses manifestations les cérémonies organisées à la Ferme de la Montagne.
Le site fait régulièrement l’objet de commémorations. En février 2026, lors du 82e anniversaire des combats, une cérémonie a encore réuni habitants, élus, représentants de l’ONAC, militaires, porte-drapeaux et descendants de maquisards. L’appel des morts y a été effectué.
La mémoire de Jean Brûlé est directement associée au lieu : mort le 25 novembre 1997 à Lyon, il avait demandé que ses cendres soient dispersées au pied du monument. Cette volonté fut exécutée en février 1998.
Le combat est donc devenu à la fois un événement militaire de référence dans l’histoire des maquis de l’Ain et un lieu durable de transmission de la mémoire résistante.
Références bibliographiques
La Résistance dans l’Ain et le Haut-Jura, Association pour des études sur la Résistance intérieure / AERI. Cette publication documentaire permet de replacer la Ferme de la Montagne dans l’histoire générale des maquis de l’Ain, leur organisation, leurs camps et les opérations allemandes de février 1944.
Dictionnaire des fusillés, exécutés, massacrés, 1940-1944, Le Maitron. Les notices individuelles et événementielles permettent de contrôler l’état civil des victimes, leurs appartenances résistantes ainsi que les circonstances de leur mort.
Owen Denis JOHNSON, « À la Ferme de la Montagne, le 8 février 1944 ». Témoignage d’un participant et rescapé du combat, conservé et diffusé par les ressources mémorielles des Maquis de l’Ain et du Haut-Jura. Il constitue un témoignage direct à confronter aux documents administratifs et aux notices biographiques.
Maquis de l’Ain et du Haut-Jura : histoire et mémoire. Ensemble de publications, témoignages, biographies et travaux documentaires consacrés aux maquis de l’Ain. Ces ressources sont particulièrement utiles pour l’identification des combattants et la topographie du combat.
La Voix du Maquis, notamment les numéros et notices consacrés aux anciens combattants des maquis de l’Ain. Cette publication mémorielle constitue une source complémentaire importante pour les parcours individuels, notamment celui de Jean Brûlé.
Références internet
Mémoire Vive de la Résistance — « La Ferme de la Montagne ». Fiche événementielle utilisée pour le contrôle préalable MVR, la date et la localisation du combat ainsi que pour le repérage des principales ressources documentaires. https://mvr.asso.fr/la-ferme-de-la-montagne/
Le Maitron — « L’Abergement-de-Varey (Ain), 8 février 1944 ». Notice événementielle consacrée au combat, utilisée pour contrôler le lieu, la date et la séquence générale des événements. https://maitron.fr/labergement-de-varey-ain-8-fevrier-1944/
Maquis de l’Ain et du Haut-Jura — « Mémorial de la Ferme de la Montagne ». Présentation du mémorial et de son inscription, confirmant notamment les vingt-deux maquisards et les 250 soldats allemands. https://www.maquisdelain.org/article-memorial-de-la-ferme-de-la-montagne-37.html
Maquis de l’Ain et du Haut-Jura — « Jean BRÛLÉ dit Marquis ». Notice biographique confirmant sa présence parmi les vingt-deux résistants, sa survie, son activité d’opérateur radio et la dispersion ultérieure de ses cendres au pied du monument. https://www.maquisdelain.org/personnage-jean-brule-92.html
Résistance Ain-Jura — « Attaque allemande sur le Maquis – Février 1944 ». Source détaillée sur l’arrivée du PC, la reconnaissance de Girousse et Lamblot, l’utilisation du mortier, l’incendie de la ferme et la sortie sous les bourrasques de neige. https://www.resistance-ain-jura.com/fevrier-1944.html
Ain Bugey Histoire — « Les stèles de l’Ain ». Source complémentaire permettant de contrôler plusieurs états civils des maquisards morts et la mémoire monumentale du combat. https://ain-bugey-histoire.com/ain-01/patrimoine-ain-histoire/129-les-steles-de-l-ain
Mémoire Vive de la Résistance — « TANGUY ». Notice individuelle de Louis Prosper Marie Tanguy, utilisée pour son parcours, son pseudonyme « Lesombre », sa participation au sabotage du Creusot et sa mort au combat le 8 février 1944. https://mvr.asso.fr/tanguy/
Mairie de L’Abergement-de-Varey — Actualités communales. Source permettant de documenter la permanence des cérémonies du souvenir organisées à la Ferme de la Montagne. https://abergement-de-varey.fr/les-actualites-recentes/les-evenements-a-venir/
Le Progrès — « Un hommage poignant aux maquisards de la ferme de la Montagne », 10 février 2026. Source utilisée pour établir la continuité des commémorations et le déroulement du 82e anniversaire.
Wikipédia — « Opération Caporal ». Source secondaire consultée conformément au protocole, notamment pour contrôler la divergence concernant l’effectif allemand : 300 hommes dans cette synthèse contre 250 sur le mémorial et dans plusieurs sources locales. https://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Caporal
Fiabilité A — excellente.
La réalité du combat, sa date du 8 février 1944, sa localisation à L’Abergement-de-Varey, la présence de vingt-deux maquisards et la mort de dix d’entre eux sont établies par plusieurs sources concordantes. Le mémorial du site retient explicitement vingt-deux résistants encerclés par 250 Allemands.
Le déroulement général — arrivée vers midi, reconnaissance de Girousse et Lamblot, attaque allemande, emploi d’un mortier, incendie de la ferme et sortie des résistants à la faveur des conditions météorologiques — bénéficie également de sources spécialisées concordantes.
La principale divergence porte sur l’effectif allemand : 250 hommes dans le mémorial et les sources mémorielles locales contre 300 dans Wikipédia. La présente notice retient environ 250 soldats allemands, chiffre le mieux étayé par la documentation directement liée au lieu.
Sources consultées
Mémoire Vive de la Résistance, « La Ferme de la Montagne ». Consultation pour le contrôle préalable MVR, l’existence de l’événement, sa date, son lieu, l’identification de la ferme de Léonard Elléna et le repérage des principales ressources documentaires. https://mvr.asso.fr/la-ferme-de-la-montagne/
Le Maitron, « L’Abergement-de-Varey (Ain), 8 février 1944 ». Notice événementielle consultée pour le contrôle du lieu, de la date et des circonstances générales du combat. https://maitron.fr/labergement-de-varey-ain-8-fevrier-1944/
Maquis de l’Ain et du Haut-Jura, « Mémorial de la Ferme de la Montagne ». Consultation pour l’inscription du mémorial, l’effectif de vingt-deux maquisards, les 250 soldats allemands et la place d’Owen Denis Johnson dans la mémoire du site. https://www.maquisdelain.org/article-memorial-de-la-ferme-de-la-montagne-37.html
Maquis de l’Ain et du Haut-Jura, « Jean BRÛLÉ dit Marquis ». Consultation pour son état civil, son activité d’opérateur radio, sa présence à la Ferme de la Montagne, sa survie et la dispersion de ses cendres au pied du monument en février 1998. https://www.maquisdelain.org/personnage-jean-brule-92.html
Résistance Ain-Jura, « Attaque allemande sur le Maquis – Février 1944 ». Consultation pour la chronologie immédiate du combat : arrivée du PC à midi, reconnaissance de Girousse et Lamblot, mortier allemand, incendie de la ferme, sortie sous les bourrasques de neige et pertes résistantes. https://www.resistance-ain-jura.com/fevrier-1944.html
Ain Bugey Histoire, « Les stèles de l’Ain ». Consultation pour le contrôle nominatif et biographique de plusieurs victimes, notamment Louis Tanguy, Julien Roche, Georges Perrin et André Palisson. https://ain-bugey-histoire.com/ain-01/patrimoine-ain-histoire/129-les-steles-de-l-ain
Mémoire Vive de la Résistance, « TANGUY ». Consultation pour l’état civil et le parcours de Louis Tanguy, sa participation au sabotage du Creusot, son évasion de décembre 1943, sa mort à la Ferme de la Montagne et sa Médaille de la Résistance française à titre posthume. https://mvr.asso.fr/tanguy/
Mairie de L’Abergement-de-Varey, actualités communales. Consultation pour documenter les cérémonies contemporaines organisées sur le site de la Ferme de la Montagne et la permanence locale du souvenir. https://abergement-de-varey.fr/les-actualites-recentes/les-evenements-a-venir/
Le Progrès, « Un hommage poignant aux maquisards de la ferme de la Montagne », 10 février 2026. Consultation pour la commémoration du 82e anniversaire, la permanence du souvenir et la présence des autorités, associations, descendants et porte-drapeaux. https://www.leprogres.fr/societe/2026/02/10/un-hommage-poignant-aux-maquisards-de-la-ferme-de-la-montagne
Wikipédia, « Opération Caporal ». Consultation secondaire destinée notamment à contrôler la divergence sur l’effectif des assaillants allemands. La page indique 300 soldats ; le mémorial et les sources locales spécialisées en donnent 250. https://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Caporal