Dora DAVIDSOHN, épouse SCHAUL, alias « Renée Fabre » et « Renée Gilbert », née le 21 septembre 1913 à Berlin (Allemagne), morte le 8 août 1999 à Berlin (Allemagne), allemande.
Dora Davidsohn naît dans une famille juive berlinoise et grandit à Essen, où ses parents tiennent un commerce de radios et de phonographes. Elle suit une formation commerciale et travaille comme employée ou représentante de commerce. Après l’arrivée des nazis au pouvoir, l’antisémitisme et l’impossibilité de construire une vie professionnelle en Allemagne la poussent à l’exil. Elle passe par les Pays-Bas puis s’installe en France, où elle se rapproche des milieux communistes allemands en exil.
Engagement dans la Résistance
Au début de la guerre, Dora Davidsohn est internée par les autorités françaises comme ressortissante allemande : d’abord à la Petite Roquette, puis au camp de Rieucros et enfin à Brens. Elle s’évade de Brens le 14 juillet 1942 et gagne Lyon. Elle entre alors dans la Résistance, d’abord par des contacts de la Main-d’œuvre immigrée MOI puis dans le Travail allemand, où ses compétences linguistiques et sa capacité à circuler sous une identité française sont particulièrement utiles.
Appartenance à un réseau ou mouvement
Dora Schaul appartient au Travail allemand, organisation clandestine de communistes germanophones qui cherche à affaiblir la Wehrmacht par la propagande, le renseignement et le contact avec des soldats allemands. Elle agit à Lyon sous de faux papiers, notamment au nom de Renée Fabre. Son activité se situe dans l’environnement de la Main-d’œuvre immigrée et, plus largement, de la résistance antifasciste allemande en France.
Missions et actions
Après une première infiltration dans un foyer de soldats allemands, Dora Schaul obtient en 1943 un emploi au bureau de la poste militaire de la Wehrmacht installé avenue Berthelot à Lyon, à proximité immédiate des services allemands de répression. En triant le courrier, elle recueille des renseignements sur les mouvements de troupes. Elle mémorise également des noms et adresses de membres de la Gestapo lyonnaise, dont Klaus Barbie, et transmet ces informations à la Résistance. La liste est ensuite communiquée à Londres et diffusée par la radio.
Arrestation / évasion / déportation
Arrêtée par les autorités françaises au début de la guerre, Dora Davidsohn est incarcérée à la Petite Roquette puis internée à Rieucros et à Brens. Elle réussit à s’évader du camp de Brens le 14 juillet 1942. Cette évasion lui permet d’échapper aux déportations qui frappent peu après des internées juives du camp. Elle demeure ensuite clandestine à Lyon et survit à l’Occupation.
Camarades de combat
Les sources citent ses liens avec Alfred Benjamin, son premier mari, militant communiste allemand, ainsi qu’avec des antifascistes allemands et autrichiens de Lyon, notamment Hanns et Lya Kralik.
Son action est également liée aux responsables et militantes du Travail allemand et de la Main-d’œuvre immigrée. Les recherches présentes n’ont pas permis d’établir une liste exhaustive des personnes avec lesquelles elle travaillait directement.
Retour à la vie civile
Dora Schaul assiste à la Libération en France puis retourne en Allemagne en 1946.
Elle épouse Hans Schaul et s’installe à Berlin-Est. Elle consacre une part importante de son activité à la collecte de témoignages et à la transmission de l’histoire des antifascistes allemands engagés dans la Résistance française. En 1973, elle dirige le recueil Résistance. Erinnerungen deutscher Antifaschisten. Elle participe aussi à des initiatives mémorielles et, en 1987, se constitue partie civile au procès de Klaus Barbie à Lyon.
Décorations
Croix du Combattant — un exemplaire attribué à Dora Schaul, daté de 1986, est conservé dans les collections du Jüdisches Museum Berlin ; source institutionnelle muséale.
Aucune attribution de la Médaille de la Résistance française n’a été confirmée dans les sources institutionnelles consultées. La mention figurant dans l’objet de recherche demeure donc non confirmée.
Lieux de mémoire
Depuis 2006, la route passant devant l’ancien camp de Brens porte le nom de Dora Schaul. Une plaque commémorative a également été posée en 2009 à son dernier domicile berlinois, Dammweg 73. Le Jüdisches Museum Berlin conserve plusieurs objets lui ayant appartenu. Le Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon utilise son témoignage pour documenter la présence de la Gestapo avenue Berthelot et son travail clandestin à la poste militaire.
Références bibliographiques
Résistance. Erinnerungen deutscher Antifaschisten, Dora Schaul (dir.), Dietz Verlag, Berlin, 1973. Recueil de témoignages consacré aux antifascistes allemands de la Résistance française ; Dora Schaul y restitue et organise la mémoire de ce milieu clandestin.
Fraueninternierungslager in Südfrankreich. Rieucros und Brens 1939-1944, Mechthild Gilzmer, Berlin, 1994. Étude consacrée aux camps d’internement féminins du sud de la France, utile pour contextualiser l’internement et l’évasion de Dora Schaul.
An der Seite der Résistance. Die Bewegung « Freies Deutschland » für den Westen in Frankreich (1943-1945), Karlheinz Pech. Ouvrage de contexte sur la résistance allemande organisée en France et le Comité Allemagne libre pour l’Ouest.
Références internet
Resist 1933-1945 / Gedenkstätte Deutscher Widerstand. La biographie française de Dora Schaul fournit un parcours synthétique fondé sur des sources muséales : famille, exil, internement, évasion, Travail allemand, poste militaire, renseignement et mémoire. https://resist-1933-1945.eu/fr/biographies/dora-schaul
Association Camp de Brens. La page consacrée aux évasions précise les dates d’internement et l’évasion de Dora Schaul, ainsi que son rôle ultérieur dans le renseignement à Lyon et l’établissement de l’organigramme de la Gestapo. https://www.campdebrens.fr/les-evasions/
Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon. Une fiche pédagogique reproduit et contextualise le témoignage de Dora Schaul sur son travail à la poste militaire allemande et la collecte des noms de membres de la Gestapo.
Jüdisches Museum Berlin. La collection en ligne conserve notamment une Croix du Combattant provenant de Dora Schaul, datée de 1986, ainsi que d’autres objets liés à son parcours. https://objekte.jmberlin.de/gobject/jmb-obj-521553/Sammeldatensatz%3A%2BCroix%2Bdu%2BCombattant%2Bmit%2BSchachtel%2Baus%2Bdem%2BBesitz%2Bvon%2BDora%2BSchaul%2B%281913-1999%29
Ministère des Armées et des Anciens combattants. La ressource sur la place des résistantes dans la mémoire nationale allemande souligne le rôle de Dora Schaul dans la collecte de milliers de témoignages d’antifascistes allemands en France. https://www.defense.gouv.fr/chemins-memoire/histoire-memoires/ressources-historiques/seconde-guerre-mondiale/resister/resister-allemagne/place
Dossier d’homologation consulté
Aucune cote SHD ou dossier français d’homologation nominatif directement consulté lors des présentes recherches. Les sources institutionnelles françaises et allemandes établissent néanmoins avec certitude son activité résistante.
Observations
Les sources convergent sur l’identité, les pseudonymes, l’évasion de Brens et l’activité clandestine à Lyon. La Médaille de la Résistance française n’a pas été retrouvée dans les bases institutionnelles accessibles lors des présentes recherches et n’est donc pas présentée comme acquise.
Indice de fiabilité de la notice
Niveau A — L’identité et l’engagement sont établis par plusieurs sources concordantes, dont la Gedenkstätte Deutscher Widerstand, des ressources mémorielles françaises et des collections muséales institutionnelles.
Chronologie
21 septembre 1913 — Naissance à Berlin.
1933-1934 — Exil hors d’Allemagne puis installation en France.
1939 — Arrestation et incarcération à la Petite Roquette.
17 octobre 1939 — Transfert à Rieucros.
14 février 1942 — Transfert au camp de Brens.
14 juillet 1942 — Évasion de Brens.
1942-1944 — Résistance à Lyon au sein du Travail allemand.
1943 — Emploi clandestin à la poste militaire de la Wehrmacht sous l’identité de Renée Fabre.
1946 — Retour en Allemagne.
1973 — Publication du recueil Résistance. Erinnerungen deutscher Antifaschisten.
1987 — Partie civile au procès Barbie.
8 août 1999 — Mort à Berlin.
12 mars 2006 — Inauguration de la route Dora-Schaul à Brens.
Sources consultées
Resist 1933-1945 / Gedenkstätte Deutscher Widerstand. La biographie « Dora Schaul » a apporté les informations sur la famille, la formation, l’exil, l’internement, l’évasion, le Travail allemand, l’infiltration de la poste militaire et la mémoire. https://resist-1933-1945.eu/fr/biographies/dora-schaul
Association Camp de Brens. La page « Les évasions » a précisé les dates de transfert à Rieucros et Brens, l’évasion du 14 juillet 1942 et l’activité de renseignement à Lyon. https://www.campdebrens.fr/les-evasions/
Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon. La fiche pédagogique a fourni le témoignage sur le tri postal, la collecte des noms et adresses de membres de la Gestapo et leur transmission à la Résistance puis à Londres.
Jüdisches Museum Berlin. La collection en ligne a confirmé la conservation d’une Croix du Combattant provenant de Dora Schaul et datée de 1986. https://objekte.jmberlin.de/gobject/jmb-obj-521553/Sammeldatensatz%3A%2BCroix%2Bdu%2BCombattant%2Bmit%2BSchachtel%2Baus%2Bdem%2BBesitz%2Bvon%2BDora%2BSchaul%2B%281913-1999%29
Ministère des Armées et des Anciens combattants. La ressource sur les résistantes allemandes a apporté l’élément relatif au travail mémoriel et à la collecte de témoignages après-guerre. https://www.defense.gouv.fr/chemins-memoire/histoire-memoires/ressources-historiques/seconde-guerre-mondiale/resister/resister-allemagne/place