La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

LEVY-SECKEL Nephtali Raymond dit Lieutenant Leblond,

Nephtali Raymond LEVY-SECKEL, dit « Lieutenant Leblond », né le 13 janvier 1913 à Mulhouse (Haut-Rhin), fusillé par les troupes allemandes le 5 août 1944 à Lespinassière (Aude), déclaré Mort pour la France, officier de réserve, ingénieur textile, chef de l’Armée secrète de Saint-Amans et de Labastide-Rouairoux, puis commandant du 4ᵉ escadron du Corps franc de la Montagne Noire. Il fut élevé au grade de capitaine à titre posthume.

Fils de Moïse Marcel Lévy, négociant, et d’Alice Rein, Raymond Levy naît à Mulhouse le 13 janvier 1913. Après des études secondaires brillantes, sanctionnées par un baccalauréat obtenu avec mention en 1929, il poursuit sa formation à l’École supérieure de filature, tissage et bonneterie de Mulhouse, où il obtient un brevet d’ingénieur textile. Cette spécialisation lui permettra d’exercer par la suite des responsabilités dans l’industrie textile du Tarn.

Titulaire d’un brevet de préparation militaire supérieure, il s’engage volontairement en octobre 1931 au 2ᵉ Bataillon de chasseurs à pied. Admis à l’École militaire d’infanterie, il suit le cours des élèves officiers de réserve avant d’être promu sous-lieutenant de réserve par décret du 4 avril 1932. Affecté au 31ᵉ Bataillon de chasseurs à pied, il complète ensuite sa formation à l’École des transmissions de Versailles. Les appréciations de ses supérieurs soulignent unanimement son intelligence, son sens de l’organisation et ses qualités de commandement.

Rappelé sous les drapeaux en août 1939 avec le grade de lieutenant, il sert au 152ᵉ régiment d’infanterie. D’origine juive, il se convertit au protestantisme en 1939. Après sa démobilisation, le 5 août 1940, il s’installe à Labastide-Rouairoux (Tarn) où il devient directeur des tissages de la manufacture Bourget. Son implantation dans cette région industrielle favorisera ensuite son engagement dans la Résistance.

Engagement dans la Résistance

Dès 1942, Raymond Levy participe activement à l’implantation de l’Armée secrète dans les secteurs de Saint-Amans et de Labastide-Rouairoux, dont il devient rapidement l’un des principaux responsables. Au début de 1943, il prend le commandement de ce secteur clandestin et organise le recrutement, l’instruction et l’armement des premiers groupes de maquisards.

À la suite de l’appel à la mobilisation lancé après le débarquement allié du 6 juin 1944, il rejoint le maquis de l’Espinassier, constitué principalement de combattants de l’Armée juive, puis conduit leur intégration au Corps franc de la Montagne Noire installé sur le Pic de Nore. Ses qualités militaires lui valent d’être rapidement nommé commandant du 4ᵉ escadron, formation regroupant notamment le célèbre peloton Bleu-Blanc, également appelé peloton Trumpeldor, composé de nombreux résistants issus de l’Armée juive.

Appartenance à un réseau ou mouvement

Au cours de son activité clandestine, Raymond Levy appartient successivement:

  • à l’Armée secrète du secteur Saint-Amans – Labastide-Rouairoux ;
  • aux formations issues de l’Armée juive intégrées au maquis de l’Espinassier ;
  • au Corps franc de la Montagne Noire ;
  • aux Forces françaises de l’intérieur (FFI).

À la tête du 4ᵉ escadron, il commande trois pelotons dirigés respectivement par Pierre Loeb, le sous-lieutenant Knaff et le lieutenant Jélénik. Son unité participe à plusieurs opérations militaires importantes dans le massif de la Montagne Noire avant l’offensive allemande de l’été 1944.

Missions et actions

À partir du début de l’année 1943, Nephtali Raymond Levy organise et commande les formations de l’Armée secrète dans les secteurs de Saint-Amans-Soult et de Labastide-Rouairoux, où il met en place le recrutement, l’instruction et l’encadrement des premiers groupes armés. Son expérience d’officier de réserve, acquise avant-guerre au sein des chasseurs à pied, lui permet de donner à ces unités une organisation militaire particulièrement solide.

Après le débarquement allié du 6 juin 1944, répondant à l’ordre général de mobilisation lancé aux maquis, il conduit le maquis de l’Espinassier, composé en grande partie de combattants issus de l’Armée juive, jusqu’au Corps franc de la Montagne Noire installé sur le Pic de Nore. D’abord adjoint à un chef d’escadron, il s’impose rapidement par ses qualités de commandement et reçoit la responsabilité du 4ᵉ escadron.

Levy demande lui-même à conserver sous son autorité le peloton israélite, également appelé peloton Trumpeldor ou peloton Bleu-Blanc, constitué principalement de volontaires de l’Armée juive. Cet escadron comprend trois pelotons commandés respectivement par Pierre Loeb, le sous-lieutenant Knaff et le lieutenant Jélénik. Il constitue l’une des formations les plus originales de la Résistance française, associant combattants juifs, volontaires français, Espagnols et anciens militaires autour d’un commandement unique.

À la tête de son unité, Raymond Levy participe aux principales opérations conduites par le Corps franc de la Montagne Noire. Son escadron prend notamment part au combat de La Rouge, près de Saissac, le 29 juin 1944, puis aux opérations de harcèlement menées contre les troupes allemandes dans le massif de la Montagne Noire. Il contribue également à la protection des terrains de parachutage alliés et à la réception des importantes livraisons d’armes destinées aux Forces françaises de l’intérieur.

Le 20 juillet 1944, les forces allemandes déclenchent une offensive de grande ampleur contre le Corps franc. Les combats autour de Laprade et du Pic de Nore obligent les chefs du maquis à ordonner le décrochage général afin d’éviter l’anéantissement de leurs unités. Connaissant parfaitement la région, Raymond Levy organise le repli de son escadron et conduit successivement ses hommes vers La Prade, Vaissières-le-Bas, le Pic de Nore, Le Baylé puis Sales, assurant ainsi la sauvegarde d’une partie importante de ses effectifs.

Le 4 août 1944, le commandant Roger Mompezat lui confie une mission de liaison auprès des chefs d’escadron stationnés à Lacaune et Cambon. Avant de rejoindre ces unités, Raymond Levy souhaite transmettre des instructions à son propre escadron installé à Ferrals-les-Montagnes. Au cours de ce déplacement, il est arrêté par une patrouille allemande à Biron, près de Sales. Conduit à Lespinassière (Aude), il est fusillé le 5 août 1944 sans jugement. Son corps est enseveli sommairement avec celui d’un autre résistant inconnu.

Le 4 septembre 1944, des habitants de la région indiquent aux anciens du Corps franc l’emplacement de la tombe. L’exhumation permet son identification officielle par ses compagnons d’armes. Son corps est ensuite transféré au cimetière protestant de Labastide-Rouairoux, où il repose dans la concession familiale.

Arrestation / évasion / déportation

Raymond Levy ne fut ni interné ni déporté.

Le 4 août 1944, alors qu’il effectue une mission de liaison ordonnée par le commandement du Corps franc de la Montagne Noire, il est intercepté par une unité allemande à proximité de Biron. Après un interrogatoire, il est transféré à Lespinassière, où il est fusillé le lendemain matin, 5 août 1944. Son décès est officiellement reconnu comme Mort pour la France par décision du 8 février 1945.

Camarades de combat

Au sein du Corps franc de la Montagne Noire, Raymond Levy combat notamment aux côtés de :

  • Henri Sévenet, dit « Commandant Mathieu », chef militaire du Corps franc ;
  • Roger Mompezat, dit « Commandant Roger » ou « Quercy », commandant du Corps franc ;
  • Bernard Jouan de Kervenoaël, dit « Capitaine Saint-Michel » ;
  • Pierre Loeb, dit « Pierrot », adjudant-chef puis commandant du 4ᵉ escadron après sa mort ;
  • Jacques Lazarus, officier de l’Armée juive ;
  • Albert Cohen ;
  • les volontaires du peloton Trumpeldor ou Bleu-Blanc, issus de l’Armée juive.

Retour à la vie civile

Raymond Levy ne connut pas la Libération.

Fusillé par les troupes allemandes le 5 août 1944, quelques semaines avant la libération du Tarn, il fut promu capitaine à titre posthume par décision du 1ᵉʳ octobre 1945. Son sacrifice est rapidement devenu l’un des symboles de l’engagement des combattants juifs au sein du Corps franc de la Montagne Noire.

Décorations

L’engagement de Nephtali Raymond Levy fut reconnu dès la Libération par plusieurs distinctions françaises attribuées, pour la plupart, à titre posthume.

  • Chevalier de la Légion d’honneur, nommé à titre posthume en reconnaissance de son action au sein de la Résistance et de son sacrifice.
  • Croix de guerre 1939-1945 avec palme, attribuée avec citation à l’ordre de l’Armée pour sa conduite au combat.
  • Médaille de la Résistance française à titre posthume par décret du 24 Avril 1946 JO 17 Mai 1946. Source Ordre de la Libération.Côte du dossier : 1O39139
  • Titre de Mort pour la France, reconnu par décision du 8 février 1945.
  • Promotion au grade de capitaine FFI à titre posthume, par décision du 1er octobre 1945. (museedelaresistanceenligne.org)

Lieux de mémoire

Après son identification en septembre 1944, Raymond Levy fut inhumé au cimetière protestant de Labastide-Rouairoux (Tarn), où sa tombe demeure un lieu de recueillement.

Son nom figure également :

  • sur les monuments commémoratifs du Corps franc de la Montagne Noire ;
  • au Mémorial de la Résistance de la Montagne Noire ;
  • dans les espaces mémoriels consacrés à l’Armée juive et aux combattants juifs de la Résistance ;
  • au Musée de la Résistance en ligne, qui lui consacre une importante notice biographique illustrée.

Son parcours est régulièrement évoqué lors des cérémonies organisées sur les lieux des combats du Pic de Nore, de Laprade, de La Galaube et de Lespinassière, où furent tués plusieurs officiers du Corps franc de la Montagne Noire.

Références bibliographiques

Jacques Lazarus, La Résistance juive en France, Paris, Stock. Témoignage majeur d’un compagnon de combat retraçant l’organisation de l’Armée juive et l’engagement des volontaires intégrés au Corps franc de la Montagne Noire.

Lucien Lazare, Le Tapissier de Jérusalem, Paris, Le Seuil, 2015. Cet ouvrage replace Raymond Levy parmi les principaux responsables militaires issus de l’Armée juive engagés dans la Résistance intérieure.

Guy de Rouville, Le Corps franc de la Montagne Noire, Toulouse, Privat, 1991. Ouvrage de référence sur l’organisation militaire du Corps franc, ses escadrons, les combats du Pic de Nore et les officiers qui le commandèrent.

Olivier Wieviorka, Histoire de la Résistance (1940-1945), Paris, Perrin. Cette synthèse permet de replacer les actions du Corps franc dans le cadre général de la Résistance française.

Références internet

Musée de la Résistance en ligne. La notice scientifique consacrée à Nephtali Raymond Levy constitue la source principale de cette étude. Fondée sur les dossiers du Service historique de la Défense, les Archives départementales du Tarn, Yad Vashem et la Commission nationale de la Médaille de la Résistance française, elle retrace son parcours militaire, son engagement dans l’Armée secrète, le Corps franc de la Montagne Noire, sa mort et ses décorations.

https://museedelaresistanceenligne.org/media11210-Nephtali-Raymond-Levy-dit-lieutenant-Leblond

Musée de la Résistance en ligne – Exposition « Juifs, résistants et combattants ». Cette exposition replace Raymond Levy dans l’histoire des combattants juifs de la Résistance française, de l’Armée juive et du Corps franc de la Montagne Noire.

https://museedelaresistanceenligne.org/expo.php?expo=131&theme=265

Mémoire Vive de la Résistance. Les pages consacrées au Corps franc de la Montagne Noire et aux combats du 20 juillet 1944 permettent de suivre les opérations auxquelles participa le 4ᵉ escadron commandé par Raymond Levy et les circonstances de sa disparition.

Dossier d’homologation consulté

La notice scientifique du Musée de la Résistance en ligne repose notamment sur le dossier d’homologation du Service historique de la Défense, les archives de la Commission nationale de la Médaille de la Résistance française, les Archives départementales du Tarn, les archives de Yad Vashem ainsi que plusieurs documents familiaux conservés par ses descendants. Les références précises de ces dossiers sont indiquées dans l’appareil critique de la notice scientifique.

Observations

Le parcours de Nephtali Raymond Levy illustre la participation déterminante des officiers juifs français à la Résistance armée. Ancien officier de réserve, industriel du textile dans le Tarn, chef de secteur de l’Armée secrète puis commandant d’escadron au Corps franc de la Montagne Noire, il fut l’un des principaux responsables militaires des unités issues de l’Armée juive intégrées aux Forces françaises de l’intérieur.

Sa disparition, le 5 août 1944, priva le Corps franc d’un officier particulièrement expérimenté quelques semaines avant la Libération du département.

Indice de fiabilité de la notice Niveau A – L’état civil, le parcours militaire, les responsabilités exercées dans l’Armée secrète puis au Corps franc de la Montagne Noire, les circonstances de son arrestation, de son exécution, ses décorations et ses homologations sont établis par des dossiers d’archives identifiés, recoupés avec les travaux du Musée de la Résistance en ligne et les principales études consacrées à la Résistance juive.

Chronologie

DateÉvénement
13 janvier 1913Naissance à Mulhouse (Haut-Rhin).
1931-1932Formation d’officier de réserve ; promotion au grade de sous-lieutenant.
Août 1939Mobilisation comme lieutenant de réserve.
5 août 1940Démobilisation ; installation à Labastide-Rouairoux.
1942Entrée dans l’Armée secrète.
1943Chef du secteur Saint-Amans – Labastide-Rouairoux.
Juin 1944Intègre le Corps franc de la Montagne Noire ; prend le commandement du 4ᵉ escadron.
29 juin 1944Combat de La Rouge.
20 juillet 1944Offensive allemande contre le Corps franc ; organise le repli de son escadron.
4 août 1944Arrêté à Biron au cours d’une mission de liaison.
5 août 1944Fusillé à Lespinassière (Aude).
8 février 1945Attribution de la mention « Mort pour la France ».
1er octobre 1945Promu capitaine FFI à titre posthume.

Sources consultées

Musée de la Résistance en ligne. La notice scientifique consacrée à Nephtali Raymond Levy, rédigée par Fabrice Bourrée, a constitué la source principale de cette étude. Fondée sur les dossiers du Service historique de la Défense, les Archives départementales du Tarn, les archives de la Commission nationale de la Médaille de la Résistance française, Yad Vashem et plusieurs fonds familiaux, elle fournit l’état civil, le parcours militaire, les responsabilités dans l’Armée secrète, le Corps franc de la Montagne Noire, les circonstances de son arrestation, de son exécution, les décorations et les références archivistiques.

https://museedelaresistanceenligne.org/media11210-Nephtali-Raymond-Levy-dit-lieutenant-Leblond

Musée de la Résistance en ligne – Exposition « Juifs, résistants et combattants ». Cette exposition a permis de replacer Raymond Levy dans le contexte général de la Résistance juive française, de l’Armée juive et du Corps franc de la Montagne Noire.

https://museedelaresistanceenligne.org/expo.php?expo=131&theme=265

Mémoire Vive de la Résistance. Les pages consacrées au Corps franc de la Montagne Noire et aux combats de juillet 1944 ont été consultées afin de compléter le contexte opérationnel dans lequel s’inscrit l’action de Raymond Levy.

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