La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Circonstances

La situation géopolitique de la France en mai 1941 est marquée par l’occupation de la zone Nord par les troupes du IIIe Reich et la politique de collaboration de l’État français dirigé par Philippe Pétain.

Les autorités allemandes de l’administration militaire en France (le Militärbefehlshaber in Frankreich) cherchent à mettre en œuvre les premières mesures d’exclusion et de concentration des populations juives, en ciblant prioritairement les étrangers.

L’intérêt stratégique de cette opération policière consiste, pour l’occupant, à tester la capacité de la police parisienne à encadrer une arrestation massive tout en initiant l’internement d’une main-d’œuvre masculine perçue comme un danger potentiel.

Le gouvernement de Vichy, via la Préfecture de police de Paris et le Commissariat général aux questions juives nouvellement créé, accepte de prêter son concours administratif et policier à cette entreprise d’arrestation collective.

Déroulement de l’opération

L’opération se déroule intégralement le mercredi 14 mai 1941 à Paris.

Quelques jours auparavant, la Préfecture de police de Paris fait parvenir une convocation écrite sur un papier de couleur verte à environ six mille cinq cents hommes juifs de nationalité étrangère, principalement polonais, tchécoslovaques et apatrides.

Ce billet vert leur ordonne de se présenter personnellement le 14 mai au matin dans différents commissariats parisiens, notamment ceux des arrondissements du centre et de l’est de la capitale, accompagnés d’un membre de leur famille ou d’un proche sous prétexte d’un simple contrôle de situation administrative.

Les forces en présence se composent exclusivement de fonctionnaires de la police française et de gendarmes mobiles qui encadrent les lieux de rassemblement, tandis que les services allemands supervisent discrètement l’opération.

L’objectif initial fixé par l’occupant est d’isoler les hommes actifs pour désorganiser les cellules familiales et communautaires.

Une fois entrés dans les commissariats, les hommes sont immédiatement déclarés en état d’arrestation et séparés de leurs proches. Ils sont ensuite regroupés et conduits par autobus de la Compagnie du métropolitain de Paris vers les gares parisiennes d’Austerlitz et de Lyon.

Le bilan immédiat de la journée s’élève à l’arrestation de trois mille sept cent dix hommes. Ces derniers sont transférés le jour même par convois ferroviaires spéciaux vers le département du Loiret, où deux mille cent douze d’entre eux sont internés au camp de Pithiviers et mille cinq cent quarante-huit au camp de Beaune-la-Rolande.

Figures marquantes

Theodor DANNECKER est le chef du service des affaires juives de la Gestapo à Paris, responsable de l’initiative, de la planification de la rafle et de la pression exercée sur les autorités françaises pour l’exécution des arrestations, suicidé en détention en décembre 1945.

Jean-Pierre INGRAND est le représentant du ministère de l’Intérieur de Vichy en zone occupée, impliqué dans la validation administrative et la coordination logistique avec la Préfecture de police pour assurer le bon déroulement des arrestations, condamné après la guerre puis amnistié.

Xavier VALLAT est le premier directeur du Commissariat général aux questions juives, ayant soutenu la mise en place du fichier des Juifs étrangers qui a servi de base de données pour l’envoi des convocations, condamné à la Libération et décédé en 1972.

Amédée BUSSIÈRE est le préfet de police de Paris en fonction lors des phases ultérieures mais dont les services de la direction de la police générale ont exécuté le tri et la distribution des fiches d’arrestation en mai 1941, condamné aux travaux forcés après la Libération.

Victimes

Le bilan humain à long terme de la rafle du billet vert est extrêmement lourd car la quasi-totalité des trois mille sept cent dix internés du Loiret a été assassinée.

Après plus d’un an d’enfermement dans les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande, la grande majorité de ces hommes a été déportée directement vers le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau au cours de l’été 1942 par les premiers convois partis de France, notamment les convois numéro un, quatre, cinq et six. Moins d’une centaine d’entre eux ont survécu à la déportation.

Survivants

Quelques dizaines d’internés ont réussi à s’évader des camps du Loiret entre mai 1941 et juin 1942 grâce à des complicités locales, des réseaux de résistance naissants ou des actions de secours civil comme celles de la Croix-Rouge ou de l’Entraide d’hiver.

Parmi les rares survivants de la déportation ultérieure, certains ont pu témoigner après la guerre de la dureté des conditions de vie à Beaune-la-Rolande et de la trahison ressentie face à la police de leur pays d’accueil, contribuant ainsi à la documentation historique des prémices de la Solution finale en France.

Conséquences

La portée symbolique et politique de la rafle du billet vert est historique puisqu’elle constitue la première arrestation de masse de la population juive sur le sol français.

Elle démontre aux autorités allemandes la parfaite efficacité et la soumission de l’appareil policier français de Vichy pour mener à bien des opérations de persécution de grande ampleur sans provoquer de soulèvement populaire immédiat.

Cette rafle sert de répétition générale aux opérations de plus grande envergure qui surviendront l’année suivante en juillet 1942 lors de la rafle du Vélodrome d’Hiver.

Sur le plan local, l’événement engendre une vive inquiétude au sein des familles d’immigrés juifs à Paris et accélère la clandestinité d’une partie de la population qui commence à chercher des caches ou à se rapprocher des premiers mouvements de résistance solidaires.

Mémoire et lieux commémoratifs

Plaque commémorative de la rafle du billet vert, plaque posée sur le parvis de la Gare d’Austerlitz pour commémorer le départ des trois mille sept cent dix hommes vers les camps du Loiret le 14 mai 1941, Paris.

Musée mémorial des enfants du Vel d’Hiv, centre de mémoire et d’histoire géré par le CERCIL qui documente l’histoire des camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande où furent internées les victimes, Orléans, Loiret.

Stèle commémorative du camp de Pithiviers, monument élevé sur le site de l’ancien camp d’internement pour honorer la mémoire des milliers de Juifs transférés depuis Paris avant leur déportation, Pithiviers, Loiret.

Stèle commémorative du camp de Beaune-la-Rolande, monument mémoriel situé sur l’emplacement des baraquements pour rappeler le lieu de détention des victimes du billet vert, Beaune-la-Rolande, Loiret.

Mémorial de la Shoah, mur des noms où sont gravés l’identité et l’année de naissance des hommes arrêtés lors de cette journée et assassinés à Auschwitz, Paris.

Références bibliographiques

La rafle du billet vert de Denis Peschanski, Éditions Tallandier, 2002. Cet ouvrage historique analyse minutieusement les mécanismes de la première grande rafle parisienne. L’auteur s’appuie sur les archives de la Préfecture de police pour décortiquer la collaboration technique entre la Gestapo et l’administration française. Le livre met en lumière les conditions d’internement dans les camps de transit du Loiret.

Les camps sur la Loire de Jean-Marie Flonneau, Éditions du Conseil général du Loiret, 1993. Ce livre étudie l’implantation et la gestion administrative des camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande durant l’Occupation. Il consacre plusieurs chapitres importants à l’arrivée massive des trois mille sept cent dix Juifs arrêtés le 14 mai 1941. Les relations entre la population locale et les internés y sont documentées avec précision.

Vichy et les Juifs de Michael Robert Marrus et Robert Paxton, Éditions Calmann-Lévy, 1981. Ce travail de référence explore la politique antisémite du régime de Vichy et ses compromissions avec l’occupant allemand. Les auteurs décrivent la rafle du billet vert comme le premier jalon d’une politique d’exclusion subie et acceptée par l’État français. L’ouvrage replace l’événement dans le contexte global de la législation xénophobe de l’époque.

Le calendrier de la persécution des Juifs en France 1940-1944 de Serge Klarsfeld, Éditions Les Fils et Filles des Déportés Juifs de France, 1993. Ce livre présente une chronologie factuelle et documentaire au jour le jour de la Shoah en France. La journée du 14 mai 1941 fait l’objet d’un examen approfondi avec la retranscription des ordres allemands et des circulaires de la police française. Le texte contient des données statistiques essentielles sur l’identité des raflés.

La police parisienne sous l’Occupation de Jean-Marc Berlière, Éditions Perrin, 2001. Cette étude universitaire approfondit le comportement et les structures de la Préfecture de police face aux exigences de l’occupant. Un chapitre est dédié à la logistique du 14 mai 1941, montrant comment les rouages administratifs ordinaires ont été mis au service de la répression raciale. L’auteur analyse la passivité et l’obéissance des agents d’exécution.

Références internet

Mémorial de la Shoah Ce site institutionnel propose un dossier historique complet et des ressources pédagogiques dédiées à la rafle du billet vert. Il met en ligne des photographies d’époque prises clandestinement par un soldat allemand ainsi que des fac-similés des fameuses convocations vertes. Le site permet également de consulter les listes nominatives des hommes transférés dans le Loiret. https://www.memorialdelashoah.org/archives-et-documentation/la-rafle-du-billet-vert.html

Cercil – Centre d’étude et de recherche sur les camps d’internement du Loiret Le portail internet de ce centre d’histoire fournit des monographies détaillées sur l’organisation des camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande. Il présente les parcours individuels des hommes raflés en mai 1941 à travers des correspondances et des carnets de dessins d’internés. Le site constitue la source la plus complète pour l’histoire de ces lieux de détention. https://www.cercil.fr/histoire-des-camps/les-camps-du-loiret.html

Musée de la Résistance en ligne Cette plateforme collaborative offre une série d’articles documentés sur l’évolution de la répression en zone occupée au cours de l’année 1941. Elle analyse les liens entre les premières mesures d’internement et l’émergence de la résistance civile et de la solidarité parisienne. Les fiches thématiques permettent de contextualiser la rafle par rapport aux actions de l’occupant. https://www.museedelaresistanceenligne.org/theme451.html

Mémoire des Hommes Ce site du ministère des Armées met à disposition du public les bases de données relatives aux victimes des conflits contemporains. Il permet de vérifier le statut de déporté et de mort pour la France des personnes arrêtées lors de l’opération du billet vert. Les fiches numérisées de l’état civil déporté offrent une source primaire incontestable pour la vérification factuelle. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/article.php?larub=263

Fondation pour la Mémoire de la Shoah Le site internet diffuse des études, des comptes rendus de colloques et des témoignages audiovisuels de descendants de victimes de la rafle de mai 1941. Il soutient la recherche historique sur la spoliation et l’internement des Juifs étrangers en France. Les articles publiés permettent de suivre l’avancement des connaissances mémorielles sur le sujet. https://www.fondationshoah.org/memoire/la-rafle-du-billet-vert-premiere-rafle-de-masse

Fiabilité A : Le résultat de la recherche présente une fiabilité excellente. L’événement de la rafle du billet vert est largement documenté par des sources administratives officielles d’époque, des fonds archivistiques préfectoraux et des travaux d’historiens validés par les grands centres de mémoire nationaux.

Sources consultées

Mémorial de la Shoah, https://www.memorialdelashoah.org/,

Cercil Orléans, https://www.cercil.fr/,

Mémoire des Hommes, https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/,

Musée de la Résistance en ligne, https://www.museedelaresistanceenligne.org/,

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