La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Au cours du printemps 1942, la direction clandestine de la Résistance communiste cherche à intensifier la lutte armée et le sabotage ferroviaire contre l’appareil de guerre national-socialiste.

La ligne ferroviaire reliant Paris à Cherbourg revêt une importance stratégique majeure pour l’occupant allemand, qui l’utilise massivement pour acheminer ses troupes, son matériel et ses permissionnaires vers les bases navales et les fortifications côtières de Normandie.

L’action s’inscrit également dans la perspective d’entraver les liaisons de la Wehrmacht sans recourir aux bombardements aériens alliés, qui s’avèrent souvent destructeurs et meurtriers pour les populations civiles françaises environnantes.

Déroulement de l’opération

Le premier sabotage se déroule dans la nuit du 15 au 16 avril 1942, vers deux heures trente du matin, au point kilométrique 222,025 de la ligne Paris–Cherbourg sur le territoire de la commune d’Airan, à proximité de la gare de Moult-Argences.

Le commando utilise un vaporisateur d’huile pour faciliter le desserrage des tire-fond et déplace un rail sur une dizaine de centimètres à l’aide d’une barre à mine.

À trois heures trente du matin, le train de permissionnaires de la Kriegsmarine numéro SF 906, en provenance de Maastricht et à destination de Cherbourg, déraille au point de sabotage.

La locomotive, le tender et les premiers wagons se renversent, provoquant la mort de vingt-huit militaires allemands et faisant dix-neuf blessés.

La méthode employée fait école au sein des Francs-Tireurs et Partisans, qui formalisent cette technique dans un manuel de sabotage diffusé ultérieurement à l’échelle nationale.

Une seconde opération est planifiée sur le même site à l’occasion de la journée symbolique du premier mai 1942.

Le commando se rassemble au même endroit et applique la même méthode pour désolidariser le même rail à la même heure.

Un nouveau convoi Maastricht-Cherbourg déraille.

Le premier wagon à structure métallique, qui transporte des otages français intégrés de force au convoi par les Allemands pour décourager les sabotages, résiste au choc et maintient ses occupants indemnes.

Les deux wagons suivants construits en bois se brisent, entraînant la mort de dix militaires allemands et faisant vingt-deux blessés.

Figures marquantes

Marius SIRE, membre du Front national et des Francs-Tireurs et Partisans, participe activement à la logistique et à l’exécution des déraillements. Il est arrêté par la police française dans sa cachette le 15 avril 1943 et fusillé par les Allemands le 14 août 1943 au Mont-Valérien.

Joseph ÉTIENNE, responsable opérationnel au sein du commando des Francs-Tireurs et Partisans, prend part aux deux sabotages successifs. Il est blessé et arrêté par la gendarmerie française le 2 mars 1943, mais s’évade de l’hôpital Clemenceau de Caen le 8 mai 1943 pour poursuivre le combat clandestin en Haute-Normandie, terminant la guerre comme lieutenant-colonel des Forces françaises de l’intérieur.

Charles REINERT, cheminot à la gare de Caen et militant du Front national, fournit les renseignements indispensables sur les horaires des trains et procure la clé en T nécessaire au dévissage des tire-fonds. Il survit à la guerre après avoir dû justifier son abandon de poste auprès de la direction ferroviaire à la Libération.

Émile JULIEN, membre actif du groupe de sabotage des Francs-Tireurs et Partisans, participe directement à la manipulation des voies à Airan.

Désiré MARIE, militant clandestin de la structure locale des Francs-Tireurs et Partisans, apporte son soutien opérationnel lors des deux attaques ferroviaires.

Victimes

Le bilan des deux déraillements s’élève à trente-huit militaires allemands tués et quarante-et-un blessés. Deux cheminots français du dépôt de Caen, affectés à la conduite de la locomotive lors du premier déraillement, subissent des blessures légères.

Survivants

Joseph ÉTIENNE survit aux combats et aux vagues d’arrestations successives après son évasion hospitalière, et s’éteint en mars 1992. Charles REINERT échappe aux poursuites durant l’Occupation et réintègre la SNCF après la Libération, y effectuant le reste de sa carrière professionnelle comme maître-ouvrier de signalisation jusqu’à son décès en octobre 1997.

Conséquences

Ces sabotages constituent les attaques ferroviaires les plus meurtrières enregistrées dans la zone occupée au cours de l’année 1942.

Les autorités d’occupation allemandes réagissent par une répression immédiate et massive. En représailles, le commandement militaire allemand ordonne l’exécution de vingt-huit otages communistes et juifs le 30 avril 1942, suivis de quatre-vingt-quatre autres exécutions au début du mois de mai, portant le nombre total d’otages fusillés à cent vingt hommes, principalement internés au camp de Caen et au fort de Romainville.

Parallèlement, des vagues d’arrestations frappent les milieux militants du Calvados et conduisent à la déportation de dizaines de civils vers le camp de Compiègne-Royallieu.

Mémoire et lieux commémoratifs

Une plaque commémorative dédiée aux cent vingt otages fusillés en mai 1942 en représailles des déraillements est installée à Airan dans le département du Calvados.

Références bibliographiques

Résistance et sabotages en Normandie. Le Maastricht-Cherbourg déraille à Airan, Jean Quellien, Charles Corlet, 2004. Cet ouvrage historique propose une étude monographique complète des deux déraillements survenus au cours du printemps 1942. L’auteur analyse les préparatifs logistiques, le profil des membres du commando des Francs-Tireurs et Partisans, ainsi que le déroulement précis des faits à partir des archives ferroviaires et préfectorales. Le livre détaille minutieusement l’engrenage répressif allemand et le sort des cent vingt otages exécutés.

Histoire du sabotage, Sébastien Albertelli, Perrin, 2016. Ce volume retrace l’évolution technique et stratégique des opérations de sabotage en Europe durant le second conflit mondial. Un chapitre aborde les déraillements d’Airan comme un moment charnière de la clandestinité en France, où la technique de déplacement des rails sans explosif fut théorisée puis diffusée. L’historien met en perspective le coût humain de ces actions face à la violence des représailles exercées par l’occupant.

Références internet

Maitron Résistance Cette base de données biographiques fournit des notices détaillées sur les parcours individuels des exécutés et des survivants du commando d’Airan, notamment les fiches de Charles Reinert et Marius Sire. Le site documente leur engagement politique initial, leur rôle lors des déraillements et les procédures d’homologation administrative d’après-guerre. https://maitron.fr/

Wikipédia L’encyclopédie propose une synthèse historique des deux attentats ferroviaires d’avril et mai 1942, incluant la chronologie des faits, les repères géographiques précis le long de la ligne Paris-Cherbourg et l’identité des saboteurs FTP. L’article récapitule le bilan des pertes militaires et la liste des otages fusillés par les Allemands. https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9raillements_d%27Airan

Fiabilité A : Les faits s’appuient sur des recherches universitaires croisées avec les archives de la SNCF et les fiches biographiques détaillées du Maitron Résistance.

Sources consultées Maitron Résistance, https://maitron.fr/, vérifié le 7 juin 2026. Wikipédia – Déraillements d’Airan, https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9raillements_d%27Airan, vérifié le 7 juin 2026. Cairn info – Histoire du sabotage, https://shs.cairn.info/, vérifié le 7 juin 2026.

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