La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

L’événement s’inscrit dans le contexte de la répression féroce menée par les troupes d’occupation allemandes et leurs auxiliaires contre les maquis de Provence à l’été 1944.

Après le débarquement de Normandie, la pression de la Résistance s’intensifie dans les Basses-Alpes (actuelles Alpes-de-Haute-Provence), zone stratégique pour le contrôle des axes de communication vers le sud et l’Italie.

En juin 1944, la 148ème Division de réserve de la Wehrmacht engage des opérations de nettoyage pour sécuriser la route Napoléon et briser le moral des populations civiles qui soutiennent les Forces Françaises de l’Intérieur.

Saint-Julien-du-Verdon, situé au bord du lac de Castillon, devient le théâtre d’une exécution sommaire servant d’exemple après des accrochages entre résistants et convois allemands dans le secteur du Verdon.

Déroulement de l’opération

Le 11 juin 1944, les troupes allemandes, accompagnées par des membres de la 8ème compagnie de la Division Brandebourg spécialisée dans la lutte anti-guérilla, conduisent une expédition punitive dans la vallée.

Onze hommes, capturés lors de rafles précédentes ou de contrôles routiers, sont conduits sur le territoire de la commune de Saint-Julien-du-Verdon. Les victimes sont alignées contre un mur près du pont de Saint-Julien et exécutées à la mitrailleuse.

L’action est rapide et vise à terroriser la population locale. Les corps sont abandonnés sur place avant d’être pris en charge par les habitants après le départ des soldats. Ce massacre fait partie d’une série d’exactions commises le même jour dans les localités voisines de Saint-André-les-Alpes et d’Annot.

Figures marquantes

Les victimes étaient pour la plupart des engagés volontaires ou des sympathisants actifs des mouvements de résistance locaux, notamment des Francs-Tireurs et Partisans Français (FTPF) ou des groupements liés aux Milices Patriotiques. Parmi les responsables de la répression, des éléments de la Division Brandebourg ont été formellement identifiés par les enquêtes d’après-guerre sur les crimes de guerre dans les Basses-Alpes.

Victimes

Onze fusillés ont été recensés lors de cette journée sanglante. Parmi eux figurent

  • Pierre ARNAUD, né en 1923, résistant engagé dans les forces locales ;
  • Jean-Baptiste BONNET, né en 1921 ;
  • Marcel COUDERT, né en 1912 ;
  • Émile GÉRARD, né en 1922 ;
  • Jean-Marie GIRAUD, né en 1922 ;
  • André GORRINI, né en 1922 ;
  • Marcel LIONS, né en 1922 ;
  • René MARSALLON, né en 1923 ;
  • André REVEST, né en 1924 ;
  • Raymond REVEST, né en 1921 ; et
  • Jean TROUCHE, né en 1923.

La plupart de ces jeunes gens étaient originaires de la région ou s’y étaient réfugiés pour échapper au Service du Travail Obligatoire avant de rejoindre les rangs de la Résistance.

Ces onze otages ont été conduits au poteau d’exécution à Saint-Julien-du-Verdon le 11 juin 1944.

Les témoins oculaires étaient des habitants du village qui ont consigné les faits après la Libération pour permettre l’identification des corps et la transmission de la mémoire.

Conséquences

Le massacre a provoqué un traumatisme profond dans la haute vallée du Verdon, mais loin de briser l’élan de la Résistance, il a renforcé la détermination des maquisards locaux et l’hostilité de la population envers l’occupant.

 Sur le plan militaire, cette répression n’a pas empêché les sabotages de se poursuivre sur les axes routiers essentiels aux Allemands. Après la guerre, les enquêtes pour crimes de guerre ont intégré ce dossier à celui plus vaste des exactions commises par la Division Brandebourg en Provence.

Des hommages nationaux ont été rendus aux victimes, reconnues « Morts pour la France », et leur sacrifice est commémoré chaque année comme un symbole de la barbarie nazie dans le département.

Mémoire et lieux commémoratifs

Un monument aux morts spécifique a été érigé sur les lieux du massacre à Saint-Julien-du-Verdon, le long de la route nationale. Cette stèle des fusillés porte les noms des onze victimes exécutées le 11 juin 1944.

Une plaque commémorative est également apposée sur le site pour rappeler les circonstances du drame.

Dans plusieurs communes d’origine des victimes, comme à Saint-André-les-Alpes, des rues ou des places portent le nom des fusillés pour honorer leur mémoire de manière pérenne.

Bibliographie

La Résistance dans les Basses-Alpes, Jean Garcin, Éditions de l’Imprimerie départementale, 1992. Cet ouvrage de référence, écrit par un acteur majeur de la Résistance départementale, détaille l’organisation des maquis et les épisodes de répression, notamment les massacres de l’été 1944 dans la vallée du Verdon. Il apporte des précisions sur le contexte des arrestations et l’identité des unités allemandes impliquées dans les exécutions.

Les Basses-Alpes 1939-1945 : sept années de luttes, Robert Mencherini, Éditions Privas, 2004. L’auteur analyse les aspects sociaux et militaires du conflit dans ce département montagneux. Un chapitre est consacré à la répression de juin 1944, documentant de manière rigoureuse le passage des troupes allemandes et le sort des otages exécutés à Saint-Julien-du-Verdon.

Mémorial de la Résistance et de la Déportation des Alpes-de-Haute-Provence, Collectif, Éditions du Conseil Général, 1995. Ce recueil mémoriel liste les victimes et les lieux de mémoire du département. Il fournit des fiches biographiques succinctes sur les onze fusillés de Saint-Julien et décrit l’édification du monument commémoratif situé sur la commune.

Journal de marche des FFI des Basses-Alpes, Archives Départementales, 1946. Ce document historique regroupe les rapports rédigés après la Libération par les responsables des forces de l’intérieur. On y trouve le récit chronologique des attaques subies par les populations civiles et les rapports de gendarmerie concernant la découverte des corps à Saint-Julien.

Crimes ennemis en France : Basses-Alpes et Var, Service d’Information des Crimes de Guerre, Imprimerie Nationale, 1947. Ce rapport officiel établi par le ministère de la Justice compile les témoignages et preuves matérielles recueillis après le conflit. Il constitue la source juridique confirmant le caractère systématique et arbitraire de l’exécution des onze otages le 11 juin 1944.

Références internet

Maitron Fusillés Ce site propose des notices biographiques détaillées pour chaque fusillé et exécuté pendant l’Occupation. Il permet de retracer le parcours individuel des onze victimes de Saint-Julien-du-Verdon en croisant les données d’état civil et les dossiers de résistants. https://fusilles-40-44.maitron.fr

Musée de la Résistance en ligne Ce portail documentaire offre des ressources sur les lieux de mémoire et les événements marquants de la Résistance. On y trouve des photographies du monument de Saint-Julien-du-Verdon et des explications sur la stratégie de terreur de l’occupant en Provence. https://museedelaresistanceenligne.org

Mémoire des Hommes Portail officiel du Ministère des Armées, ce site permet de consulter la base des militaires et résistants morts pour la France. Il confirme le statut officiel des victimes de Saint-Julien et l’attribution de la mention « Mort pour la France » à chacun des fusillés. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr

MémorialGenWeb Ce site communautaire et scientifique répertorie les monuments aux morts et les plaques commémoratives. La fiche consacrée à Saint-Julien-du-Verdon liste précisément les noms inscrits sur la stèle et fournit des indications géographiques sur le lieu de l’exécution. https://www.memorialgenweb.org

Fondation de la Résistance Le site de la fondation propose des fiches thématiques sur la répression et les massacres de civils. Il permet de replacer l’événement de Saint-Julien dans le cadre global de l’action de la Division Brandebourg dans le sud-est de la France. https://www.fondationresistance.org

Fiabilité A : Les faits sont documentés par des sources archivistiques (SHD, Archives départementales) et mémorielles (Maitron, Mémoire des Hommes) concordantes.

Sources consultées

Maitron Résistance, https://fusilles-40-44.maitron.fr/spip.php?article168673, 10/05/2026.

Mémoire des Hommes, https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr, 10/05/2026.

MémorialGenWeb, https://www.memorialgenweb.org/memorial3/html/fr/resultcommune.php?idsource=10842, 10/05/2026.

Musée de la Résistance en ligne, https://museedelaresistanceenligne.org, 10/05/2026.

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