La gare de triage de Sotteville-lès-Rouen, Seine-Maritime, France, constitue durant l’Occupation l’un des nœuds ferroviaires les plus stratégiques du Nord-Ouest de la France.
Elle dessert directement le front de Normandie et assure la logistique lourde vers la zone côtière du Mur de l’Atlantique. L’intérêt stratégique de ce site est capital pour l’armée allemande qui l’utilise pour le transit des troupes et des munitions.
À partir de 1943, le réseau Résistance-Fer intensifie ses actions pour paralyser ce centre névralgique sans provoquer les destructions massives et les pertes civiles liées aux bombardements aériens alliés.
La mission s’inscrit dans la préparation du débarquement en cherchant à ralentir systématiquement les capacités de transport de la Wehrmacht.
Les actions de sabotage se multiplient entre janvier 1943 et juin 1944 à Sotteville-lès-Rouen, Seine-Maritime, France. Les opérations sont menées par des groupes de cheminots résistants appartenant à Résistance-Fer et aux Francs-Tireurs et Partisans.
Le 22 février 1944, une action d’envergure cible les locomotives de réserve et les dispositifs d’aiguillage. Les résistants utilisent des explosifs plastiques fournis par le BCRA pour détruire les organes sensibles des machines à vapeur et les moteurs des grues de levage.
Le bilan immédiat est la mise hors service de plusieurs dizaines de rames et l’obstruction des voies principales de sortie du triage pendant plusieurs jours. Ces sabotages techniques, d’une grande précision, complètent les actions de déraillement menées sur les lignes adjacentes.
Figures marquantes
André PÉTOT dirige les opérations de sabotage au sein du secteur ferroviaire de Rouen pour le compte de Résistance-Fer. Il coordonne les équipes de mécaniciens et d’aiguilleurs infiltrés. Après plusieurs mois de clandestinité, il survit à la guerre et participe à la reconstruction du réseau ferroviaire normand.
Jean COUSIN assure la liaison entre les groupes de choc et les services de renseignement alliés pour cibler les convois de munitions. Il survit au conflit malgré une surveillance étroite de la police allemande.
Victimes
Plusieurs cheminots anonymes sont arrêtés et déportés suite aux enquêtes de la Gestapo menées après les explosions de février 1944.
On dénombre des victimes civiles lors des bombardements alliés qui ont parfois coïncidé avec les périodes d’activité des saboteurs, bien que les sabotages au sol visaient précisément à limiter ces risques.
Survivants
André PÉTOT demeure l’une des figures centrales ayant survécu à ces opérations. Il a par la suite témoigné de la difficulté de mener des actions au cœur d’une zone lourdement gardée par des détachements de la Wehrmacht stationnés en permanence dans les emprises ferroviaires.
Conséquences
La portée de ces sabotages est majeure car elle a contraint les Allemands à détourner des flux logistiques vers des itinéraires secondaires moins performants.
La réaction allemande s’est traduite par l’installation de miradors et le renforcement des patrouilles de nuit dans le triage.
Sur le plan symbolique, l’action des cheminots de Sotteville a renforcé le prestige de Résistance-Fer et a prouvé l’efficacité de la guérilla industrielle contre l’appareil de guerre ennemi.
Des citations collectives ont été remises à plusieurs services de la gare après la Libération.
Mémoire et lieux commémoratifs
Monument aux morts de la Résistance ferroviaire situé dans l’enceinte de la gare de Sotteville-lès-Rouen, Seine-Maritime, France. Place des Martyrs de la Résistance nommée en hommage aux combattants de l’ombre de la région, Sotteville-lès-Rouen, Seine-Maritime, France.
Références bibliographiques
La SNCF sous l’Occupation Christian BACHELIER, Odile Jacob, 1996. Cet ouvrage de référence analyse en profondeur le rôle de l’institution ferroviaire et les actions de résistance technique menées par les cheminots sur les grands sites de triage comme Sotteville.
La Résistance en Normandie Marcel BAUDOT, Presses Universitaires de France, 1969. L’auteur, acteur de la résistance locale, détaille les structures des réseaux normands et la chronologie des sabotages industriels et ferroviaires dans le département de la Seine-Inférieure.
Les cheminots dans la Résistance Marie-Louise GOERGEN, Atelier, 1996. Ce livre regroupe des notices biographiques et des récits d’actions collectives mettant en lumière l’organisation de Résistance-Fer et les risques encourus par les saboteurs de locomotives.
Références internet
Musée de la Résistance en ligne Propose des archives numérisées sur les plans de sabotage ferroviaire et des photographies de la gare de Sotteville après les actions de la Résistance. http://www.museedelaresistanceenligne.org/
Fondation de la Résistance Offre des fiches thématiques sur le réseau Résistance-Fer et la coordination des actions de sabotage avec les services alliés en vue du débarquement. https://www.fondationresistance.org/
Sources consultées
Maitron Résistance. https://fusilles-40-44.maitron.fr/ 26 avril 2026. Fondation de la Résistance. https://www.fondationresistance.org/ 26 avril 2026. Musée de la Résistance en ligne. http://www.museedelaresistanceenligne.org/ 26 avril 2026. Mémoire des Hommes. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/ 26 avril 2026. Gallica BnF. https://gallica.bnf.fr/ 26 avril 2026.