La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

L’action se déroule le 21 octobre 1941 à Bordeaux, au lendemain de l’exécution de Karl HOTZ à Nantes. Le conseiller d’administration militaire allemand Hans REIMERS est visé alors qu’il marche sur le boulevard du Président-Wilson, à proximité de la barrière du Médoc.

Vers 19h45, deux jeunes résistants s’approchent de lui et tirent plusieurs coups de feu. Hans REIMERS est mortellement blessé et décède peu après.

Les auteurs de l’attentat profitent de l’obscurité due au couvre-feu pour s’enfuir immédiatement, échappant aux premières recherches de la police française et des patrouilles allemandes.

Le bilan immédiat est la mort d’un haut fonctionnaire de l’administration d’occupation, ce qui provoque une onde de choc au sein du commandement militaire allemand en France.

L’attentat s’inscrit dans une phase de radicalisation de la lutte armée menée par les communistes après l’invasion de l’URSS en juin 1941. Il intervient dans un contexte de tension extrême, suivant de quelques heures seulement l’attentat de Nantes.

L’intérêt stratégique de l’opération est de frapper l’occupant au cœur d’une grande ville de la zone occupée pour briser le sentiment de sécurité des troupes allemandes. La décision émane de la direction des Bataillons de la Jeunesse, branche armée du Parti communiste français, agissant de manière autonome par rapport aux services alliés comme le BCRA ou le SOE à cette période.

Le choix de Hans REIMERS, bien que moins emblématique qu’un général, vise un rouage important de l’administration militaire en Gironde.

Héros et figures marquantes

Pierre REBIÈRE est le principal responsable et tireur lors de cette opération. Membre des Bataillons de la Jeunesse et du Parti communiste, il coordonne l’action. Il est capturé plus tard à Paris, condamné à mort et fusillé au Mont-Valérien le 5 octobre 1942.

Henri FERNET accompagne Pierre REBIÈRE lors de l’attentat pour assurer la protection et le guet. Militant communiste engagé dans la résistance armée, il parvient à s’échapper après l’action mais son parcours ultérieur reste marqué par la clandestinité avant son arrestation et son exécution ultérieure.

Victimes

Hans REIMERS est la victime unique de cette action. Il occupait les fonctions de Kriegsverwaltungsrat, soit conseiller d’administration militaire, au sein de l’état-major de la Feldkommandantur 529 à Bordeaux. Son rôle consistait à superviser les affaires administratives et économiques dans la région bordelaise pour le compte de l’armée d’occupation.

Survivants

Henri FERNET survit à l’engagement immédiat de la barrière du Médoc mais sera rattrapé par la répression allemande quelques mois plus tard. Son nom est associé à la mémoire des combattants FTPF de la région Sud-Ouest.

Pierre REBIÈRE, bien que survivant à l’action même, entre dans l’histoire de la Résistance comme l’un des pionniers de la guérilla urbaine avant son sacrifice final.

Conséquences

La portée symbolique est immense car elle démontre que l’attentat de Nantes n’était pas un acte isolé.

La réaction allemande est foudroyante. Le général Von STÜLPNAGEL ordonne des représailles massives. Le 24 octobre 1941, cinquante otages sont fusillés au camp de Souge, à Martignas-sur-Jalle. Parmi eux se trouvent de nombreux militants communistes et syndicalistes. Cette exécution de masse marque un tournant dans l’opinion publique bordelaise, oscillant entre la peur des représailles et l’indignation contre l’occupant. Sur le plan national, ces événements poussent le régime de Vichy à accentuer la collaboration policière pour tenter de garder le contrôle de l’ordre public.

Mémoire et lieux commémoratifs

Mémorial des fusillés de Souge, monument commémoratif, Martignas-sur-Jalle. Rue Pierre Rebière, voie publique, Paris (17e arrondissement). Plaque commémorative aux fusillés du 24 octobre 1941, lieu de mémoire, Bordeaux.

Références bibliographiques

Les 50 otages de Souge par l’Association du Souvenir des Fusillés de Souge. Cet ouvrage documente précisément l’identité des victimes des représailles consécutives à l’attentat contre Hans REIMERS. Il offre une analyse détaillée du contexte local à Bordeaux en octobre 1941 et des mécanismes de désignation des otages par les autorités allemandes et françaises.

La Résistance en Gironde par René Terrisse. Ce livre de référence retrace l’évolution des groupes de combat dans le Sud-Ouest et consacre un chapitre important à l’action de Pierre REBIÈRE. L’auteur s’appuie sur des archives départementales pour reconstituer le parcours des membres des Bataillons de la Jeunesse à Bordeaux.

Fusillés du Mont-Valérien 1941-1944 par la ville de Suresnes. Ce recueil biographique permet de retracer la fin de vie de Pierre REBIÈRE après son départ de Bordeaux. Il détaille son procès et son exécution, tout en soulignant l’importance de son acte dans la chronologie de la résistance armée nationale.

Le Parti communiste français dans la Résistance par Roger Faligot et Rémi Kauffer. Cet ouvrage analyse la stratégie de la direction communiste concernant les attentats individuels contre les officiers allemands. Il replace l’assassinat de Hans REIMERS dans la stratégie globale de la MOI et des premiers groupes de guérilla urbaine.

Bordeaux 1940-1944 par Dominique Lormier. Ce livre explore la vie quotidienne et les actes de résistance dans la capitale girondine sous l’Occupation. Il apporte des précisions sur le climat de la ville au moment de l’attentat de la barrière du Médoc et les réactions de la population civile face aux fusillades de Souge.

Références internet

Le Maitron Fusillés Ce dictionnaire biographique propose des notices détaillées sur Pierre REBIÈRE et les otages de Souge, permettant de croiser les identités et les parcours militants des protagonistes de l’affaire Reimers. https://fusilles-40-44.maitron.fr/

Musée de la Résistance en ligne Le site offre des documents d’époque, notamment des affiches de signalisation allemandes et des rapports de police concernant l’attentat du boulevard Wilson à Bordeaux. https://museedelaresistanceenligne.org/

Fondation de la Résistance Ce portail permet d’accéder à des articles thématiques sur la répression et la politique des otages en France occupée, citant explicitement le cas bordelais d’octobre 1941. https://www.fondationresistance.org/

Association du Souvenir des Fusillés de Souge Ce site spécialisé est indispensable pour comprendre les conséquences directes de l’attentat et accéder à la liste complète des résistants sacrifiés en représailles. https://www.fusilles-souge.asso.fr/

Archives départementales de la Gironde Les ressources numérisées proposent des rapports de la préfecture de l’époque relatant l’incident et les mesures de sécurité exceptionnelles prises après le 21 octobre 1941. https://archives.gironde.fr/

Sources consultées : Maitron Résistance, Fondation de la Résistance, Musée de la Résistance en ligne, Mémoire des Hommes, Gallica BnF, Association du Souvenir des Fusillés de Souge, Service Historique de la Défense, Archives départementales de la Gironde, Wikipédia (recoupée).

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