Éliane Sophie PLEWMAN, née BROWNE-BARTROLI, alias « Gaby », « Dean » et Éliane Jacqueline Prunier, née le 6 décembre 1917 à Marseille (Bouches-du-Rhône), exécutée le 13 septembre 1944 au camp de concentration de Dachau (Allemagne), britannique.
Éliane Sophie Browne-Bartroli était la fille d’Eugene Henry Browne, Britannique établi en France, et d’Elisa Francesca Bartroli, d’origine espagnole. Elle grandit dans un environnement plurilingue entre la France, l’Espagne et le Royaume-Uni et parlait couramment français, anglais et espagnol.
Elle fut scolarisée en France et à la British School de Madrid, puis travailla à Leicester pour une entreprise d’importation et d’exportation de vêtements et de tissus. Au début de la guerre, elle collabora avec les services de presse des ambassades britanniques à Madrid et Lisbonne. Revenue au Royaume-Uni en 1942, elle travailla à la section espagnole du ministère britannique de l’Information.
Elle épousa Thomas Langford Plewman, officier de la Royal Artillery, le 28 juillet 1942. Son frère Albert Browne-Bartroli fut lui aussi agent du Special Operations Executive et dirigea ultérieurement le réseau DITCHER en Bourgogne.
Engagement dans la Résistance
Éliane Plewman rejoignit le Special Operations Executive au début de 1943. Elle fut administrativement rattachée au First Aid Nursing Yeomanry, organisation servant notamment de couverture militaire à plusieurs agentes de la section F. Elle reçut le grade d’enseigne et le matricule F/23.
Sa formation porta sur la clandestinité, la sécurité, le parachutisme, les armes, les explosifs, le sabotage ferroviaire, les transmissions et la construction d’une identité de couverture. Ses instructeurs la décrivirent comme calme, efficace, consciencieuse et capable de conserver son sang-froid.
Appartenance à un réseau ou mouvement
Éliane Plewman fut affectée comme courrier au réseau MONK dirigé par Charles Skepper. Son nom de couverture était Éliane Jacqueline Prunier. Elle utilisa les noms de code « Gaby » et « Dean » ; l’appellation « Madame Dupont » apparaît également dans certaines sources.
Elle fut parachutée dans le Jura pendant la nuit du 13 au 14 août 1943. Blessée à la cheville lors de l’atterrissage et séparée de son comité de réception, elle réussit à établir elle-même plusieurs contacts avant de rejoindre son réseau dans la région de Marseille.
Missions et actions
Comme courrier, Éliane Plewman assurait les liaisons entre les groupes du réseau MONK dans les secteurs de Marseille, Roquebrune et Saint-Raphaël. Elle transportait des messages, de l’argent, des documents clandestins et du matériel de transmission. Elle guidait également des agents nouvellement arrivés et contribuait à la préparation des sabotages.
La recommandation rédigée après sa disparition souligne qu’elle accomplit pendant environ six mois des déplacements constants et dangereux, et que son initiative contribua à l’établissement et au fonctionnement du réseau.
Arrestation / évasion / déportation
Après l’arrestation de Charles Skepper, des agents allemands occupèrent clandestinement l’appartement du 8, rue Mérentié. Éliane Plewman et Arthur Steele furent arrêtés lorsqu’ils s’y présentèrent, probablement le 25 mars 1944.
Éliane Plewman fut interrogée à Marseille, puis transférée à la prison de Fresnes. Le 12 mai 1944, elle fut envoyée avec sept autres agents de la section F à la prison de Karlsruhe, en Allemagne.
Dans la nuit du 11 au 12 septembre 1944, elle fut transférée vers Dachau avec Yolande Beekman et Madeleine Damerment. Noor Inayat Khan les rejoignit au cours du transfert. Les quatre femmes furent assassinées par les SS dans l’enceinte du camp le 13 septembre 1944, puis leurs corps furent incinérés. Le mémorial du camp de Dachau confirme leur assassinat collectif.
Camarades de combat
Éliane Plewman travailla principalement avec Charles Skepper et Arthur Steele. Son frère Albert Browne-Bartroli appartenait également à la section F, mais dirigeait un autre réseau. Elle partagea sa dernière captivité et son exécution avec Yolande Beekman, Madeleine Damerment et Noor Inayat Khan.
Retour à la vie civile
Éliane Plewman ne revint pas de déportation. Elle avait vingt-six ans lors de son exécution. Son sort fut établi au cours des enquêtes britanniques menées après la guerre sur les agents disparus du Special Operations Executive.
Décorations
- King’s Commendation for Brave Conduct — attribuée à titre posthume pour services rendus en France pendant l’occupation ennemie — publication dans la London Gazette du 20 août 1946.
- Croix de guerre 1939-1945 avec étoile de bronze — citation française datée du 16 janvier 1946. Certaines sources secondaires indiquent une palme, mais les références issues du dossier britannique donnent une étoile de bronze.
Une proposition d’attribution de l’Ordre de l’Empire britannique avait été formulée, mais elle ne fut pas retenue en raison des règles alors applicables aux distinctions posthumes.
Lieux de mémoire
Éliane Plewman est commémorée au Brookwood 1939-1945 Memorial, panneau 26, colonne 3, au mémorial de Valençay et au mémorial du camp de Dachau.
Une plaque apposée en 1998 au 8, rue Mérentié rappelle l’arrestation des trois agents du réseau MONK. Une voie du 13e arrondissement de Marseille porte le nom d’Éliane Plewman.
Références bibliographiques
Mission France: The True History of the Women of SOE, Kate Vigurs, Yale University Press, 2021. L’ouvrage reconstitue la sélection, la formation, les missions et la captivité des agentes de la section F, dont Éliane Plewman.
A Life in Secrets: Vera Atkins and the Missing Agents of SOE, Sarah Helm, Little, Brown, 2005. Cette enquête retrace les recherches conduites après la guerre pour déterminer le sort des agentes disparues.
SOE in France: An Account of the Work of the British Special Operations Executive in France, 1940-1944, M. R. D. Foot, Her Majesty’s Stationery Office, 1966. Étude officielle de référence sur les réseaux de la section F.
8, rue Mérentié. À la mémoire d’Éliane Sophie Plewman, Jean Contrucci, avec la collaboration de Jacques Virbel, mairie de Marseille, 2011. Étude locale consacrée à Éliane Plewman, au réseau MONK et aux arrestations de mars 1944.
A Quiet Courage: Women Agents in the French Resistance, Beryl E. Escott, Patrick Stevens, 1991. L’ouvrage présente le parcours des femmes engagées par la section F du Special Operations Executive.
Références internet
The National Archives. La photographie et la référence HS 9/1195/1 confirment l’identité complète, le nom de couverture, la date de naissance et le décès à Dachau. https://images.nationalarchives.gov.uk/asset/28096/
Commonwealth War Graves Commission. La biographie institutionnelle précise sa jeunesse, son mariage, son recrutement, son parachutage et son service au sein du réseau MONK. https://www.cwgc.org/stories/stories/ensign-eliane-plewman-soe-operative/
Commonwealth War Graves Commission. La fiche mémorielle confirme la date du décès et l’inscription au Brookwood Memorial. https://www.cwgc.org/find-records/find-war-dead/
Mémorial du camp de Dachau. La page commémorative confirme l’assassinat, le 13 septembre 1944, d’Éliane Plewman, Yolande Beekman, Madeleine Damerment et Noor Inayat Khan. https://www.kz-gedenkstaette-dachau.de/en/events/commemorative-event-for-the-soe-agents/
Jean Contrucci et Jacques Virbel. Le document numérisé apporte des renseignements sur le réseau MONK et le 8, rue Mérentié. https://jeancontrucci.free.fr/html/merentie.pdf
Dossier d’homologation consulté
Le dossier personnel britannique d’Éliane Plewman est conservé aux National Archives sous la cote HS 9/1195/1. La cote HS 9/1194/1 parfois publiée est erronée : elle ne correspond pas à son dossier.
L’existence d’un dossier français GR 16 P 94119 est mentionnée dans une source secondaire, mais cette cote n’a pas pu être confirmée indépendamment dans le catalogue du Service historique de la Défense lors des présentes recherches.
Observations
Le nom de naissance complet est Éliane Sophie Browne-Bartroli. Les formes Browne-Bartrol, Brown-Bartroli et Elaine résultent de variantes ou d’erreurs de transcription.
La date de naissance du 6 décembre 1917 est confirmée par les archives britanniques et la Commonwealth War Graves Commission. Les dates du 6 février ou du 9 décembre 1917 figurant dans certaines publications sont erronées.
Son nom de couverture était Éliane Jacqueline Prunier ; « Gaby » et « Dean » étaient des noms de code. La décoration française avec étoile de bronze est mieux étayée que l’attribution d’une palme.
Indice de fiabilité de la notice Niveau A — L’identité, la date de naissance, le dossier du Special Operations Executive, le parachutage, l’appartenance au réseau MONK, la détention et l’exécution sont établis par des archives britanniques, la Commonwealth War Graves Commission, le mémorial de Dachau et plusieurs études historiques concordantes.
Chronologie
| Date | Événement |
| 6 décembre 1917 | Naissance à Marseille. |
| 1939-1941 | Travail auprès des services de presse britanniques à Madrid et Lisbonne. |
| 28 juillet 1942 | Mariage avec Thomas Langford Plewman. |
| Début de 1943 | Recrutement et formation par le Special Operations Executive. |
| 13-14 août 1943 | Parachutage dans le Jura. |
| Août 1943-mars 1944 | Courrier du réseau MONK. |
| Vers le 25 mars 1944 | Arrestation au 8, rue Mérentié à Marseille. |
| 12 mai 1944 | Transfert à Karlsruhe. |
| 13 septembre 1944 | Exécution au camp de Dachau. |
| 1946 | Attribution des décorations britannique et française. |
Tableau des divergences entre sources
| Élément biographique | Source 1 | Source 2 | Décision retenue |
| Date de naissance | Archives britanniques et CWGC : 6 décembre 1917 | Certaines publications : 6 février ou 9 décembre 1917 | 6 décembre 1917. |
| Nom de naissance | Browne-Bartroli | Browne-Bartrol ou Brown-Bartroli | Browne-Bartroli. |
| Date d’arrestation | 25 mars 1944 | Notice MVR : 24 mars 1944 | Probablement 25 mars 1944. |
| Croix de guerre | Dossier britannique : étoile de bronze | Certaines notices : avec palme | Croix de guerre avec étoile de bronze. |
| Cote britannique | National Archives : HS 9/1195/1 | Notice MVR : HS 9/1194/1 | HS 9/1195/1. |
Sources consultées
The National Archives. La référence HS 9/1195/1 et la photographie officielle ont confirmé l’identité complète, la date de naissance, le nom de couverture et le décès d’Éliane Plewman. https://images.nationalarchives.gov.uk/asset/28096/
Commonwealth War Graves Commission. La biographie « Ensign Eliane Sophie Plewman » a fourni les informations relatives à sa jeunesse, son mariage, son recrutement, son parachutage et son activité dans le réseau MONK. https://www.cwgc.org/stories/stories/ensign-eliane-plewman-soe-operative/
Mémorial du camp de Dachau. La page consacrée aux quatre agentes du Special Operations Executive a confirmé la date, le lieu et le caractère collectif de leur assassinat par les SS. https://www.kz-gedenkstaette-dachau.de/en/events/commemorative-event-for-the-soe-agents/
Jean Contrucci et Jacques Virbel. Le document 8, rue Mérentié a apporté des informations sur l’implantation marseillaise du réseau et les circonstances des arrestations. https://jeancontrucci.free.fr/html/merentie.pdf
Wikipédia anglophone. La notice développée « Eliane Plewman » a été consultée conformément au protocole ; les informations n’ont été retenues qu’après recoupement avec les archives britanniques, la Commonwealth War Graves Commission ou les travaux historiques cités. https://en.wikipedia.org/wiki/Eliane_Plewman