La Grande Coupure de la nuit du 15 au 16 janvier 1944
La Grande Coupure est une opération de sabotage menée dans la nuit du 15 au 16 janvier 1944 par le Groupe G, ou Groupement général de Sabotage de Belgique, organisation issue du milieu de l’Université libre de Bruxelles.
L’action est préparée de longue date par le Bureau technique rattaché à l’état-major du mouvement, sous la conduite de Charles MAHIEU et avec la participation d’Henri NEUMAN pour la sélection des objectifs. Les saboteurs choisissent 28 pylônes à haute tension, généralement implantés dans des lieux difficiles d’accès, afin de ralentir les réparations.
L’exécution se déroule entre 20 heures et 23 heures. Une trentaine d’explosions frappent une ligne allant approximativement du Borinage, Belgique, vers La Louvière, Belgique, Court-Saint-Étienne, Belgique, Charleroi, Belgique, puis vers la région de Liège, Belgique, jusqu’à Bressoux, Belgique et Visé, Belgique. Des destructions similaires sont également relevées en Flandre, notamment du côté de Courtrai, Belgique, Termonde, Belgique et Alost, Belgique.
L’objectif est d’interrompre l’alimentation électrique des industries travaillant pour l’effort de guerre allemand.
Le bilan immédiat établi par la synthèse du CegeSoma fait état de 20 pylônes totalement détruits et de 8 autres gravement endommagés. Aucune équipe de sabotage n’est interceptée pendant l’action. La même source précise que l’opération se distingue par l’absence de violence directe et de morts d’hommes pendant son exécution.
Circonstances
L’opération s’inscrit dans la stratégie du Groupe G, fondé en 1942 par Jean BURGERS, avec des contacts noués autour d’André WENDELEN, parachuté de Londres pour organiser le sabotage en Belgique occupée. Le groupe se spécialise dans un sabotage méthodique, scientifiquement préparé, visant à affaiblir l’économie de guerre allemande tout en évitant autant que possible les représailles contre la population civile. Les cibles privilégiées sont les moyens de communication et la transmission de l’énergie.
La Grande Coupure intervient au moment où le Groupe G est déjà solidement organisé et cherche à démontrer son efficacité à ses interlocuteurs alliés. Selon Belgium WWII, l’opération contribue de façon décisive à faire reconnaître le mouvement par Londres, qui lui accordera ensuite un soutien matériel et moral plus net.
Jean BURGERS dirige effectivement le Groupe G au moment de l’opération. Ingénieur bruxellois, il est l’un des principaux animateurs du sabotage organisé en Belgique occupée. Il est arrêté le 17 mars 1944 et pendu à Buchenwald, Allemagne, le 3 septembre 1944.
Charles MAHIEU est l’un des principaux concepteurs techniques de la Grande Coupure. La préparation de l’opération est explicitement placée sous sa houlette par la synthèse de Belgium WWII. La même source le donne comme 1916-1944, ce qui établit qu’il meurt pendant la guerre.
Henri NEUMAN participe avec Charles Mahieu à la détermination des objectifs, au choix des 28 pylônes et à la constitution des équipes de destruction et de protection. Les sources ouvertes consultées ne permettent pas ici de documenter avec précision son sort pendant la guerre, mais elles établissent clairement son rôle dans la préparation de l’opération.
Robert MAISTRIAU est présenté par Belgium WWII comme le responsable de l’organisation de la Grande Coupure pour la partie wallonne du pays. Arrêté le 20 mars 1944 à Bruxelles, Belgique, il est détenu à Saint-Gilles, Belgique, transféré à Breendonk, Belgique, puis déporté à Buchenwald, Allemagne. Il survit à la guerre.
André WENDELEN n’est pas mentionné comme exécutant de la nuit du 15 au 16 janvier 1944, mais son rôle est décisif dans la genèse du Groupe G. Parachuté en Belgique le 28 janvier 1942 pour le Special Operations Executive, il contribue à la structuration d’une organisation chargée de sabotages scientifiquement ciblés.
Victimes
Les sources ouvertes consultées indiquent que la Grande Coupure, en tant qu’opération de sabotage de la nuit du 15 au 16 janvier 1944, n’a pas causé de morts d’hommes pendant son exécution. En conséquence, aucune victime directement tuée lors de l’action n’a pu être retenue pour cette fiche. Il convient toutefois de distinguer ce constat du coût humain global du Groupe G, qui subit par ailleurs une répression sévère pendant la guerre.
Survivants
Parmi les figures directement rattachées à l’opération ou à son organisation, Robert MAISTRIAU est un survivant identifié. Les sources ouvertes permettent également d’établir la survie de Henri NEUMAN au moins jusqu’à l’après-guerre, puisqu’il est l’auteur d’un ouvrage mémoriel cité dans la bibliographie du dossier de Belgium WWII. En revanche, les résultats consultés ne permettent pas de dresser une liste exhaustive de tous les exécutants ayant survécu à l’événement.
Conséquences
L’opération a des effets industriels immédiats. Les synthèses du CegeSoma indiquent notamment l’arrêt de l’arsenal de Cuesmes, la quasi-paralysie de la Carbochimique de Tertre, de fortes perturbations dans les charbonnages hennuyers, l’arrêt temporaire des usines Gilson et Boël à La Louvière, Belgique, celui des usines Sapea et de la Providence à Charleroi, Belgique, ainsi que le chômage technique de 1 500 travailleurs aux usines Henricot de Court-Saint-Étienne, Belgique.
L’évaluation de l’ampleur exacte du dommage comporte toutefois une divergence entre les sources. Henri Bernard, cité par Belgium WWII, attribue à la Grande Coupure une perte d’environ 10 millions d’heures de travail pour l’industrie de guerre allemande et des effets ressentis jusqu’en Rhénanie, Allemagne. Mais la même synthèse indique que des rapports allemands de mars 1944 donnent une vision plus nuancée, sans nier l’importance réelle des destructions. Cette divergence doit donc être signalée comme telle.
Sur le plan stratégique et symbolique, la Grande Coupure marque un tournant. L’occupant prend conscience de la capacité d’une organisation clandestine à mener, à l’échelle du pays, une action coordonnée touchant un point névralgique de son économie de guerre. Du côté allié, l’opération renforce nettement la crédibilité du Groupe G auprès de Londres.
Mémoire et lieux commémoratifs
La mémoire de la Grande Coupure est aujourd’hui inséparable de celle du Groupe G. Un monument commémoratif intitulé Aux résistants du Groupe G (ULB) a été érigé en 1996 sur le campus du Solbosch, à Bruxelles, Belgique. L’inventaire patrimonial de la Région de Bruxelles-Capitale précise qu’il rend hommage aux résistants du Groupe G et qu’il occupe une place importante dans les commémorations universitaires.
Une plaque commémorative Jean Burgers se trouve au 21 rue de la Seconde Reine, Uccle, Belgique, où le résistant a vécu. Le site patrimonial d’Uccle indique qu’elle fut inaugurée en 1946, puis complétée par un portrait en 1954. Cette plaque rappelle explicitement le rôle de Jean Burgers comme chef du Groupe G et associe sa mémoire à la Grande Coupure.
Un autre lieu de mémoire est le monument du Groupe G de Ville-Pommeroeul, Belgique, érigé en 1948. Une étude locale signale qu’il est dédié à la mémoire du fondateur Jean Burgers et d’autres martyrs du mouvement. Cette même source relie explicitement ce monument au souvenir durable de la Grande Coupure.
Références bibliographiques
William Ugeux, Le “Groupe G” (1942-1944). Deux héros de la Résistance : Jean Burgers et Robert Leclercq, Paris-Bruxelles, Elsevier Sequoia, 1978. Cet ouvrage est la référence classique sur le Groupe G et sur ses principaux dirigeants. Il permet de replacer la Grande Coupure dans l’histoire générale du mouvement, dans ses rapports avec Londres et dans la logique du sabotage économique. Il est particulièrement utile pour comprendre la place de Jean Burgers et de Robert Leclercq dans la montée en puissance du réseau.
Henri Neuman, Avant qu’il ne soit trop tard. Portraits de résistants : Altenhoff, Burgers, Ewalenko, Leclercq, Mahieu, Pineau, Vekemans, Wendelen et les autres, Gembloux, Duculot, 1985. Le livre émane d’un acteur du mouvement et éclaire les hommes du Groupe G. Il est précieux pour approcher les parcours individuels des organisateurs de la Grande Coupure, notamment Charles Mahieu, Jean Burgers et André Wendelen. Il fournit un cadre mémoriel et biographique utile à la compréhension de l’événement.
A. L. A. Beeken, Message pour Philomène, Bruxelles, Éditions du Métro, 1948. Cet ouvrage figure dans les références directement associées aux archives du Groupe G. Il éclaire le contexte du sabotage belge et permet d’élargir l’étude à l’action clandestine menée par le mouvement pendant l’Occupation. Il est utile lorsque l’on souhaite replacer la Grande Coupure dans la culture opérationnelle générale du Groupe G.
Paul Aron et José Gotovitch, Dictionnaire de la Seconde Guerre mondiale en Belgique, Bruxelles, André Versaille, 2008. Cette synthèse fournit un cadre solide pour situer le Groupe G dans l’ensemble des résistances belges. Elle permet d’élargir la recherche au contexte institutionnel, universitaire et clandestin dont est issue la Grande Coupure. Elle est utile pour vérifier les principaux repères biographiques et organisationnels.
José Gotovitch, “Les multiples résistances universitaires”, dans Andrée Despy-Meyer, Alain Dierkens et Frank Scheelings (dir.), 25.11.1941. L’Université libre de Bruxelles ferme ses portes, Bruxelles, Archives de l’ULB, 1991, p. 153-165. Cette étude permet de comprendre le milieu universitaire et libre-exaministe qui a donné naissance au Groupe G. Elle éclaire l’arrière-plan intellectuel, politique et humain de l’opération de janvier 1944. Elle est particulièrement utile pour relier la Grande Coupure à l’histoire de l’ULB en guerre.
Références internet
Belgium WWII / CegeSoma propose une synthèse directement consacrée à la Grande Coupure. Le site détaille la préparation technique de l’opération, l’exécution entre 20 heures et 23 heures, le nombre de pylônes détruits ou endommagés, les effets industriels et les divergences d’appréciation sur son ampleur économique. Il s’agit de la référence en ligne la plus précise pour l’événement lui-même.: https://www.belgiumwwii.be/belgique-en-guerre/articles/1944-01-15-grande-coupure-la-la-plus-belle-operation-de-sabotage-coordonnee-du-reseau-electrique.html
CegeSoma présente les archives du Groupe G. Cette page est essentielle pour replacer l’événement dans l’histoire du mouvement, préciser sa finalité stratégique, rappeler sa fondation par Jean Burgers et signaler la richesse du fonds d’archives conservé pour de futures recherches plus approfondies.: https://www.cegesoma.be/fr/archives-du-groupe-g
Belgium WWII / CegeSoma consacre une notice biographique à Robert Maistriau. Cette page est utile pour documenter l’organisation de la Grande Coupure en Wallonie, ainsi que le parcours répressif et la survie d’un acteur directement lié à l’opération. : https://www.belgiumwwii.be/belgique-en-guerre/personnes/maistriau-robert.html
Belgium WWII / CegeSoma propose également une synthèse générale sur le Groupe G. Elle permet de replacer la Grande Coupure dans l’évolution du mouvement, dans ses liens avec l’ULB, dans ses méthodes de sabotage et dans l’impact plus large de la répression subie par ses membres.: https://www.belgiumwwii.be/belgique-en-guerre/articles/groupe-g.html
Inventaire du patrimoine mobilier de la Région de Bruxelles-Capitale documente le monument Aux résistants du Groupe G (ULB), tandis que Uccle Héritage documente la plaque Jean Burgers. Ces deux ressources sont précieuses pour la mémoire monumentale de l’événement et de ses principaux acteurs. : https://collections.heritage.brussels/fr/objects/86515 et https://heritage.uccle.be/place/plaque-commemorative-jean-burgers/
Sources consultées : Mémoire Vive de la Résistance, Maitron Résistance, Fondation de la Résistance, Musée de la Résistance en ligne, Mémoire des Hommes, Ordre de la Libération, Gallica (BnF), Service Historique de la Défense, Belgium WWII / CegeSoma, archives du CegeSoma, sites mémoriels locaux belges, Wikipédia à titre complémentaire seulement. Date de vérification : 17 mars 2026.