Le 21 juin 1944 au matin, une colonne allemande venue par la route de Lectoure tente d’encercler Castelnau-sur-l’Auvignon, dans le Gers.
Le village abrite alors le poste de commandement de George Reginald STARR, dit « Hilaire », agent du SOE britannique, et un maquis formé après le 6 juin 1944, composé de deux compagnies, d’un corps franc et d’un contingent de guérilleros espagnols commandés par Tomas GUERRERO ORTEGA, dit « Camilo ».
Les hommes du lieutenant André LALANNE retardent la progression allemande ; au nord et au nord-est, les Espagnols opposent une forte résistance ; le groupe du lieutenant André HERLIN combat lui aussi avec vigueur ; le pilote de la RAF Leslie BROWN, recueilli par le réseau Victoire, participe à la défense avec un fusil-mitrailleur.
La poussée allemande finit cependant par s’imposer.
La population, les premiers blessés et une partie du matériel sont évacués. Yvonne CORMEAU, dite « Annette », réussit à s’échapper avec son poste radio avec l’aide de Pierre PUJOL, Maurice LALANNE et du docteur DEYRIES.
Avant l’abandon du village, l’artilleur Robert BLOCH fait sauter la tour du château médiéval où étaient stockées des munitions.
Après l’investissement du bourg, les troupes allemandes font sauter ou incendient les maisons encore debout ; le village est presque entièrement détruit.
Circonstances
Castelnau-sur-l’Auvignon est devenu à partir de 1942 un centre clandestin important de la Résistance gersoise. Le 12 avril 1942, le réseau Victoire y est créé autour de Maurice ROUNEAU, Pierre WALLERAND, Roger LARRIBEAU et Jeanne ROBERT.
Le 27 novembre 1942, George Reginald STARR y arrive ; installé chez le maire Roger LARRIBEAU, avec un poste de commandement chez l’institutrice Jeanne ROBERT, il s’appuie sur ce réseau pour développer WHEELWRIGHT et organiser de nombreux parachutages d’armes.
Après le débarquement du 6 juin 1944, Castelnau devient le siège d’un maquis plurinational rassemblant Français, Espagnols, Britanniques, Néo-Zélandais et Italiens.
La veille de l’attaque, un groupe espagnol envoyé en mission vers Francescas se heurte à des soldats allemands ; l’un des morts porte sur lui des notes mentionnant Castelnau, ce qui est présenté par le site mémoriel gersois comme un élément ayant aidé l’ennemi à localiser le maquis.
George Reginald STARR dirige l’ensemble clandestin installé à Castelnau ; il survit au combat et rejoint ensuite le Bataillon de l’Armagnac.
Yvonne CORMEAU assure les transmissions radio et parvient à sauver son poste lors du repli.
Tomas GUERRERO ORTEGA commande les guérilleros espagnols présents dans le maquis.
André LALANNE et André HERLIN commandent des groupes engagés dans la défense du village.
Leslie BROWN, pilote de la RAF recueilli par la Résistance, participe aux combats.
Robert BLOCH fait sauter le dépôt de munitions dans la tour.
Roger LARRIBEAU, maire de la commune, et Jeanne ROBERT, institutrice, avaient joué un rôle central dans l’implantation antérieure du réseau clandestin.
Victimes
Les sources consultées convergent sur l’existence de morts parmi les résistants et les civils, mais elles ne donnent pas toutes le même niveau de précision.
Le site mémoriel du Gers indique qu’au terme de la journée 11 résistants et 2 civils sont tués.
Le Musée de la Résistance en ligne mentionne plusieurs morts et blessés parmi les combattants français, espagnols et la population civile, sans donner ce total dans la notice du monument.
L’Inventaire de la Région Occitanie précise que le monument de Castelnau porte les noms de quatre combattants français morts pour la France le 21 juin 1944 et de deux victimes civiles, tandis qu’une plaque distincte honore les Espagnols de la 35e brigade de guérilleros.
Les résultats consultés permettent d’identifier avec certitude Louis PROUADÈRE, fait prisonnier puis fusillé à Auch deux jours après, ainsi que plusieurs combattants espagnols commémorés localement, dont Salvador HERNANDEZ-GARCIA, José-Maria ORTEA-FONSECA et José-Maria VALIENTE-MURILLO.
Survivants
George Reginald STARR, Yvonne CORMEAU, Leslie BROWN et une partie importante des défenseurs réussissent à échapper à l’encerclement. Le gendarme BOURRUST, blessé et fait prisonnier, est ensuite extrait de l’hôpital par la Résistance selon la notice du Musée de la Résistance en ligne. La documentation consultée ne permet pas d’établir une liste complète et sûre de tous les survivants du combat.
Conséquences
L’assaut du 21 juin 1944 met fin à la présence du poste de commandement de STARR à Castelnau mais ne détruit pas le potentiel combattant de ses hommes, qui parviennent en grande partie à s’échapper.
Le village, en revanche, est presque entièrement ruiné. La portée symbolique de l’événement est durable : Castelnau-sur-l’Auvignon est la seule commune du Gers décorée de la Croix de guerre 1939-1945 avec étoile de vermeil, distinction attribuée le 11 novembre 1948 selon la brochure de l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire.
Mémoire et lieux commémoratifs
Le principal lieu de mémoire est le monument de Castelnau-sur-l’Auvignon, élevé en 1951 à l’ouest du village. L’Inventaire général de la Région Occitanie signale en outre un panneau explicatif trilingue sur les événements du 21 juin 1944 et un hommage spécifique à Enzo LORENZI, l’un des chefs de la 35e brigade de guérilleros.
Le village lui-même, reconstruit après sa destruction, demeure un haut lieu de mémoire gersois, et une cérémonie commémorative y est régulièrement organisée autour du 21 juin.
Références bibliographiques
Le bataillon de l’Armagnac. La Gascogne en résistance Jacques LASSERRE, Privat, 2018. Cet ouvrage de synthèse est l’un des plus utiles pour replacer Castelnau dans l’histoire militaire et politique du maquis gersois. Il suit la montée en puissance du groupe Parisot, les relations avec George Reginald STARR et les combats de l’été 1944. Il apporte aussi une mise en perspective sur la transformation ultérieure du bataillon en formation régulière.
Le Bataillon de guérilla de l’Armagnac, 158e R.I. Au cœur de la Résistance en Gascogne dans la libération du Sud-Ouest de la France, 1940-1945 collectif sous la direction de Jacques POTET, Amicale du Bataillon de l’Armagnac / A.I.T.I., 2002. Cet ouvrage collectif est centré sur la structuration, les chefs, les opérations et la mémoire du bataillon. Il permet d’inscrire la bataille de Castelnau dans la dynamique plus large de la Résistance armée en Gascogne et dans les coopérations avec les réseaux alliés.
Parachutée au clair de lune. Une Anglaise dans la Résistance française Anne-Marie WALTERS, Gaussen, 2012 pour l’édition française. Le témoignage éclaire de l’intérieur l’univers du réseau WHEELWRIGHT, la vie clandestine autour de George STARR et les conditions dans lesquelles Castelnau est devenu un centre majeur de la Résistance dans le Sud-Ouest. Deux chapitres concernent directement la vie du maquis et l’attaque du village.
Moondrop to Gascony Anne-Marie WALTERS, Macmillan, 1946. Ce récit, publié peu après-guerre, constitue une source mémorielle de premier ordre sur les agents britanniques et l’ambiance opérationnelle du maquis de Castelnau. Il éclaire les liaisons, les parachutages, les tensions internes et le basculement de juin 1944.
Le Gers en Résistance Jacques FITAN et Pierre LÉOUTRE, Book on Demand, 2020. L’ouvrage offre une synthèse départementale utile pour recouper les épisodes de Castelnau avec ceux de Panjas, d’Aurensan, de Maulichères et de L’Isle-Jourdain. Il est particulièrement utile pour la topographie des lieux, les acteurs gersois et la chronologie de l’été 1944.
Références internet
Hauts Lieux de Mémoire du Gers Cette page événementielle donne une synthèse claire de la bataille du 21 juin 1944, rappelle la présence du PC de George Reginald STARR et souligne que les résistants réussissent à s’échapper tandis que le village est partiellement détruit. Elle fournit aussi le contexte mémoriel local et des reproductions iconographiques. https://resistance-gers.fr/evenements/un-autre-jour/
Musée de la Résistance en ligne La notice du monument de Castelnau-sur-l’Auvignon fournit le cadre historique le plus précis parmi les sources consultées sur la composition du maquis, la progression allemande, les groupes engagés dans la défense, le sauvetage du poste radio et la destruction presque totale du village. https://museedelaresistanceenligne.org/media8368-Monument-de-Castelnau-sur-lAuvignon-Gers
Hauts Lieux de Mémoire du Gers La page consacrée à George Reginald STARR permet de confirmer son rôle à Castelnau, le bilan mémoriel de la journée tel qu’il est retenu localement et sa jonction ultérieure avec le Bataillon de l’Armagnac. https://resistance-gers.fr/acteurs/george-starr/
Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire Cette brochure retrace le passé résistant de la commune, explique le rôle de Jeanne ROBERT, Roger LARRIBEAU et George STARR, rappelle l’implantation du réseau Victoire et met en avant la citation de la commune à la Croix de guerre. https://croixdeguerre-valeurmilitaire.fr/wp-content/uploads/2023/04/piece-2-p27-28-Castelnau-sur-lAuvignon.pdf
Inventaire général Région Occitanie Le dossier d’inventaire du monument aux morts précise la datation du monument de 1951, la nature des inscriptions, la présence de plaques distinctes pour les combattants français, les victimes civiles et les Espagnols de la 35e brigade, ainsi que l’existence de panneaux pédagogiques sur place.
Maitron des fusillés 1940-1944 La notice consacrée à Louis PROUADÈRE confirme sa capture lors des combats de Castelnau puis son exécution à Auch, apportant un élément nominatif sûr sur les suites immédiates de la bataille. https://fusilles-40-44.maitron.fr/prouadere-louis/
Sources consultées : Maitron, Maitron des fusillés 1940-1944, Musée de la Résistance en ligne, Hauts Lieux de Mémoire du Gers, Inventaire général Région Occitanie, Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire, FranceArchives, Service historique de la Défense, Mémoire des Hommes, Wikipédia en recoupement. Date de vérification : 8 mars 2026.