La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Mission « Union » (janvier–mai 1944, Vercors et régions voisines)

Dans la nuit du 6 au 7 janvier 1944, un Halifax du No 138 Squadron de la RAF parachute la mission interalliée « Union » sur la zone « Agonie » à Eymeux, au sud de Saint-Nazaire-en-Royans (Drôme).

L’équipe initiale comprend le capitaine britannique Henry Thackthwaite, officier du SOE (alias « Procureur »), le capitaine américain Peter J. Ortiz de l’OSS (alias « Chambellan ») et l’opérateur radio français Camille Monnier du BCRA (indicatif « Magyar »).

Le chef désigné de mission, le colonel Pierre Fourcaud (BCRA, alias « Sphère »), blessé à l’entraînement, rejoint ultérieurement par atterrissage en Lysander le 8 février 1944.

La mission opère alors principalement dans le Vercors et les départements de l’Isère, de la Drôme, des Savoie et de l’Ain. Son rôle consiste à évaluer les capacités militaires des maquis, coordonner les liaisons interalliées, organiser les transmissions et préparer les parachutages d’armes en vue des débarquements.

Thackthwaite est exfiltré en Angleterre par avion le 3 mai 1944 depuis un terrain près de Mâcon ; Ortiz, rappelé dans la seconde quinzaine de mai, gagne l’Espagne puis l’Angleterre début juin ; Monnier est tué à Saint-Marcellin (Isère) le 22 mai 1944 lors d’une opération de transmission.

La mission « Union » cesse de facto à la fin du mois de mai 1944 et donnera lieu à une mission de renforcement distincte, « Union II », parachutée en Savoie le 1er août 1944 dans le cadre de l’opération Buick.

L’envoi d’« Union » s’inscrit dans la montée en puissance des liaisons entre services spéciaux alliés et maquis à l’hiver 1943-1944.

Le SOE, l’OSS et le BCRA cherchent alors à unifier l’évaluation et l’encadrement militaire des FFI dans les Alpes françaises, tandis que les opérations de largage par l’USAAF (« Carpetbagger ») se multiplient.

La zone du Vercors, au centre des préoccupations de la mission, est pressentie comme base d’appui et de fixation d’unités allemandes en prévision des opérations alliées, ce qui explique la priorité donnée à l’armement, aux transmissions et à la coordination inter-maquis.

Acteurs et figures marquantes

  • Henry Thackthwaite dirige sur le terrain l’équipe interalliée et assure la liaison stratégique avec Londres avant son exfiltration du 3 mai 1944 ; son action lui vaudra l’OBE en 1945.
  • Peter J. Ortiz, officier de l’OSS et ancien de la Légion étrangère, encadre, arme et évalue les groupes, opère parfois en uniforme, et regagne l’Angleterre fin mai ; il reviendra commander « Union II » en août 1944.
  • Camille Monnier, radio du BCRA, assure les liaisons jusqu’à son exécution sommaire par des forces allemandes à Saint-Marcellin, le 22 mai 1944.
  • Pierre Fourcaud, chef de mission BCRA, rejoint en février ; arrêté et blessé à Albertville le 20 mai 1944, il s’évade en juin et parvient à Londres pendant l’été.

Victimes

Camille Monnier, opérateur radio du BCRA affecté à « Union », est tué à Saint-Marcellin (Isère) le 22 mai 1944 lors d’une tentative d’arrestation consécutive à un repérage de sa station. Des sources locales précisent qu’il est abattu au pistolet-mitrailleur et meurt sur le coup.

Survivants

  • Henry Thackthwaite est récupéré par avion le 3 mai 1944 et décoré ultérieurement pour la conduite de mission ;
  • Pierre Fourcaud s’évade après son arrestation de mai et reprend contact avec Londres ;
  • Peter J. Ortiz est exfiltré fin mai par l’Espagne et revient en France le 1er août 1944 à la tête d’« Union II », avant d’être capturé le 16 août et libéré en 1945.

Conséquences

Militairement, « Union » contribue à structurer et articuler les demandes d’armement et de cadres au profit des maquis alpins, à fiabiliser les liaisons radio et à préparer des opérations de parachutage de masse.

Elle nourrit directement la montée en puissance des réseaux en Isère, Drôme, Savoie et Ain au printemps 1944 et précède l’important parachutage de « Union II » au col des Saisies le 1er août 1944.

Sur le plan répressif, la pression allemande s’intensifie au tournant de mai-juin 1944, avec l’élimination de l’opérateur Monnier et l’arrestation de Fourcaud, prélude aux opérations allemandes de juillet-août sur le Vercors.

Sur la durée, la mission participe à la reconnaissance officielle de plusieurs chefs locaux et agents, et à l’intégration des maquis dans les dispositifs FFI en vue des combats de la Libération.

Mémoire et lieux commémoratifs

Le terrain de parachutage « Agonie » à Eymeux fait l’objet d’une valorisation mémorielle locale et associative, rappelant le largage du 6-7 janvier 1944.

Un point de mémoire signale également la zone d’exfiltration d’Henry Thackthwaite près de Mâcon, tandis que Saint-Marcellin rappelle le sacrifice de Camille Monnier.

La Savoie et la Haute-Savoie commémorent, pour la phase suivante « Union II », les largages massifs du 1er août 1944 dans le cadre de l’opération Buick.

Divergences et précisions d’appellation

Les sources nationales et locales s’accordent sur l’existence de deux séquences distinctes : « Union » (janvier–mai 1944), parachutée sur « Agonie » à Eymeux, orientée vers le Vercors et les départements limitrophes, et « Union II » (août 1944) parachutée en Savoie au col des Saisies lors de l’opération Buick.

Certaines notices évoquent de façon abrégée « mission Union en Savoie » sans distinguer la phase de janvier 1944, d’où l’importance de maintenir la distinction chronologique et géographique entre « Union » et « Union II ».

Références bibliographiques

  • La Résistance française Olivier Wieviorka, (éd. Belknap/Harvard, 2016, trad. J.-M. Todd). Ouvrage de synthèse mobilisant sources françaises et alliées ; utile pour replacer le Vercors et les missions interalliées (SOE-OSS-BCRA) dans la stratégie de 1944. [Extrait consultable en ligne.]
  • Hidden Ally: The French Resistance and the U.S. Army, 1944–1945 Arthur L. Funk, (University Press of Kansas, 1992). Étude américaine détaillant la coordination alliée et mentionnant la mission UNION dans le dispositif OSS/BCRA autour du Vercors.
  • Always Faithful Marine Corps University, (chapitre 21). Biographie opérationnelle illustrée de Peter J. Ortiz, apportant des précisions circonstanciées sur Union I et le profil des opérateurs OSS engagés.
  • Association nationale des Pionniers et Combattants Volontaires du Vercors, Bulletins (3e série, n° 3, 2017). Dossiers militants et mémoriels, avec recensions sur les opérateurs radio du Vercors, dont Camille Monnier, et rappels des séquences de 1944.

Références internet

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