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Parachutage de la mission interalliée « Union » sur la DZ « Agonie » (Eymeux, Drôme)

Dans la nuit du 6 au 7 janvier 1944, un Halifax du 138 Squadron de la Royal Air Force largue la mission interalliée « Union » sur la drop zone dite « Agonie », située à Eymeux, près de Saint-Nazaire-en-Royans, en Drôme.

L’équipe compte le capitaine britannique Henry (Henri) Thackthwaite, nom de guerre « Procureur » (SOE, section RF), le capitaine des Marines américains Peter J. Ortiz, nom de guerre « Chambellan » (OSS), et l’opérateur radio français Camille Monnier, nom de guerre « Léon », indicatif « Magyar/Maggyar », rattaché au BCRA.

Le chef désigné de la mission, le colonel Pierre Fourcaud (« Sphère », BCRA), n’a pu sauter à cause d’une blessure subie à l’entraînement et rejoindra plus tard par Lysander.

La réception est assurée sur le terrain « Agonie », point de parachutages habituels de la SAP dans la Drôme.

Selon les relevés aéronautiques locaux, le largage de trois hommes s’accompagne d’une quinzaine de containers et de quelques colis. Aucune opposition armée n’est signalée lors de l’atterrissage.

Dans les semaines suivantes, les membres de la mission circulent sur le plateau du Vercors et dans les secteurs voisins afin d’établir le contact avec les responsables locaux, d’évaluer les forces, de transmettre les demandes d’armement et d’encadrement, et d’organiser les liaisons aériennes.

Circonstances

L’opération s’inscrit dans la montée en puissance des liaisons interalliées avec les maquis au tournant de 1943-1944, alors que l’USAAF et la RAF multiplient les opérations « Carpetbagger » et que les services spéciaux conjoints SOE-OSS-BCRA cherchent à préparer, coordonner et équiper les formations FFI en vue des opérations de libération.

Sur le Vercors, le « Projet/plan Montagnards » imaginé par Pierre Dalloz et soutenu par Jean Moulin et Yves Farge a accru l’intérêt stratégique du plateau comme zone d’appui potentielle à un débarquement en Méditerranée.

Le rapport remis à Londres par Henry Thackthwaite début mai 1944 conclut à l’intérêt du Vercors et préconise des renforts d’armes lourdes et d’encadrement.

Acteurs et figures marquantes

  • Henry THACKTHWAITE, officier du SOE (section RF), chef sur le terrain de « Union », agit en liaison avec l’OSS et le BCRA ; il est exfiltré vers Londres le 3 mai 1944 après avoir parcouru l’Isère et la Drôme et remis son rapport d’évaluation.
  • Peter J. ORTIZ, capitaine des Marines détaché à l’OSS, francisé dans certaines sources en « Pierre Ortiz », participe à la mission « Union » jusqu’à la fin du printemps 1944 ; il reviendra en août comme chef d’« Union II » et sera capturé le 16 août 1944 en Savoie.
  • Camille MONNIER, opérateur radio du BCRA affecté à « Union », assure des liaisons jusqu’à son exécution sommaire par la Gestapo à Saint-Marcellin (Isère) le 22 mai 1944.
  • Pierre FOURCAUD, colonel BCRA, chef désigné de « Union », rejoint la zone par avion en février 1944 ; arrêté à Albertville le 20 mai, il parvient à s’évader en juin et regagne Londres à l’été.

Victimes

Camille MONNIER, né le 9 novembre 1917 à Genévrille (Haute-Saône), ancien radio de la Marine nationale devenu agent du BCRA, est abattu le 22 mai 1944 à Saint-Marcellin lors d’une opération de la Gestapo visant un abri où il émettait. Les sources locales signalent que Jean Rony, qui l’hébergeait, est mortellement touché lors de la même action.

Survivants

  • Henry THACKTHWAITE est exfiltré le 3 mai 1944 et décoré ultérieurement par le Royaume-Uni pour ses services.
  • Peter J. ORTIZ quitte la zone à la fin du mois de mai 1944, puis revient comme chef d’« Union II » ; fait prisonnier mi-août, il survit à la captivité et sera double récipiendaire de la Navy Cross.
  • Pierre FOURCAUD, Compagnon de la Libération, reprend du service après son évasion et rejoint Londres le 1er août 1944.

Conséquences

Sur le plan militaire, la mission « Union » consolide la chaîne de liaison Vercors-Londres-Alger et fournit une évaluation structurée des besoins en matériels et cadres, qui nourrissent ensuite les décisions d’armement et de missions ultérieures sur le massif (dont, à l’échelle régionale, la mission « Eucalyptus » parachutée fin juin 1944).

À partir de la mi-juillet 1944, l’attaque allemande d’ampleur contre le Vercors provoque des combats et des massacres, sans qu’on puisse établir un lien de causalité direct avec « Union » ; le contexte général de répression se traduit localement par des exécutions à Saint-Nazaire-en-Royans et ailleurs.

Après-guerre, les acteurs sont officiellement reconnus : Fourcaud comme Compagnon de la Libération, Ortiz par des décorations américaines et françaises ; la mission « Union » est intégrée à l’historiographie des opérations interalliées en France.

Mémoire et lieux commémoratifs

La drop zone « Agonie » d’Eymeux est identifiée dans l’historiographie locale et nationale des terrains de parachutage de la Drôme ;

le site de Saint-Nazaire-en-Royans, voisin, comporte un mémorial aux fusillés de l’été 1944, régulièrement mentionné dans les itinéraires de mémoire et les publications muséales.

Des associations d’anciens du Vercors et des services d’archives territoriales conservent les documents et entretiennent la mémoire des missions interalliées.

Divergences entre sources et précisions d’appellation

La date exacte du parachutage varie selon les références : certaines indiquent la nuit du 5 au 6 janvier 1944, d’autres la nuit du 6 au 7 janvier 1944 ; toutes situent l’opération à Eymeux sur la DZ « Agonie » et l’attribuent au 138 Squadron.

Les orthographes « Magyar » et « Maggyar » coexistent pour l’indicatif de Camille Monnier ; les sources françaises emploient parfois « Henri » pour Henry Thackthwaite et « Pierre » pour Peter J. Ortiz. Ces variantes sont signalées ici telles qu’on les trouve dans les bases consultées.

Références bibliographiques

  • The Jedburghs: The Secret History of the Allied Special Forces, France 1944, Will Irwin, PublicAffairs, 2005. Ouvrage de référence sur les équipes interalliées Jedburgh et, plus largement, sur l’articulation SOE-OSS-BCRA en France en 1944 ; il éclaire le contexte opérationnel dans lequel s’inscrit « Union ».
  • The Cruel Victory: The French Resistance, D-Day and the Battle for the Vercors 1944Edward Stourton, , Doubleday, 2013. Synthèse récente sur le Vercors en 1944, replaçant les missions interalliées et les choix stratégiques du plateau dans la chronologie de l’été 1944.
  • Le Vercors. Histoire et mémoire d’un maquis Gilles Vergnon, , Atelier/Ouvrières, 2002. Étude d’histoire et de mémoire faisant autorité sur le massif du Vercors, ses acteurs, ses mythes et ses lieux ; utile pour situer « Union » parmi les facteurs politico-militaires de 1943-1944.
  • Vérités sur le drame du Vercors, Pierre Dalloz, diverses éditions. Témoignage-analyse d’un initiateur du « Plan Montagnards », essentiel pour comprendre les intentions stratégiques initiales relatives au Vercors, leur réception et leurs limites.

Références internet

Avertissement d’homonymie et de variantes

Certains documents francisent les prénoms et noms étrangers des agents (« Henri » pour Henry Thackthwaite, « Pierre » pour Peter J. Ortiz) et orthographient différemment l’indicatif radio de Camille Monnier (« Magyar » / « Maggyar »). Ces variantes d’usage sont conservées telles quelles dans les citations et notices signalées plus haut.

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