La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Le Libre Poitou, feuille clandestine du Poitou (octobre 1940 – 11 janvier 1942)

Le Libre Poitou est une feuille dactylographiée clandestine créée à Poitiers à l’automne 1940 par Louis RENARD.

Les numéros étaient reproduits par des particuliers et diffusés notamment par des étudiants.

Soixante-trois numéros paraissent entre octobre 1940 et le 11 janvier 1942, date attestée par les collections publiques conservées.

Plusieurs numéros (notamment 38 et 40 à 42) sont aujourd’hui consultables sous forme numérique. FranceArchives+2archives-deux-sevres-vienne.fr+2

La parution s’effectue principalement à Poitiers et dans le Poitou. La forme modeste et la diffusion en chaîne — dactylographie et polycopie — répondent aux contraintes matérielles et sécuritaires des premiers mois de l’Occupation, dans un environnement de censure et de surveillance accrue.

Les tirages servent autant à informer et soutenir le moral qu’à tisser des liaisons locales entre sympathisants.

L’arrêt intervient en janvier 1942. Les sources locales mémorielles précisent que l’arrêt anticipé visait à ne pas compromettre des objectifs d’action plus larges que portait alors l’entourage de Louis Renard. Cette décision intervient quelques mois avant les arrestations massives d’août-septembre 1942 qui frappent le réseau Renard.

Circonstances

La création du Libre Poitou s’inscrit dans l’éclosion très précoce d’une presse clandestine régionale dès 1940. Cette presse joue un rôle de contre-propagande et d’organisation, malgré des difficultés techniques (approvisionnement, machines) et la répression.

Le Libre Poitou est l’un des tout premiers titres clandestins du Poitou, et participe à structurer des sociabilités résistantes autour de la figure d’un notable local décoré de 1914-18.

Le choix du titre fait écho aux modèles clandestins de 1914-18 et aux pratiques dactylographiées des « feuilles » de 1940-1941.

Acteurs et figures marquantes

Louis RENARD, avoué à Poitiers, mutilé de guerre et officier de la Légion d’honneur, conçoit et lance la feuille, en assume la rédaction et s’appuie sur des relais dactylographiques et de distribution, notamment des étudiants.

Cette action d’écrit, d’information et de mobilisation précède et accompagne la mise en place d’un réseau local.

Parmi les personnalités qui gravitent autour du milieu où naît la feuille et qui seront ultérieurement impliquées dans l’affaire dite du « réseau Renard », figurent Louis TOUSSAINT, Louis CARTAN, Théodore LEFEBVRE, Jacques MOREAU, Clément PÉRUCHON, Pierre PESTUREAU, Aimé LAMBERT, Georges DURET, Paul PRÉAUX et Jacques LEVRAULT, dont le sort sera tragiquement scellé fin 1943.

Leur rôle exact dans la fabrication-distribution de la feuille n’est pas documenté dans les sources consultées, mais leur appartenance au noyau résistant lié à Louis Renard est établie.

Victimes

Si la période de parution n’est pas elle-même marquée par des arrestations massives en lien direct avec la feuille, l’environnement humain qui l’a portée est ciblé à partir de l’été 1942.

Dix membres liés au réseau Renard — Paul PRÉAUX, Louis RENARD, Louis TOUSSAINT, Louis CARTAN, Théodore LEFEBVRE, Pierre PESTUREAU, Aimé LAMBERT, Jacques MOREAU, Clément PÉRUCHON et Jacques LEVRAULT — sont condamnés à mort par le Volksgerichtshof et guillotinés à Wolfenbüttel le 3 décembre 1943. Cette liste est confirmée par l’instrument de recherche des Archives de la Vienne. FranceArchives

Survivants

Plusieurs acteurs arrêtés à partir d’août 1942 survivent à la déportation.

Les sources archivistiques de la Vienne donnent pour survivants identifiés, notamment,

  • Henri AUROUX,
  • Charles GRILLAS,
  • Pierre KEDINGER,
  • Norbert PORTEJOIE,
  • Francis TEXIER (libérés depuis Wolfenbüttel/Brandenburg-Görden au printemps 1945)
  • Marcel BRUNIER,
  • André GUILLON,
  • Raymond MAROT,
  • Jean-Albert PETIT
  • Gaston PRÉAUX (passés par Dachau). FranceArchives

Conséquences

La diffusion du Libre Poitou participe d’une première sociabilité résistante dans le Poitou, en particulier dans les milieux étudiants et des professions libérales, qui facilite ensuite les contacts et l’ossature du futur réseau Renard.

La répression qui s’abat en 1942-1943 désorganise durablement ce milieu.

 Sur le plan mémoriel et médiatique, le titre réapparaît à la Libération comme organe officiel du Comité départemental de Libération, avant d’être rebaptisé Centre Presse le 15 janvier 1958.

Mémoire et lieux commémoratifs

La mémoire du Libre Poitou est aujourd’hui portée par les institutions patrimoniales locales qui conservent des collections et des archives de Louis Renard, et par des associations mémorielles régionales.

Plusieurs numéros sont consultables en ligne, et des instruments de recherche détaillent le corpus conservé, assurant l’inscription durable de cette feuille clandestine dans l’histoire et la mémoire du département de la Vienne. archives-deux-sevres-vienne.fr+2FranceArchives+2

Chefs et figures marquantes

Louis RENARD, fondateur et animateur de la feuille, arrêté en 1942, guillotiné en 1943. Paul PRÉAUX, Jacques MOREAU, Clément PÉRUCHON, Pierre PESTUREAU, Aimé LAMBERT, Louis TOUSSAINT, Louis CARTAN, Théodore LEFEBVRE et Jacques LEVRAULT, membres du groupe liés au réseau Renard, exécutés à Wolfenbüttel le 3 décembre 1943. FranceArchives

Fin du réseau et devenir du titre

La parution de la feuille cesse en janvier 1942 ; le milieu résistant qui l’a portée est frappé par les arrestations d’août-septembre 1942, la déportation de février 1943 et les exécutions de décembre 1943.

À la Libération, le titre renaît légalement puis, en 1958, devient Centre Presse.

Divergences repérées et terminologie

Les sources archivistiques publiques situent la parution de la feuille entre octobre 1940 et janvier 1942 et confirment l’existence de 63 numéros ; une page encyclopédique mentionne à tort une continuité « jusqu’en août 1942 ». Faute de corroboration par les fonds d’archives, cette affirmation doit être considérée comme non confirmée.

Références bibliographiques

  • La chute du réseau Renard, Poitiers 1942 : le SS, le préfet et le résistant, Jean-Henri Calmon, Geste éditions, 2013. Ouvrage de référence fondé sur de nombreux fonds locaux et nationaux retraçant l’enquête, les arrestations et la répression qui frappent le milieu issu du Libre Poitou ; il précise les enchaînements administratifs et policiers de l’été 1942 et replace l’aventure de la feuille dans l’histoire du réseau Renard.
  • Pour la France. Poitiers, cellule 29, Tours, cellule 5, camp d’internement de Rouillé, 1940-1944, Marc Texier, Imprimerie de l’auteur, Poitiers, 1946. Témoignage de l’après-guerre sur les arrestations, l’internement et la déportation de membres du milieu Renard ; utile pour saisir l’atmosphère locale et la perception des premières initiatives clandestines.
  • Presse clandestine, 1940-1944, Claude Bellanger, Paris, Armand Colin, 1961. Synthèse classique sur la presse clandestine française qui éclaire le rôle, les formes matérielles et les réseaux de diffusion des titres comme Le Libre Poitou, avec une bibliographie et un cadrage national.
  • Dictionnaire historique de la Résistance. Résistance intérieure et France libre, dir. François Marcot, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2006. Ouvrage collectif de référence ; l’entrée « Presse clandestine » (Bruno Leroux) fournit les repères historiographiques et le rôle stratégique de la presse clandestine dans l’organisation des mouvements.

Références internet

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