Le groupe des « vingt-neuf déportés de Poitiers » désigne les membres du réseau Louis Renard arrêtés à l’été 1942 dans la Vienne, transférés à Fresnes en février 1943, puis déportés en Allemagne le 18 février 1943 dans un convoi classé « Nacht und Nebel ».
Cette appellation mémorielle renvoie à une fraction identifiée du réseau Renard, fondé à Poitiers dès 1940 par Louis Renard autour d’activités de propagande clandestine et de préparation de l’accueil d’un débarquement allié.
La réalité historique de ce groupe et la chronologie de la déportation sont établies par les fonds publics, les notices mémorielles et la bibliographie consacrée au réseau.
Organisation interne
Le réseau Renard s’organise à Poitiers autour de Louis Renard, avoué, avec des relais dans la Vienne et les Deux-Sèvres.
Les vingt-neuf identifiés appartiennent à ce noyau poitevin et à ses proches liaisons.
Après l’enquête policière qui suit une interception postale, les arrestations massives d’août 1942 frappent le groupe, dont les membres sont successivement internés à la Pierre-Levée, puis à Fresnes avant d’être versés dans la procédure « NN ». Les sources précisent que, parmi trente-neuf déportés de ce convoi, vingt-neuf relèvent du réseau Renard.
Actions menées pendant la Résistance
Les actions documentées pour le réseau concernent la rédaction et la diffusion du journal clandestin Le Libre Poitou, la collecte de renseignements locaux, la constitution de listes de personnes de confiance en vue d’un futur débarquement et des liaisons avec d’autres groupes. Ces activités, menées depuis 1940-1941, précèdent directement l’enquête qui conduit au démantèlement partiel du réseau et à la déportation des vingt-neuf.
Liens avec d’autres réseaux ou mouvements
Le réseau Renard, d’inspiration gaulliste, est en contact localement avec d’autres groupes de la région Poitou-Charentes ; des parcours individuels attestent de l’articulation de ses membres avec des prêtres patriotes, des universitaires et des relais administratifs. Pour l’après-arrestation, l’itinéraire de déportation place le groupe sous régime « NN » avec passage par Hinzert, puis la prison de Wolfenbüttel.
Chefs et figures marquantes
Parmi les vingt-neuf déportés, plusieurs figures sont mises en évidence par les sources et la mémoire locale :
- Louis RENARD, chef de réseau, avoué à Poitiers, exécuté à Wolfenbüttel le 3 décembre 1943 ;
- Louis TOUSSAINT, professeur, exécuté à Wolfenbüttel le 3 décembre 1943
- Louis CARTAN, professeur, exécuté à la même date ;
- Théodore LEFEBVRE, géographe, professeur d’université, exécuté le 3 décembre 1943 ;
- Georges DURET, chanoine et professeur, exécuté le 3 décembre 1943 ;
- Pierre PESTUREAU, huissier, exécuté le 3 décembre 1943 ;
- Aimé LAMBERT, moine bénédictin, exécuté le 3 décembre 1943 ;
- Jacques MOREAU, étudiant, exécuté le 3 décembre 1943 ;
- Clément PERUCHON, étudiant, exécuté le 3 décembre 1943 ;
- Paul PRÉAUX, employé de banque, exécuté le 3 décembre 1943 ;
- Joseph RIEDINGER, décédé à Hinzert ;
d’autres noms cités dans les listes et notices complètent le groupe, dont des survivants identifiés.
Victimes / morts
Sur les vingt-neuf,
- dix sont décapités à la prison de Wolfenbüttel le 3 décembre 1943 après condamnation par le Volksgerichtshof le 13 octobre 1943 ;
- deux meurent au camp de Hinzert en mars 1943 ;
- d’autres décèdent ultérieurement en captivité.
Les dépouilles des exécutés de Wolfenbüttel sont rapatriées à Poitiers en 1947 et inhumées au cimetière de Chilvert, où un monument honore le réseau. Ces faits, lieux et dates sont concordants entre notices mémorielles et bibliographie.
Survivants identifiés
Les sources mentionnent plusieurs survivants revenus de captivité à la Libération, dont des membres cités dans les études et témoignages conservés aux Archives de la Vienne ; ces rescapés ont contribué à la transmission de la mémoire du groupe par des écrits et des interventions locales.
Fin du réseau
Le démantèlement provoqué par les arrestations d’août 1942 désorganise durablement le réseau Renard ; le procès « NN » et les exécutions de 1943 marquent la fin du groupe des vingt-neuf en tant qu’ensemble cohérent.
À la Libération, la mémoire du réseau est entretenue par les familles, les municipalités et les associations mémorielles.
Conséquences et mémoire
L’impact militaire du réseau réside dans sa précoce activité clandestine au Poitou, sa propagande et ses liaisons.
La répression allemande et la coopération policière aboutissent à l’exécution de dix membres à Wolfenbüttel et à de nombreux décès en captivité.
Après 1945, la mémoire du groupe s’enracine à Poitiers par le monument du cimetière de Chilvert, par des cérémonies et par le dépôt d’archives publiques ; des études, ouvrages et dossiers en ligne fixent désormais la liste des vingt-neuf et leur parcours commun.
Références bibliographiques
- La chute du Réseau Renard. Poitiers 1942. Le SS, le préfet et le résistant, Jean-Henri Calmon, Geste Éditions, 2013. Étude de référence fondée sur archives françaises et allemandes retraçant la genèse du réseau Renard, l’enquête policière, les arrestations de 1942 et la procédure « Nacht und Nebel ». L’ouvrage présente les listes nominatives des membres concernés, suit l’itinéraire de déportation jusqu’à Wolfenbüttel et analyse la chaîne répressive.
- Jusqu’au bout de la Résistance, Bernard Filaire, Stock, 1997. Récit nourri de témoignages et de pièces judiciaires sur des résistants du Centre-Ouest, incluant des chapitres utiles pour contextualiser l’affaire du réseau Renard, le passage sous régime « NN », les condamnations par le Volksgerichtshof et les exécutions de Wolfenbüttel.
- Pour la France : Poitiers, cellule 29, Marc Texier, Imprimerie Marc Texier, 1946. Témoignage contemporain d’un membre du groupe retraçant l’arrestation, l’internement, le transfert et les conditions de détention jusqu’à la prison de Wolfenbüttel ; éclairage de première main sur la cohésion du groupe des vingt-neuf.
Références internet
- FranceArchives – « Louis Renard (1893-1943) ». Notice d’inventaire des Archives départementales de la Vienne décrivant le fonds Louis Renard, avec pièces originales relatives à l’arrestation, au départ en déportation et à la mémoire des victimes ; comprend des mentions précises sur le convoi de février 1943.
https://francearchives.gouv.fr/findingaid/06309ed4fd99e1d0945a7166dffdd806c6c0e215 - Musée de la Résistance en ligne – « Daniel Bonnin » (exemple de parcours). Notice biographique illustrant l’arrestation des membres du réseau Renard, le transfert à Fresnes et la déportation « NN » vers Hinzert puis Wolfenbüttel ; rappelle que trente-neuf hommes partent, dont vingt-neuf du groupe Renard.
https://museedelaresistanceenligne.org/personne.php?id=47735 - Maitron – « Louis Renard ». Notice du Dictionnaire des fusillés 1940-1944 confirmant l’appartenance au réseau, la déportation « NN », l’exécution à Wolfenbüttel et le rapatriement des corps en 1947 ; mentionne la composition du convoi et la part des vingt-neuf. https://fusilles-40-44.maitron.fr/renard-louis-3/
- Maitron – « Wolfenbüttel (3 décembre 1943) ». Notice de lieu rappelant la décapitation des dix membres du réseau Renard le 3 décembre 1943 et la séquence Hinzert-Wolfenbüttel du convoi parti le 18 février 1943. https://fusilles-40-44.maitron.fr/wolfenbuttel-basse-saxe-allemagne-3-decembre-1943-execution-de-10-resistants-du-reseau-renard/
- Base de données des déportés « NN » – FMD (fiche du convoi I.79). Fiche de convoi « parti de Paris le 18 février 1943 » détaillant l’étape Hinzert, les décès, et le transfert à Wolfenbüttel de la plupart des membres du réseau Renard ; ressource utile pour vérifier le cadre « Nacht und Nebel ». https://www.bddm.org/liv/details.php?id=I.79
- VRID – « Le réseau Louis Renard : historique ». Synthèse locale confirmant le nombre des arrestations de 1942, des vingt-neuf déportés de février 1943, et le bilan des décès en Allemagne ; fournit des repères de mémoire locale. https://www.vrid-memorial.com/le-reseau-louis-renard-historique/
- Monument du cimetière de Chilvert (Poitiers). Présentation illustrée du monument dédié aux « 52 agents du réseau Louis Renard morts pour la France », rappelant le rapatriement des corps et l’ancrage mémoriel poitevin. https://vdujardin.com/blog/poitiers-chilver-monument-reseau-renard/