La mission interalliée « Eucalyptus » est confirmée par les fonds et publications du Musée de la Résistance en ligne (Fondation de la Résistance) et par des sources complémentaires reconnues.
Elle est parachutée le 29 juin 1944 sur le terrain de parachutage « Taille-Crayon » à Vassieux-en-Vercors (Drôme). L’équipe se regroupe ensuite à proximité de Saint-Martin-en-Vercors.
Elle comprend le chef de mission, le major britannique Desmond Longe (SOE, Section F), son adjoint le capitaine John Vincent Houseman, trois officiers parmi lesquels le Français Yves Croix, et deux opérateurs radio, André Pecquet (OSS, « Paray »/« Bavarois ») et Philippe Saillard (« Touareg »).
La mission est renforcée le 10 juillet 1944 par trois autres officiers français, dont Adrien Conus (« Volume »).
Sa tâche consiste à évaluer la situation dans le massif, former et encadrer les maquis pour la guérilla, maintenir les liaisons stratégiques et demander des parachutages d’armement, notamment d’armes lourdes, demandes qui restent en grande partie sans suite.
Le 21 juillet 1944, l’offensive allemande contre le Vercors ( « Bettina » est le nom de code allemand de l’opération déclenchée du 21 au 23 juillet 1944 pour écraser le maquis du Vercors.
Conduite sous l’autorité du Generalleutnant Karl Pflaum (157. Reserve-Division) pour le groupe d’armées G, elle combine l’encerclement terrestre du massif et un assaut aéroporté par planeurs sur Vassieux-en-Vercors (planeurs DFS-230 et Go-242 posés les 21 puis 23 juillet).
Cette attaque, cœur d’« Unternehmen Vercors », aboutit à l’anéantissement militaire du maquis, au massacre de nombreux habitants de Vassieux et à de lourdes pertes parmi les FFI.
Des télégrammes officiels, rédigés et expédiés par le chef radio André Pecquet au nom du commandement FFI, rendent compte de la situation militaire du 23 juillet 1944 et dressent, au 22 août 1944, un bilan humain et matériel du ratissage du massif.
Ces pièces, conservées au SHD (fonds Henri Ziegler, 1 K 374), confirment l’activité et la présence opérationnelle continue de « Eucalyptus » dans la bataille du Vercors.
Circonstances
La mise en place d’« Eucalyptus » intervient après la mobilisation générale décidée dans le Vercors le 9 juin 1944 et les grands parachutages alliés de fin juin-mi-juillet.
L’équipe travaille en lien avec l’état-major FFI local (colonel Henri Zeller, « Faisceau/Joseph », et commandant François Huet, « Hervieux ») et sous la surveillance-coordination des missions alliées en France du Sud-Est (SOE).
Son rôle est d’assurer la liaison entre le Vercors et l’état-major allié, d’encadrer instruction et transmissions, et de remonter les besoins en matériels. Les sources de la Fondation de la Résistance et de l’Association nationale des pionniers et combattants volontaires du Vercors décrivent l’intégration d’« Eucalyptus » dans le dispositif des transmissions du massif et la permanence des liaisons avec Londres, malgré l’isolement du Vercors lors de l’attaque de juillet-août 1944.
Héros et figures marquantes
Le major Desmond Longe (SOE) assure le commandement de la mission, assisté du capitaine John Vincent Houseman.
Parmi les Français, Adrien Conus (« Volume ») rejoint l’équipe à compter du 10-13 juillet.
Les opérateurs André Pecquet (« Paray/Bavarois », OSS) et Philippe Saillard (« Touareg ») tiennent un rôle crucial dans la chaîne radio du Vercors, au service de l’état-major FFI.
Les sources locales rappellent aussi l’engagement d’Yves Croix (officier français intégré à l’équipe) et les liens fonctionnels avec les cadres FFI du secteur.
Victimes
Aucune perte n’est attestée au sein du noyau de l’équipe interalliée elle-même dans les sources officielles consultées.
En revanche, l’une des auxiliaires directement associées aux transmissions du secteur, Léa Blain, codeuse-chiffreuse auprès des opérateurs radio du Vercors et en lien avec l’activité des postes travaillant avec « Eucalyptus », est tuée au combat le 1er août 1944 à Villard-de-Lans, dans le contexte immédiat de la dispersion.
Sa mort est documentée par la Fondation de la Résistance et confirmée par des notices biographiques de référence.
Survivants
Les membres identifiés de la mission « Eucalyptus » cités ci-dessus sont donnés comme survivants de la séquence opérationnelle du Vercors par les sources mémorielles et par les télégrammes et rapports de mission conservés au SHD (fonds 1 K 374).
Les opérateurs continuent d’émettre pour le commandement jusqu’à la mi-août 1944, avant la reconstitution des unités et la réorganisation des liaisons.
Conséquences
« Eucalyptus » n’a pas inversé l’issue militaire de l’attaque allemande sur le Vercors, mais a fourni des liaisons, des évaluations et des rapports de situation précieux pendant et après les combats.
Les télégrammes d’août 1944 adressés au général Koenig présentent un bilan très lourd en pertes humaines et destructions dans le massif.
Sur le plan mémoriel, les traces documentaires de la mission – rapports d’activité, télégrammes – constituent aujourd’hui des pièces essentielles pour comprendre la coordination interalliée, les capacités et limites des appuis aériens et d’armement, et l’organisation FFI locale lors de la bataille du Vercors.
Mémoire et lieux commémoratifs
La mission « Eucalyptus » est liée à plusieurs hauts lieux de mémoire du Vercors : la nécropole nationale de Vassieux-en-Vercors, où reposent maquisards et civils tombés en juillet 1944 ;
le Mémorial de la Résistance en Vercors et les sites communaux (Vassieux-en-Vercors, Saint-Martin-en-Vercors, La Chapelle-en-Vercors, Villard-de-Lans) qui conservent stèles et plaques.
Ces lieux témoignent de la bataille et de la présence des missions alliées sur le massif.
Références bibliographiques
- SOE in France, M. R. D. Foot, HMSO (1re éd.), rééd. Taylor & Francis, 2006. Ouvrage de référence sur l’action du SOE en France, étayé par archives britanniques ; il présente les cadres, méthodes et opérations, et offre les repères nécessaires pour situer « Eucalyptus » parmi les missions de liaison et d’encadrement en 1944.
- Vercors, 1943-1944, le malentendu permanent, Richard Marillier, Éditions de l’Armançon, 2003. Étude dense sur les attentes militaires et politiques autour du Vercors, la montée en puissance des maquis, les relations avec Londres et Alger, et l’issue tragique de l’été 1944.
- Les maquis de Rhône-Alpes, Jean-Pierre Bernet, Éditions Lavauzelle, 1987. Panorama régional approfondi, utile pour replacer « Eucalyptus » dans l’ensemble des maquis de R1 et R2, leurs structures, leurs liaisons et leurs combats.
- Vercors haut lieu de France, Pierre Tanant, Arthaud, 1948. Témoignage-synthèse d’après-guerre qui relate l’organisation FFI, les transmissions, les parachutages et l’arrivée des missions alliées dans le massif, avec une attention particulière au vécu des acteurs.
- Le Vercors juin 1944 : projets et réalités, C. de Beauregard, Revue Historique des Armées, 1972. Article problématisant la stratégie et la coordination interalliée sur le massif en juin-juillet 1944, éclairant les conditions d’emploi d’« Eucalyptus ». Persée
Références internet
- Musée de la Résistance en ligne – « Mission Eucalyptus ». Notice illustrée et contextualisée ; composition de l’équipe, dates et lieux, objectifs, références SHD (fonds 1 K 374) et bibliographie sélective.
URL : https://museedelaresistanceenligne.org/media7530-Mission-Eucalyptus Musée de la Résistance en Ligne - Musée de la Résistance en ligne – Télégrammes SHD 1 K 374 (24 juillet et 22 août 1944). Pièces d’archives établies par André Pecquet rendant compte de la situation militaire et des pertes du Vercors ; documents essentiels sur l’activité radio d’« Eucalyptus ».
URL : https://museedelaresistanceenligne.org/media8131-Tlgramme-de-F-Huet-sur-lattaque-du-Vercors-le-23-juillet-1944
URL : https://museedelaresistanceenligne.org/media8130-Tlgramme-du-22-aot-1944-sur-les-pertes-en-Vercors Musée de la Résistance en Ligne+1 - Association nationale des pionniers et combattants volontaires du Vercors (ANPCVV) – Bulletins. Synthèse détaillée des réseaux radio du Vercors et mentions datées de l’arrivée et de l’activité des membres d’« Eucalyptus », y compris la permanence des liaisons fin juillet-mi-août 1944.
URL : https://www.vercors-resistance.fr/les-bulletins-de-lassociation-2/ vercors-resistance.fr - Ordre de la Libération – Vassieux-en-Vercors. Présentation officielle du lieu Compagnon de la Libération et rappel des combats et victimes de juillet 1944, situant le contexte de l’action des missions alliées.
URL : https://www.ordredelaliberation.fr/fr/vassieux-en-vercors Musée de l’Ordre de la Libération - Fondation de la Résistance – Dossier « Femmes du Vercors » (Léa Blain). Notice et documentation photographique sur une codeuse-chiffreuse tuée le 1er août 1944, illustrant l’environnement opérationnel des transmissions liées à « Eucalyptus ».
URL : https://museedelaresistanceenligne.org/musee/doc/pdf/260.pdf Musée de la Résistance en Ligne - Persée – Revue Historique des Armées, 1972. Article scientifique « Le Vercors juin 1944 : projets et réalités », utile au cadrage stratégique et à la chronologie des décisions.
URL : https://www.persee.fr/doc/rharm_0035-3299_1972_num_28_4_8640 Persée