L’OUN (Orhanizatsiya Ukrayinskykh Natsionalistiv) fut une organisation politique et paramilitaire ukrainienne nationaliste, fondée en 1929 à Vienne. Son but principal était la création d’un État ukrainien indépendant, libéré de la domination polonaise, soviétique ou toute autre puissance étrangère. Son histoire est complexe, controversée, et intimement liée aux événements tragiques de la Seconde Guerre mondiale, notamment les pogroms de 1941.
Origines et idéologie
- Fondée par des vétérans de l’armée de la République populaire ukrainienne et des nationalistes radicaux.
- S’inspire d’idéologies fascistes (italiennes, allemandes) : culte du chef, anticommunisme, autoritarisme, purification ethnique.
- L’idéologie de l’OUN mêle nationalisme radical, xénophobie, et anticommunisme virulent. Elle désigne les Polonais, Juifs, Russes et Soviétiques comme des ennemis à éliminer.
L’OUN et la Seconde Guerre mondiale
L’OUN se scinde en 1940 en deux branches :
- OUN-M (Melnyk), dirigée par Andriy Melnyk — plus conservatrice, favorable à une alliance diplomatique avec les nazis.
- OUN-B (Bandera), dirigée par Stepan Bandera — plus radicale, plus jeune, plus violente. C’est cette faction qui joue un rôle actif dans les pogroms.
Juin 1941 : collaboration avec l’Allemagne nazie
- Lorsque les nazis envahissent l’URSS (opération Barbarossa), l’OUN-B voit en l’Allemagne un allié pour instaurer un État ukrainien indépendant.
- Le 30 juin 1941, à Lwów, l’OUN-B proclame l’indépendance de l’Ukraine. Ce geste n’est pas reconnu par les nazis, qui arrêtent Bandera peu après.
- Toutefois, pendant cette brève période, l’OUN mobilise sa milice ukrainienne — bras armé utilisé pour contrôler la population, arrêter les Juifs, et collaborer avec les Einsatzgruppen.
Rôle dans le pogrom de Lviv
- La milice de l’OUN participe activement au pogrom de Lviv (30 juin – début juillet 1941) :
- Arrestation et rassemblement de Juifs.
- Brutalités publiques : humiliations, coups, lynchages.
- Transmission des listes de « suspects juifs communistes » aux forces allemandes.
- L’OUN contribue aussi à diffuser le mythe du “judéo-bolchévisme” à travers des tracts, affiches et journaux appelant à la vengeance contre les Juifs « complices des crimes du NKVD ».
- Le deuxième pogrom en juillet (« jours Petliura ») est également attribué en grande partie à des membres ou sympathisants de l’OUN.
Après 1941
- L’OUN entre rapidement en conflit avec les nazis, qui ne soutiennent pas la création d’un État ukrainien indépendant.
- Bandera est arrêté en 1941 et interné jusqu’en 1944.
- L’OUN-B crée ensuite l’UPA (Armée insurrectionnelle ukrainienne), qui mène des actions à la fois contre les nazis, les Soviétiques, les Polonais et les civils jugés “ennemis”.
- L’UPA est responsable des massacres de Volhynie et de Galicie orientale (1943-1944) : environ 100 000 civils polonais assassinés.
Mémoire et controverses
- En Ukraine, notamment depuis 2014, l’OUN et Bandera sont parfois célébrés comme héros nationaux pour leur lutte pour l’indépendance, malgré leurs collaborations avec les nazis et leur participation à des crimes de guerre.
- À l’inverse, en Pologne, en Russie et dans les milieux juifs, l’OUN est considérée comme une organisation responsable de pogroms, de purges ethniques et de crimes contre l’humanité.
En résumé
- L’OUN-B joue un rôle central dans le pogrom de Lviv de juin–juillet 1941.
- Elle agit de concert avec les forces allemandes, motivée par l’anticommunisme, l’antisémitisme et le rêve d’un État ethniquement pur.
- Ses actions s’inscrivent dans un cycle de violences interethniques, nationalistes et antisémites d’une extrême brutalité.
- Références bibliographiques
- Stepan Bandera: The Life and Afterlife of a Ukrainian Nationalist – Fascism, Genocide, and Cult, par Grzegorz Rossoliński-Liebe, Éditions Ibidem-Verlag, Stuttgart, 2014.
Cet ouvrage, fondé sur des archives allemandes, soviétiques et ukrainiennes, retrace la biographie politique de Stepan Bandera et l’histoire de l’OUN. Il explore l’idéologie ultranationaliste du mouvement, sa collaboration avec les nazis, son implication dans des violences ethniques et sa mémoire controversée dans l’Ukraine contemporaine.
- The Ukrainian Nationalist Movement 1929–1942: A Reassessment, par John Armstrong, Éditions Columbia University Press, New York, 1963.
Ouvrage pionnier dans l’analyse de l’OUN, de sa fondation à sa scission (OUN-M et OUN-B). L’auteur s’appuie sur des documents de première main pour expliquer les logiques politiques, militaires et idéologiques qui ont conduit à la collaboration avec les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale.
- Ukrainian Nationalism in the 20th Century: A Critical Reader, sous la direction de Trevor Erlacher, Éditions Academic Studies Press, Boston, 2021.
Recueil d’articles critiques sur le nationalisme ukrainien, ce volume explore l’histoire, la mémoire, les mythes fondateurs et les crimes associés à l’OUN. Il aborde la participation de ses membres aux pogroms, la réécriture de l’histoire après 1991, et le culte post-soviétique de Stepan Bandera.
- Les Nationalistes ukrainiens et la Shoah à Lviv (1941), par John-Paul Himka, Éditions de l’ENS, Paris, 2011 (publié dans la revue “Le Mouvement Social”).
Dans cette étude ciblée, l’auteur décrit le rôle de la milice de l’OUN dans les pogroms de Lviv en juin-juillet 1941, leurs liens avec les Einsatzgruppen, et la diffusion d’un antisémitisme d’État appuyé sur le mythe du “judéo-bolchévisme”.
- L’Ukraine, une histoire entre deux mondes, par Serhii Plokhy, Éditions Gallimard, Paris, 2023.
L’auteur, professeur à Harvard, retrace l’histoire mouvementée de l’Ukraine moderne. Il consacre plusieurs chapitres à l’OUN, à son double jeu entre collaboration et résistance, ainsi qu’à sa place ambivalente dans l’historiographie actuelle.
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- Références internet
- United States Holocaust Memorial Museum (USHMM) : ushmm.org
Article consacré à l’implication de l’OUN dans les pogroms de 1941, en particulier à Lviv. Il retrace les relations entre la milice de l’OUN-B et les nazis, le rôle des tracts antisémites et la violence organisée contre les civils juifs.
https://encyclopedia.ushmm.org/content/en/article/the-lwow-pogrom-of-july-1-1941
- Encyclopedia of Ukraine – Internet Encyclopedia of Ukraine (IEU) : encyclopediaofukraine.com
Fiche historique complète sur l’OUN, incluant sa fondation, sa structure, ses leaders (Bandera, Melnyk), ses activités militaires, sa collaboration avec l’Allemagne nazie, sa rupture avec Hitler, et son rôle dans les massacres ethniques.
- Yad Vashem – La Shoah en Ukraine : yadvashem.org
La base de données évoque l’OUN dans le cadre des exactions antisémites à Lviv et dans d’autres villes de Galicie orientale. L’ONG israélienne met en lumière les responsabilités locales dans les massacres de masse. - Géopolitis – RTS : geopolitis.ch
Reportage et analyse historique sur Stepan Bandera et l’OUN. L’émission interroge la dualité entre la mémoire héroïque dans certaines régions d’Ukraine et les accusations de collaboration avec les nazis. - EHNE – Encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe : ehne.fr
Article sur les nationalismes d’Europe centrale au XXe siècle, avec un sous-chapitre dédié à l’OUN et à la place du nationalisme radical dans les violences de 1941. Le rôle de la milice ukrainienne dans les pogroms y est contextualisé.