Février 1945 est un mois charnière dans la dernière phase de la guerre du Pacifique. Les forces américaines engagent simultanément deux offensives majeures : d’un côté, la bataille d’Iwo Jima, l’une des plus emblématiques et les plus coûteuses du conflit, et de l’autre, la bataille de Manille, qui aboutit à la reprise de la capitale des Philippines.
Dans le ciel, les bombardements sur le Japon se poursuivent et changent de méthode sous l’impulsion du général Curtis LeMay.
Le Japon, acculé, résiste avec une férocité croissante, mais ses pertes sont insoutenables.
1. Invasion d’Iwo Jima (opération Detachment – 19 février 1945)
Objectif stratégique
- Capturer Iwo Jima, île volcanique entre les Mariannes et le Japon, pour :
- Y installer des bases de chasseurs d’escorte pour les B-29.
- Disposer de pistes de secours pour les bombardiers endommagés.
- Servir de tremplin logistique vers Okinawa et Kyūshū.
Déroulement
- 19 février :
- Débarquement de 70 000 Marines (4th et 5th Marine Divisions).
- Bombardement naval et aérien préalable massif mais inefficace contre les défenses japonaises.
- L’armée japonaise, commandée par le général Tadamichi Kuribayashi, adopte une stratégie de défense souterraine (grottes, bunkers, tunnels).
- Pas de défense sur les plages, mais piège à l’intérieur de l’île.
- Premiers combats d’une violence extrême autour du mont Suribachi (célèbre photo hissée le 23 février).
Bilan à la fin du mois
- Fin février : les Américains n’ont pris qu’une partie de l’île.
- Les Japonais se battent jusqu’au dernier homme, refusant toute reddition.
2. Bataille de Manille (3–28 février)
Contexte
- Après la sécurisation du nord de Luzon, les forces américaines avancent vers Manille, capitale stratégique et symbole du pouvoir colonial américain.
Déroulement
- 3 février : troupes américaines entrent dans le nord de la ville.
- Le général japonais Yamashita, conscient que Manille est perdue, s’est retiré dans les montagnes, mais laisse le contre-amiral Sanji Iwabuchi défendre la ville avec 16 000 hommes.
Combats
- Combats urbains féroces, maison par maison, ruine par ruine.
- Utilisation massive de kamikazes, snipers, pièges et incendies.
Conséquences
- 28 février : la ville est reconquise, complètement détruite.
- Massacre de civils philippins par les Japonais : environ 100 000 morts.
- Une des batailles les plus destructrices de la guerre.
3. Bombardements stratégiques sur le Japon
Changement de doctrine
- Le général Curtis LeMay modifie la tactique :
- B-29 à basse altitude, de nuit.
- Utilisation de bombes incendiaires au lieu d’explosifs lourds.
- Résultats immédiats sur Tokyo et Nagoya : incendies massifs, destruction d’usines et de zones civiles.
Préparation
- Planification de l’opération Meetinghouse (raid incendiaire sur Tokyo, à venir en mars).
4. Kamikazes et défense désespérée
- Le Japon intensifie le recours aux kamikazes, devenus partie intégrante de sa doctrine.
- Attaques continues contre les navires d’appui autour d’Iwo Jima et dans la mer des Philippines.
- Résultat : dégâts importants, mais aucun impact stratégique durable.
Commandement et décisions
États-Unis / Alliés
- Roosevelt, en conférence à Yalta (Crimée, 4–11 février), obtient l’engagement soviétique pour entrer en guerre contre le Japon après la victoire en Europe.
- MacArthur coordonne la libération de Luzon.
- Nimitz supervise l’opération d’Iwo Jima.
- LeMay prend la main sur les bombardements stratégiques.
Japon
- Le général Kuribayashi applique une stratégie de résistance jusqu’à l’extinction sur Iwo Jima.
- Le gouvernement japonais, divisé, refuse toujours toute reddition.
- L’empereur Hirohito, toujours tenu à l’écart des décisions militaires, reçoit des rapports indiquant la gravité de la situation mais reste passif.
Renseignements et logistique
- Les Américains continuent d’exploiter ULTRA pour intercepter les rares communications japonaises.
- La supériorité logistique alliée est totale : ravitaillement constant, appui aérien, rotation des troupes.
- Le Japon ne peut plus déplacer ni renforcer aucune position de manière coordonnée.
Forces en présence (février 1945)
| Secteur | Alliés | Japon |
| Iwo Jima | ~70 000 Marines | ~21 000 soldats retranchés |
| Manille – Luzon | ~250 000 soldats américains | ~40 000 défenseurs japonais dispersés |
| Flotte (Pacifique) | ~1 200 navires opérationnels | Forces navales symboliques, passives |
Pertes estimées (février 1945)
- Japon :
- ~15 000 morts à Iwo Jima (survivants retranchés)
- ~16 000 tués à Manille
- ~100 000 civils massacrés à Manille
- ~300 kamikazes utilisés ce mois
- États-Unis / Alliés :
- ~5 000 tués ou blessés à Iwo Jima (fin février)
- ~8 000 pertes à Manille
- ~25 navires endommagés par kamikazes
Perspectives fin février 1945
Alliés
- Objectifs immédiats :
- Achever la prise d’Iwo Jima (mars).
- Poursuivre la reconquête de Luzon.
- Préparer l’invasion d’Okinawa (prévue en avril).
- Intensifier les bombardements sur Tokyo.
- Exploiter l’engagement soviétique futur.
Japon
- Se prépare à défendre Okinawa et les îles principales.
- N’a plus de marine, ni d’aviation offensive.
- Stratégie : infliger des pertes maximales pour provoquer un arrêt de l’avancée américaine.
En février 1945, les États-Unis attaquent directement le territoire japonais (Iwo Jima) et reprennent Manille, capitale symbolique de la domination américaine sur les Philippines.
Le Japon est frappé, bombardé, acculé, et sa stratégie repose sur le suicide et l’endurance.
La guerre est désormais une suite de batailles d’attrition, dans l’attente du coup final.